‹ Discours et mélanges littéraires (volume 2)Chapitre 30 sur 31 · DE SYMMA.QUE · texte numérisé non relu

DE SYMMA.QUE

venus et les litres enlevés au sacerdoce païen , et le droit de tester en faveur des prêtres et des vestales. « Que le trésor des bons princes , disait- « il , se remplisse des dépouilles de l'ennemi , et « non de celles des prêtres. Que les mourants dic- « tent leurs volontés avec confiance , et qu'ils sa- « chent que sous des princes qui ne sont point <( avares , les testaments sont inviolables. Eh quoi ! (c la religion de Rome est-elle mise hors du droit « romain ? Quel nom donner à cette usurpation « de fortunes particulières que nulle loi n'a frap- « pées ? Les affranchis reçoivent les biens qui leur <c sont légués. On ne conteste pas aux esclaves les c< avantages quVn testament leur accorde. Les « nobles vierges de Vesta et les ministres des « saints mystères se voient seuls exclus des pos- <K sessions transmises par héritage. Que leur sertie il de dévouer au salut de la patrie la chaste « pureté de leur corps , d'appuyer l'éternité de « Tempire sur les secours célestes, d'étendre sur «r vos armes et sur vos drapeaux la salutaire in- « fiuence de leurs vertus , et de former des vœux « efficaces pour tous ? Us ne jouissent pas des « droits assurés à tous. Eh quoi ! l'obéissance que « l'on rend aux hommes est doiic mieux payée a que le dévouement aux dieux ? Par là , nous faite sons tort à la république , qui ne gagne jamais « à être ingrate. »

A ce langage philosophique et grave Symmaque ne craint pas de mêler l'ancien argument du peuple qui attribuait à l'oubli du culte des dieux les maux de la guerre , les désastres et les stérilités des saisons. Cependant il associe volontiers la religion nouvelle au privilège de protéger l'empire. « Que les mystères secourables , secrets appuis « de toutes les religions , dit - il , favorisent votre « clémence ; que ceux-là surtout qui protégèrent u vos ancêtres , vous défendent et soient honorés « par nous. Nous demandons cette forme de re- « ligion qui a conservé l'empire à votre divin « père , et lui a donné , après un règne heureux , « de légitimes successeurs. » Combien cette apologie sans conviction , cette obscure profession de déisme bizarrement unie à certaines formes de culte , devait-elle sembler faible devant la victoire et Tenthousiasme des orateurs chrétiens! Animés de tous les souvenirs d'une lutte si longue, conservant au milieu de leur triomphe, encore nouveau , toutes les vertus amassées dans la proscription , puissants au nom de la justice , ils accablent sans effort les opinions vacillantes et les préjugés décrépits du polythéisme. Mais pourquoi, dans ce salutaire renouvellement du monde, la persécution , changée de mains , vint - elle plus d'une fois au secours de la parole chrétienne, qui avait presque achevé sa tâche ? On s'étonne , en voyant

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à quel degré de feiblesse étaient réduites les croyances païennes , que les empereurs chréti^is ne les aient pas laissées tranquillement mourir.

L'éloquence de Symmaque ne resta pas sans réponse» L'église avait alors en Occident un illustre apôtre , un homme dont la vertu faisait à moitié le génie, une de ces âmes généreuses qui, dans la lutte de la civilisation et de la barbarie , époque la plus féconde en grands crimes , paraissent çà et là sur la terre , pour justifier et consoler l'espèce humaine : c'était saint Ambroise. D'abord engagé dans les fonctions publiques, il avait rempli , sous Y alaitinien P', la charge de gouverneur de Milan.. L'histoire de son élévation à l'épiscopat est connue, et marque bien les mœurs. du, temps. Il était venu un jour avec l'autorité de sa charge , dans l'é^se de Milan , pour y apaiser une émeute )élevée parmi les dirétiens de la ville , qui s'occupaient en ce moment d'élire leur évéque selon les formes popuUires de la primitive église. La présence de ce magistrat respecté concilia les esprits , en réunissait tout à coup sur lui-même les suffrage^ des partis opposés. Dans la pieuse ferveur de la société chrétienne , cette rencontre parut un coup du ci€^. On choisit Ambroise pour évéque , quoiqu'il ne fût pas encore chrétien , et peu de jours suffirent à l'accomplissement de toutes les conditions du sacerdoce.

ET DE SAmT AMBROISE. ^^j

Saint Ambroise , portant les lumières et le génie d'un homme d'état dans l'administration de l'église , servit et honora puissamment la cause du christianisme. Nul homme n'a mieux rempli la grande et salutaire idée de ce tribunat religieux , élevé par la loi chrétienne , et qui , dans l'anéantissement de toute liberté civile , de toute justice

politique, pouvait seul alors s'interposer entre

les violences d'un pouvoir changeant , mais toujours absolu, et les misères du peuple, gouverné sans règle et sans pitié. C'est avec ce caractère auguste qu'il apparaît dans l'histoire , libre et hardi conseiller des princes , défenseur des opprimés dans les deux religions , et faisant du sacerdoce un ministère public de paix, de clémence et d'bumanité.

On conçoit aisément combien saint Ambroise , animé de la ferveur et de la sainte jalousie de son culte , devait repousser avec avantage les faibles assertions de Symmaque. «Eh quoi! dit -il « dans une première adresse à l'empereur, ils se « plaignent de la perte de quelques biens , ceux a qui n'ont jamais épargné notre sang ; ils deman- « dent des privilèges, ceux qui naguère , par les « lois de Julien , nous refusaient le droit de parler « et d'instruire. » Saint Ambroise affirme d'ailleurs que le plus grand nombre des membres du sénat romain est chrétien , et que le rétablisse-

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