‹ Discours et mélanges littéraires (volume 2)Chapitre 31 sur 31 · DE SYMMAQUE · texte numérisé non relu

DE SYMMAQUE

ment de l'autel de la Victoire serait une persécution contre tant de sénateurs , forcés d'assister aux sacrifices impurs que l'on offrirait sous leurs yeux, et de respirer la vapeur du sacrilège.

Dans une seconde adresse à l'empereur, l'orateur chrétien presse plus étroitement Symmaque, et, joignant aux impérieux démentis qu'il lui oppose , une émulation d'éloquence ^ il l'imite , en le réfutant : « Ce n'est pas là, dit-il, ce que Rome « vous a chargé de dire ; elle parle un autre lan- « gage : Pourquoi , dit-elle , m'ensanglantez- vous ce chaque jour par le stérile sacrifice de tant de « troupeaux ? Ce n'est pas dans les fibres palpite tantes des victimes , mais dans la valeur des « guerriers , que se trouve la victoire. C'est par « une autre science que j'ai conquis le monde. Ce « fut les armes à la main que Camille, renversant « les Gaulois du haut de la roche tarpéïenne, <( enleva leur étendard déjà flottant sur le Capi- <c tôle. Le courage vainquit ceux que les dieux i< n'avaient pas repoussés. Ce n'est pas au milieu « des autels du Capitole , mais dans les bataillons « d'Annibal , que Scipion a trouvé la victoire. « Pourquoi m'objectez - vous l'exemple de nos « aïeux ? Je hais le culte de Néron. J'ai regret de « mes erreurs passées ; je ne rougis pas dans ma « vieillesse de changer avec le monde entier. II te n'est jamais trop tard pour apprendre. II n'y a

<( point de honte à passer dans un meilleur parti. (c J'avais cela de commun avec les nations bart< bares de ne point connaître Dieu. Vos sacrifices « se bornent à verser le sang des bêtes. Cherchez- « vous la voix de Dieu dans les entrailles des vicie times ? Venez et entrez sur la terre dans la cé- « leste milice : c'est là que nous vivons et que « nous combattons. Que j'apprenne les mystères « du ciel par les témoignages du Dieu qui l'a créé, ce et non par celui de l'homme qui ne se connaît « pas! Qui croirai-je sur Dieu, plutôt que Dieu « lui-même? Comment puis-je vous croire, vous « qui confessez que vous ne savez pas ce que « vous adorez ? » Combien ces vives affirmations , cette certitude de croyance, ne donnaient* elles pas d'ascendant à saint Ambroise! La Victoire du christianisme est là. Ses disciples étaient fervents et convaincus ; ils savaient , ils croyaient , ils voulaient ; tandis que leurs adversaires erraient , accablés. d'avance parle doute, entre les fables insoutenables du polythéisme et les subtiles explications de la philosophie , à la lueur faible d'un déisme qu'ils n'osaient avouer.

A cette autorité des temps antiques , invoquée par Symmaque , l'orateur chrétien oppose le progrès continuel de la vie sociale et le perfectionnement de l'espèce humaine , qui renonce aux erreurs de l'enfance pour un culte plus raisonnable

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et plus épuré. C'était l'argument des chrétieus : avec un immortel avenir, leur sainte loi promettait la justice et l'égalité sur la terre. L'imagination de saint Ambroise est du reste animée de toutes les inspirations du génie profane ; son style ingénieux et brillant se pare quelquefois avec trop peu de discrétion des ornements que sa mémoire emprunte aux écrivains de l'ancienne Rome. C'est un chrétien, disciple des poètes profanes. Sa diction porte cependant la marque de son siècle, et n'est exempte ni d'affectation ni de rudesse. Cet ordre habile et secret, cet heureux enchaînement d'idées qui règne dans le style des grands écrivains , n'étaient plus connus. Une précision quelquefois obscure et forcée , une grandeur inégale et jamais simple , de l'affectation jusque dans les mouvements de l'ame , voilà les défauts de cet orateur, auquel il n'a manqué qu'un siècle plus heureux et des contemporains plus dignes de lui. Mêlant l'irrégularité du génie oriental à l'imitation des formes élégantes du siècle d'Auguste , il a moins de pompe et de goût que son adversaire , dont le style est resté tout romain et tout profane. Mais que nous font ici les fautes du goût ? Il importe bien davantage d'observer les vicissitudes de l'esprit humain, et le génie des grands hommes, au milieu du renouvellement des sociétés.

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