‹ Discours et mélanges littérairesChapitre 16 sur 45 · LE JOUR DE SA RÉCEPTI07I · texte numérisé non relu

LE JOUR DE SA RÉCEPTI07I

A L'ACADÉMIE FRANÇAISR.

Appelé à rhonneur de recevoir dans TÂcadémie Tun des plus vénérables représeq[tants de l'érudition littéraire, je n'éprouve ni rembarras ni le besoin de préparer avec art un de ces éloges publics et solennels dont Tusage est un peu ancien parmi nous , et que la vérité même ne sauve pas toujours de la monotonie. Quatrevingts ans d'une vie honorable et pure , incessamment occupée par rétude, dévouée tout à la fois à Tamour des lettres, et à Fencouragemènt, à la gloire de ceux qui les cultivent; voilà ce qui rend inutile envers vous, Monsieur, tout langage flatteur, et ce qui ne permet, dans ma bouche surtout , que Texpression mesurée du respect. Lés louanges passagères sont la palme et l'ambition du jeune homme, l'estime publique est la couronne du vieillard. Que pourrais-je vous dire , Monsieur, qui valût ce témoignage universel et paisible d'une considération lentement acquise par de nobles travaux ,. et consacrée sur votre tête par l'épreuve de l'âge et du temps? Votre réputation date #jà d'un autre siècle ; et l'auteur du Voyage

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d'Anacharsis, le vertueux, le savant, Tingénieux Barthélémy , frappé de retrouver en vous ce mélange d'érudition et d'urbanité dont il était lui-même le modèle , vous nommait , il y a plus de trente ans, à cette même place , où les suffrages d'une autre génération vous appellent aujourd'hui. Ainsi, Monsieur, vous ne pouvez dire, comme un célèbre Romain , d'une humeur u(i peu chagrine , que Ton est malheureux d'avoir pour juges de ses actions des hommes qui n'étaieqt pas nés quand on les a faites. Vous éprouvez , au contraire , que les bons écrits , qui sont les actions de l'homme de lettres , ne vieillissent pas dans la mémoire , et forment une recommandation toujours contemporaine, et des titres toujours présents.

Les vôtres. Monsieur, s'ils ont commencé à une époque déjà bien loin de nous , se sont jusqu'à ce moment même entretenus et renouvelés sans ces^e par de nipides et intéressantes productions , où se ooQserve totqours le précieux caractère qui marqua vos premiers travaux*!, la connaissance profonde , le sentiment vrai de l'antiquité, surtout de cette antiquité grecque, la mère de tous les arts et la source des plus vives lumières qui aiept éclairé l'esprit humain.

Cette heureuse prédilection, c^ culte du bon goût qui vous dicta, dès la jeunesse, l'élégante traduction du p)u$ naturel et du plus pur des écrivains attiques, semblait, il y a peu de t^mps encore, vous inspirer une véritable éloquence, lorsque, rendant hommage à la mémoire de l'un des plus fervents adorateurs de la Grèce , de M. de ChoiseuUGoulïier, vous partagie^i l'enthousiasme exprimé dans son ouvrage. Avec quelle force, Monsieur, avec quelle jeunesse de pinceau, pardonnez^moi cette expression, n'avez- vous pas représenté ce digne et fidèle amaQt de tous les b^aux souvenirs, parcourant, plein d'une religieuse douleur, le territoire asservi dyi Péloponèse,

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remuât tous les débris, iptorrogeant toutes les mines, ssm Dégliger la popiilation moderne, qui est elle->mâme une ruine vivante et glorieuse de la Gr^ antique? Vous redisiez ^ors ce vçau de M- de Chdseul, œ yœu du obri«^ tiaai$me et de rbumanité jiour Vaffrancbissement de la Grèce; vœu ^cré que n'ont point affaibli, sans doute, les nouvelles barbarie^ des oppresseurs et rbéroïsuie infoiv toné de leurs vÎQtinoe^,

Ainsi , Monsieur , le culte defi baauY-arta est Tallié naturel de tou^ les nobles sentiments, de toutes les penr sées, conforme^ à la dignité huniaine, La perfection même du goût ne fait que développer la générosité du cœur. Édairer notre raison, c'est élever notre àme» Par cofU'^ bi^ d'exefpplegi, et sous combien de nuanoe^ délicates cette heureuse union ne se reproduit-^-elle pas dans la vie de tant de savants illustres, dont vous ayea été, depuis quar^te ans, le fidèle et ingénieui^ bistorien ?

I^e recueil de vos éloges, si curieux et si varié, où figur rent tour à tour tant de mérites différents, tant de oélé* brités étrangères et nationale^, ce recueil que Ton pour-^ rait nommer justement une histoire dramatique et ani* (née de la littérature savante depuis un demi-siècle, serait Wsi rheureuse démonstration de cette vérité, qui rattache à l'amour des sciences et des lettres Tbabitude des plus nobles sentiments; et la vie entière du panégyriste en serait la dernière preuve. L'Académie, Monsieur, par ie choix qu'elle fait de vous, a donc voulu tout ensemble rendre honneur à vos utiles travaux, au corps savant qui vous les inspire, et à la mémoire de l'illustre prédécea-r seur que vous avez loué si dignement , et dont le nom rappelle une autre gloire, qu'il ne nous est pas permis d'oublier.

Pendant plu^ d'un siècle, chaque solennité semblable à celle qui nousi réunit en ce jour ramenait avec de nou-^

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veaux éloges le puissant nom de Richelieu, de ce ministre ambitieux, mais au profit de TÉtat, qui, tenant 1< monarque esclave sur un trône agrandi, rdeva les étendards de la France à la hauteur où les avait portés l'immortel Henri IV, et , du milieu de toutes les factions et de toutes les faiblesses , fit sortir un royaume florissant, belliqueux, paisible, dont la splendeur, pour éclater tout entière, n'attendait plus que Louis XIY. Sans doute, l'histoire et la postérité ont fait un choix sévère dans les louanges que la littérature reconnaissante avait prodiguées à Richelieu ; et TÂcadémie a pu sagement interrompre cette tradition d'un panégyrique uniforme, contre lequel la morale et la justice avaient souvent à réclamer. Mais quand Thomme puissant n'est plus loué par cette flatterie héréditaire qui survit quelquefois à la force et semble en aduler le souvenir, il a droit encore d'être jugé ; et s'il fut un grand homme, il conserve une immortalité désormais indépendante des exagérations de l'enthousiasme et de la haine. Tel nous apparaît ce cardinal de Richelieu, qui, malgré l'inflexible hauteur de son génie, aima les lettres, en conçut la grandeur, en favorisa l'influence. Que son nom, toujours présent dans l'histoire et dans la politique, retentisse encore parmi nous, aujourd'hui sur- ' tout, qu'il semble disparaître de cette enceinte avec son illustre et dernier représentant !

Vous venez. Monsieur, de payer un juste hommage à la mémoire de ce noble héritier d'une grande famille, qui, dans une vie consacrée trop peu de temps à la France, fut assez heureux pour rajeunir l'illustration de sa race, par de nouveaux titres et de nouveaux services. Vous avez retracé cette gloire que la destinée cruelle des révolutions le força de chercher longtemps sur une terre étrangère ; vous l'avez montré civilisant une contrée barbare, et faisant fleurir les arts et Tindustrie de l'Europe

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