‹ Discours et mélanges littérairesChapitre 15 sur 45 · DISCOURS DE RÉCEPTION · texte numérisé non relu

DISCOURS DE RÉCEPTION

second avenir d'un grand peuple , de fonder, d'unir à ja • mais par les libertés et les lois cette société que l'anarchie avait détruite, que le despotisme avait rebâtie, et non pas ranimée , et de la transmettre chaque jour plus puissante et plus heureuse à sa dynastie révérée !

Nul Français ne ressentit avec plus d'émotion que M. de Fontanes ce retour de la monarchie. Toutes ses opinions politiques, ainsi que son talent, étaient empreintes de l'influence des lettres et se liaient aux souvenirs de leur plus illustre époque. Il aimait la royauté comme l'antique protectrice , comme la noble amie des arts et du génie français. Il aimait son pays comme une terre de gloire , patrie naturelle de tous les talents, fertile en guerriers , en grands hommes , donnant à l'Europe sa langue , ses lois et ses mœurs , quelquefois heureuse avec imprudence, malheureuse avec dignité, et, àms toutes les fortunes , puissante par l'illustration de tant de souvenirs , parmi lesquels il retrouvait cette splendeur des lettres qui lui était si chère.

Une injuste censure avait quelquefois accusé M. de Fontanes de négliger sa première gloire , parce qu'on voyait rarement sortir de sa plume des productions toujours désirées; et cependant à toutes les époques de sa plus haute fortune , d'heureux vers lui étaient échappés. Cette publicité, qu'il semblait craindre, ill'avait bravée pour défendre le talent d'un illustre ami contre les rigueurs de la critique et l'inimitié du pouvoir; et on avait aussitôt reconnu les accents doux et purs de cette voix qu'on se plaignait de ne plus entendre. Nul talent n'eut en effet un caractère à la fois plus classique et plus personnel à l'auteur. M. de Fontanes avait porté l'élégance jusqu'au point où elle devient une création littéraire. Un petit nombre d'écrits marqués de cette empreinte heureuse et rare suffisaient à sa renommée. Il intéressait par

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son Style, par cette poésie naturelle avec art, correçlê avec nouveiauté, qui reproduisait la ressemblance, et non pas Timitation des modèles. Dans son éloquence , dôrit les formes faciles et pures annonçaient une langue si polie , il avait mêlé quelque chose de poétique et d'élevé, qui rappelait les grands orateurs sacrés du xvii* siècle. Ses vers, d'un tour noble, harmonieux, concis, se portaietil naturellement sur les pensée^ religieuses ; ils en recevaient l'inspiration . Majestueuse et rapide dans Tépîtré où il a célébré l'éloquence des Livres saints, cette inspît^tion est attendrissante et naïve dans le poëmé de là i^hartreuse; utte tristesse pleine de douceur et dé poésie anime cette espèce d'élégie : la mélodie des paroles s'y confond avec l'émotion de l'âme ; et on croit entendre au loin quelques sons à peine affaiblis de la lyre de Racine.

M. de Fontanes travaillait avec soin ses beaux vers; un goût difficile l'a ramené sur plusieurs ouvrages de sa jeunesse , qu'il a refaits et embellis. Souvent il se plaisait à lutter contre les poètes de l'anticjulté ; et ses fragments de traduction sont des chefs-d'œuvre dont il n'a pas toujours réclaitté la gloire. Combien ne devait-on pas espérer que ses loisirs donneraient encore d'heureux fruits pour les lettres ! il avait lu dans vos séances des odes dont l'élévation et l'harmonie rappellent l'école de Rousseau. On savait qu'il avait souvent repris avec ardeur l'entreprise d'un poëttie sur la Grèce délivrée ; sujet d'un favorable augure pout les amis de la gloire et des arts. Plusieurs chants étaient achevés avec cette perfection de détails qu'il ne séparait pas de l'imagination poétique.

Il était plus que jamais préoccupé par la passion de l'étude et par là verve du talent. Cette impression répandait sur ses entretiens et dans tous les traits de son caractère un charme d'enthousiasme, de naturel et de

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bcuité, qui lui était particulier. On voyait de toutes parts en lui Vbon^^me supérieur et Texcellent homme. On voyait une âme dont tous les sentiments étaient généreux et rapides coaune les instincts mémea du talent. Jamais on ne réunit à plus de vivacité une tolérance plus aimable. Personne ne concevait mieux toutes les opinions désintéressées et sincères. Personne n'appréciait davantage la fidélité à d'autres amitiés que la sienne. )Iais surtout quelle grâce et quel feu dans ses discours, lorsqu'il pariait des grands modèles de notre admirable littérature ! quel sentiment délicat! quelles ingénieuses applications de leurs beautés! quelle mémoire éloquente I

Pardonnez , Messieurs , ce langage ; il n'y a pas longtemps^ que la voix de M. de Fontanes était encore tout animée de cette chaleur et de cet enthousiasme. Même après la première atteinte d'un mal funeste, ses amis l'ont vu libre d'inquiétudes, rendu tout entier à la vie ; revenant à ses souvenirs de littérature et d'éloquence, et l'âme ardente, attentive, récitant quelques vers de nos grands poètes , dont son imagination était sans cesse entretenue. Il allait publier un de ses premiers ouvrages qu'il avait revu avec tout l'effort et toute l'expérience du talent , et qui devait soutenir une honorable rivalité. Son imagination était tout occupée de ces heureuses et paisibles idées qu'inspirent les lettres. Hélas ! l'ouvrage qu'il venait d'achever devait paraître trop tard pour lui-même ; et cet heureux retour vers les poétiques inspirations de sa jeunesse avait été son dernier adieu à la vie ! Une entière sécurité de quelques heures fut suivie d'un danger sans espérance ; et , au milieu des promesses divines de la religion, ses dernières pensées obscurcies dés ombres de la mort n'eurent que peu de temps pour s'arrêter sur la douleur de sa respectable épouse, et de sa fille qu'il léguait en mourant à l'auguste intérêt du roi.

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Perte cruelle pour Tamitié, pour les lettres, et surtout pour ceux à qui M. de Fontanes accordait cette estime invariable et cette active bonté que rien ne remplace dans la vie ! Puissent du moins les regrets publics s'attacher longtemps à une si honorable mémoire, et récompenser ainsi ce beau caractère dont toutes les vertus étaient des mouvements de cœur, et ce beau talent que Ton doit admirer comme un modèle de goût et d'élévation, ou plutôt qu'il faut pleurer maintenant, puisqu'il était l'expression et la vive image de celui que nous avons perdu, de cette âme si bienveillante, si généreuse , si supérieure à l'envie , et si naturellement passionnée pour tout ce qu'il y a de grand et de bon sur la terre.

RÉPONSE AU DISCOOHS DB M. DACIBH. 173

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RÉPONSE

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