RÉPONSE AU DISCOURS DE M. D ACIER
Son âme , naturellement haute et modérée , était étrangère aux passions communes , et n'adfnettait que la justice et le devoir. Un dévouement inaltérable à la monarchie , une ferme confiance dans ses propres intentions, et cette heureuse sécurité d'une vertu toujours la même , lui inspiraient des pensées calmes et conciliatrices. Il ne se précipitait pas vers le bien ; il savait le préparer et Tattendre. Il avait beaucoup de lumières sur les diverses parties du gouvernement , une prompte intelligence de toutes les idées d'ordre, d'industrie, de prospérité sociale. Il souhaitait , il cherchait pour les peuples tout le bonheur, dont les institutions les plus libres ne sont que l'instrument et la garantie. Tant de précieux avantages et des vœux si purs suffisaient-ils pour achever le grand ouvrage du rétablissement du trône légitime sur la base nouvelle et nécessaire des libertés publiques ? Le développement des institutions généreuses que la France doit à son roi , leur application forte et paisible , loyale et populaire , pouvait-elle être le résultat d'un seul effort et d'une seule époque? On jugera plus tard ces questions. I^Pour les hommes d'État , le tombeau ne commence pas encore l'avenir. Heureux cependant le sage dépositaire du pouvoir, dont il faut estimer les lumières et la vertu , ; avant même d'avoir eu le temps de vérifier les pré- . voyance» de sa politique I Honneur durable à l'homme ( d'État qu'aucune opinion ne peut juger même sévèrement , sans lui rendre d'abord une espèce d'hommage , et sans lui accorder quelques-unes des louanges qu'une autre opinion lui refuse 1
Avouons-le d'ailleurs , Messieurs , s'il est aux yeux de l'histoire une tâche difficile autant que glorieuse , pleine de mécomptes et de périls , c'est le fardeau du ministère dans ces mémwables époques de restauration politique, où la souveraineté légitime reprend et modifie ses droits,
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OÙ les traditions renaissent et manquent de toutes parts , où le présent même est encore inconnu, où le pouvoir enfin , nouveau , quelle que soit son antique origine , ne va plus comme de lui-môme, suivant la pensée de Bossuet , et doit calculer à chaque pas le mouvement des ressorts qu'il vient à peine de cr^r. Dans le premier essai , ou dans le développement inattendu des libres institutions qu'embrasse la monarchie , le succès ne suit pas toujours les plus nobles efforts. Des hommes vertueux, des hommes habiles succombèrent à cette épreuve. Clarendon s'exila : rillustre Bolingbroke fut condamné. M. de Richelieu , qu'une situation sans exemple et que l'inviolabilité de son beau caractère mettait à l'abri de ces grands orages de la liberté politique , éprouva cependant toutes les contradictions qu'entraîne cette liberté salutaire. Sur un sol inceiv tain et mouvant , il marcha sans défiance et sans intérêt personnel , n'hésitant jamais à s'engager lui-même pour ce qu'il croyait la justice. Peut-être sa loyauté, vive et sans détour, ne s'armatt-elle pas assez contre les- chancss compliquées d'une forme de gouvernement difficile et nouvelle. Ces attaques variées, ces rapides évolutions des^ partis, ces brusques changements dans les amitiés et dans les haines , qui sont les accidents-natureU de la guerre politique , et les stratagèmes de la tribune , ^tonilaient sa vertu. D'ailleurs, Messieurs, dans cette admirabie consti* tution politique où les passions mêmea tounent à l'inté- 1 rét commun, où l'ambition enno'blie par le con))>at et la publicité devient le droit légal, du talest, pour conserver longtemps le pouvoir, i\ faut en être jaloux , il faut l'aimer avec passion , et le défendre comine une conquête : mais l'âme désintéressée de M. de Richelieu p#a¥ait-elle éprouver ce sentiment exclusif? Un péril de l'État, et 4a trône , l'occasion d'un difficile dévoùentent , den^oyahs douleurs à consoler, voilà les seuls motifs qui triom-
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jAaient de sa modeste indifférence pour les honneurs , et le forçaient d'accepter le pouvoir ; mais le danger s'éloignait*il » les temps devenaient-ils plus calmes et meilleurs , cette âme généreuse se détachait de la puissance , à mesure qu'elle y voyait un autre intérêt que celui d'un grand devoir et d'un sacrifice. Il lui semblait que sa tâche finissait, au moment où elle aurait pu flatter Torgueil et Tambition.
Je n'essaierai pas de pénétrer plus avant dans le secret de ce noble cœur. Ce droit n'appartenait qu'à l'amitié éloquente qui s'est fait entendre à la Chambre des pairs , avec une si grande autorité de douleur et de talent. Pour nous, il nous suffit de rappeler ce qui frappait tous les yeux, ce qui formait le caractère public de M. de Richelieu, cette probité imposante et simple, qui, dans les plus hautes affaires devient une puissance , ce mépris de la ridiesse , si naturel en lui qu'il ne semblait pas même une vertu, ce zèle actif pour la France, ce dévouement si pur, si désintéressé pour l'auguste dynastie de nos rois , ce respect religieux pour le roi fondateur de la Charte, cet ^^aodpressement à montrer que l'immortel auteur de nos libertés en était le sage et constant défenseur, et qu'il les protégeait comipe le monument de sa gloire, et l'héritage , immuable de son peuple.
U nous suffit surtout, Messieurs , de rappeler ce mouvement de omstaination publique , ce deuil profond qui iRiivit la mort si soudaine de M. de Richelieu , et honora ses funéraiUes. Dans cette vie de notre siècle où l'intérêt et l'ambition occupent tant de place, dans nos jours agités et distraits, par tantd'événements , parmi tant d'émotions qui passent si vite , 6e n'est pas un faible titre d'honneur, que ces témoignages puUics d'intérêt sur la perte d'un honune , et ces regrets unanimes autour d'un tombeau. Le pouvoir n^était {4us Iti ; il avait cessé même avant la
mort ; les engagements de la politique n'avaient plus où se prendre : il n'y avait plus ni calculs ni espérances : il n'y avait que des souvenirs, de la justice et de la douleur. C'était l'honnête homme que l'on pleurait; c'était l'ami loyal de son prince et de son pays , le Français fidèle , l'homme juste , éclairé , généreux , à qui Ton rendait un tardif mais universel hommage.
DISCOURS D*ODVERTCWÎ. 186
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