‹ Discours et mélanges littérairesChapitre 34 sur 45 · RAPPOHT SUR LÀ TIB DE PIB VII. S · texte numérisé non relu

RAPPOHT SUR LÀ TIB DE PIB VII. S

contestables : en politique ^ il aime iincèrement les insti* lutions de son pays, et ne se propose d'autre utopie que leur affermissement et leur progrès; en morale, il est sévère sans amertume , et vrai sans satire. On ne peut pas toujours partager ses vues : on Testimera d'avoir offert à la France ce portrait d'elle-même , bienveillant , mais non flatté , souvent inexact , mais sincère. On en détachera çà et là quelques vérités toujours utiles à redire sur les droits du jury, sur l'action indispensable de la presse et le bienbit de la publicité. On lui saura gré de n'avoir jamais separé la morale de la religion et de la liberté, c'est-à-dire de la sanction qui la couronne , et de l'épreuve qui l'eur noblit encore.

Ces motifs ont déterminé l'Académie à distinguer honorablement un ouvrage dont la lecture ne peut exciter dans les âmes que l'émulation du bien, et le sentiment des devoirs privés et publics.

Les livres qui entretiennent de telles pensées sont le meilleur correctif de cette licence d'imagination que M. Alletz reproche à notre temps, et qu'il explique par le scepticisme et l'amour-propre, en la nommant assez bien une terrible manière de faire du bruit.

Opposer à cet abus du talent un talent égal, consacré par un plus noble usage , serait un difficile effort ; mais quelquefois les faits eux-mêmes viennent aider et élever récrivain.

Il est des souvenirs historiques, des événements , des personnages qu'il suffit de reproduire, ou plutôt de dévoiler fidèlement à nos yeux, pour porter dans les âmes une impression de grandeur morale et une salutaire admiration de la vertu.

A ce titre, un livre d'histoire, et d'histoire contemporaine, à particulièrement occupé les débats de l'Académie ; c'est la vie d'un pontife , du pape Pie YII : et l'Aca-

demie n'a cru méconnaître en cela aucune des traditions de philosophie et de liberté qui lui sont chères. II lui a paru qu'un des spectacles à jamais mémorables qu'avait offerts notre siècle , plus riche peut-être en grands événements qu'en grands caractères, c'était la lutte opiniâtre du pontife de Rome contre le dominateur de l'Europe.

Il ne s'agissait plus , en effet, des ambitieuses prétentions du pouvoir spirituel sur les empires de la terre ; il ne s'agissait plus même de la suprématie pontificale tout entière, mais de la liberté religieuse. C'était la lutte de la conscience contre la force doublée de génie. C'était, sous une forme sacrée , le dernier combat que l'intelligence rendait contre une puissance matérielle , sans contrepoids et sans barrière , qui ne renversait ou ne transférait les trônes que pour mieux asservir toutes les pensées et toutes les volontés.

L'homme qui ne céda pas à cette prodigieuse puissance , ou qui du moins ne lui céda que dans des bornes convenues, et pour lui résister ensuite avec une inflexible douceur, le vieillard qui, sans soldats, sans défense, sans océan et sans déserts entre la France et lui , osa dire non à l'empereur et opposa les bulles de l'Église au conquérant qui avait brisé les constitutions des peuples , est un des plus beaux caractères qu'on puisse présenter en exemple à l'humanité , pour nourrir en elle le sentiment de sa propre grandeur et de sa liberté morale.

Ce caractère paraît et se soutient dans toute la vie de Pie VII, modéré, timide, indulgent, mais invincible dans sa patience. Pie VII est venu sacrer dans Paris l'illustre et heureux guerrier qui avait honoré les restes mortels du dernier pontife , épargné l'Italie conquise , pacifié la France victorieuse, rétabli l'ordre et la religion. Cédant à la victoire , comme à une volonté visible de Dieu , il est

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