‹ Discours et mélanges littérairesChapitre 35 sur 45 · RAPPORT SUR LA VIE DE PIE VU · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR LA VIE DE PIE VU

venu couronner empereur ce nouveau Charlemagne , plus extraordinaire que le premier, puisqu'il était sans aïeux. Mais le pontife romain s'arrête là, quoique déjà l'ambition du conquérant demande davantage. Ceconséorateur appelé avec tant de pompe , Napoléon voudrait en faire seulement le premier évéque de son empire. Il lui plairait de prendre Rome pour lui-même, et de donner l'église Notre-Dame au pape.

A peine les caresses et les fêtes du couronnement ontelles cessé, qu'on murmure tout bas ce projet, et qu'on en obsède le pontife, en différant à dessein son départ. « Tout a été prévu, répond alors Pie YII. Avant de quitter notre ville de Rome, nous avons signé une abdication H régulière, valable à l'instant même où nous serions re- « tenu captif : elle est hors de votre pouvoir, confiée à un tt dépositaire prêt à la publier ; et quand on nous aura « signifié ce qu'on médite contre nous, il ne vous restera « plus dans les mains qu'un misérable moine, qui s'ap- « pellera Barnabe Chiaramonti. »

Devant cette sublime humilité , l'empereur n'insista pas ; et le pontife retourna Ubre à Rome. Mais son inquiet et puissant néophyte ne l'y laissera point en paix. Cette seconde lutte va durer quatre années , jusqu'au moment que, vainqueur sur de nouveaux champs de bataille, roi d'Italie , dictateur de l'Allemagne , Napoléon , par un décret , réunit Rome à la France , et fait enlever le pape , par quelques soldats, le soir même du jour où, plus noblement occupé , il gagnait lui-même la bataille de Wagram.

Là s'achève le grand tableau de la vie de Pie YII , par sa constance, non plus contre le pouvoir et la séduction, mais contre le malheur, par sa fermeté dans l'isolement et la prison , par sa confiance inaltérable , quand tout l'abandonne sur la terre , quand ses cardinaux même

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passent du côté de César, et qu'il n'a plus d'autre défenseur avoué devant le conquérant , qu'un modeste con<seillerde l'Université, le savant £mery, et un membre de l'Institut , le grand artiste Canova. Maintenant , traîné captif de Rome à Alexandrie , à Grenoble , à Savone , à Fontainebleau, Pie YII va noblement rétracter sa menace de 1805. Le péril est devenu trop grand, l'adversaire trop redoutable, pour qu'il veuille le combattre, en abdiquant. Trop d'àmea ont faibli , pour que Pie YII veuille exposer son Ëglise à la chance d'une succession. Il reste souverain pontife en prison ; il cède môme sur quelques points ; et il n'en maintient qu'avec plus d'empire , par ses protestations et ses réserves, l'invincible résistance à laquée va céder enfin Napoléon, vaincu par la force qu'il avait malheureusement prise pour seul arbitre.

Et cependant , Messieurs , ces deux puissances ennemies ne se haïssaient pas. Pie VU avait aimé, et il aimait encore l'éclat et le génie de cet incomparable jeune homme , qu'il avait vu commencer en Italie sa carrière de vainqueur de l'Europe. Bien plus, le pape respectait ce qu'il avait jadis consacré lui-*méme , cette impériale légitimité de la gloire que Napoléon portait en soi seul , qu'il n'a transmise à personne de sa race, et qui s'est retirée tout entière avec lui.

Napoléon, à son tour (car l'affection se mêle parfois au calcul politique). Napoléon, soit par vieille sympathie du conquérant pour le prêtre, soit par un élan naturel d'imagination italienne et religieuse, aimait le pape qu'il a persécuté. Jamais , dans son plus grand pouvoir, et dans son impatience contre cette volonté non moins forte que la sienne , il ne lui échappa d'expressions dédaigneuses ou violentes sur Pie VU. Dans l'orageux passage de son triomphe des Cent Jours, il lui adressa de nobles vœux, et le demanda pour médiateur. À Sainte-Hélène, malade et

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