‹ Discours et mélanges littérairesChapitre 38 sur 45 · RAPPORT SUR LA VIS DB PIE VII · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR LA VIS DB PIE VII

empreinte de tendresse mystique qui se mêlait à la rai^ son sévère et courageuse du chancelier n'a été mieux saisie. L'auteur, pénétré des écrits de Gerson , a su retrouver partout ses actions dans ses maximes. Par là, il a montré d'une manière ingénieuse et neuve que cet homme, à la vie simple, mais éclatante, qui avait été magistrat , ambassadeur , qui avait lutté contre les factions sur la place publique et dans les conciles, qui avait arraché l'abdication de deux papes dans l'intérêt de l'Ëglise , proposé avec hardiesse de sages réformes , et tout bravé pour la vérité , était aussi, était nécessairement le pieux solitaire , l'admirable anonyme qui écrivit V Imitation de /. C, et que tant de paix et de douceur était sorti du milieu de tant d'orages.

Ce discours, curieux par les détails et souvent vrai par l'émotion, est malheureusement incomplet ou subtil dans quelques parties. L'Académie, en réservant à l'auteur, M. Fouinet , la mention la plus honorable , a regretté qu'un talent si digne d'estime n'ait pas porté plus de méthode dans la composition , et plus de simplicité correcte dans le langage.

Ce mérite a frappé dans le numéro ô, ayant pour épigraphe ces paroles de Gerson à lui-même : Homo conteniplativus simul et activus. La division facile qu'elles expriment a guidé l'auteur. Le sujet, dans cet ouvrage , est traité avec plus de justesse que de force, plus de clarté que d'éclat , sans être assez approfondi , mais sans être exagéré. A une époque où la prétention et l'effort gâtent quelquefois le talent , un ordre d'idées naturel et judicieux , un langage vrai dans sa modeste élégance , surtout une candeur d'expression qui supplée parfois à la science , et se fait reconnaître plus vite , ont séduit des suffrages même sévères. Ce discours offre , dans des proportions qui ne sont pas sans art, une attachante variété

de récits , de réflexions , d'analyses ; et , lu tout entier, il occupe Tesprit sans fatigue. L'Académie Ta jugé digne d'un prix.

Un autre ouvrage en même temps commandait de plus haut Tattention. Je parle du numéro 7, qui a pour épigraphe cette phrase d'un philosophe célèbre* : C'est tau^ jours la mauvaise philosophie et la ^nauvaise théologie qui se querellent. Ce discours , dans un cadre étendu , embrasse le sujet entier, dont il n'éclaire pas également toutes les parties. On y sent du savoir, de l'âme et du talent , on y voudrait une marche plus rapide et parfois un goût plus sûr. Nulle part , cependant , Gerson n'a été mieux compris et mieux peint. Dans quelques considérations sur la science particulière qui fut l'exercice et la forme de la pensée du chancelier, parce que cette science représentait alors l'activité même de l'esprit humain , on reconnaît l'intelligence philosophique et ferme du panégyriste. L'attrait qu'il paraît éprouver pour les méditations mystiques de Gerson lui sert à mieux pénétrer l'histoire de cette époque , où la contemplation préparait l'enfantement de tant de grandes choses; ou, par exemple , un autre théologien, le maître et l'ami de Gerson , Pierre d'Aiily, écrivait un traité de cosmographie religieuse , qui , suivant une remarque récente de l'illustre Humboldt ^ , fut la lecture assidue et l'inspiration la plus efdcace de Christophe Colomb cherchant l'Amérique. Tant, à ces époques de renouvellement, l'enthousiasme a servi la science et élevé la raison !

Avoir saisi et marqué cette influence n'est pas un mérite vulgaire. L'Académie a toutefois hésité entre cet ouvrage et le précédent ; et voulant récompenser des qua-

* M. Cousin b

=» Hiêtoire de la géographie du nouveau Cùntinent, 1. 111 et IV.

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