‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 3)Chapitre 108 sur 108 · CHARLES ZÉVORT · texte numérisé non relu

CHARLES ZÉVORT

Ici, on lui reproche d'avoir avancé la décadence des éludes classiques, en sacrifiant aux prétentions envahissantes des professeurs de sciences, la substance même des humanités. Là, on raille la réforme pour sa timidité, on la condamne au nom de Tesprit moderne, on dresse contre renseignement classique, comme un machine de guerre, Tidéal incertain et menaçant d'un enseignement nouveau, tantôt «intégral» et tantôt «spécial», mais assurément mal déflni. D*autres, mêlant toutes les questions et confondant tous les points de vue, Tont un grief aux réformateurs de 1880 moins de ce qu'ils ont fait de ce qu'ils n'ont pas fait, et ne voient de salut pour les études universitaires que dans la suppression du baccalauréat et l'abolition des internats d'État. Au milieu de tant de confusion et d'exagération, il est difficile à l'esprit public de se retrouver : aussi est-il manifeste qu'il ne se retrouve pas du tout. On cherche en vain, dans toutes ces polémiques, un mouvement d'opinion déterminé. Les hommes d'État et les hommes d'étude, dont la collaboration est indispensable à la solution de ces grands problèmes, sont tenus à plus de réflexion, à plus de précision, et surtout à plus de méthode. La question du baccalauréat n'est point une question simple, sous le régime de la liberté d'enseignement, qui a remplacé, depuis 37 ans, le monopole universitaire. La suppression des internats officiels est, dans l'état actuel de nos mœurs, ou chimérique ou périlleuse. Ce sont là, d'ailleurs, des solutions purement négatives, et qui n'avancent en rien le vrai problème : le plan d'études. En dépit des récriminations et des résistances, et sans méconnaître des critiques légitimes, j'estime que la réforme de 1880 subsistera, dans ses grandes lignes. Il y faut distinguer deux choses : les programmes et les méthodes. Les programmes des classes ne sont qu'une façade : on a le droit de les trouver surchargés, démesurés, encyclopédiques ; on s'efforce avec raison de les alléger et de les réduire. Mais les programmes ne valent que par la méthode : c'est la réforme môme.

Pour la connaître, pour la juger, pour en apprécier, j'ose le dire, l'élévation et la grandeur, il faut relire la Note dont le Conseil supérieur a fait suivre l'arrêté ministériel du 2 avril 1880.

On pourra modifier les programmes, on ne mordra pas sur ces prescriptions si claires, sur ces foimules si précises, qui

renferment en quatre pages toute la substance des controverses pédagogiques soulevées depuis vingt ans, sur* ces instructions, à la fois pratiques et philosophiques, qui marquent si nettement la dilTérence entre Tesprit ancien et l'esprit nouveau, et auxquelles il ne manque, pour transformer la face des études et désarmer Topposition par l'évidence des résultats, qu'un personnel animé des mômes convictions et élevé dans cette discipline. Le Conseil supérieur le savait bien quand il insérait dans la Note, à laquelle je fais allusion, cette réflexion : «Le Conseil a reconnu que la plupart des modifications qu'il s'agit d'introduire dans l'enseignement exigeront une participation plus directe des élèves et une intervention plus fréquente des professeurs dans les exercices de la classe » Oui, vraiment, tout est

là, et telle était bien, sur le fond des choses, toute la pensée de M. Zévort. Les nouvelles méthodes mettent en jeu, dans une mesure inconnue jusqu'alors, l'action personnelle du maître; elles éclairent et réchauffent la classe, elles la fortifient de tout ce qu'elles enlèvent aux routines, aux devoirs écrits de la salle d'études, aux analyses à outrance, à tous les exercices mécaniques et surannés. Â des méthodes nouvelles, il faut des maîtres nouveaux. Pourquoi ne pas le dire? C'est la résistance du corps enseignant, qui a compromis la réforme de M. Jules Simon. C'est l'adhésion de plus en plus éclairée, de plus en plus réfléchie, de la jeune Université, qui assure l'avenir de la réforme de 1880.

Une autre grande entreprise, moins contestée dans le présent, et d'une portée incalculable dans l'avenir, a rempli les dernières années de l'administration de M. Zévort. Je veux parler de l'enseignement secondaire des filles. La troisième République n'aura pas laissé d'œuvre plus grosse de conséquences : l'Université libérale et républicaine n'en connaîtra pas de mieux conduite ni de plus réussie. Il faut bien rappeler qu'il en fut, non sans doute le promoteur, mais l'ouvrier ; que c'est lui qui l'a mise debout, qui Ta constituée, qui l'a fait vivre. Les Députés proposent, les Ministres parlent, les Chambres votent, mais rien n'aboutit, sans l'administrateur qui prévoit, qui combine à loisir, qui organise. Si la République possède, à cette heure, cinquante établissements d'enseignement secondaire pour les jeunes filles, et si plus de trente autres sont en

CHAKLES ZÉVORT. 541

formalion, c'est au directeur de renseignement secondaire, à ce vieillard qui créait, à Tâge où les autres se reposent, qu'en revient vraiment Thonneur. Il ne s'agissait pas seulement de millions à dépenser, d'édifices à approprier où à construire. Ici, tout était à faire : les programmes et le corps enseignant, les méthodes et les maîtres. Tout cela s'est accompli tout à coup et sans emphase, avec ordre, avec sagesse, avec précision. Cela ne s'est point fait comme une œuvre de combat, inspirée et conduite par des sectaires. L'Université n'aime pas l'esprit de secte, elle a eu, dans ce dernier demi-siècle, trop souvent à en souffrir. Persécuté dans sa jeunesse pour le délit de libre pensée, M. Zévort n'était pas homme à poursuivre, à son tour, dans la haute charge qu'il occupait, de tardives et stériles revanches. Il connaissait son temps et son pays, et l'expérience de la vie des hommes lui avait appris qu'il n'y a de victoires durables que celles qui s'arrêtent et se modèrent.

Son libre esprit ne pouvait supporter le fanatisme à rebours. Il estimait qu'en ce pays de vieilles mœurs et de vieilles croyances, le plus grand péril que puisse courir l'enseignement laïque, c'est le manque de t^ct, de souplesse et de mesure. L'École normale de Sèvres, qui est son œuvre, et qui n'a de rivale que l'admirable pépinière d'institutrices crééeàFontenayaux-Roses par M. Buisson et par M. Pécaut, ne fait éclore ni des viragos, ni des pédantes. Il n'en sortira, si l'on reste fidèle, comme je n'en doute pas, aux inspirations du fondateur, que des femmes bien élevées, instruites et raisonnables.

Si l'enseignement secondaire des filles doit beaucoup à M. Zévort, notre ami lui aura dû sans doute la dernière joie de sa vie. L'ouverture d'un second lycée de filles à Paris peut lui apparaître, selon l'heureuse expression du ministre de l'instruction publique, comme le couronnement ne sa noble et féconde carrière. Peu de jours après, au moment de prendre sa retraite, et comme si cette vie, que le travail avait exclusivement remplie, se dérobait d'elle-même au repos, la mort l'enlevait d'un coup de foudre.

Heureux ceux qui meurent debout, dans l'intégrité de leur être, et devant leur œuvre fini ! Le destin ne saurait réserver à ceux qui ont bien vécu de plus haute récompense. M. Zévort fut, toute sa vie, le soldat du devoir ; il ne souhaitait rien de plus

que de mourir dans la bataille. C'est à nous qui l'avons aimé, c'est aux disciples quil a formés, aux collaborateurs qui ne Toublieront pas, de faire durer, pour Tédification des générations nouvelles, par ce temps de laisser-aller et de succès faciles, le souvenir des hautes vertus civiques et professionnelles que produisait la vieille Université, et dont M. Zévort fut une des plus pures et des plus complètes incarnations.

Jules Fbrry.

Ditconrt tnr la politique intérienre.

Discours d'Épinal, du 15 avril 1885 1

Discours de Lyon, du 9 août 1885 G

Discours aux délégués des Vosges, du 23 août 1885 ^7

Discours de Bordeaux» du 30 août 1885 33

Élections de 1885 63

Le ministère de Freycinet, du 7 janvier 1886 66

Discours du 16 août 1886, au Conseil général des Vosges 68

Le ministère Goblet, du 19 décembre 1886 70

Le ministère Rouvier, du 30 mai 1887 73

Discours d'Épinal, du 34 juillet 1887 74

Discours de Saint-Dié, du 27 septembre 1887 78

Discours du 3 octobre 1887, au Cercle ouvrier républicain de

Saint-Dié 86

L'affaire Limouzin-Caffarel-Wilson. ~ Démission de M. Grévy. . 96

La candidature de M. Jules Ferry 98

M. Sadi-Carnot président de la République 101

Attentat contre M. Jules Ferry » 103

Réponse aux habitants d'Hanoi 104

Le ministère Tirard, du 19 décembre 1887 105

Le développement du Boulangisme 106

Le ministère Floquet, du 3 avril 1888 110

Discours aux Vosgiens 111

Discours du 31 décembre 1888, à l'Association républicaine 116

L*apogée et la chute du Boulangisme 132

Le cabinet Tirard, du 22 février 1889 134

Fuile du général Boulanger 136

Discours du 11 avril 1889, à rAs&ociation républicaine 136

Discours du 17 juin 1889, à rAssociation républicaine 148

Éleclions des 2î septerobre-6 octobre 1889 161

Profession de foi de M. Jules Ferry 162

Écroulement du Boulangisme. — Élection de M. Picot 164

Article de M. Jules Ferry sur le Boulangisme 167

Discours du 30 mars 1890» à TAssociation d*Alsace-Lorraine. . . . 173

Heureux minisireSy article de M. Jules Ferry 177

Le ministère de Freycinet, du 17 vmlts 1890. 181

Discours du 10 mai 1890, au banquet des étudiants 182

Discours du 21 décembre 1890, aux délégués sénatoriaux des

Vosges 186

Lettre du 12 décembre 1890 aux Français du Tonkin 193

Élection de M. Jules Ferry an Sénat 195

Discours au Sénat, du G mars 1891, sur la question algérienne. . 197

Discours du 21 mars 1891, au banquet de TÉlysée-Montmartre. . 214

Discours de Vic-de-Bigorre, du 19 avril 1891 224

Discours du 17 octobre 1891, à Dussang 233

Discours du 19 octobre 1891, au Thillol 235

Discours sur les viandes salées d'Amérique 240

Discours au Sénat, du 23 novembre 1891, sur le tarif général des

douanes 241

Discours du 8 janvier 1892, au Sénat, sur le budget de TAlgérie. 285

Rapport au Sénat sur le Gouvernement de l'Algérie 286

Disconrs divers, éCrangent * la iMilUiqac 329

Éloges néorologiques.

François Arago 330

Violiet-le-Duc 335

Jules Quicherat 337

Edouard Laboulaye 338

Eugène Tenot 33»

Éloges d'artistes.

Discours au banquet d'Henner» . » . » . ^ 346

Discours au banquet d'Antonin Merci»* 349

Éloge d'un explorateur. — Le banquet Mizon 35^

Uttre du 20 janvier 1892 aux Français du Tonkin * 35^

Discours du 30 juillet 1889, au collège de Saint-Dié 363

Ditcoiin à rAssociation philotechnique :

Discours du 1 1 juillet 1880 36t>

Discours du 83 novembre 1890 873

Discours du 88 juin 1891 380

Discours du 22 novembre 1891 383

Discours du 26 juin 1892 :W8

Discours du 20 novr»mbre 189? 31>5

Discours du 20 juin 1883 pour Tinauguration de la salle du Jeu

de paume, à Vei*saiUes 399

L'année 1892. — Résumé politique 412

Discours du 22 août 1892, au Conseil général des Vosges 415

L'affaire du Panama. Ministère Ribot, du 6 décembre 1892 419

Interpellation Déroulède 421

Discours du 11 février 1893, à rAssociation républicaine 423

M. Jules Ferry, président du Sénat 425

Discours d'installation, du 27 février 1893 429

Dernière allocution à l'Association républicaine 433

Mort de Jules Ferry, 17 mars 1893 435

Les funérailles nationales 436

L'inauguration du monument de Jules Ferry 438

Discours de M. Hanotaux 439

Appendice.

Deux articles inédits de M. Jules Ferry 447

Lettre de M. Buloz ^ 449

IL La concentration industrielle 500

Un collaborateur de M. Jules Ferry : Charles Zévort 530

Table des matières 543

J. Kerrt, Diêeoitrty VII. 3*»

IMPaiMEBIK E. CAPIOMONT KT C'*

PAÏ^S

6, nOR DES F0ITRVIK4, 6

(Anc.en H6Ul t:« Tlwu)

tl'M rj - l:Ji^ ^

Page 1