‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 4)Chapitre 1 sur 60 · V. tome 1er, p · texte numérisé non relu

V. tome 1er, p

Vin NOTE DES ÉDITEURS.

l'instruction et l'éducation universelles », suivant une heureuse expression de M. Alfred Rambaud, effort qui se résume dans la fondation de cinquante mille écoles primaires, et dans l'élévation de douze à cent millions du budget de cet enseignement du premier degré.

11 nous restera ensuite à mettre eu pleine lumière son autre titre de gloire : le développement de notre empire colonial, et, après la trop longue retraite du grand politique, si outragé et si méconnu, à montrer cette haute figure portée, comme en triomphe, par un retour de justice et de reconnaissance nationales, à la Présidence du Sénat, dans ce palais historique du Luxembourg où, après avoir, une dernière fois, fait entendre la parole sereine d'un homme d'État républicain qui couronne une vie glorieuse par l'éloge de la Liberté, Jules Ferry s'enveloppa, pour dormir son dernier sommeil, dans les plis du drapeau tricolore qui avait couvert Gambetla !

L'Assemblée nationale

Du 8 février IH71 au 31 décembre lS/'.'i.

M. Jules Ferry ministre à Athènes.

Il n'avait pas dépendu de 31. Jules Ferry que la honte de la Commune ne fût épargnée à la capitale. Sorti le dernier de l'Hôtel de Ville, dans la désastreuse journée du 18 mars, et après que les troupes se furent repliées par ordre supérieur, il échappa aux insurgés, qui cernaient la mairie du Louvre en criant : Mort à, Ferry! et alla, le lendemain, rejoindre à Versailles le Gouvernement.

Lorsque l'armée nationale rentra dans Paris \ Jules Ferry la suivit et voulut reprendre possession de l'Hôtel de Ville, mais, quand il arriva sur la place de Grève, il ne vit qu'un monument livré aux flammes, « une façade éventrée, découronmV, déchirée, découpant sur la fumée noire et la flamme pétrolée le reste de ses pignons et le peu qui survivait de ses statues 2». Entre les deux annexes, une harricade se dressait encore,

1. Les troupes entrèrent dans Paris le 21 mai 1871, grâce au dévouement de Ducatel; mais roccupation ne fut complète que dans la soirée du 28. Le 24 fut la journée des incendies.

•2. Extrait d'une lettre à .M. Charles Ferry, datée du 2 juin. Nous réservons ce document, d'une beauté lugubre, qui figurera sans doute plus tard dans la Correspondance de Jules Ferry.

J. Ferry, Discours, II.

occupée par les soldais de l'ordre, tandis qu'en face, au pont Louis-Philippe, le drapeau rouge se déployait sur une autre barricade d'où les Communards faisaient le coup de feu sur nos troupes. Tout près, le Théâtre- Lyrique, le Palais de Justice étaient en feu, la Préfecture de Police n'était plus qu'un monceau de ruines fumantes; on tiraillait des fenêtres, et, des Buttes-Chaumont, les canons de l'insurrection bombardaient Paris. « La tête dans le feu, les pieds dans le sang, les yeux brûlés par l'incendie », Jules Ferry assista aux dernières convulsions de la Commune. M. Thiers, par décret du 26 mai 1871, lui avait rendu le titre de Préfet de la Seine ; mais il n'y avait plus d'archives, plus d'argent; l'autorité militaire ne ménageait pas les marques de mauvaise volonté à l'ancien memhre du Gouvernement de la Défense nationale, et l'Assemblée de Versailles demandait sa révocation. Il fallait bien cependant refaire une administration, « nourrir un peuple qui mourait de faim, » diriger la presse et reconstituer la police. Avec une abnégation patriotique, M. Jules Ferry accepta cette lourde tâche, par dévouement pour M. Thiers, qui l'avait noblement défendu à la tribune, et pour les maires, « ses compagnons d'ingratitude ». Mais chaque jour, la majorité de l'Assemblée nationale, sous l'influence du général Ducrot, « dévorait un morceau du Quatre-Septembre ». Picard, Jules Favre, Jules Simon, étaient démissionnaires. Jules Ferry, blessé des violentes attaques que les monarchistes lui prodiguaient, donna, lui aussi, sa démission et fut remplacé à la Préfecture de la Seine par Léon Say (o juin 1871). Ainsi rentré dans le rang, l'ancien membre du Gouvernement de la Défense nationale entreprit île rétablir la vérité historique, si gravement altérée par les préventions et les haines de la majorité monarchique, en se présentant devant les commissions d'enquête nommées par l'Assemblée nationale pour faire le procès du Gouvernement du Quatre-Septembre et le rendre responsable de l'insurrection du 18 mars. Pour tout esprit de bonne foi, les dépositions de M. Jules Ferry1 ne laissent rien subsister des légendes accréditées par les ennemis de la République, mais c'eût été trop attendre de l'esprit île parti que

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