‹ Discours et opinions de Jules Ferry (volume 5)Chapitre 60 sur 66 · LE SECOND MINISTÈRE DUFAUBE. 4SI · texte numérisé non relu

LE SECOND MINISTÈRE DUFAUBE. 4SI

suscitant d'orageux débats, el l'on ne put commencer l'examen du budget de 1879 qu'à la fin de novembre. I) fut toutefois rapidement achevé ; le Sénat, qui fut saisi le 1 1 décembre de la loi de finances, n'y apporta pas de (graves cbangements el la session se termina sans encombre.

ÉleoUoiu aénatorialfls.

Les élections pour le renouvellement du tiers des sénateurs élus eurent lieu le 5 janvier et ouvrirent l'année 4879. Ce fut un grand triomphe pour les républicains; soixante-six d'entre eux entraient au Sénat, ce qui donnait aux gauches une majorité de 40 à GO voix. Des 47 sénateurs réactionnaires qui s'étaient représentés, quatorze seulement revenaient aa Luxembourg; et ils étaient presque tous légitimistes; les bonapartistes subissaient un échec lamentable et le maréchal Caurobert Itii-méme, malgré son prestige personnel, n'était pas nommé. M. Martel remplaça U. d'AudilTret-Pasquier à la présidence du Sénat et le général Gresley prit, au ministère de la guerre, la place du général Borel qui venait de donner sa démission. Il semblait qu'une érc de calme dût s'ouvrir el que le ministère Dufaure fût assuré d'une longue existence ; mais il devint bienlOt évident que la Chambre ne se contenterait pas du programme du centre gauche. Elle réclamait une plus large épuration du personnel administratif et judiciaire, ainsi que l'amnistie pour les condamnés de la Commune.

Doclaration ministérlalle.

Le 16 janvier, le ministère vint lire aux deux Chambres une déclaration t^^s développée. Après avoir constaté les heureux résultats du scrutin sénatorial, le caractère pacifique des relations de la France avecles puissances étrangères, cette déclaration rappelait notamment les mesures de clémence déjà prises pour plus de i SOO soldats de la Commune, et annonçait 2225 remises de peine ; elle se prononçait, sur la question des rapports de l'Église et de l'État, pour une politique respectueuse de la liberté de conscience, mais, en même temps, pour une ferme observation des lois. Elle promettait de destituer les fonctionnaires hostiles à la République, tout en tenant compte " du sentiment de la justice et du respect des services rendus ».

L'interpellation Sénard.

Si le Sénat lit un chaleureux accueil à ce programme ministériel, la Chambre l'accueillit avec une froideur visible. L'Union républicaine le trouva inacceptable et M. Sénard se chargea d'interpeller le (iouvernement dans la séance du 20 janvier 1879.

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4«t DISCOURS DE JULES FERRY.

Le préaidenl du Conseil répondit immédiatement h H. Sénard. Après atoir, habilement et non sans justice, altrîbaé )e résultat des élections sénatoriales du 5 janvier à la bonne conduite par le gouvernement de toutes les affaires eitlérieures et intérieures du pays, M. Dufaure aborda la question du personnel judiciaire. Il fît une disliuclion entre les procureurs généraux qui n'avaient été •' que les instruments dociles et passifs du ministère >i et ceux qui « avaient poussé le dérouement jusqu'à la passion. 11 n'avait destitué que les derniers — en tout cinq — et il en avait déplacé deux avec diminution de fonctions. Tel était le bilan de réparation réalisée par H. Dufaure dans le haut personnel judiciaire. Le minislre promettait d'ailleurs « d'être sévère pour l'avenir >■, tout en renouvelant les témoignages de son indulgence pour les vieux magistrats sur le point d'atteindre l'Age de la retraite.

Les orateurs de la gauche avancée, MM. Madier de Hontjau el Floquel, répliquèrent à H. Dufaure. Ils soutinrent que le programme ministériel ne répondait pas aux exigences d'une situation nouvelle, qu'il n'était que l'écho de celui de 1876, qu'il ne s'expliquait nettement ni sur le caractère des nouveaux projets de loi, ni sur la question du personnel.

L'ordre du jonr Tottj.

Après la clôture de la discussion et une suspension de séance, M. Jules Ferry monta à la tribune et s'exprima ainsi :

M. JcLïB Ferry. — Messieurs, j'ai l'honneur, en mon nom et au nom d'un grand nombre de mes collègues, de déposer sur le bureau de la Chambre l'ordre du jour motive dont je vais vous donner lecture :

« La Chambre des députés, confiante dans les déclarations du Gouvernement et convainctie que le cabinet, désormais en possession de sa pleine liberté d'action, n'hésitera pas, après le grand acte national du 5 janvier, à donner à la majorité ■ républicaine les satisfactions légitimes qu'elle réclame depuis longtemps au nom du pays, notamment en ce qui concerne le personnel administratif et judiciaire,

a Passe à l'ordre du jour. »

H. Paul Bert. — Mais c'est l'ordre du jour de 1876 que tous lisez là I

M. Charles Floquët. — Nous demandons l'ordre du jour pur et simple.

M. DE Maucère, ministre de l'intérieur. — Le Gouvernement accepte l'ordre du jour motivé présenté par M. Jules Ferry.

LE SECOND MIMSTÈRE DUFAURE. 4BS

M. LE Président. — Le Gouvernement déclare accepter l'ordre du jour motivé dont M. Jules Ferry vient do donner lecture. M. Floquet demande l'ordre du jour pur et simple.

A la suite du rejet, par 200 voix contre ISS, de l'ordre du jour pur et simple, l'ordre du jour motivé, proposé par M. Jules Ferry, fut adopté par â08 voii contre 116.

Oémiuion do Maréchal.

C'était au fond pour le cabinet un triomphe b. la Pyrrhus, car l'ordre du jour de M. Jules Ferry constituait une véritable mise en demeure. Les ministres, d'ailleurs, a'elforctrenl de donner salisfa»v tion aux désirs de la Chambre en déposant un projetpour permettre de gracier les condamnés par contumace et, le 28 janvier, le général Gresley, ministre de la guerre, présentait an Président de la Itépublique un rapport concluant, par application de la loi de 1873 relative aux grands commandements, au remplacement do 10 généraux qui commandaient des corps d'armée depuis plus de trois ans, mais qu'on avait maintenus jusque-là dans leurs fonctions par délibération spéciale du conseil dos ministres, sous prétexte de ne pas nuire à la réorganisation de l'armée. Bien qu'il s'agit de l'application d'une loi votée par l'Assemblée nationale, le maréchal de Mac-Mabon, saisissant cette occasion de quitter le pou voir, refusa de signer la mise en disponibilité des généraux à remplacer, et envoya, le 30 janvier, aux présidents de la Chambre et du Sénat, une lettre qui leur demandait de communiquer sa démission au Parlement. Le même jour, le Congrès se réunissait et nommait M. Jules Grévy président de la République, pour sept ans, par 563 voix sur 662 votants. 11 y avait eu 77 abstentions et le général Chanzy, qui ne s'était pas porté candidat, avait obtenu 90 suCTrages,

DémlMion de M. Onfatire. — Le mlnUtére Waddington.

M. Dufaure ayant manifesté la résolution de rentrer dans la vie privée, un nouveau ministère fut constitué, sous la présidence de M. Waddington qui prit le portefeuille des affaires étrangères'. Ses collègues étaient MM. de Marcère (intérieur et cultes), de Boyer (justice), Jules fen-y, instruction publique), Léon Say (finances), de Freycinel (travaux publics), Lepère (agriculture et commerce), Gresley {guerre), amiral Jauréguiberry (marine).

Dans la séance du 6 février*, M. Waddington au Sénat, et H. de Marcère, à la Chambre, lurent un Message du nouveau Président de la République dans lequel il promettait « d'être soumi? avec sin-

1. Les décrets de nomination sont datés du 4 février 1B79 et ont paru i l-Officiel du 5 février.

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