LE SECOND MINISTÊHE DUFAURE
grand état-major allemand raconte qu'il fallnt les leur arracher pied à pied... {Bravai!) La défense ofllcielle, la défense impériale élait finie. C'est ia Défense nationale qui commençait.
Elle se produisait ici, dès ce moment, avec les caractères qui lui ont fait dans l'histoire une place à part ; cette vitalité qui s'affirme dans les désastres plus hautement qu'elle n'était jamais apparue dans la victoire, cette nationalité (|ui rebondit, en quelque sorte, après avoir touché le fond de l'abime, tout on peuple qui se dresse sous un seul drapeau, toutes les classes confondues, tous les partis unis, les blancs à cOté des bleus, les soldats de Charrette mêlés à ceux de Garibaldi, toutes les discordes un instanl oubliées dans cet élan magnifique d'une nation éperdue, mais vivace, et qui aime mieux mourir que se résigner {Bravos et applaudissemenU.) « De quel bois est donc fait votre honneur, disait un jour M. de Bismarck à Jules Favre, cet honneur qui ne veut pas s'incUner devant la force des choses ? "
Ah I c'est là justement votre grandeur, à vous qui dormez ici votre glorieux sommeil : vous avez été des révoltés contre la force des choses ; vous n'avez point accepté l'arrêt du destin, vous avez espéré contre l'espérance. Vous faisiez-vous illusion sur le succès ? Vous flatUez-vous d'arrêter à vous tout seuls le flot de l'invasion triomphante ? Non, sans doute ; mais vous êtes morts et vous avez voulu mourir pournoos apprendre, pour apprendre aux générations qui nous suivent qu'il y a quelque chose dans le. monde de plus grand que le succès, de plus haut que la victoire, c'est le sacrilice; et que, pour les nations comme pour les individus, l'honneur vaut mieux que la viel {Longt applaudis»ements.)
Nous sommes déjà loin de ces choses, mes chefs concîtojens, et la situation actuelle de la France ne ressemble plus, grûce aux dieux, & celle ,que je viens d'évoquer devanl vous. Bien qu'elle porte toujours à son cAté une blessure inguérissable, la France est désormais à l'abri de toutes les méprises; instruite par ses malheurs, elle se sent à la fois assez forte et. assez sage pour ne rien craindre de ceux qui t'entourent. La France n'est plus la nation présomptueuse qu& l'on a connue ; elle a trouvé la juste mesure de la confiance qu'an peuple libre et fier doit. avoir en lui-même : à savoir la confiance qu'il.
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r.S DISCOURS DE JULES FËRRT.
inapire aux antres. On ne la jalouse pas, on l'honore; on ne la redoute pas, on la respecte, — sachant qu'elle ne menace personne, mais sachant aussi qu'elle est d'humeur et de force à se faire respecter. { Très bien I Applavdiaiemenis.)
Mais, Je vous le demande, Messieurs, assisterions-nous à ce réveil qui nous remplit de joie et d'espérance? La France serait-elle ce qu'elle est aujourd'hui, si, dans ces jours de formidables éprenres, elle n'eAt pas été ce que nous l'avoiis vue?
Imai:inez-vous une France traitant après Sedan, comme plasieurs l'auraient voulu, et endossant les Bonaparte avec la honte ?
Imaginez-vous une France s'inclinant, dans une résignation phitosopliique, devant l'arrêt visible du destin, et se courbant sous les coups du sort? une France qui se serait laissé arracher ces deux provinces, la chair de notre chair et les os de nos os, sans avoir dépensé jusqu'à son dernier écu et versé la dernière goutte de son sang 7
Ah I cette France résignée et si vite abattue, elle fût devenue la facile pàlure des aventures et des aventuriers ; sans virilité dans la guerre, elle eût été sans virilité dans la paix ; elle n'eilt pas trouvé dans ses flancs cette indomptable fermeté, cette énergie de vertu civique qui a déjoué depuis sept ans les conspirations et les restaurations, bravé les oppressions, intimidé les coups d'Élat [Très bien !) ; elle eût été la proie du premier Seize-Mai venu ; elle serait à celle heure un peuple d'esclaves, au lieu de cette nation libre et saine, qui, â force de patience, étonnant par son esprit de suite et sa sagesse ceux-là même qui avaient le plus de foi en elle, a reconquis ce qui constitue pour un grand peuple la dignité supréke : le droit et la capacité de se gouverner elle-même. ( Vive la République! ApplaitdissemenU.)
Tels sont, mes chers concitoyens, les enseignements qui sortent de celte tombe. Et c'est pourquoi l'instinct populaire, qui ne se trompe pas sur les grandes choses, a multiplié tout autour de nous les témoignages de ces jours d'épreuves. C'est pour cela que Nompatelize a son monument, que Raon a voulu posséder le sien, que Rambervillers a perpétué d'une manière digne d'elle le souvenir de sa résistance. C'est pour cela que TOUS avez élevé cette colonne à l'endroit le plus élevé et le pins
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LE SECOND MINISTÈRE DUFAURE. i'i9
bean de votre village, comme un autel à la patrie! Nos pères (le 92 l'avaient rôvé, cet autel vénérable, et leur enthousiasme l'avait improvisé. Le voici bien, cette fois, durable et sacré, scellé par le sang des braves. Gardez-le donc, habitants de Saint-Remy, gardez-le et comprenez-le. Qu'il soit pour vous le palladium et l'arcbe sainte. Que les vieux qui onl vu ces choses Tiennent ici pour ne pas oublier. Que les jeunes les apprennent de ceux qui les ont vues. Chacun de vous sera le prêtre de cet autel. Voua y ferez comprendre à vos enfants, en leur montrant BOUS cette piene, confondus dans le même sépulcre et dans la même gloire, les paysans du bocage vendéen et les montagnards lorrains, celte grande chose qui chez nous survit à tous les désastres, s'affermit dans toutes les épreuves : l'indéfectible unité de la nation française ! {Longs applavdissevients.)
Et si, quelque jour, quand le temps qui efface tout, aura atténué les leçons dont le souvenir nous brûle encore, les générations nouvelles aux prises avec d'autres événements, découragés par les difficultés qui peuvent se produire, inséparables qu'elles sont de l'existence des peuples libres, se laissaient aller aux tentalions et aux défaillances que noiis avons payées si cher, une voix s'élèverait de ces raànes glorieux pour leur rappeler à la fois comment les Empires s'effondrent et comment les Peuples se relèvent!
Vive la République !
{Double ialve d'applaudissements. Profonde sensation. Ct-'is répétés de : Vive la Ilépublique ! Vive Jules Ferry!)
Au banquet qui suivit celle cérémonie, M. Jules Yerry, qui avait été l'objet (le manireslalions très touchanlea, traita la qnestjon qui, à celle époque, occupait (ont le parli républicain, celle des prochaines élections sénatoriales. Nous reproduisons l'analyse de cette causerie, d'après te Mhnoriai tles Vosges {n- du 9 octobre 1878).
M. Jules Ferry porte un toast au Sénat républicain de 1879. Sa conTiance est entière dans le résultat des prochaines élections sénatoriales qui donneront une majorité républicaine. Il constate que l'on a rendu justice au Gouvernement de la Défense nationale, et, ajoute l'orateur, nous en avons la preuve quand nous voyons les ovations que reçoit dans ses voyages le plus patriole, le plus grand d'entre nous, mon ami Gambetta. ( Vive Gambetta. Salve d'applaudissements.)
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Dans une causerie charmante, M. Jules Ferry examine le chemin que la Fi'ance a suivi depuis que M. Buftet succomba, depuis qu'elle est débarrassée de la grande école des Qnanciers dont M. de Brogiie est le chef. [On rii.) La question de l'enseignement congréganisie lui fournit des comparaisons heureuses; il parle de ces prêtres qui ne sont plus les ministres de l'Évangile mais de la contre-révolution ; de ces gens qui veulent embéguiner le pays; telle circulaire, dit-it, du temps de la Royauté de juillet que l'on voudrait leur appliquer aujourd'hui, les ferait criera la persécution. Il faut faire rentrer le clergé dans son église; nous ne sommes pas l'ennemi du clergé; ce que nous demandons, c'est l'application stricte du Concordat; celle arme seule nous suffit; au prochain Sénat de s'en servir. (Salve eTapplaudissementi).
Le péril clérical.
Avec sa clairvoyance habituelle, Jules Ferry mettait te doigt surla cause génératrice du IS Mai, sur l'origine des luttes toujoars renaissantes contre la souveraineté nationale et le régime pariementaire. H. Dupanloup, qui venait de mourir quelques jours avant la reprise de la session des Chambres, n'était plus ta pour diriger les ardeurs belliqueuses du parti clérical; mais d'autres, non moins actifs, non moins éloquents, le remplaçaient. H. de Mun notamment, que le comte de Chambord honorait de son approbation et de ses correspondances, prononça, en novembre il878, an cours du débat qui aboutit à son invalidation, un discours où il développa le programme du parti catholique et précisa le mot d'ordre de ses adhérents, à savoir ; « la conlre-révoliilion. »
Pour le parti clérical, la souveraineté devait appartenir â Dieu, c'est-à-dire au prêtre, la volonté nationale ne pouvait servir de base au gouvernement de lasociété française ; l'bglise devait asservir et absorber l'État. Comment s'étonner si de telles doctrines, qui eussent ramené la France au moyen âge, provoquèrent l'indignation des fils de la Révolution et divisèrent le pays en deux camps ? En consacrant sa vie à la défense de l'Etat laique, en dégageant les diirérentes branches de l'administration des liens par lesquels l'Église les tenait enserrés, M. Jules Ferry n'a fait, plus tard, que remplir le devoir de tout homme de gouvernement, soucieux de protéger les traditions nationales et l'esprit de la RévotuUon contre d'audacieuses attaques.
La discussion des rapports sur les élections contestées, comme celles de MH. de Fourtou, de Bourgoing, de la Rochejaquelein, de Mun, Decaies, Reille, retardaient les travaux de la Chainbre> en
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