‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 15 sur 130 · V. la circulaire de .M. Janvier aux pompiers · texte numérisé non relu

V. la circulaire de .M. Janvier aux pompiers

56 DlSClOUHS I:T OPINIONS.

et à Pout-Audemcr, dilfis-moi si, depuis huit ans que vous m'avez parmi vous, j'ai attendu aujourd'hui pour m'enquérir de vos besoins, soulaj,'er vos soafl'ranees, soutenir vos intérêts... Jugez donc, esprits inipailiaux ; Jugez, natures loyales... Consultez vos cœurs... pas une abstention : je n"ai jamais calculé mon temps quand il s'agissait d'aller parmi vous ; donnez-moi aujourd'hui les quelques minutes que je demande à votre (i/fci'tio)i !

Co n'csl pas de la rhélorique, c'est le fond des choses. Éditeufs de candidatures, les préfets se sentent responsables. Telle est la règle administrative. Elle se rencontre formulée avec une précision éloquente, brevitate imperatoria, sous la plume d'un de ces hauts aduiinistraleurs :

Les élections générales lournissent an (Jouvernement le moyen d'apprécier l'intluence et le dévouement des hommes qu'il associe à sou action.

(Circulaire aux maires du département de l'Aude, extrait du Courrier de l'Aude du 26 mai 1863.)

Ce que nous proposons de traduire par ce petit bout de caté cliisme à l'usage de 3DI. les maires :

D. Quelles senties qualités d'tm bon maire?

R. L'inlluence et le dévouement. Il doit être le premier de la commune par l'influence et n'avoir })as d'égal pour le dévouement.

D. A quels signes reconnaît-on parlictilièrement linlluence d'un bon maire?

R. Au résultat des élections. Tant vaut l'élection, tant vaut le maire.

D. Un maire qui ne fait pas réussir le candidat de l'administration, cesse-t-il donc poin* cela d'être un bon maire?

R. Oui : car s'il est influent, c'est le dévouement ijui lui a manqué ; et s'il est dévoué, c'est qu'il a cessé d'être inlluent.

1). De sorte qu'au point de vue administratif (qui est le vrai), on poiHTait appeler les élections la grande pierre de touche, ou l'éprouvetle des administrateurs?

R. Comme il vous plaira, monsieur le préfet....

Et s'il se rencontre, dans le nombre, des intelligences rétives, on mettra pour elles rexemple à côté du i>récepte.

La liste serait longue des maires admonestés, suspendus, révoqués par les préfets avant, après, pendant les élections.

Des opposants, peut-être ? Pour le croire, il faudrait bien mal connaître ce personnel modeste, docile et dévoué, que Tétatmajor préfectoral choisit, chapitre depuis douze ans, avec la supériorité qui tient au prestige gouvernemental, aux ressources de l'omnipotence, à l'inégalité d'éducation, à une action quotidienne, personnelle, familière, qui sait être tour à tour, selon les besoins, impérative ou caressante !

Quia vu un maire de campagne les a tous vus. C'est toujours, avec des nuances dans la bonhomie, ce mot d'un maire du département de Seine-et-Oise : « Votons pour le gendre de M. le préfet. Qui peut mieux connaître les intentions de M. le préfet que M. son gendre ? »

Plusieurs de ces maires martyrs ont fait au public la confidence de leurs plaintes. Quel cœur de roche n'en serait pas touché?

Celui-ci avait rêvé de rester neutre « enti'e deux candidats également dévoués au gouvernement de l'Empereur » , dont l'nn était lui-même maire depuis quinze ans* !

Celui-là, qui signe héroïquement: « napoléonien de la veille, et quand même, » avait simplement écrit en confidence à son préfet ce quil pensait du choix des candidatures'^!

L'un, que le notariat rendait suspect dans une lutte où il s'agissait d'immoler un notaire, sommé de répondre de son zèle n'a pu répondre que de son impartialité^!.

Cet autre enfin, l'âme combattue entre son écharpe et ses affections, a été trouvé mélancolique dans sa propagande*!

Les départements dont la députation avait été épurée sont particulièrement jonchés de ces héros à contre-cœur. M. de Chambrun en a relevé jusqu'à vingt- huit dans la Lozère ; il y a eu pareilles hécatombes dans la Corrèze, la Haute- Saône, etc.

La plupart en exercice depuis longues années. Mais qu'importe, en temps d'élection? Maires innocents et simples, vous vous fiattiez de la neutralité? Est-ce qu'elle est seulement permise aux instituteurs?

« Combattre les candidatures administratives, écrit un inspecteur des écoles, c'est combattre l'Empereur lui-même. En

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