‹ Discours et opinions de Jules FerryChapitre 60 sur 130 · Numéro du 20 août 1868, Après la Fête · texte numérisé non relu

Numéro du 20 août 1868, Après la Fête

3. Dans VÈlecteur du 17 septembre 1868, M. Jules Ferry (auquel était réservé l'honneur mérité d'inaugurer le monument de Ténot, le 29 avril 1891), a nettement constaté la portée du livre de son ami sur Paris en décembre 1851.

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;iu inarlyrdu droit un niomnnfnt, commémoratif. Tous les députés df la gauche souscrivirent et Herryer mourant imita leur exemple. I, empereur, directement visé, perdit tout sang-froid' : il donna l'ordre à ses minisires Houher et Baroche de faire poursuivre les organisateurs de la souscription. Le Réveil, l'Avenir national, la Trihunc, la Revue politique furent déférés au tribunal correctionnel de la Seine, sous l'inculpation de manœuvres à l'intérieur. Certes, le gouvernement impérial fut, ce jour-là, plus mal inspiré que jamais, car il dressa de ses propres mains un piédestal à Gambetta, que personne ne connaissait le 12 novembre et dont le nom se trouvait dans toutes les bouches, le 14, à la suite de sa magnifique plaidoirie I)our Delescluze. Dans un article intitulé,: le Deux-Décembre à la {■)« chambre-, M. Jules Ferry se chargea de tresser des couronnes à son jeune confrère, le futur chef du parti des irréconciliables :

« Enli'c toutes ces plaidoirirs, brillantes de vcfve et d'éloquence, il nous a fallu choisir : nous avons pris celle qui a retenti le plus haut dans les cœui's. La liberté salue à cette lieure dans M* Gambetta une de ses plus superbes espérances. F^a démocratie compte un tribun de plus, et tous ceux qu'intéresse à un titre quelconque le mouvement de l'esprit français s'arrêteront devant cette belle harangue, fière et vibrante comme rame d'un peuple... »

M. Jules Ferry proteste ensuite contre la théorie de l'avocat impérial Aulois, qui avait proposé à la justice de déclarer que le Deux- Décembre et l'Empire sont unis par une étroite et intime coiinexité, (ju'ils forment un tout unique, et que discuter l'un c'est discuter l'autre.

« Ainsi se constitue une orthodoxie oflicielle d'un nouveau genre. Il ne suflit plus, pour être en règle avec ceux qui nous gouvernent, d'accepter la Constitution et le suffrage universel: il faudi'a accepter, respecter, vénérer le coup d'Étal. »

1. yi. Darimon, dans son Hvre des Irréconciliables sous V Empire (Paris, Dentu, 1888), écrit ce qui suit : » Le Gouvernement vient de se jeter dans les jambes un embarras dont il aurait pu se passer... lia ordonné des poursuites contre la souscription Bandiu... 11 paraît que les poursuites ont été ordonnées sur l'ordre formel de l'Empereur. M.M. Rouher et Baroche ne voulaient pas en entendre parler. » P. '.i'Si. M. Darimon dit un peu pins loin qu'il tenait ce renseignement de M. Welles de lu Valette. P. J36. Ibid.

1". L'Électeur, numéro du 17 novembre 18(18.

Le jugement de la G" Chambre condamna Delescluze, gérant du Réveil, k G mois de prison et 2000 fr. d'amende; Quentin, secrétaire de la rédaction, Peyrat, gérant de V Avenir national, chacun à 1000 fr. d'amende.

LAFFAIIŒ UAUDIN. 177

Pais, rappelant la célèbre querelle qui s'agita, au dix-huitième siècle, entre l'Église et le Parlement de Paris, et l'arrêt qui devait tenir lieu de sacrements aux adversaires d'une certaine bulle M. Jules Ferry écrit : '

« Cela était puéril, n'est-il pas vrai? mais ce qu'on demande à cette heure aux tribunaux ne l'est pas moins. On s'occupe de refaire par arrêt de juslice une virginité au Deux-Décembre; on sollicite un jugement qui lui tienne lieu de sacrements, je veux dire de légalité. On en est là et l'on ne songe pas que cette façon d'écrire l'histoire à coup d'arrêts que l'on prend pour un acte de force, n'est qu'un signe non équivoque de faiblesse et d'embarras. Ce n'est jamais pour un Gouvernement une preuve de force que de défendre son origine. Les gouvernements jeunes, les gouvernements forts se défendent par leurs actes, par le bien qu'ils font, par la gloire qu'ils donnent, par lé progrès qu'ils réalisent; ils ne pataugent pas dans des thèses d'iiistoire et de légalité rétrospective... »

A vrai dire, le Gouvernement était affolé : si M. Rouher ne s'y fût opposé, il eût réclamé sans délai l'abrogation des lois sur la presse et sur le droit de réunion. La magistrature elle-même faiblissait, et, sur plusieurs points, refusait ses services au pouvoir. C'est ainsi que le tribunal de Clermont acquittait VIndépendcmt du Centre qui, k l'exemple de beaucoup d'autres feuilles, avait annoncé dans ses colonnes l'ouverture de la souscription Baudin (1). Le tribunal de Toulouse refusa aussi de considérer comme un délit la publicité donnée à la même souscription, par ce motif

« Que racle de Baudin est un acte de courage et de vertu qui doit être honoré sous tous les régimes^. »

Examinant, à propos de ces incidents, l'attitude de la magistrature impériale, M. Jules Ferry exprime cette opinion que, dans les causes politiques, les magistrats ne peuvent rester impassibles, sans quoi ils seraient des eunuques. Au cours des débats de l'affaire Baudin, le président Saillard avait prononcé une phrase à effet, qui d'ailleurs ne pouvait donner le change à personne : « La magistrature applit{ue la loi : elle ne fait pas de politique. » A cette hypocrisie de commande, M. Jules Ferry adresse de dédaigneuses railleries :

<i Si VOUS n'êtes pas des juges politiques, qu'êtes-vous donc? Si vous ne jugez pas les choses politiques avec un esprit poli-r

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