‹ Discours et opinionsChapitre 7 sur 21 · LE CARDINAL DE RETZ · texte numérisé non relu

LE CARDINAL DE RETZ

MORCEAU EXTRAIT D'UN PLUS LONG OUVRAGE, PAR M. LE COMTE BOISSY-d'aNGLAS, PAIR DE FRANCE, ANCIEN MEMBRE DE l' ASSEMBLEE CONSTITUANTE.

On a voulu comparer le cardinal de Retz et Mirabeau: tous les deux sans doute s'élevèrent par la faveur du peuple , et furent dans une révolution politique au premier rang de ceux qui la provoquèrent ; mais c'est presque là tout ce qu'ils eurent de commun , et il y a autant de différence entre leur génie et leur conduite qu'entre, les siècles où ils vécurent et les circonstances où ils se trouvèrent. A juger même le cardinal de Retz parles mémoires qu'il nous a laissés, et où il exagère beaucoup son influence et la profondeur de ses vues , on voit qu'il n'avait qu'un but misérable , et qu'il ne luttait contre la cour que pour parvenir à être craint de son ministre et à lui vendre son pouvoir. Mirabeau sans doute aussi aurait voulu maîtriser la cour et la diriger, mais c'eût été pour la soutenir de tout son génie, sans cesser d'être le régulateur de la révolution qui semblait la combattre, et pour faire avec elle de grandes choses.

Si le cardinal de Retz eût fait la paix avec Mazarin , ou lui eût enlevé la faveur de la reine , il aurait vécu comblé de grâces, et son objet eût été rempli. Si Mirabeau était devenu premier ministre , comme il l'eût été sans M. Nec-

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ker, et sans l'aversion que donnait a Louis XVI la connaissance de son immoralité passée, il aurait fondé un nouvel ordre de choses, et le gouvernement de la France se serait amélioré sans se détruire.

L'un voulait monter au premier rang pour y être ; l'autre ne songeait, en s'eflbrçant d'y parvenir, qu'à tout ce qu'il pouvait y faire de grand et d'utile. Le succès auquel aspirait le cardinal aurait été le terme de sa carrière ; pour Mirabeau, c'en eût été le premier pas.

Je crois, disait-il en mourant, que, si j'avais vécu, j'aurais donné bien de fa tablature à M. Pilt. Le cardinal de Retz, dans aucun temps de sa vie, n'a pu rien penser ni rien dire de pareil.

Tous les deux flattèrent les passions du peuple et excitèrent ses mouvemens ; Mirabeau du moins voulait que son sort fût amélioré, et qu'il eût toute la liberté compatible avec un gouvernement fort.

On a demandé si le cardinal de Retz eût été plus grand sur un autre théâtre, et on a généralement pensé que non; Mirabeau n'a pu donner lieu à une question semblable. Il a été aussi grand que la grande époque où il s'est montré. Grand orateur , grand administrateur et grand politique, si les circonstances où il s'est trouvé ont été au niveau de son génie , on peut dire que son génie a été au niveau de ces mêmes circonstances , et qu'il ne lui a rien manqué que de vivre.

La cour d'Anne d'Autriche ne perdit rien, en dédaignant le cardinal de Retz, que quelques instans de tranquillité. Mazarin lui resta , et prépara , par les troubles mêmes auxquels il donna lieu, la puissance absolue de Louis XIV. La cour de Louis XVI perdit tout , et se perdit elle-même pour n'avoir pas su profiter de Mirabeau, et utiliser tout a la fois son influence et son génie; et quand il mourut, elle perditla seule ancre qui, dans cette tourmente horrible, eût pu la sauver et la maintenir...

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Si le cardinal de Retz n'eût pas existé, les troubles delà Fronde auraient eu également lieu, et leur résultat n'eût pas été différent; qui peut dire que notre révolution aurait eu les mêmes effets et suivi la même marche , si Mirabeau ne lui eût pas manqué si vite ? Sans doute aucun des deux n'a amené les dissensions politiques dont il u été le contemporain , et où il a joué un si grand rôle ; mais chacun s'y est placé suivant son caractère et son génie , et a été fidèle à l'un et à l'autre. Voilà pourquoi l'absence de l'un, si elle avait eu lieu , n'aurait produit aucun changement remarquable , et que celle de l'autre a tout changé quand elle est malheureusement arrivée.

L'un devait maîtriser les événemens et préparer les circonstances; l'autre ne pouvait que les suivre.

Qui est-ce qui aurait pu le penser pendant que Mirabeau vivait? ce fut sa mort qui permit à l'anarchie de secouer ses torches incendiaires sur le sol malheureux de la France, et qui , laissant le peuple sans modérateur et sans frein , le livra à toutes les fautes, à tous les crimes et à tous les malheurs.

Le cardinal de Retz voyait les succès du moment, Mirabeau ceux de l'avenir : l'un voulait détruire ce qu'il attaquait, l'autre l'améliorer pour le conserver.

Il semble qu'à la mort de Mirabeau la révolution ait perdu sa providence , et qu'il ait emporté avec lui tout le bien qu'elle pouvait produire. Dès ce moment, tous les partis semblent n'avoir plus disputé entre eux que de fautes.

Voyez le*voyage de Varennes qui consomma la perte du roi, et fit perdre à la royauté ce charme en quelque sorte magique, qui la défendait contre les factions , et qui l'avait si miraculeusement préservée des canons du i4 juillet et des poignards du 6 octobre.

Voyez le décret de l'assemblée nationale qui prononce Jinéligibilité de ses membres à la prochaine législature.

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ce qui livra ainsi le sort de la France à des mains coupables ou inexpérimentées, en proclamant une nouvelle révolution au moment où elle déclarait la fin de la sienne.

Tout cela ne serait pas arrivé, si Mirabeau ne fût pas mort.

Croyez-vous que, si Mirabeau eût vécu, rassemblée, au lieu d'une révision insignifiante et inefficace, parce qu'elle ne corrigea rien , ne se fût pas hâtée de rendre au pouvoir royal qu'elle conservait plus de force et d'intensité, et aux institutions qu'elle avaitcrééesplus de cohérence et de liaison?

Croyez-vous enfin , qu'en se retirant comme ayant fini la révolution, elle eût laissé subsister après elle tous les instrumens dont elle s'était servie alors qu'il n'avait fallu que détruire, et qu'il était si dangereux de conserver alors qu'il ne fallait plus que maintenir?...

Donnez aussi quelque attention, si vous voulez apprécier ces deux hommes, aux obstacles qu'il leur fallut surmonter pour arriver où ils parvinrent.

Tout fut difficile pour Mirabeau, tout fut facile pour le cardinal de Retz.

Noble et décrié par ses mœurs, Mirabeau ne pouvait être appelé, ni parle tiers- état, qui ne voulait pas de nobles, ni par la noblesse, qui ne voulait pas donner sa confiance à des hommes sans moralité. 11 fut obligé d'aller à Marseille pour y provoquer du mouvement, et y mériter d'être élu par une troupe de factieux (*); mais cela même fut la cause de son éloignement du ministère et de l'opposition qu'il trouva long-temps parmi les gens sages des communes.

La cour ne vit en lui qu'un agitateur, la noblesse qu'un transfuge, et la majorité du tiers-étal qu'un ambitieux sans

(*) Il n'avait pas d'argent pour se rendre à Marseille, et il n'eut d'autre ressource pour s'en procurer que de vendre le manuscrit de son Histoire secrète de la Cour de Berlin, qui devait lui attirer tant d'ennemis, et acheva de le déconsidérer.

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délicatesse, dont il était tout à la fois honteux et dangereux de se servir.

11 eut besoin de plus de génie pour se soutenir contre la défiance qu'il inspirait (*), et pour faire écouter ce qu'il disait de raisonnable, qu'il n'en fallut au cardinal pouivse faire chef de parti.

Celui-ci était le neveu de l'archevêque de Paris , et il commence par en être le coadjuteur, c'est-à-dire par être associé à cette dignité, la plus importante du premier ordre de l'état.

Les femmes les plus intrigantes de ce temps, celles qui avaient le plus de crédit, n'épargnèrent rien pour se l'attacher et pour lui donner de l'influence.

En allant prêcher dans les paroisses, il acquit le droit de parler en public , dont peu de personnes jouissaient alors ; il s'attacha par ses discours la classe inférieure du peuple; et il put faire servir le langage et l'autorité de la religion à répandre toutes les idées qu'il pouvait lui convenir de propager.

Un simple arrêt du parlement , que personne n'osa combattre, le fit siéger dans ce corps redoutable au moment où il put développer toutes les facultés de son esprit.

Une maladresse de la cour (**) lui donna le désir et les moyens de se faire le tribun du peuple et l'appui de tous les mécontens.

Enfin, on voit dans les occupations de leur vie privée, et dans celles de leur jeunesse , ce que chacun des deux devait être quand il serait sur un grand théâtre; et peut-être, pour les apprécier justement, vaut-il mieux les considérer

(*) ■> J'expie bien douloureusement, disait-il un jour avec amertume, » les égaremens de ma jeunesse. »

(**) On avait arrêté Brousscl, et le peuple s'était ameuté pour le ravoir. Le cardinal , alors attaché à la cour, setransporta parmi les mutins, poulies calmer et les dissiper, et il en fut maltraité. La reine et le cardinal Mazarin se moquèrent de son mauvais succès, et l'accablèrent de railleries; il en fut pi cruellement blessé, qu'il se tourna dès lors contre eux.

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dépouillés de ce charme et de cet éclat qui s'attachent aux grands événemens et aux hommes qui les dirigent.

Le cardinal de Retz ne lait qu'un livre, et c'est l'histoire d'une conjuration, d'une conjuration de factieux, qui ne voulaient détrôner qu'un homme pour en usurper l'autorité. Il se complaît dans ses détails , il en suit tous les mouveinens, il en développe tous les ressorts , comme s'il en eût été l'âme et le mobile.

Mirabeau fait de nombreux ouvrages ; dans tous il combat pour la liberté, ou fait la guerre à quelques abus, ou trace avec une sagacité rare des plans d'administration et de gouvernement.

Il écrit contre les emprisonnemens arbitraires , pour la liberté de la presse, pour l'inviolabilité du secret des lettres , contre les privilèges des nobles , contre l'inégalité qu'il voit résulter en Amérique de l'établissement de l'ordre de Cincinnatus.

Il expose les erreurs des rois et les fautes de leurs ministres, et défend la cause des peuples trop souvent opprimés par eux.

Mais ce n'est pas à l'autorité qu'il en veut, il sait qu'elle peut être tutélaire , et que, pour la rendre bienfaisante , il ne faut que la corriger et l'épurer.

11 ne combat que les abus du pouvoir, que les faux principes des gouvernemens; et en cela il leur est utile, non moins qu'aux sujets qui leur sont soumis, puisque la plus sage politique des rois consiste à rendre leurs peuples heureux , et qu'il s'efforce de le leur apprendre.

Si Richelieu, en lisant l'ouvrage du cardinal de Retz, jugea que son auteur serai! un factieux qu'il fallait réprimer, il aurait, dans les écrits de Mirabeau, démêlé avec la même sagacité le génie et les lumières d'un homme d'élat, et peutêtre eût-il senti qu'il pouvait en faire un auxiliaire utile.

IVliRABEAU est mort. Au moment où cette nouvelle a été annoncée à l'assemblée nationale par son président , un cri de douleur a retenti par toute la salle et dans toutes les tribunes. Toutes les passions et tous les partis se sont réunis à donner les mêmes regrets et les mêmes larmes au grand talent que la patrie a perdu. Son nom est celui que la postérité rencontrera le plus souvent dans les événemens, dans les lois et dans les monumens oratoires de la. révolution. Il y a peu d'importantes questions dont il n'ait facilité ou déterminé la décision , où il n'ait porté la parole avec un grand succès , ou au moins avec de grands effets. Dévoué à la cause de la liberté et de la nation par ces engagemens qui lient un homme dans tous les points de son existence, il a pu flotter dans le choix des moyens de faire triompher cette cause; jamais dans la résolution de tout sacrifier au désir et au besoin de lui assurer un triomphe immuable. Et telle est la puissance attachée aux talens rares, telle est la confiance que les nations fondent sur eux, que, si l'on en croyait la douleur publique, les destinées de l'empire français seraient moins assurées , parce qu'un seul homme , parce que Mirabeau n'est plus.

Tout Paris courait à sa porte pour savoir de ses

nouvelles , et les bulletins qui se renouvelaient d'heure en heure ne suffisaient pas à cette alarme universelle qui comptait les minutes qui pouvaient ajouter aux craintes ou aux espérances : car on a toujours espéré, et il était mort à moitié, qu'on ne pouvait croire qu'il pût cesser de vivre. Il a pu voir cet intérêt si général et si vif qu'il inspirait; et sans doute un tel spectacle a pu aussi lui adoucir les amertumes d'une mort qu'il a vue tout entière, puisque jusqu'au dernier moment il a conservé une tête nette et ferme.

Parmi les acclamations qui accompagnaient son nom depuis deux ans, de graves inculpations, il est vrai, se sont fait entendre; ma.is les premières étaient méritées par des talens et par des services dont on ne pouvait contester l'éclat; les secondes, environnées pour ses ennemis mêmes des obscurités de l'incertitude, jusqu'à ce qu'elles soient prouvées avec évidence, doivent être regardées comme les vengeances du parti qui a succombé, ou des envieux que Mirabeau désolait autant que les aristocrates.

Si les passions, qui étaient chez lui comme ces ouragans subits , terribles et courts , ont pu l'égarer dans quelques époques de sa vie, dans la plus importante de toutes, dans l'époque de la révolution, il a eu ce bonheur, qu'il était enchaîné au bien par ses passions mêmes. Il est impossible de l'avoir vu quelquefois dans celte familiarité où les voiles tombent, et de n'avoir pas aperçu en lui beau-

coup de ces mouvemens d'âme dont il est toujours facile de faire des verlus.

Il faut des circonstances appropriées aux talens d'un homme pour en développer là grandeur et l'étendue; mais presque toujours ils sont préparés par les goûts , par les études et par les travaux de toute sa vie. Mirabeau en a été un exemple. Il n'avait pas vingt ans, une aventure de jeunesse le faisait errer dans la Hollande, et déjà il y faisait imprimer un ouvrage contre le despotisme. Renfermé depuis dans des prisons d'état, il y composa son livre éloquent contre les lettres de cachet, et rendait ainsi sa captivité utile à la liberté des nations. Son écrit contre l'institution de l'Ordre de Cincinnatus , était d'un esprit profondément convaincu du danger que court la liberté, lorsqu'on laisse établir à côté d'elle des distinctions qui peuvent mener à la noblesse héréditaire.

L'auteur de cette notice connaît un homme de lettres qui voulait écrire, il y a six ans, une histoire du Patrieiat , et qui en parlait à Mirabeau. Laissez- moi , lui dit Mirabeau, écrire cette histoire: comme patricien ,je connais mieux le monstre ; et on ne croira pas que c'est par intérêt personnel que je l'écrase. 11 y a plus de six ans qu'il parlait ainsi. On n'a point oublié, on n'oubliera jamais les discours qu il prononça dans la Provence, iorsqu'il n'était question encore que des états-généraux ,e\ qu'on les convoquait par ordres. C'était 1 éloquence de jMarius; mais ce qui la rendait infini-

ment plus belle, c'est que ce Marius était patricien.

Tel était Mirabeau en entrant dans la chambre des communes : tout ce qu'il y portait, et je n'en excepte pas l'habitude d'une vie agitée par les passions et par les événemens, le rendait propre à jouer un grand rôle dans une révolution : il fallait à la fois une éloquence formée dans les questions politiques , et une activité nourrie dans l'habitude des orages; et il avait tout cela : il semble que partout où il se serait trouvé , une révolution se serait faite.

Lorsque les mouvemens de la révolution qui s'est opérée, se seront calmés dans sa stabilité, la pensée et le goût, qui reprendront leur sévérité tranquille, pourront juger jusqu'à quel point Mirabeau a possédé cette sagacité pénétrante et profonde , qui ouvre de nouveaux jours à l'esprit humain, et ce don de faire sortir les grands effets de l'éloquence des expressions qui peignent les idées avec le plus de vérité, de précision et de beauté. Mais, dans tous les temps, la gloire de ses talens soutiendra l'examen le plus rigoureux; dans tous les temps , son adresse sur la retraite des troupes s aura une place parmi les modèles d'une éloquence élevée, majestueuse et touchante; et tous les autres dons qu'il possédait à chaque instant, étaient bien autrement nécessaires au milieu de la révolution et de l'assemblée nationale. Quelle inépuisable fécondité , et quelle multitude de grands travaux il a portés à la tribune de la nation !

Comme son esprit était frappé d'illuminations soudaines, au milieu de ces agitations et de ces convulsions de l'assemblée par lesquelles tant d'esprits sont troublés et interdits! Quelles répliques vives et tranchantes ! Certaines expressions un peu bizarres, que le goût pouvait réprouver, ajoutaient souvent à l'effet de ses saillies , parce qu'elles semblaient une insulte de plus aux préjugés qu'il combattait. Et comme ses talens étaient secondés par les sons de cette voix si pleine , si forte , si étendue, de cette voix puissante sans laquelle le génie même est comme sans organe au milieu d'une vaste assemblée !

Assez souvent , il est vrai , lorsqu'il n'avait pas eu le temps de méditer, ou qu'une passion violente ne le fécondait pas , ses idées et ses expressions se succédaient avec lenteur; mais c'est qu'alors qu'il n'avait point d'idées, il en attendait; car il n'avait pas le talent de parler sans idées , et il ne croyait pas que des paroles fussent des expressions.

On a dit encore, et il se peut que beaucoup d'esprits travaillaient pour le sie*n; mais c'est qu'en effet tout devient instrument de l'homme supérieur; tout devient texte pour lui, où tout peut opérer sur ses textes féconds, et ce sont là des caractères de prééminence.

Enfin , il a pu exister des génies plus créateurs et des orateurs d'un goût plus parfait; mais nul n'a fait servir une éloquence plus dominatrice à convertir en actes et en lois les hautes pensées de

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la philosophie; et ce talent, le plus utile de tous au monde, il l'a déployé dans la révolution d'un empire accoutumé à donner des modèles à l'Europe.

Et il est mort à quarante-deux ans, sans avoir pu jouir des fruits de cette révolution, qui seront si doux pour tous les amis de la liberté , et qui auraient été si glorieux pour lui ! Il est mort sans avoir pu même assister et concourir à l'achèvement de la constitution! La voir achevée, eût suffi pour en jouir complètement. Une autre jouissance au moins lui a été réservée : il a vu , il a entendu tout un peuple s'occuper de sa maladie comme d'un événement qui aurait menacé la révolution : de son lit de douleur, il entendait crier dans les rues ks bulletins de sa maladie. Ses amis et son médecin, qui méritait à tant de titres d'être l'ami le plus cher à son cœur, l'entretenaient de cet intérêt qu'il inspirait au peuple. Hélas! leur répondait-il , je sens qu'il serait doux de mourir pour lui. Il a pu emporter celte douceur au tombeau ; car il est impossible de ne pas croire que ses immenses travaux ont beaucoup confribué à une maladie dont le plus funeste caractère était un épuisement des sources de la vie.

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