‹ Discours et opinions, journal et souvenirs de S. Girardin (volume 2)Chapitre 55 sur 98 · SÉANCE DU 25 FLORÉAL AIT IO · texte numérisé non relu

SÉANCE DU 25 FLORÉAL AIT IO

Le projet de loi relatif à l'établissement d'un ordre distingué dans l'État a été lu à la section de l'intérieur du Tribunat par le conseiller d'État Rœderer. Après l'exposé succinct des motifs du projet de loi , le citoyen Rœderer a déclaré qu'il était chargé par le gouvernement de demander à la section de l'intérieur, si les difficultés que la loi pourrait rencontrer au Tribunat ne seraient pas de nature à empêcher qu'elle ne fut soumise au Corps-Législatif avant la (in de la session. La section consultée a répondu que non.

Le conseiller d'État s'est retiré , la discussion a été ouverte, et à mon grand étonnement, l'institution proposée n'a été attaquée par aucun membre. Elle devait l'être par les vrais républicains, car il est démontré que les distinctions à vie conduisent toujours à l'hérédité.

Pinières fut le seul qui fit des objections. La création de tous les ordres , a- t-il dit, a été bonne ; ils ont été utiles dans leur origine.

Après la fameuse bataille de Tours , Charles Martel donna des javelots d'honneur et des terres.

Ces dons n'étaient point héréditaires, ils le devinrent.

En 83o, ces chevaliers demandèrent l'hérédité des fiefs , et l'obtinrent malgré la volonté du roi.

Ce qui est arrivé pourrait fort bien arriver encore.

JVisas , dans une opinion courte , spirituelle et fort ingénieuse, fit ressortir les principaux avantages de l'institution proposée.

Les institutions du genre de celle %de la Légion-d'Honneur sont, a-til dit, la patrie au petit pied. Elles sont pour la so-

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ciélc ce qu'une armée est pour la nation , ce qu'un avant-poste est pour l'armée. Les acquéreurs de biens nationaux , a-t-il ajouté , sont l'armée de la France révolutionnaire ; la Légiotid'Honneur sera l'avant-poste de cette armée. '

Chabaud - Latour pense que cette institution aurait l'avantage d'établir une liaison entre les militaires et les hommes civils ; d'affaiblir l'amour de la cupidité , et de moraliser une nation , presque entièrement démoralisée.

La discussion sur le fond a été bientôt épuisée. Les articles ont été lus ensuite séparément, et chacun d'eux a été adopté. Les observations qui ont été faites sont peu importantes , toutes portent sur des vices de rédaction; elles ont été convrouniquécs sur-le-champ au gouvernement, et nous avons appris que le projet de loi avait été porté dans la même matinée au Corps-Législatif.

La section a nommé Lucien Bonaparte pour rapporteur ; ce choix a paru le satisfaire et il a accepté avec plaisir une tâche plus difficile à remplir pour lui que pour tout autre.

L'opinion, a-t-on toujours dit, marche à pas de géans, lorsqu'une fois elle est en mouvement. Ceux qui pouvaient en douter en voient aujourd'hui la preuve. Certes, il y a six mois , que le concordat eût été dangereux à proposer et à soutenir, et alors personne n'eût osé présenter la création d'un ordre distingue. Aujourd'hui cette institution ne rencontre point d'obstacles , c'est moins parce qu'il n'y a plus d'opposans aux mesures de ce genre , que par la raison que les opposans ont été terrifiés par celle prise contre les membres de l'opposition du Tribuuat. L'inquiétude que chacun de$ fonctionnaires des premières autorités ressent par rapport à lui , fait naître un esprit apathique et insouciant , dont le résultat a amené la volonté de laisser tout faire et tout aller x.

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