‹ Discours et panegyriques (volume 2)Chapitre 15 sur 84 · Paroles prononcées au Congrès il'1 Lii · texte numérisé non relu

Paroles prononcées au Congrès il'1 Lii

■2. Satiabor cum apparueril gloria tua. is. xvi, 15.

faisait entendre à la tribune française: «La violation du dimanche attente à l'égalité la seule vraie, la seule durable, l'égalité des hommes devant Dieu, dont le repos du dimanche était le titre le plus patent (1). »

Le respect de la loi du dimanche rétablira parmi le peuple le respect de l'autorité.

Qui ne le répète chaque jour ? La révolte est partout ; le mépris monte et l'autorité s'en va. La révolte s'étend de la famille à l'atelier, de l'atelier à la cité, de la cité à la nation et de la nation à nos sociétés éperdues sur le bord des abîmes.

Qui donc rendra à l'autorité son prestige ? Qui triomphera de la révolte, sinon le respect de l'autorité suprême d'où descendent toutes les autorités de la terre ! Et quelle autorité sera respectée par un peuple qui outrage la majesté de Dieu?

Quoi! tandis qu'un père insensé donne à sa famille l'exemple de la profanation du dimanche, il prétend imposer à ses enfants le joug de son autorité et de ses moindres désirs ! Quoi ! tandis que le négociant, le chef d'atelier impose à ses ouvriers, à ses serviteurs, la violation de la loi de Dieu, il sJétonne de sentir tout pouvoir lui échapper, il s'étonne de voir tout à coup ses ateliers vides et les richesses accumulées par ce travail sacrilège livrées à la fureur des multitudes qui ont appris de lui le mépris des plus saints devoirs et des lois les plus augustes I Quoi ! tandis que les chefs des peuples laissent par erreur ou par faiblesse violer les préceptes divins et la révolte monter jusqu'au trône de l'Éternel, ils s'étonnent que l'anarchie menace toutes

1. Montalembert, — Rapport sur la sanctification du dimanche. — Séance du 10 décembre 1830.

les constitutions et tous les gouvernements de la terre ! Quoi ! vous voudriez que le mépris, qui s'élève jusqu'à Dieu, ne descendît pas jusqu'à l'homme, jusqu'au père de famille, jusqu'au maître, jusqu'au législateur et à toutes les autorités humaines ! Mais c'est un rêve insensé 1 Laissez passer, avec la justice de Dieu, la logique inexorable du peuple. Le mépris appelle le mépris; la révolte appelle la révolte; et toute violation publique et persévérante de la loi du dimanche atteint dans sa source toute autorité sur la terre.

Ah ! prenez garde que ces profanations, qui détruisent le prestige de l'autorité, qui condamnent le peuple à l'erreur, qui l'abandonnent auxconseils de la haine et aux horreurs du désespoir, prenez garde que ces profanations ne se retournent un jour contre vous! Ces multitudes, auxquelles l'impiété a enlevé le Dieu qui leur apprenait à sanctifier leur travail et à bénir leurs souffrances, ces multitudes qui n'admettent plus que le culte de la matière et qui ne croient plus qu'à là souveraineté du nombre et au droit de la force, ces multitudes se diront: il n'y a plus de Dieu, il n'y a plus de justice, il n'y a plus de vertu; nous sommes les plus nombreux et les plus forts, écrasons cette société qui nous opprime... Et alors les nations assisteront dans l'épouvante à l'agonie et au dernier jour de la France...

Mais non, il faut sauver la France! C'est Dieu seul qui lasauvera; c'est lui qu'il faut invoquer, non plus seulement dans les grandes manifestations des pèlerinages, mais dans la manifestation universelle, permanente de la sanctification du jour qui lui est consacré... Oui Dieu seul nous sauvera ! Qui donc jusqu'à ce jour a pu nous sauver?

Nous avions des dynasties élevées par le vote populaire et affermies, disait-on, dans la puissance et dans la gloire, par des millions de suffrages, et tout à coup elles out disparu dans la défaite et sous le poids du malheur. Nous avions des constitutions, elles ont été emportées par la tempête ; nous avions les prodiges de l'industrie, et ils ont fourni à nos ennemis des engins de guerre qui ont couvert de cadavres et inondé de sang le sol désolé de la patrie. Nous avions des armées que nous croyions invincibles; nous les avons vues condamnées à des surprises inouïes, renfermées dans des cercles de feu, et entraînées tout entières dans la captivité. Nous avions les puissants de la science, les habiles de la politique, et tous sont tombés dans l'impuissance. Nous avions l'éloquence, et elle n'a pu émouvoir l'ingratitude des peuples pour lesquels nous avions donné notre sang et notre or, et l'égoïsme de tous; elle n'a pu attendrir les barbares qui ont meurtri la France sous les pieds de leurs légions innombrables.

Que voulez-vous et qu'espérez-vous encore? Vous préparez des constitutions; mais si vous n'y faites pénétrer la sève divine, le souffle de la révolution les emportera demain, comme des branches mortes et des feuilles desséchées. Vous multiplierez vos légions... Le Dieu des armées, si vous l'outragez, peut les briser et les anéantir encore. Vous reconstruisez vos forteresses; et qu'importe, si derrière nos frontières et nos remparts ne veille pas un peuple qui croit et qui prie? Vous relèverez les monuments de notre gloire nationale ; qu'importe, si vous ne relevez pas les âmes dans la moralité, dans l'honneur et dans la vertu ? Vous proclamerez la liberté civile; et comment existera-t-elle sans le respect

de l'autorité et des lois, et si la liberté de servir Dieu est refusée sur cette terre de France ? Vous invoquerez la sagesse et Fépée pour protéger l'ordre social menacé de toutes parts; mais, abandonnées à elles-mêmes, la sagesse sera confondue et l'épée se brisera dans la main qui la porte....

Ah 1 rendez la France à Dieu, rendez Dieu à la France! Combattez cette grande et universelle profanation; rétablissez parmi le peuple l'observation du dimanche. Combattez cet athéisme qui s'étale au grand jour. Étouffez ce blasphème national. Faites monter chaque semaine vers le ciel la prière de la France.

Contre cette triple barbarie de l'athéisme, de la dégradation morale et de l'anarchie, barbarie mille fois plus redoutable que la barbarie musulmane, levez-vous pour une nouvelle croisade ; unissez-vous à ce grand chrétien qui met dans cette œuvre les ardeurs de son cœur, le dévouement de sa vie et la puissance de sa parole; répondez à l'appel de cet infatigable apôtre qui jette à tous les chrétiens, à tous les hommes de cœur, à la France qui ne veut pas mourir, ce cri de nos guerres saintes: En avant! En avant! Dieu le veut!

0 ville de Lyon, ville des grandes œuvres catholiques! sois la première dans celte pacifique croisade, sois le berceau de cette nouvelle propagation de la foi parmi les infidèles de notre chère pairie. Prêtres, qui comptez dans les annales de votre antique Église des apôtres el des docteurs, des martyrs et tk> saints; magistrats, hommes de la science et de la parole auxquels Dieu a donné l'autorité pour le bien; négociants, chefs d'ateliers, vous qui pouvez tout dans celte œuvre admirable; ouvriers qui voulez rester dignes et libres, honorer Dieu

et servir votre pays ; nobles femmes de cette noble cité, vous dont l'univers chrétien sait les inspirations généreuses et l'inépuisable charité, unissez -vous à ces légions qui veulent défendre la foi, la dignité humaine et nos sociétés en péril ! Allez, et que rien ne vous arrête! Allez, Dieu le veut! Le Pontife suprême vous bénit, l'épiscopat vous appelle dans sa reconnaissance et son admiration ! Allez, la France vous suivra et vous la sauverez !

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