‹ Discours et panegyriques (volume 2)Chapitre 14 sur 84 · Rom. xii · texte numérisé non relu

Rom. xii

pas seulement aux dogmes chrétiens, mais aux vérités fondamentales de la raison humaine. Ce qu'elle veut détruire, c'est le christianisme et l'Église sans doute, mais, avec eux, l'ordre social tout entier. Ce qu'elle atteint par ses négations sacrilèges, ce ne sont pas seulement nos mystères et nos symboles, c'est l'évidence du bon sens universel. Elle répète chaque jour aux multitudes aveuglées : l'âme est une chimère ; le devoir, c'est l'intérêt et la jouissance ; le vice et la vertu sont des produits comme le sucre et le vitriol ; Dieu, c'est le mal ; la propriété, c'est le vol.

Là est évidemment la source première de l'anarchie. Mais qui triomphera de ces erreurs? Qui fera pénétrer les grandes vérités dans l'âme du peuple ? Serait-ce la philosophie? Ah ! la philosophie même spiritualiste et élevée, avec ses nuages, ses incertitudes et ses contradictions,qu'a-t-elle fait pour la moralisation des masses populaires et pour le salut de nos sociétés ? Gomment voulez-vous que l'ouvrier, la femme et l'enfant, comment voulez-vous que ces multitudes que le travail dévore,lisentles écrits de vos académiciens et les démonstrations de leur prétendue science ? Comment voulezvous qu'ils comprennent une philosophie qui souvent ne se comprend pas elle-même? Ce qu'il faut au peuple, c'est une démonstration qu'il puisse voir de ses yeux et toucher de ses mains. Ce qu'il faut au peuple, ce n'est pas la parole des rhéteurs, c'est l'éloquence ardente et, si vous le voulez, les cris de l'âme de l'apôtre.

Il faut que cet homme, ce travailleur soit enlevé, du moins un jour par semaine, à ce milieu funeste où le sarcasme et le blasphème insultent sa foi et où l'erreur lui vient de toutes parts. Il faut qu'un jour par semaine

il retrouve dans le repos les souvenirs bénis de sa première enfance, qu'il pénètre dans une atmosphère de lumière et de paix, qu'il monte vers Dieu dans ces murailles qui sont sa demeure. 11 faut que la religton lui apparaisse dans la divine beauté des cérémonies sacrées.

Dans le repos et au milieu des joies de la famille, la vérité lui viendra à son tour, non seulement de la chaire chrétienne d'où elle descend avec une autorité que la science n'obtiendra jamais ; car, dans cette fête du dimanche chrétien, tout est pour le peuple une révélation et un sublimeenseignement : et le recueillement de l'assemblée et les silences profonds qui laissent arriver jusqu'à l'âme la parole intime de Dieu, et les chants qui célèbrent les saints mystères, et les cérémonies qui les reproduisent, et l'encens qui remplit le sanctuaire et les peintures des murailles, les arceaux élancés qui s'unissent comme des mains jointes dans la prière, les vitraux qui étincellent au soleil, la croix qui domine l'autel et la présence du Dieu caché dans les ombres du tabernacle. Oui ! le dimanche chrétien est la fête, la révélation et l'enseignement du peuple.

Il faut vaincre la haine; et la seule puissance capable de nous donner cette victoire, c'est la puissance de l'amour surnaturel et divin.

La division est partout dans notre malheureure patrie. C'est elle surtout qui fait notre faiblesse et notre suprême danger. Au fond de ces mystères douloureux de nos angoisses et de nos malheurs, il y a la haine, une haine obstinée et infernale : la haine de la gloire, la haine de la richesse, la haine de l'ouvrier contre son chef, du serviteur contre son maître, la haine de celui qui n'a rien contre celui qui possède, la haine de tout ce qui

l'appelle le passé, de tout ce qui se tient encore debout au milieu de nos ruines. C'est la haine barbare et sauvage qui a dit, il y a quelques années : S'il faut que cent mille têtes tombent, cent mille têtes tomberont (1), et qui plus tard reproduisait aux lueurs de l'incendie les horreurs de la guerre civile.

Le dimanche est le jour de la charité; il est sans doute le jour de la puissance et de la majesté de Dieu, mais il est plus encore le jour de sa bonté, de sa miséricorde et de sa tendresse. 11 se montre de plus près au peuple qui remplit l'enceinte sacrée : le prêtre reproduit sur l'autel le sacrifice qui a sauvé le monde. Jésus-Christ se donne à tous avec une prodigalité plus touchante dans le sacrement qui est le chef-d'œuvre de son amour, il donne le pain de vie et d'immortalité à l'infortuné qui gagne à la sueur de son front le pain amer de l'indigence, son sang divin et sa chair vivante sont un gage de la grande et éternelle communion des âmes dans les ravissements de la patrie et dans les extases du bonheur.

Le dimanche réunit le pauvre et le riche, le serviteur et le maître dans le temple qui est la maison de Dieu. La religion les incline dans les mômes prières et sous l'autorité des mêmes enseignements. Elle les rapproche à la table sainte, au banquet des anges. Et ces assemblées de l'Église de la terre sont l'image de cette assemblée de l'Église du ciel où les plus pauvres et les plus méprisés seront rassasiés dans la gloire (2) et où les haillons deviendront resplendissants.

Il faut donc répéter ces paroles qu'un grand orateur

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