Pèlerinage des Allinges
2. Oraison funèbre de M. le chanoine Martinet, par M. le chanoine Savarin, supérieur du Petit-Séminaire de Moutiers.
l'enfant de cette paroisse, dans le fils d'une modeste famille de ces hameaux, le grand écrivain catholique; je voudrais vous faire apparaître la puissance de la science sacrée, de la vraie et suprême sagesse (1), élevant à la renommée et à la gloire ce prêtre qui les repoussait dans sa simplicité et son humilité, et le plaçant au premier rang parmi les apologistes chrétiens, parmi les princes de la parole et les maîtres de la doctrine surnaturelle. Sapientia humiliati exaltabit caput ejus, et in medio magnatorum confédéré illum faciet.
Ce qui fait le grand écrivain, c'est avant tout la possession de la vérité. Les ressources d'une intelligence d'élite, l'ascendant et les illuminations du génie, une vaste et profonde érudition, le prestige de la parole ne suffisent pas à conquérir celte puissance et cette gloire.
L'écrivain doit être le propagateur et le défe nseur de la vérité, et sa mission est un véritable apostolat. L'erreur le condamne à l'abaissement et à l'impuissance, la vérité l'élève et multiplie ses forces. Aussi, jamais l'écrivain ne doit trahir la vérité, ni sous les menaces du despotisme, ni en présence des égarements de la foule, ni devant les séductions de la richesse, ni dans les angoisses delà pauvreté.
Mais pour que la vérité lui communique toute sa puissance, il faut qu'il n'en possède pas seulement quelques rayons épars, il faut, que par un labeur persévérant, il ait formé dans son intelligence comme un faisceau de
1. Les théologiens après saint Thomas (Somme théol. i. °. 1, art. G. iiiiim tHeologia sit sapientia) ùémontrenl que la théologie esl la sagesse,
lumière, il faut qu'il ait élevé, dans la solitude et le silence, un édifice où tout se tient dans l'unité et dans l'harmonie. Il doit remonter aux principes des vérités dont il veut être le révélateur, en connaître les preuves, en saisir les relations, et il doit être capable de réfuter les erreurs qui s'élèvent contre les affirmations de sa doctrine. Alors, mais alors seulement, il aura avec les trésors d'une vraie science, la puissance complète de la vérité.
Cette puissance a été celle de notre illustre compatriote. Il a possédé à un degré vraiment supérieur la science de la parole de Dieu, l'intelligence des saintes Écritures.
Doué d'une facilité prodigieuse, aidé par la lecture assidue et pieuse de nos Livres saints, par l'étude des commentateurs, des Docteurs et des Pères, l'abbé Martinet savait, pour ainsi dire, de mémoire, l'Écriture sainte toute entière. Il multiplie dans ses écrits les textes de la sainte Écriture, et il donne de ces textes des commentaires lumineux et profonds. Mais ce qui étonne plus encore c'est l'habileté rare, j'allais dire incomparable, avec laquelle notre grand écrivain fait pénétrer les textes sacrés dans le Jexte même de ses ouvrages; c'est Tart admirable avec lequel il fait resplendir sans cesse, dans la clarté de sa propre parole les éclairs de la parole de Dieu.
Toujours il demande à cette autorité divine, à cette source suprême de la vérité, à ce modèle surhumain de l'éloquence les démonstrations la force et le charme de ses écrits.
Ses traités de théologie et plusieurs de ses ouvrages de polémique démontrent qu'il avait étudié les saintes
Écritures dans leur ensemble, dans leurs sens divers et sous la direction des règles de l'interprétation catholique. Rien de ce qui touche à cette base fondamentale des sciences sacrées n'avait échappé à la vigueur de son intelligence, à son désir de savoir et aux ardeurs de sa piété.
Avec cette science première et essentielle, l'abbé Martinet possédait la science de la théologie, dont les grands docteurs du moyen âge nous ont dit l'autorité suprême et la gloire. Science supérieure, parce que ses principes viennent du « Père des lumières » et de la source éternelle de toute vérité ; science appuyée sur une certitude plus haute que celle des sciences humaines, sur la certitude de la révélation, sur la vérité de Dieu lui-même; science souveraine qui doit ramener toutes les sciences naturelles à leur centre premier, au Verbe divin, dans lequel sont tous les trésors cachés de la sagesse et de la science, in qno sunt omnes thesauri scientiœ et sapientiœ absconditi (1). Doctrine reine et maîtresse qui doit incliner toute doctrine humaine devant l'autorité des vérités surnaturelles, et selon la parole de l'Apôtre, détruire tous les conseils et tous les orgueils qui s'élèvent contre la sciencede Dieu, consilia destruenles et omnem altitudinem cxtollentemse adcersus scientiam Dei (2).
C'est à cette incomparable science que l'abbé Martinet a consacré sa vie. C'est à la lumière de la théologie qu'il a touché aux questions les plus brûlantes de notre temps. Partout et toujours, dans ses ouvrages, vous reconnaîtrez en lui le grand et profond théologien. Dans
i. Col. ii, 3.