DANS LES SOCIÉTÉS MODERNES
DISCOURS PRONONCE DANS LA MÉTROPOLE DE CHAMBÉRY LE 24 AOUT 1876, APRÈS LA CÉRÉMONIE DU SACRE DE MON- SEIGNEUR ROSSET, ÉVÊQUE DE PAR1UM, ADMINISTRATEUR APOSTOLIQUE DU DIOCÈSE DE SAINT-JEAN DE MAURIENNE.
Exaltavi electum de plèbe meâ... Oleo sancto meo unxi eum... Et veritas mea et misericordia mea eum ipso.
J'ai élevé celui que j'ai choisi au milieu de mon peuple... Je l'ai oint de mon huile sainte... Et ma vérité et ma miséricorde sont avec lui. (Ps. lxxxviii.)
Messeigneurs (1),
Ces paroles, par lesquelles Dieu affirmait sa volonté toute-puissante sur les destinées de David, me paraissent résumer admirablement les enseignements et les joies de ce grand jour.
Et pourtant, ce n'est pas seulement une gloire temporelle et un pouvoir humain que Dieu accorde à ses pontifes ; ce n'est pas un prince de la terre qu'il élève ainsi au-dessus de la foule, c*est un prince de la sainte Église, c'est un chef du vrai peuple choisi. Ce n'est pas
i. Mgr Pichenot, archevêque de Chambéry, Mgr Magnin, évoque d'Annecy, Mgr Mermillod, évêque d'Héhron ; Mgr Gros, ancien évêque de Tarentaise ; Mgr Rosset, évêque de Parium, aujourd'hui évêque de Saint-Jean de Maurienne.
seulement un prophète qui a entrevu de loin les splendeurs du Fils de Dieu : c'est un prêtre qui fait descendre sur l'autel le Dieu qu'a chanté David, c'est un dispensateur de Dieu, comme parle le grand Apôtre (1). Et si le Roi-Prophète de la loi de justice devait être le serviteur dévoué de la vérité et l'apôtre de la miséricorde, que sera-ce du Pontife de la loi nouvelle, du ministre du Rédempteur qui est tout à la fois le lion de Juda et l'agneau immolé pour les péchés du monde?
Aussi, voilà dix-neuf siècles que l'humanité s'étonne de cette transformation des élus de Dieu dans une grandeur et une gloire surnaturelles. Et, malgré l'esprit de révolte qui poursuit partout ses criminelles invasions, les peuples accourent aujourd'hui encore à ces fêtes de la consécration des pontifes; ils leur demandent la lumière dans nos ténèbres, la charité qui console et qui fortifie, les dons de l'Esprit saint et toutes les bénédictions du ciel.
Ah! c'est qu'il y a là comme une apparition de la force et de la gloire du Seigneur dans la faiblesse de l'homme, et en même temps une lueur d'espérance dans les luttes, les périls et les angoisses de ces temps malheureux. C'est cette grandeur et cette mission de l'épiscopat que je voudrais vous faire apparaître dans ce discours, en vous disant ce qu'est l'épiscopat dans l'Église de Dieu et ce qu'il esta l'heure présente dans nos sociétés modernes.
Mais tout ici ajoute à ma profonde émotion. Je parle dans cette ville de Chambéry, qui m'a été el qui mesera toujours chère ; je retrouve cet auditoire qui, malgré
i. Oportel episcopum âne crimine esse, sicui Dei dispensatorent
dit., i. :
plusieurs années d'absence, me reconnaît, je le sais et je le vois. Je parle dans cette métropole si remplie pour moi de grands et de pieux souvenirs. Je parle entre ces fonts baptismaux où j'ai reçu la vie de la grâce dans les eaux saintes du baptême, et ce sanctuaire où, il y a trois ans, je recevais l'onction qui fait les pontifes, tandis que ce clergé et ce peuple se pressaient sous mes premières bénédictions. Je parle auprès de ce tombeau où repose dans la paix du Seigneur celui que je dois appeler mon père, le saint et illustre cardinal dont la mémoire est gardée ici par l'amour, la reconnaissance et la vénération^). Je parle devant ces pontifes qui ont voulu nr accorder comme un droit de l'amitié le privilège de me faire entendre dans cette douce et belle fêle, et qui me soutiendront de leurs prières et de leurs bénédictions. 0 Marie, ô Vierge immaculée, ô Mère du Pontife éternel, du Verbe illuminateur, Mère de Dieu qui est charité, bénissez ma parole afin qu'elle ne trahisse ni les droits delà vérité ni les devoirs de la miséricorde; bénissez-la afin qu'elle illumine toutes les âmes et qu'elle unisse tous les cœurs. Ave, Maria.
C'est un dogme de la foi catholique que l'évèque est supérieur aux prêtres. Et il faut reconnaître, avec l'enseignement presque universel des théologiens, que l'épiscopat n'est pas seulement une extension du sacerdoce et son couronnement glorieux, mais qu'il est un ordre à part et un sacrement.
1. Le cardinal BiJliet, archevêque de Cliambéry, mort eu 187o.
Quand le prêtre, dont la grandeur sublime et la divine puissance étonnent les anges, a reçu sur son front et dans ses mains l'onction qui fait les pontifes, il est élevé à une dignité et à une gloire plus merveilleuses encore.
Rameau attaché jusqu'alors à l'arbre de l'épiscopat, il devient lui-même, dans les champs bénis du Père céleste, il devient un arbre nouveau qui multipliera les fruits de sanctification et de vie. Ministre du Seigneur, il pouvait lui donner des fils dans les eaux saintes du baptême; mais il ne pouvait, par l'effusion abondante des dons de l'Esprit saint, faire des chrétiens parfaits. Il pouvait remettre les péchés, purifier les consciences ; mais ce grand ministère est soumis à l'autorité épiscopale, et l'évêque seul est l'administrateur de tous les sacrements de la sainte Église et le dispensateur de tous les mystères de Dieu{\). 11 monte à l'autel et offre la Victime sans tache pour le salut des peuples ; mais, dans les temps apostoliques, le prêtre ne pouvait accomplir cet acte essentiel du sacerdoce qu'en l'absence et sur l'ordre de l'évêque (2); et, aujourd'hui encore, il ne peut célébrer le sacrifice eucharistique que dans les temples et sur les autels consacrés par le pouvoir épiscopal.
Dans l'épiscopat, enfin, est la source de la hiérarchie catholique, des ordres sacrés et de toutes les fonctions saintes. Et cène sont pas seulement les ordres inférieurs et le sacerdoce que l'évêque perpétue par sa puissance, il perpétue l'épiscopat lui-même et transmet cette fécondité surnaturelle, qui est comme la vie de l'Eglise, à de nouvelles générations.
Avec cette grandeur et ses gloires, l'évêque possède