Ibid
Cécile, la beauté céleste, la puissance divine et les victoires immortelles delà virginité chrétienne.
Monseigneur, que ma parole reçoive la lumière et la flamme en s'approchant de votre cœur qui a fait entendre tant de nobles leçons où la tendresse s'unit à la doctrine, la force à la douceur, la fermeté inébranlable à la prudence consommée et Famour de l'Église à l'amour de la France. Puisse cette parole ne pas trahir les désirs de ce peuple fidèle, de ce clergé zélé et vaillant, l'éclat de cette solennité et la magnificence de ce temple élevé à la gloire de sainte Cécile.
Je le demande par l'intercession toute-puissante de Marie-Immaculée, Mère des saints, reine des martyrs et des vierges (Ave, Maria).
Si sainte Cécile a obtenu depuis seize siècles les hommages de toutes les générations chrétiennes, elle le doit tout d'abord aux séductions de sa pureté sans tache. Cette beauté des âmes pures attire les regards de Dieu et des anges et l'admiration des hommes. Elle se manifeste non-seulement par les aspirations les plus élevées, par les actes d'une sainte vie. par les élans des cœurs dont elle conserve et développe les forces généreuses, mais elle rayonne jusque dans les plis d'une chair infirme, dans la sérénité du front, dans la douceur du sourire, dans la limpidité du regard, et nulle âme, quelque dégradée qu'elle soit, ne peut rester insensible à l'apparition et aux charmes de cettte céleste beauté.
Héritière d'une des races les plus illustres de Rome, Cécile consacra à Dieu, dès ses premières années, sa
pureté par le vœu d'une virginité parfaite. Cette enfant grandira dans le culte fidèle de Tangélique vertu. Elle écartera avec un soin jaloux tout ce qui pourrait la ternir, elle portera au sein de sa famille, dans les réunions du monde, au foyer d'un époux encore païen, devant les persécuteurs et les bourreaux la robe de son innocence baptismale et elle la teindra du sang de son martyre.
La pureté de votre patronne, la beauté immaculée de son cœur et de sa vie apparaissent plus admirables au sein d'une époque de sensualisme et de décadence et au milieu de la corruption de Rome encore païenne. Les divinités infâmes gardaient leur temple et leur culte, les empereurs étaient des monstres de luxure et de cruauté, les peuples vaincus par les armes avaient à leur tour subjugué Rome par une dépravation mille fois plus redoutable que le glaive. Les crimes que le soleil éclairait au pied du Gapitole, dans l'amphithéâtre et le forum, ne peuvent être racontés dans les assemblées chrétiennes. Les progrès delà civilisation matérielle avaient conduit la volupté jusqu'au raffinement et l'abjection jusqu'au délire. Les fêtes de Rome à cette époque, révélées sous les éclairs de la justice de Dieu au dernier jour, seront l'effroi et l'horreur de toutes les générations.
C'est dans cette atmosphère où toute vertu semblait condamnée à périr, c'est au fond de ces sombres abîmes que Jésus-Christ et son Évangile, sa foi et son amour multipliaient les vierges chrétiennes et faisaient germer, comme dans la boue et dans le sang, les fleurs célestes de la pureté sans tache, de la charité parfaite et de l'immortelle espérance. Ah I il fallait ces divins enseignements, ces ravissantes visions pour relever la femme écrasée dans la servitude et la honte, régénérer la
famille, rétablir le règne de la pudeur méconnue et sauver le monde par la vérité et par la vertu.
Et si vous me demandez le secret de la beauté des âmes virginales, je vous dirai: c'est la foi vive, la piété ardente, la mortification généreuse qui gardaient le cœur et la vie de votre angélique patronne. C'est la chair de Dieu devenuesa nourriture, c'est le sang qui fait germer les vierges: sanguis germinans virgines(l), qui consacraient son corps comme un ciboire vivant. CJest à l'école des martyrs, dans les ténèbres des catacombes, dans les leçons des prêtres et des pontifes, qui tous les jours bravaient les persécutions et la mort, qu'elle apprenait le prix de la vertu, c'est là qu'elle puisait la force qui triomphe dans tous les combats de la chair et du monde.
Cette jeune fille entourée de toutes les séductions du luxe, comblée de tous les dons de la fortune, pour recommander à Dieu le trésor inestimable de sa pureté, passait deux jours et même trois jours dans des jeûnes rigoureux et des prières incessantes, ne prenant que vers le soir un peu de nourriture pour soutenir sa vie : biduanis et triduanis jejwiiis orans commendabat Domino qaod timebat (2).
Ni nuit ni jour elle n'interrompait ses colloques divins, dit encore l'office de votre patronne; elle priait les mains étendues vers le ciel et son cœur brûlait d'un feu céleste : Non diebus neque noclibus vacàbat a colloquiis divinis, expansis manibus or abat ad Dominnm, et cor ejus igné cœlesti ar débat (3).