Zach. xi
a. Offlco mmain aV sainte Cécile
Elle portait un cilice dont les nœuds se faisaient sentir encore, après treize siècles, sous sa robe blanche brodée d'or, quand le cardinal Sfondrate toucha ses restes vénérés.
Elle puisait sans cesse dans la lecture des Livres saints une foi plus vive et un amour plus ardent pour l'adorable Maître : La parole de Dieu méditée dans l'émotion de sa piété, était la lumière, la force et la joie de son cœur. « Elle en avait, dit un vieil auteur dans son langage naïf et plein de charme, elle en avait si parfaitetement savouré la douceur qu'elle ne pouvait du tout vivre sans cette céleste manne. Elle en portait toujours le sacré livre sur son sein comme un sachet de parfum, afin de pouvoir y étudier jour et nuit et de l'avoir mieux imprimée dans la pensée (1) ».
Mais cette beauté de la pureté virginale apparaît plus admirable encore dans les liens du mariage. Cécile a cédé aux désirs de ses parents, elle a consenti à devenir l'épouse de Valérien, héritier d'une des grandes familles romaines, mais retenu encore dans les erreurs du paganisme. Elle s'effraye à la pensée des luttes qu'elle aura à soutenir et pour lesquelles la grandeur d'âme et la vaillance des filles de l'ancienne Rome ne sauraient suffire. Dieu réalisera ses désirs, il lui donnera la victoire, et elle renouvellera sous le toit de Valérien les mystères de pureté de l'humble demeure de Nazareth.
Elle subit les rites païens imposés par les usages de ces temps malheureux et par la volonté de son époux ; mais quand elle a franchi le seuil de la demeure de Va-
i. Ribadeneira. Fleurs des vies des Saints, 22 novembre, saint*1 Cécile.
lérien elle lui révèle les charmes et la puissance de la pureté par ces douces et saintes paroles : « Jeune et tendre ami, je veux vous confier uu secret mais à la condition que vous le garderez inviolablement.» Valérien jura que rien ne pourrait lui faire trahir le secret confié par son épouse. Cécile reprit: « je veux vous apprendre que j'ai pour ami un ange de Dieu qui veille sur moi avec le zèle le plus ardent. S'il soupçonne seulement que vous vouliez porter atteinte à ma pureté par un amour sensuel, sa colère s'allumera contre vous et il détruira dans sa fleur votre brillante jeunesse ; mais s'il voit que vous m'aimez d'un amour pur et sans tache et que vous gardez ma virginité parfaite et immaculée, il vous aimera comme il m'aime et il vous prodiguera ses faveurs. » Saisi d'étonnement et profondément ému Valérien répondit : «Si vous voulez que je croie à votre parole, montrez-moi cet ange. Si je le reconnais pour un ange je ferai ce que vous désirez : mais si vous aimez un autre homme, je vous frapperai l'un et l'autre de mon glaive.» Cécile lui promit la céleste vision à la condition qu'il serait purifié dans les eaux qui régénèrent les âmes et qu'il croirait au Dieu unique, qui règne dans les cieux. « Et quel est celui qui me purifiera afin que je voie cet ange, reprit Valérien ?» « Il y a, poursuivit Cécile, il y a quelque part un vieillard qui purifie les hommes, afin qu'ils soient dignes de contempler les anges. » — Et où trouverai-je ce vieillard /dit le jeune homme. — Allez sur la voie Appienne jusqu'au troisième mille ; là vous verrez des pauvres qui demandent l'aumône aux passants ; ils me sont dévoués et mon secret leur est connu. Vous leur donnerez un salut de bénédiction, en leur disant : Cécile m'a envoyé vers vous afin que vous
me fassiez voir le saint vieillard Urbain : car elle m'a confié pour lui un message. Quand vous aurez trouvé le vieillard vous lui rapporterez tout ce que je vous ai dit, et, après vous avoir purifié, il vous donnera un vêtement nouveau d'une blancheur éclatante ; puis revenant aussitôt dans cette chambre vous verrez l'ange du Seigneur qui deviendra votre ami et qui vous accordera tout ce que vous lui demanderez. »
Au premières lueurs du jour Valérien arriva auprès d'Urbain. En entendant le récit du jeune homme le vieillard tomba à genoux et, les mains levées vers le ciel, il s'écria en pleurant : « Seigneur Jésus, qui semez dans les cœurs les chastes conseils, recevez les fruits des semences que vous avez déposées dans le cœur de Cécile. »
Bientôt Valérien converti et purifié dans les eaux du baptême revint auprès de son épouse, et il jouit, comme elle, des visions célestes et des récompenses de la pureté.
Les visions célestes et les divines révélations sont promises aux cœurs purs : Beau mundo corde qwniam ipsi Deum videbunt (1). Lésâmes virginales voient Dieu dans les clartés de la foi, à travers le voile des créatures devenu transparent à leurs regards et souvent encore dans les rayons de la gloire du Seigneur, dans les apparitions de ses anges et de ses saints. Les yeux de Valérien et de Tiburce s'ouvriront à ces splendeurs et des faveurs célestes seront accordées aux néophytes de la pureté virginale.
Déjà dans les catacombes saint Paul était apparu auprès d'Urbain vêtu de blanc et tenant à la main un livre écrit en lettres d'or, et, relevant Valérien, frappé