Cantic, n
ferma le corps de la sainte dans une châsse d'argent, don de sa munificence et de sa piété, et le déposa dans le souterrain creusé sous l'autel.
Dieu réservait à sainte Cécile une troisième manifestation glorieuse. En 1854 un archéologue de génie découvrit dans les catacombes de saint Calixte le lieu où elle avait reposé pendant des siècles auprès de Valérien et de Tiburce. Cette découverte renouvela à Rome et dans l'univers catholique les émotions de 822 et de 1599; les pèlerins de toutes les nations accoururent vers ces restes sacrés. Plus tard le saint sacrifice fut offert sur un autel composé des dalles qui formaient le lit de repos des martyrs. Nous avons assisté à ces fêtes, nous avons vu alors sur la voie Àppienne un cortège plus glorieux que celui qui suivait autrefois, sur ce chemin triomphal, les ancêtres de Cécile montant au Capitole chargés des dépouilles des peuples vaincus. Nous avons parcouru, en foulant les feuilles de roses et de lauriers, ces sombres galeries fermées si longtemps à la piété des fidèles et ouvertes enfin parles travaux de la science et les pressentiments du génie. Nous avons vu Cécile toujours vivante dans les cœurs chrétiens. Dans l'éclat des fêtes catholiques, nous avons admiré les triomphes de la foi, de la pureté et de l'amour au milieu des ruines de tout ce qui s'éteint, de tout ce qui périt, de tout ce qui meurt.
Ce n'est pas tout encore. Cécile est restée vivante, triomphante comme la patronne des arts. Qui s'en étonnerait ? La pureté et la vaillance du cœur, l'innocence immaculée de la vie ont des inspirations supérieures, des coups d'aile vers l'infini, des intuitions célestes, L'idéal que doit reproduire le génie de l'art et
qu'il poursuit de ses nobles efforts, qu'est-il autre chose que la beauté même de Dieu ? La création matérielle, aux regards de la foi et de l'innocence est un grand et divin poème qui chante les beautés d'un monde spirituel, supérieur, éternel : Magnum carmen, dit saint Augustin (1).
Aussi les peintres les plus illustres ont reproduit la douce figure de sainte Cécile, les merveilles de sa vie et de sa mort. Des fresques grossières du sixième ou du neuvième siècle découvertes dans les catacombes de saint Calixte, des peintures du douzième siècle, qui ornent la basilique de Saint-Laurent hors les murs, aux miniatures délicieuses et naïves des manuscrits du quinzième siècle. Les antiques mosaïques de Ravenne et de la basilique transtévérienne et des chefs-d'œuvre de Raphaël, du Dominiquin et d'Annibal Carrache aux peintures de Flandrin, dans l'église de Saint-Vincent-de- Paul, à Paris, quels hommages la peinture n'a-t-elle pas rendus à l'angélique vierge ?
Le génie de la sculpture n'a pas inspiré d'œuvres plus touchantes et plus empreintes de l'esprit chrétien que la statue de Maderno, qui représente la sainte expirante dans l'attitude gracieuse et modeste que nous avons décrite.
Sainte Cécile est spécialement la patronne de la musique religieuse. Soit que, selon une tradition déjà ancienne et constante, elle ait joué des instruments de musique, soit que, selon le texte des actes de son martyre et de l'office romain, elle ait chanté dans son cœur les louanges de Dieu et invoqué sa protection tandis