‹ Discours et panegyriques (volume 2)Chapitre 74 sur 84 · Son Eminence le cardinal Billet, archevêque de Chambery · texte numérisé non relu

Son Eminence le cardinal Billet, archevêque de Chambery

béry avait une dette qu'il devait acquitter ici par un témoignage public. Dans les jours mauvais que nous avons traversés, quelques-uns de MM. les professeurs et une partie de nos élèves sont vernis demander un asile aux murs paisibles de cette maison. Ils ont trouvé ici le silence, l'ordre, la discipline, l'émulation des fortes études, les bons exemples si nécessaires au noviciat sacerdotal ; et je suis heureux et fier d'être en ce moment l'interprète d'une reconnaissance qui a resserré entre les deux établissements desliens qui nous sont chers et précieux.

Nous le savons, Monsieur le Supérieur, nous le savons, s'il est possible, aujourd'hui mieux que jamais, c'est à votre zèle infatigable, a votre piété si douce, à votre inépuisable dévouement et au concours de vos dignes collaborateurs que le petit-séminaire de Saint- Pierre d'Albigny, qui a donné à l'Église et à la patrie tant de serviteurs distingués, doit de soutenir avec éclat les glorieuses traditions de son passé.

Mais, pour trouver des accents qui soient dignes, dans une certaine mesure, du moins, de cette fête et decette grande assemblée, et qui répondent aux nécessités des temps et aux sentiments qui agitent toutes les âmes, je me suis demandé ce qui manque aux générations qui se lèvent, et aux générations qui s'en vont.

Ce qui nous manque. Messieurs, ce n'est pas la science: elle a obtenu, de nos jours, d'incontestables succès ; elle a réalisé de prodigieuses conquêtes. Ce qui nous manque, ce n'est pas la force : la force brutale! elle est partout triomphante ; elle vient de briser les liens de notre unité nationale, et de jeter dans la poussière le fier drapeau de la France. Ce qui nous manque, ce ne

sont pas les arts, l'éloquence, ces splendeurs de la civilisation matérielle, qui, quelquefois, donnent aux peuples abusés les éhlouissements et les vertiges de l'orgueil ; ce n'est pas la vérité, car elle brille dans nos malheurs d'un irrésistible éclat que ne peuvent obscurcir lessophismes et les blasphèmes. Ce qui nous manque, Messieurs, c'est la grandeur des caractères par l'énergie des volontés. Oui, au sein de toutes ces grandeurs brillantes et souvent mensongères, les caractères se sont amoindris, et dans le mouvement de toutes ces forces qui paraissent, au premier regard, emporter nos sociétés vers les régions fortunées de l'avenir, les volontés se sont énervées et affaiblies !

Qu'est-ce donc que l'énergie, qui fait la virilité et la grandeur des caractères? L'énergie n'est pas la fermeté; caria fermeté peut n'être qu'une force inerte. L'énergie ne doit pas être confondue avec la fidélité et la constance-' elle est la source de cps deux vertus, mais elle est plus agissante et pins puissante. L'énergie n'est pas la violence ; car la violence s'épuise dans un effort passager et stérile ; elle affaiblit, elle détruit; elle n'est jamais féconde. L'énergie, c'est la force de l'âme et de la volonté,mais une force qui résiste et qui marche en avant, . qui soutient toutes les attaques et qui surmonte tous les obstacles. Elle est une force essentiellement active, progressive et conquérante. Au sein des luttes les plus ardentes, elle se maintient dans les limites exactes de la vérité ; elle domine et dirige avec une autorité souveraine toutes les facultés de l'intelligence et toutes les puissances du cœur.

Si je voulais. Messieurs, vous démontrer la nécessité de cette grande vertu, je n'aurais qu'à regarder ces

couronnes. Je ne sais sur quels fronts elles seront déposées dans quelques instants ; mais, ce que je sais, ce que j'aflîrme sans hésitation, c'est qu'elles n'appartiennent pas seulemeut au talent, aux intelligences les plus heureusement douées ; elles appartiennent surtout à la bonne volonté, aux efforts généreux, au travail persévérant, et par conséquent elles appartiennent à l'énergie.

Mais cette vertu est plus nécessaire encore dans la grande œuvre de l'éducation. Pour élever lésâmes dans le sens vrai et profond de ce mot, pour détruire les défauts, pour développer les qualités naturelles, pour accomplir cette œuvre si belle, si sainte, mais si difficile, il faut une main douce et forte, il faut que les caractères les plus rebelles soient soumis au joug d'une discipline inexorable, il faut que l'autorité soit respectée et que la vigueur s'unisse partout à la bonté et au dévouement.

Sans l'énergie, vous n'obtiendrez que des ébauches et bientôt vous n'aurez que des ruines. Sans elle tous les dons de l'esprit et toutes les tendresses du cœur ne sont que des périlsformidables et des richesses perdues. Sans elle, la vertu n'existe pas : car la vertu est l'effort constant et la lutte victorieuse contre le mal qui s'agile dans les bas-fonds de toutes les âmes.

Aussi, Messieurs, lorsque vous voyez une famille succomber sous le noble fardeau de l'honorabilité de ses ancêtres ou de l'illustration de ses aïeux, croyez-le bien, l'énergie a manqué ; elle a manqué au foyer domestique ; elle a manqué dans l'éducation...; et voyezles, ces fils dégénérés d'une ra^e illustre, ils vont s'éteindre dans une ignominie qui n'a pas même de regrets !...

C'est l'énergie qui fait les grandes œuvres, les œuvres fécondes, impérissables, immortelles. Ah ! c'est que rien d'utile, de grand, de beau, ne se fait sur cette terre sans la vertu, sans la consécration de l'épreuve et l'auréole de la douleur.

Vous avez étudié l'histoire, recueillez vos souvenirs, et vous verrez que tous les grands hommes sont les fils de cette noble vertu. Grands hommes delà science qui rétablit la royauté de notre nature déchue sur la création matérielle; grands hommes des beaux-arts qui embellissent et illuminent la vie des nations; grands hommes de l'éloquence qui domine et ravit les multitudes grands hommes de la politique forte, loyale et généreuse ; grands hommes de l'épée mise au service de la patrie et du droit : tous, sans exception, ont été des hommes d'énergie. Et au-dessus de ces hommes qui ne sont grands que par quelques côtés de leur existence, par quelques rayons épars de la beauté et de la grandeur morales, regardez les Saints, les vrais héros ! Ah î les Saints, ils onlune puissance surhumaine, parcequ'ils ont en eux la force surnaturelle et l'énergie divine...

Messieurs, quand une nation a laissé obscurcir sa gloire, quand elle a vu son sol foulé par les hordes de ses ennemis, quand elle s'est laissé surprendre dans les folles illusions de son orgueil par l'astuce infernale et la barbarie sans pitié qui veillaient à ses portes, qui a fait, dites-moi, ces hontes, ces désastres et ces ruines ? Toujours la même cause, Messieurs : ce peuple a manqué d'énergie. Sous l'or et la soie de cette société brillante, bien des cœurs ne battaient plus que pour des voluptés homicides. Ce peuple ne considérait plus lajnarche menaçante de l'ennemi, le flux

et le reflux de la vérité et de Terreur dans le monde ; mais il interrogeait chaque matin avec anxiété le mouvement des intérêts matériels et les oscillations de la Bourse. Le sensualisme et le luxe avaient pénétré partout et affaibli les corps en corrompant et en tuant les Ames... Qui donc maintenant sauvera cette nation ? Qui lui fera remonter le courant qui l'emporte vers une décadence qui paraît irrémédiable ? Qui donc relèvera dans la gloire son drapeau bumilié et ses remparts abattus ? Qui lui rendra dans la joie ses provinces arrachées de ses flancs, les populations qui lui tendent les bras par-dessus ces fronlières tracées par une épée sanglante ? C'est l'énergie, l'énergie qui réunira en les centuplant toutes les forces salutaires, qui opposera l'unité du bien à l'unité formidable du mal, qui bannira les doctrines perverses, qui repoussera ces corruptions qui, tôt on tard, couchent au tombeau les plus fi ères et les plus fortes nations. Il faut que ce peuple entende et comprenne ces nobles paroles qu'un poète polonais adressait en vain ta ses compatriotes infortunés: « Chacun de nous a dans son âme la mesure des frontières à venir : plus vous agrandirez vos cames, plus vous étendrez les frontières et l'avenir de la patrie. »

Ainsi, Messieurs, c'est l'énergie qui fait le succès de l'instruction, l'éducation véritable, les grandes œuvres, les grands hommes ; c'est elle qui fait les grandes nations et qui les sauve aux jours de leurs désastres.

Vous le voyez, je ne fais qu'indiquer ces idées et tracer les lignes principales de mon sujet. Je voudrais cependant vous dire encore rapidement et en quelques mots quel but vous devez atteindre par cette puissance incomparable de l'énergie.

Ayez d'abord l'énergie des convictions. Ces convictions, vous les avez puisées au sein de vos familles, vous les avez développées dans cette pieuse maison par les clartés d'un enseignement sérieusement chrétien. Que vos croyances soient fortes, inébranlables! qu'elles ne vacillent pas au souffle de l'impiété ! qu'elles ne reculent pas devant le blasphème que vous entendrez demain ! Fortifiez-les par l'étude.

Regardez en face ces erreurs qui renaissent de leurs cendres; car il n'en est pas une seulequi n'ait été écrasée cent fois par le marteau des apologistes. Ne vous laissez pas éblouir par le sophisme, ou surprendre par le mensonge. Interrogez l'histoire; interrogez la lueur lugubre des faits contemporains ; interrogez l'expérience de votre propre vie; mettez la main sur votre cœur ; — et de. toute part jailliront des preuves sans réplique et d'irrésistibles démonstrations.

Ah ! surtout, mettez, mettez de l'énergie dans la lutte contre vos passions... Jene les maudis pas, les passions, Messieurs, je les bénis ! Ce sont d'admirables forces, si vous savez les contenir et les diriger par l'énergie de la volonté.

La passion, c'est le coursier qui frémit sous le frein qui le dompte. Mais voici venir l'heure du combat : voyez comme le noble animal s'émeutau son du clairon! 11 entend la voix des chefs et les bruits confus de l'armée ; il respire les parfums delà poudre ; il se précipite sur les bataillons ennemis ; il s'élance à travers la mitraille et la mort.

La passion, c'est celte force prodigieuse qui, sur nos voies de fer , emporte des multitudes immenses avec l'impétuosité de Forage. Mais si la chaudière est trop

faible pour contenir cette force qui bouillonne dans ses flancs, elle éclatera dans des désastres dont la seule pensée fait frémir ; si la main qui dirige est un instant oublieuse, si le regard est distrait, le convoi tout entier s'en va d'un seul bond à l'abîme.

C'est le feu qui détruit en quelques heures les monuments de notre gloire nationale, le feu qui éclate au sein de nos cités épouvantées, jette par-dessus les murailles noircies, des lambeaux de corps humains et fait ces plaies hideuses, et ces victimes lamentables que nous avons vues (1) ; — mais aussi, c'est le feu qui prépare la nourriture de l'homme, qui resplendit dans les ténèbres ; le feu, l'instrument le plus puissant de l'industrie moderne, le feu qui aujourd'hui, à travers les flancs ouverts de nos montagnes, crée pour les peuples des communications merveilleuses.

C'est la foudre qui écrase tout sur son passage, et c'est la foudre qui, devenue docile dans la main de la science, va porter à travers l'océan la pensée de l'homme avec la rapidité de l'éclair.

Oui, Messieurs, la passion qui bien souvent vous agite de ses frémissements intimes, il faut la contenir et la diriger ; il faut, selon l'admirable expression de saint François de Sales, tenir votre cœur à deux mains.

Vous aimez ce qui est beau: aimez la beauté de Dieu, la beauté des âmes rachetées par son sang, les chefsd'œuvre de la pensée humaine, qui sont un reflet delà pensée éternelle. Regardez la nalure, car la nature est un prisme que traversent les rayons de la gloire et delà beauté divines.

i. Allusion à l'explosion de la cartoucherie de Chambéry.

— mi —

Vous avez de l'activité, de l'ardeur : allez ! il y a en ce monde assez de grands travaux à entreprendre, assez de nobles causes à servir ; il y a assez d'infortunes à soulager, de larmes à essuyer, de cœurs brisés à consoler et à guérir.

Vous avez de l'ambition : tournez-la vers le bien, vers les conquêtes de la vérité et de la vertu... Oui, il y a une ambition qui est sainte ! l'ambition qui nous dit : Plus haut ! plus haut encore, plus haut dans le travail, plus haut dans la vertu, plus haut dans l'influence régénératrice ! toujours ce sursum corda des grandes âmes qui souffrent dans les basses vallées et qui s'élancent vers les hauteurs.

Ayez l'énergie qui sait être fidèle au malheur et aux causes qui paraissent perdues, plus fidèle mille fois à l'épreuve et au malheur qu'à la fortune et à la gloire. Être fidèle dans la prospérité, servir dans la gloire ; mais c'est toute la force des faibles, et c'est toute la valeur des lâches... Soyez partout et toujours du grand parti de la vérité, de la justice et de l'honneur.

Élevez-vous au-dessus des spéculations personnelle et des petits intérêts inavoués. « Montez au-dessus des fluctuations de la foule, des enivrements de la fortune, des lassitudes de la vie et des coups de foudre du malheur. « Dieu vous a fait naître à une époque de luttes et d'angoisses. Ne vous en éloignez pas ! la lutte fortifie les caractères; elle agranditlesàmes ; et si un jour Dieu vous donnait le calme et la paix, peut-être connaitriezvous les tristesses du vieux guerrier qui, mourant loin des champs de bataille, regrette de n'être pas tombé sous le feu de l'ennemi et dans l'ivresse des combats.

« Ayez de l'énergie pour résister aux attaques que

vous devez subir, car vous en subirez. Si vous ne voulez pas fermer les yeux pour ne pas voir, si vous ne voulez pas baisser la tète devant la violence ou le mensonge, si vous repoussez avec la lierté d'un honnête homme et d'un chrétien toutes les concessions coupables, les approbations et les succès achetés par l'infamie, ou la peur, qui est encore l'infamie, vous serez attaqués. Alors, écoutez le conseil de l'amitié; écoutez aussi la parole de la bienveillance, car elle peut contenir un avertissement salutaire, et la vérité est toujours précieuse. Mais si votre oreille n'entend que les injures de vos ennemis ameutés contre vous, les calomnies de la haine devenue insensée, restez debout et laissez passer l'orage. Et si les temps deviennent plus mauvais encore, si vous êtes seul dans les angoisses de l'épreuve et les ténèbres de la nuit, traînez-vous plutôt sur vos mains meurtries, sur vos genoux sanglants ; mais ne reculez jamais. Regardez ! peut-être l'horizon blanchit aux premières clartés de l'aurore. — Et si votre espoir est déçu, si la nuit devenait plus sombre, la lutte plus douloureuse, enveloppez-vous dans le drapeau de votre honneur et de votre loyauté, et allez à votre tombe sans reproche et sans peur. Sur cette tombe la justice viendra !... Si elle ne vient pas, consolez- vous encore; car il y a par delà les ombres de cette terre, au-dessus des triomphes de l'iniquité, des conjurations de la haine obstinée, il y a une justice qui jugera les justices de ce monde.

Mais il faut finir. Ah! Messieurs, je voudrais pouvoir exprimer ce que je vois et ce que je sens; je voudrais que cette enceinte put s'agrandir et recevoir toute la jeunesse de notre chère Savoie; je voudrais que Dieu

me donnât, pour quelques instants du moins, cette puissance de la parole qui saisit une assemblée et qui l'emporte sur les ailes de l'éloquence.. .

Messieurs, c'est l'heure d'être plus que jamais forts, énergiques, vaillants... Notre Savoie descend des pentes fatales sur lesquelles il faut l'arrêter à tout prix. La France est gisante comme un soldat frappé à mort sur le champ de bataille, et on dirait que ses enfants vont de nouveau se jeter sur elle pour achever son agonie. L'Église souffre, elle est persécutée, son pontife suprême est opprimé... C'est, Messieurs, l'heure des convictions profondes, de l'amour fidèle et des vrais dévouements...

Allez donc, jeunes gens, allez dans la vie, allez dans ces luttes qui vous attendent. Soyez forts, soyez courageux, soyez énergiques, soyez des hommes, esto vir(l), soyez de vaillants chrétiens. Vos familles et la Patrie, Dieu et sonÉglise vous appellentet l'avenir vous appartient !

1. C'est la recommandation de David mourant à son fils Salomon : Soyez un homme, esto vir. (III 1. des Rois, chap. n, v. 2).

ALLOCUTION

PRONONCÉE A L'OCCASION DE LA BÉNÉDICTION DU PALAIS DE JUSTICE DE MOUTJERS (SAVOIE)

ALLOCUTION

RONONCEE A L OCCASION DE LA BÉNÉDICTION DU PALAIS DE JUSTICE DE MOUTIGRS (SAVOIE) LE 3 NOVEMBRE 1874 ( l)

Monsieur le Président,

Je me suis rendu avec empressement à votre invitaion gracieuse et je viens répandre sur cet édifice, les )riéres de la liturgie sacrée et les bénédictions de Dieu.

Vous avez compris, Monsieur le Président, que cette érémonie religieuse ne pouvait qu'élever les pensées le tous, entourer de plus de respect et consacrer par me autorité plus haute les arrêts de la justice. Vous ivez compris que la religion et la justice sont deux filles lu Ciel, qui habitent cette terre, deux vertus enseignées )ar le décalogue divin, base de toute législation, source lécessaire de toute civilisation, de tout progrès, et en lehors duquel nous ne voyons que les abaissements le la décadence et les désastres de la barbarie. Vous ivez compris que la religion et la justice unies par leur origine et par leur essence même, le sont encore à toutes les pages de l'histoire dans la vénération ou le mépris des peuples.

I Lorsque Monseigneur eut gravi L'escalier extérieur du Palais de Justice M. le président, entouré de MM. les membres du tribunal suivi de MM. les avocats et de mm. les avoués, s'est avancé jusque sur le seuil et il a remercié le prélat d'avoir bien voulu accomplir celle cérémonie qui laisserait avec un grand enseignement de précieux souvenirs. .

Monseigneur a répondu par l'allocution que nous reproduisons.

Il n'y a pas en effet de religion sans justice ; il n'y a pas de justice sans religion. La religion c'est le droit de Dieu reconnu par les hommages et l'adoration de l'homme. La justice c'est le droit rendu à chacun au nom du législateur suprême et du maître de tous.

La justice n'existe pas sans le droit, le droit a sa source dans la loi et la loi est impossible sans une autorité supérieure qui impose aux hommes et aux sociétés sa volonté souveraine et qui en garantit l'exécution par une sanction à laquelle nul ne peut échapper. Aussi partout où la religion est combattue, partout où elle est repoussée par les multitudes aveugles, partout où elle consent à se courber comme une esclave sous le despotisme d'en-haut ou l'anarchie d'en-bas, la justice ellemême disparait. Elle disparaît dans l'entraînement des passions, devant les séductions des intérêts avilissants, sous les coups delà force brutale; et ce qui en reste n'est plus qu'une ruine, qui ne peut abriter qu'un éternel déshonneur.

Le sacerdoce est une magistrature qui atteint la conscience dans ses plis les plus intimes et qui appliqup la loi de Dieu aux désirs les plus secrets du cœur humain. La magistrature est comme un sacerdoce élevé au-dessus des peuples, dans l'autorité, la dignité, l'honneur. Quand ces deux puissances sociales restent fidèles à leur grande mission, quels que soient les infortunes et les égarements d'un peuple, il se relèvera, il ne peut périr. Et aux jours de l'iniquité triomphante, aux jours des défaites honteuses et des luttes fratricides, elles se prêtent encore un mutuel appui, pareilles à cet archevêque de Paris et à ce vaillant magistrat qui, soutenus l'un par l'autre, allaient naguère tomber, sans faiblir

sous les balles de ces assassins qui se disaient des Français et des soldats.

Contre ces deux puissances vient se heurter sans cesse, dans sa rage obstinée, l'anarchie qui nous menace; mais leur alliance nécessaire, indissoluble, victorieuse, survivant à toutes les attaques est, à l'heure attristée où nous sommes, une lumière, une force et une espérance.

Je suis heureux, Monsieur le Président, d'affirmer en ce jour, par ma présence et par mes paroles ces grandes vérités. Je suis heureux de prendre ainsi une part à cette entrée solennelle qui est une fête pour ce tribunal, pour l'ordre des avocats, pour la chambre des avoués et pour cette population, dont je partage de toute l'ardeur de mon âme les douleurs et les joies. Je suis heureux de vous donner ainsi à vous, Monsieur le Président, et à Messieurs les membres du tribunal et par vous à la magistrature française, une des gloires de notre patrie, un témoignage de ma haute estime et de ma respectueuse sympathie.

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