‹ Discours et panegyriques (volume 2)Chapitre 81 sur 84 · Proverbes, eh. \iv. \. :î · texte numérisé non relu

Proverbes, eh. \iv. \. :î

œuvres et par son sang, jusqu'aux extrémités du monde et jusqu'au dernier jour des siècles, et vous frappez dans votre vengeance les aveugles qui la repoussent et la persécutent.

Vous nous avez manifesté les secrets de votre sagesse, le but divin de nos épreuves. Nous sommes les témoins désolés de ces révélations terribles qui éclatent dans l'épouvante et la ruine... Ces secrets, nous devons les connaître, car maintenant ils sont évidents pour quiconque croit à votre puissance et aux exécutions de votre infaillible justice.

Vous m arroserez avec ïhysopc et je serai purifiée ; ruas me laverez, et je serai plus blanche que la neige.

Le Roi-Prophète, ô mon Dieu, invoquait les purifications et les sacrifices imparfaits de la loi ancienne, mais il entrevoyait aussi, dans les clartés de son inspiration, le sang de votre Fils qui devait purifier et sauver le monde; ce sang, qui chaque jour coule sur nos autels, qui coule sur toutes les âmes désolées, sur les âmes des guerriers qui sont morts pour la défense de la Patrie, sur toutes les âmes égarées, le sang de votre cœur divin.

Que ce sang, Seigneur, parle plus haut que le sang d'Abel immolé par son frère ; qu'il parle, non pas pour la malédiction et le châtiment, mais pour le pardon, pour la purification de tous; qu'il intercède pour les infortunés qui s'obstinent encore; qu'il leur obtienne le repentir et l'innocence, afin que bientôt l'âme de la

France, ainsi purifiée, brille blanche et sans tache, comme la neige étincelante des Alpes et des Pyrénées. Et super nivem dealbabor.

Vous ferez entendre à mon oreille les chants de la gaîté et de la joie, et mes os humiliés tressailliront d'allégresse.

Après les blasphèmes, les cris de rage, les gémissements des mourants et les sanglots de tous, après le bruit horrible de tous les instruments de carnage et de mort, faites entendre à l'oreille de la France les cantiques de l'espérance et de la joie. Et alors la moelle même de mes os trissaillera d'allégresse : Et exultabunt ossa humiliala.

Alors les ossements des grands serviteurs de la Patrie tressailliront dans leur tombeau; Clovis et Charleniagne, Jeanne d'Arc et saint Louis, Bayard et Henri IV, Turenne et Condé, puis d'autres encore, se lèveront et ils viendront avec leurs épées, leurs oriflammes et leurs drapeaux, ils viendront contempler la résurrection de la France; et alors, consolés et heureux, ils retourne* ront un à un se coucher dans leurs cercueils, où l'espérance fera tressaillir leurs ossements et embaumera leurs cendres jusqu'au dernier des jours : Et exultabunt ossa Ituniiliala.

Détournez votre visage de mes péchés, et une fois encore effacez tous mes crimes;

Car, pour que ces désirs s'accomplissent, pour que ma prière ardente soit exaucée, pour que la paix et le bonheur viennent s'asseoir à mes foyers désolés, il faut, Seigneur, que vous détourniez votre visage de mes péchés; il faut qu'il ue reste plus une seule trace de mes iniquités. Je vous le demande, parce que votre bonté inspire votre puissance, parce que votre miséricorde surpasse votre justice.

Créez en mm nu cœur pur, à mon Dieu, et renourrir: Vesprit de il roi i are et de loyauté jusqu'au fond de mes entrailles.

Gréez en moi un cœur assez fort pour mépriser toutes les voluptés qui énervent les caractères, qui tuent les âmes et qui lot ou tard couchent au tombeau les nations dans l'impuissance de la décrépitude et dans te linceul souillé d'un éternel déshonneur. Créez en moi un cœur qui se passionne pour le bien, qui s'enthousiasme pour le beau, un de ces cœurs purs auxquels vous avez promis les visions divines : Beau mundo corde, quoniam ipsi Deum ridebunt (1).

l. Evangile selon sainl Matthieu, eli. \. \. s.

Renouvelez en moi l'esprit de droiture et de loyauté, l'intelligence qui repousse les sophismes, qui marche, sans dévier jamais, dans les sentiers de la vérité et de la justice; l'intelligence qui rejette loin d'elle les systèmes pervers, les doctrines subversives, les philosophes mensongères qui naissent aujourd'hui et qui mourront demain.

Inspirez-moi la politique de la loyauté et de l'honneur, la grande politique des grandes nations, la politique qui ne marche pas dans les sentiers tortueux et les voies souterraines, qui n'accepte pas le concours trompeur et criminel des légions de l'erreur et du mal.

Faites pénétrer cet esprit, Seigneur, dans les profondeurs de ma volonté et dans les entrailles mêmes de la France : Spiritum rectum innova in visceribus meis.

Ali

Ne me rejetez pas de votre présence cl ne m' enlevez pas votre Esprit saint.

Ne me rejetez pas comme tant de nations châtiées, pour vous avoir repoussé et maudit. Ne fuyez pas la France, emportant avec vous votre Évangile, votre croix, votre amour. Ne me rejetez pas comme l'Afrique sur laquelle, depuis douze siècles, le désert a roulé ses tlots stériles, et sur laquelle votre main vengeresse a poussé, depuis douze siècles aussi, les flots des Barbares. Ne me rejetez pas comme l'Orient, l'Orient, votre patrie, d'où nous est venue la lumière, 1: Orient

des Patriarches et des Prophètes, l'Orient consacré par tant de prodiges, illustré par tant de science, d'éloquence et de vertu, et aujourd'hui pourtant courbé dans la servitude, enseveli dans une irrémédiable abjection.

Ne me rejetez pas comme Constantinople, autrefois la capitale de l'empire de Constantin, devenue la capitale déshonorée de l'empire de Mahomet, le centre de ce peuple vieilli, qui attend qu'une des nations vigoureuses qui veillent à ses frontières, pose sur sa poitrine haletante, non pas la pointe, mais seulement la poignée de son glaive.

Ne me rejetez pas, ne m'enlevez pas votre esprit qui fait les saints et qui préserve les peuples de la corruption, cet esprit qui nous vient de la foi catholique et de la chaire de Pierre.

Rendez-moi la joie salutaire et affermissez-moi peu

votre Esprit tout-puissant.

Rendez-moi, après tant de calamités, d'angoisses et de plaisirs corrupteurs, les joies pures, les joies élevées de l'intelligence, les nobles plaisirs de la vraie science et des arts. Affermissez-nous dans nos résolutions généreuses. Que votre Esprit souffle sur la France, qu'il la pousse vers les hauteurs, vers ces régions sereines où habitent la paix et la justice, la félicité et l'honneur.

Alors j'enseignerai aux méchants vos voies, et les impies se convertiront.

Alors je me ferai l'apôtre infatigable de votre parole. La proue de mes navires ira toucher tous les rivages du monde pour y porter la vérité; mon épéeet mon drapeau la protégeront jusqu'aux extrémités de la terre, et les chars de feu de l'industrie moderne emporteront avec la rapidité de la tempête (1), vers les peuples égarés, vers les tribus sans nom, les apôtres sortis de mon sein, vos missionnaires et vos martyrs.

Je mettrai dans cet apostolat glorieux les ardeurs de mon prosélytisme, les élans du caractère national, la fécondité de mes écrivains, l'éloquence de mes orateurs, et aussi la voix éclatante, irrésistible, de mes châtiments et de mes malheurs.

Je marcherai à la tête des nations, comme la fille aînée de votre Église, et les impies reviendront vers vous. 0 qu'ils seront beaux alors, qu'ils seront beaux les pieds de la France, devenue elle-même le missionnaire de Dieu, l'apôtre de la paix et des biens éternels! Quam speciosi pedes evangelizantium pacem, evangelizantium bona (2)!

1. Rotœ ejus quasi hnpetus tempestatis. Isaïe, cli. v. \ . -2S.

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