‹ Discours et panegyriquesChapitre 16 sur 18 · MIRACLES · texte numérisé non relu

MIRACLES

Mais il est une démonstration plus éclatante de ces prodiges. Une huile miraculeuse sortait du marbre qui recouvrait le tombeau du Bienheureux et guérissait les plus graves maladies, en particulier les maladies des yeux et les fièvres les plus ardentes.

La douceur et la joie sortaient ainsi, avec l'huile miraculeuse, de la pierre la plus dure : « ut sufjeret mel de petrâ et oleum de saxo durisswio (1); » et ce peuple, prosterné devant les ossements de son protecteur et de son père, pouvait dire, avec plus de vérité que Job, des jours de son opulence : « La pierre me versait des Ilots d'huile : 'petra jundebat raihl rivos olei (2). »

(1) Deuter., xxxii, 13.

(2j Job, XXIX, 6.

Nous pourrions encore appliquer au glorieux Pontife ces paroles de nos Livres Saints : ce Vous avez aimé (( la justice et haï riniquité, c'est pourquoi Dieu vous (( a oint, même dans votre tombeau, d'une huile de (( joie et de gloire, de préférence à ses autres service teurs : Dilexisti justitiam et odisti iniquitatem ; « propterea unxit te Deus, Deus tuus, oleo lœtitiœ prœ (.( consortibus tuis (1). »

L'incrédulité niera-t-elle ces faits merveilleux ? Mais les preuves incontestables sont sous vos regards 1 Le marbre, d'où l'huile s'échappait, est ici, dans cette chapelle si richement restaurée ; il a été creusé par les attouchements mille et mille fois répétés des malades et des pèlerins. Direz-vous que ces actes de foi étaient sans résultat et, par conséquent, sans motif? Ce serait accuser de folie des multitudes immenses, pendant des siècles entiers.

Il est dans l'histoire des Saints bien peu de démonstrations aussi puissantes pour établir la réalité des miracles que Dieu accordait à leur prière.

Ces prodiges accrurent encore la vénération inspirée par les vertus du Bienheureux. Les populations de ce diocèse accoururent auprès de sa tombe plus nombreuses et plus confiantes. Au xvii^ siècle. Monseigneur Paul Millet de Challes reconnut officiellement les restes de son saint prédécesseur. Il en réunit avec respect les ossements, et les déposa de nouveau dans son tombeau.

Monseigneur de Martiniana ne put réaliser son projet de solliciter la béatification du grand serviteur de Dieu ; mais il exposa ses reliques dans une châsse de

(1} Psalm. XLiv, 8.

bois doré, sur l'autel de saint Jacques, puis sur l'autel de saint Sébastien, dans cette cathédrale. Il affirma la vénération constante de tout ce diocèse pour l'illustre Pontife et le témoignage que les ex-voto suspendus à sa châsse rendaient à la toute-puissance de son intercession.

A la fin du dernier siècle, les hommes de la Révolution outragèrent ces reliques vénérées et se proposèrent de les anéantir. Mais elles furent soustraites à leur fureur, rendues au Curé de la cathédrale, à l'époque delà restauration du culte, et plus tard remises à Monseigneur Vibert, qui les plaça sous l'autel de sa chapelle, à l'Évêché.

En 184 J, une enquête fut faite sur le culte immémorial, rendu au saint Evêque, sur ses miracles et le concours des pèlerins autour de son tombeau. Une seconde enquête plus complète fut ouverte en 4858. L'authenticité des reliques fut constatée et la cause déférée à Rome. La Congrégation des Rites, après avoir exigé de nouvelles preuves, rendit, le 22 décembre 1862, un décret favorable que Pie IX approuva le 8 janvier suivant.

Et maintenant, voici qu'après huit siècles écoulés, la mémoire du grand Evêque resplendit d'un nouvel éclat. Son sépulcre apparaît plus glorieux ; il est orné de riches sculptures ; des marbres précieux s'unissent au marbre creusé par la confiance des pèlerins d'autrefois. Sous la direction d'un architecte habile, la générosité et l'art chrétien ont embelli et transformé la chapelle consacrée au Bienheureux. Ses ossements viennent de traverser les rues de cette ville, dans une pompe triomphale. Pour les recevoir, cette cathédrale

a revêtu sa parure de fête ; le clergé et le peuple de ce diocèse tout entier s'unissent dans un même élan de foi, de reconnaissance et d'admiration.

]Mais 011 donc sont aujourd'hui la gloire, l'influence, le souvenir des seigneurs puissants, des princes, des rois, des conquérants du xii® siècle, des contemporains du Bienheureux Ayrald ? Ah ! les Saints sont les amis de Dieu ; il leur accorde, même sur cette terre, une part de son pouvoir et de son immortalité. Il veille sur leurs ossements : Dominus cnstodit ossa eorum (1) ; leur nom vit de génération en génération : Nomen corum vivit in generationem et gencrationem ; les peuples se redisent leur sagesse, et l'Eglise éternelle raconte leur gloire à tous les siècles qui passent : Sapientiam eorum narrent popnli, et laudem eorum nu7iliet Ecclesia (2).

0 Bienheureux. Ayrald, pourriez-vous, en ce grand jour de fête, ne pas exaucer tous nos vœux ? Du ciel où vous régnez, protégez cet Ordre des Chartreux, auquel vous avez été si fidèle, et qui lui-même est si fidèle à votre mémoire. Gardez-lui cette constance dans la pratique de la règle, qui a été sa lumière, sa force et sa gloire ; défendez-le contre toutes les attaques et les projets sacrilèges ; donnez toujours des ressources inépuisables à son inépuisable charité !

Protégez cet Evêque qui est votre digne successeur et votre frère, et qui a préparé, par sa piété et par sou zèle, cette manifestation si touchante et si belle. Obtenez pour sa personne, pour son ministère, pour ses savants travaux, pour son dévouement à l'Eglise, les plus abondantes bénédictions 1

(1) Psalm. xxxiii, 21.

(2) Kccli., XLiv, 14, 15.

Protégez ce clergé, dont vous êtes le père et le modèle, et qui suit les traces de vos admirables vertus. Protégez ce diocèse, qui est toujours le vôtre . Défendez ce peuple contre les assauts de l'impiété ; qu'il reste inébranlable dans ses croyances et dans les pratiques de la vie chrétienne, comme les rochers de ses montagnes !

Protégez la Savoie, à laquelle Dieu vous a donné ; obtenez pour la France et pour l'Église de grands IMoines, de grands Evoques et de grands Saints !

Ainsi soit-il !

L'ŒUVHE

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