‹ Discours et panégyriques (volume 3)Chapitre 17 sur 71 · Mgr Richard, archevêque de Larisse · texte numérisé non relu

Mgr Richard, archevêque de Larisse

VOUS, )) et ses apôtres en ont conduit les premiers engagements. « Vince in bono malurn : Vaincre le mal par le bien, » c'était leur devise, et c'est encore le cri de ralliement des cœurs chrétiens, partout où l'Église a planté sa tente et rassemblé quelques-uns de ses enfants.

Je me perdrais dans le vaste récit des prouesses de la charité chrétienne, si je voulais la suivre sur tous les théâtres où son action est engagée : et, du reste, ce n'est point ce que j'ai promis aux aimables et pieuses personnes qui m'ont demandé le concours de ma parole. Elles m'ont montré, à l'extrémité orientale de l'Europe, une illustre et grande ville dont elles ont vu de près les misères, et où elles ont été témoins d'admirables dévouements.

Un dieu, disaient les anciens, a désigné luimême l'emplacement de cette ville, aux bords d'une immense fissure qui unit deux mers, près d'une baie sinueuse qu'on a appelée depuis la Corne d'or, à cause de sa forme et de la richesse de son commerce, et en face des proches rivages de l'Asie, dont on aperçoit les collines couronnées de noires forêts et re-

vêtues d'un manteau aux riantes couleurs; la nature et l'art en ont fait au dehors une des merveilles du monde. Coteaux doucement ondulés, havre spacieux où pénètre le courant du Bosphore, ondes bleues où se balancent des forêts de mâts pavoises, où voltigent les caïques aux rames légères, où se baignent les albatros, citadelles aux blanches murailles, palais aux portes sculptées, cyprès aux vertes flèches, platanes gigantesques dont la chevelure luisante déborde par-dessus les murs qui cachent une partie de leur tronc, terrasses verdoyantes s'élevant en pentes insensibles jusqu'aux royales demeures dont on aperçoit les coupoles dorées, tours et vastes dômes des mosquées entourées d'un collier de coupoles plus petites, élégants minarets tout brodés de balcons, ville continue de maisons de plaisance dont les jardins de roses descendent vers la mer, et, par-dessus tout cela, un immense velarium d'azur pur et lumineux : c'est la belle Constantinople !

Entrons-y, le spectacle change. Nous passons des rues sales et populeuses des bazars aux rues solitaires et étroites, bordées de mai-

sons aux fenêtres grillées, qui semblent pauvres et abandonnées lors même que les riches les habitent. En maints endroits, des chaos de masures sordides dont le vieux bois est tout prêt à devenir la proie des incendies, des ruelles immondes que parcourent des meutes de chiens sans maître, et où gîtent les pourceaux. Là germent les maladies, là couvent les épidémies, là grouille la misère d'un peuple sans initiative, sans fierté et sans joie.

Voilà, mes Frères, le théâtre sur lequel je veux vous montrer, aujourd'hui, les soldats de la charité qui vous appellent à leur aide, et les oeuvres de bien qu'ils ont à accomplir.

L'Orient, patrie de la vérité qui a régénéré le monde, est aussi la patrie des grandes erreurs qui ont déshonoré l'œuvre du Maître divin dont la parole devait être gardée comme un dépôt sacré. Gâté par la sophistique des an-

ciennes écoles philosophiques^ habitué aux discussions mesquines et aux subtilités dangereuses, l'esprit grec se pliait difficilement au joug d'un enseignement dont il fallait accepter avec humilité l'austère et mystérieuse simplicité. Saint Paul, témoin de ses premières agitations, s'écriait : « Il faut qu'il y ait des hérésies : Oportet hsei^eses esse\ » Cette prophétie, hélas ! s'est trop bien accomplie. Dieu, ses perfections, sa vie, son œuvre, son Christ, ses saints et, finalement, son Église, tout a été la proie d'une âpre et inquiète activité constamment appliquée à dénaturer les dogmes. La patience de Dieu, tant de fois mise à l'épreuve, s'est enfin lassée d'une si persévérante lutte contre la vérité. Les grands génies qu'il avait suscités n'ayant pu étouffer dans les flots de leur éloquence inspirée l'opiniâtre fermentation de l'erreur, il fît signe à la bête mystérieuse qu'avait entrevue, dans son apocalypse, l'exilé de Pathmos. L'Islam, éclos sous les feux du désert, se précipita sur les chrétientés infidèles. « Marchez, » disait Ma-

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