DE SAINT-VINCENT-FERRIER
des mères chargées de soigner tout ce petit peuple, les habitations des maîtres et du directeur, retable, la basse-cour: tout un ensemble de constructions propres à loger commodément trois cents personnes, et à répondre à tous les besoins spirituels et matériels.
Pour réaliser ce rêve, il se mit à l'oeuvre avec cette impétueuse et sainte énergie qui lui faisait mépriser toutes les fatigues et porter, à la fois, le poids de mille sollicitudes, si bien qu'en moins de deux ans la moitié de son plan avait pris un corps. C'est alors que Dieu vint lui dire : — « En voilà assez pour toi ; il est temps de partir. )> — Et il partit, avec la résignation et la douce sérénité d'un saint, laissant à la Providence le soin d'achever l'œuvre qu'il avait si vaillamment commencée. — «Je meurs volontiers, disait-il, à la dernière heure, j'accepte la mort pour satisfaire à la justice de Dieu et pour le bien de l'orphelinat. La Providence, qui m'a toujours si admirablement assisté, protégera ce cher orphelinat... Mon Dieu, je vous l'abandonne. »
Le peuple l'a pleuré comme on pleure un bienfaiteur insigne ; mais les prudents auraient
•2j(j les orphelins
pu l'accuser de témérité, et lui reprocher d'avoir préparé, en escomptant trop hardiment l'avenir, une crise financière où pouvait sombrer sa grande et belle œuvre. Ah ! plût à Dieu que toutes les crises financières eussent de pareilles causes ! Il me semble qu'on peut être indulgent, je dirais presque heureux, au milieu de tant de désastres, au fond desquels on ne découvre que cupidité, mensonges, abus de confiance, honteux tripotages, quand on se trouve en présence d'une situation critique qui n'a pas d'autre cause qu'un excès d'amour et de dévouement. Ce que la prudence humaine appelle témérité, n'est parfois qu'une sainte audace que Dieu lui-même inspire aux créateurs des grandes œuvres de bienfaisance. Sans cette sainte audace, combien d'institutions charitables n'auraient jamais vu le jour! Habituées aux caresses de la Providence, les âmes passionnées pour le bien du prochain ont l'intime et robuste confiance que leurs entreprises désintéressées ne tomberont jamais dans l'abandon ; et il suffit à leur conscience, pour la rassurer contre les trop vives réclamations des prudents, de pouvoir dire aux