Son Eminence le cardinal Foulon, archevêque de Lyon
apôtres et dont le devoir est de présider aux destinées de l'Eglise, c'est au Frère Prêcheur, plus qu'à tout autre, que s'adresse cette parole du Sauveur : Euntes, docete omnes gentes : Allez, enseignez toutes les nations. Il en a recueilli l'écho sous les voûtes d'une basilique célèbre, alors que les apôtres Pierre et Paul, donnant au père de la famille dominicaine le livre des évangiles et un bâton de voyage, lui disaient : Vade et prxdica : Va et prêche. Depuis six siècles, l'enfant de Dominique obéit à cet ordre descendu du ciel ; depuis six siècles, il va et il prêche; depuis six siècles, il est engagé dans l'Œuvre immense de la Propagation de la Foi. Il lui est donc permis d'en parler, non seulement avec l'admiration qu'éprouve un cœur généreux pour ce qui est grand et beau ; non seulement avec le zèle que doit déployer toute âme fidèle, quand il s'agit de la gloire de Dieu et du salut des âmes, mais avec
'intérêt, l'ardeur, la passion d'un ouvrier pour le chef-d'œuvre à l'élaboration duquel il a dépensé le meilleur de sa vie.
Soyez donc attentifs, mes Frères, aux appels
que je vais vous faire, et puissé-je passionner
VOS âmes pour l'Œuvre si intéressante et si importante de la Propagation de la Foi. Je vais, pour vous la bien faire connaître, répondre à ces trois questions :
Quelle est Torigine et quels sont les développements de cette Œuvre ?
Quelles sont ses espérances actuelles ?
Quelles leçons devons-nous y prendre ?
Éminentissime Seigneur, j'ai été profondément touché des instances que vous avez faites pour me ramener dans cette ville et dans cette chère église où je n'ai pas prêché depuis trentedeux ans. Puissé-je répondre à votre pieuse et noble sollicitude pour la gloire de Dieu et le salut des âmes ! Puissé-je montrer à ceux qui m'ont entendu jadis que, si je n'ai plus la fougue et les entraînements de la jeunesse, je n'ai rien perdu de mon ardeur pour la sainte cause de Dieu !
L'Œuvre de la Propagation de la Foi n'est point une œuvre moderne, comme vous seriez peut-être tentés de le croire. La forme qu'elle a prise, en ces derniers temps, a son importance et mérite d'être remarquée ; mais, sous cette forme, je vois la continuation d'une tradition de faits, vieille comme l'Église et l'esprit apostolique qui a présidé à sa formation. Lorsque Jésus-Christ bénissait ses apôtres et prononçait sur leurs fronts prosternés ces paroles : — « Euntes, docete omnes gentes : Allez, enseignez toutes les nations, » — il traçait un programme et promulguait une loi. Le programme était immense, la loi était expresse. Les apôtres n'eurent garde d'offenser, par la plus petite résistance, la chère et souveraine volonté qui disposait de leurs vies. Dès que l'Esprit-Saint leur eut donné le dernier mot des vérités enseignées par leur Maître et la force de les promulguer, ils affrontèrent les
haines de la Synagogue, firent appel à la conscience du peuple juif, moissonnèrent autour d'eux les élus que Dieu avait marqués, s'élancèrent sur le monde, le parcoururent en tous sens, l'ébranlèrent sous les coups d'une parole barbare, laissèrent partout des souvenirs de leur passage, et, çà et là, les traces toutes chaudes de leur sang, comme pour marquer le chemin que devaient suivre, après eux, les prédicateurs de la bonne nouvelle.
Il est impossible, mes Frères, de nier le rapide et immense succès de ce premier mouvement de la Propagation de la Foi. Il est attesté par les livres et les monuments, tant sacrés que profanes, des origines de l'Eglise. Au sortir du Cénacle, la parole évangélique convertit trois mille hommes d'un seul coup. A quelques jours de là, PierrC; debout au milieu de la foule, lui demande, au nom de Dieu, raison de la mort de son Maître, et cinq mille voix lui répondent par des cris de repentir et par une solennelle profession de foi. Dix années s'écoulent, et le chef du collège apostolique, le directeur suprême de l'Œuvre de la Propa-
gation de la Foi, envoie sa première Épitre aux fidèles dispersés du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, de l'Asie, de la Bithynie, Antioche, Athènes, Damas, Césarée, Milet reçoivent la bonne nouvelle. Paul écrit à la capitale du monde et aux villes les plus illustres de l'Empire : Corinthe, Philippes, Colosse, Éphèse, Thessalonique, Il annonce aux Romains que leur foi est prêchée au monde entier. Il apprend aux Philippiens que la maison même de César est envahie, et leur fait passer lesalut des saints qui rhabitent: « Salutant vos omnes sscncti, maxime autem qui sunt de domo Csesaris\ » — Pendant ce temps, les autres apôtres s'emparent du monde : les Espagnols, les Éthiopiens, les Scythes, les Perses, les Indiens, entendent proclamer le nom du crucifié. Posté au centre de l'univers, Pierre, le maître de tous depuis que Jésus -Christ a disparu, Pierre répète ces paroles du Sauveur : — Euntes, doceto omnes rjentcs : Allez, enseignez les nations, — et les disciples qu'il a bénis s'en vont jusqu'au fond de la Germanie et des Gaules.