Psalm. XVIir
gation de la Foi un âge qui ne devait rien envier à ceux dont vous venez d'entendre l'histoire. Mais pour arriver à cet âge, il fallait une catastrophe : elle fut terrible. L'impiété du dix-huitième siècle en chanta le prélude au milieu des rires et des blasphèmes. En portant les mains sur une Compagnie illustre et féconde en ouvriers évangéliques, elle frappa d'un coup mortel une foule de missions florissantes, mais ce n'était que le commencement des maux : Initium malovum. L'esprit révolutionnaire devait bientôt couvrir de blessures, déchirer et tarir, il l'espérait du moins, ce cœur plein de vie, d'où s'échappait, sur tout l'univers, la sève du christianisme. Quel deuil dans notre patrie ! quel deuil dans l'Europe entière ! quel arrêt funeste dans le mouvement apostolique ! Un instant on put croire que tout était fini. Mais, vive Dieu ! les élégies de l'incrédulité n'étaient que les chansons trompeuses d'une ivresse que le souffle d'en haut devait dissiper bientôt, et au moment où des voies impies chantaient : Ainsi finissent les religions ! une nouvelle période commençait : la période populaire de la Propagation de la Foi.
Un accident s'était produit dans la vie des peuples européens : la période de l'union et du protectorat était finie. Il ne fallait plus compter sur le concours des puissances du siècle pour l'établissement et l'extension du règne de Jésus-Christ. Autrefois, elles se croyaient engagées par le baptême au service du Dieu qui, par la grâce, élevait leur autorité au niveau de sa propre autorité; depuis que la révolution les a touchées, elles se sont obstinément renfermées dans la sphère étroite d'une administration toute temporelle. La religion est une puissance du dehors dont elles redoutent les envahissements ; comment favoriseraient-elles ses conquêtes, à moins que la politique n'y soit engagée? Oui, la période de l'union et du protectorat est finie, mais l'œuvre de Dieu n'est pas amoindrie pour cela. Le pape, toujours debout, étend les bras et montre aux apôtres les mondes qu'il faut conquérir. Il appelle au secours ! Les puissances du siècle ne viennent plus. Eh bien, le peuple viendra. Dieu a fait ce miracle, mes Frères : aux rois il a substitué le peuple. L'Esprit-Saint, qui donne du génie et de la force aux humbles, a
inspiré à de pieuses filles une Œuvre qui sera l'éternel honneur de cette cité lyonnaise : l'Œuvre du sou hebdomadaire et de la prière quotidienne pour l'extension du règne de Jésus- Christ. Le peuple touché a bientôt ouvert sa petite bourse et son grand cœur ; avec joie il a donné son sou par semaine; avec plus de joie encore il s'est écrié : Adveniat regnum tiium ; et les petites sommes sont devenues des millions, la prière quotidienne est devenue une vaste pétition qui fait violence au Ciel, et les humbles créatrices de l'Œuvre, sous sa forme moderne, sont devenues un Conseil dont la sage administration est bénie de tout Tunivers chrétien^ Et tout cela, aujourd'hui, fait plus
1. Des documents authentiques, que j'ai consultés, at testent que cette grande Œuvre de la Propagation de la Foi, sous sa forme mod<irne, a été conçue et organisée en 1819 par une jeune fille de vingt ans. Mademoiselle Pauline-Marie Jaricot, née à Lyon le 22 juillet 1799, est la véritable et unique fondatrice de l'Association du sou par semaine.
Elle établit les premières dizaines de cette Association parmi les pieuses ouvrières lyonnaises, et, pendant plusieurs années, elle porta seule tout le poids de l'Œuvre. Son frère, Philéas Jaricot, entré au Séminaire de Saint- Sulpice, à Paris, le 20 octobre 1820, et de suite mis en
de besogne que n'en faisaient jadis les trésors et la rude épée des potentats, car, s'il y a moins de secours humains, il y a plus de liberté peutêtre, et la liberté, dans l'œuvre de Dieu, est le plus précieux des trésors, la plus active des puissances. — Mes Frères, allez à Rome dans les bureaux de la Propagande ; demandez une carte du monde, sur tous les pays vous verrez une croix tracée : sur l'Inde, la Chine, la Cochinchine, le Tonkin, la Tartarie, le Japon, la Corée, la Perse, l'Asie-Mineure, en proie aux schismes et aux hérésies, souvent pires
rapport avec le Séminaire des Missions-Étrangères, rue du Bac, no 128, envoyait à sa sœur copie des lettres arrivées des missions lointaines, et Pauline-Marie faisait lire ces copies aux associées de ses dizaines. Ce futTorigine des Annales de la Propagation de la Foi,
L'argent recueilli par l'Association du sou par semaine fut versé par acomptes successifs au Séminaire des Missions-Etrangères, comme on peut s'en convaincre par Texamen des registres du Séminaire (n" 1504, années 1820-1824, - folio 201, 20 octobre 1820, — folio 203, 14 mars et mai 1821, — folio 205, octobre 1821, — folio 209, 2, 6, 15 et 22 mai 1822,— folio 213, 10 décembre 1822). Le plan de l'Association fondée par Pauline-Marie Jaricot fut exposé et adopté à la réunion du 3 mai 1822, jour de la fondation officielle de l'Œuvre de la Propagation de la Foi.
que le paganisme ; sur toutes les contrées de l'Afrique où les hommes peuvent aborder ; sur tous les déserts de l'Amérique où la civilisation n'a pas encore pénétré ; sur toutes les îles de rOcéanie. Cette croix indique la prise de possession de Jésus-Christ, devenu plus grand roi que jamais par la force de son bras, sans doute, mais aussi par le secours pieux et dévoué du peuple chrétien.
Mes Frères, je viens de vous conduire, à travers tous les siècles, jusqu'à la période moderne de l'Œuvre de la Propagation de la Foi. Il importait que vous n'eussiez pas de cette œuvre une idée étroite qui fît injure au dévouement de nos pères, et je devais vous apprendre les voies que la sagesse divine a suivies pour arriver jusqu'au plus humble d'entre vous, lui demandant sa coopération afin de l'élever jusqu'aux honneurs de l'apostolat. Sous sa forme nouvelle, l'Œuvre de la
Propagation de la Foi, ai-je dit tout à l'heure, n'est pas moins forte que par le passé. Permettez-moi de confirmer mon dire, en vous confiant les magnifiques espérancesque je vois sur la terre et dans le ciel : la grâce, la nature et la gloire s'unissent pour nous encourager. Ce qui nous garantit d'abord le succès toujours croissant de l'Œuvre de la Propagation de la Foi, c'est le zèle apostolique, aussi vif aujourd'hui qu'au temps où l'Esprit- Saint venait de se répandre sur les premiers disciples du Sauveur. L'Église, bien que sans cesse tourmentée par la persécution, et, dans l'Église, notre France, toujours digne de son passé très chrétien, malgré les erreurs qui la travaillent, et, dans notre France, cette catholique cité, sont toujours fécondes en jeunes âmes capables de comprendre les divins tourments de la grâce, et de répondre par des actes héroïques aux appels de Dieu. Des séminaires entiers, des congrégations florissantes, des ordres religieux, sont peuplés de ces fiers adolescents qui n'attendent qu'un signe pour partir à la conquête des âmes. Où iront-ils? Ils l'ignorent encore. Peut-être sous les glaces
du pôle, peut-être sous les feux de l'équateur, peut-être chez les sauvages, peut-être chez ces vieux civilisés dont l'incurable corruption n'attend que les provocations d'une parole sainte pour se changer en fureur persécutrice. En quelque endroit qu'ils aillent, mille périls les attendent: périls delà mer, périls des montagnes, périls des abîmes, périls des bêtes féroces, périls des climats perfides, périls des tyrans, périls des faux frères. Dès qu'ils sont décidés à partir, leur vie est sacrifiée. Tout est bien, ils sont contents. Le récit d'un martyre les enivre, et ils se lèvent dix, vingt à la fois, pour remplacer le frère qu'une mort cruelle vient de moissonner. Ah ! Seigneur Jésus, si une autre volonté que la mienne ne m'eût retenu captif et condamné à d'autres combats, je me serais accusé de lâcheté en les voyant partir.
Ils étaient debout sur les marches de l'autel, souriant aux frères émus qui venaient baiser leurs pieds. On chantait autour d'eux, et aussi on pleurait, on sanglotait. C'était un vieux père, une vieille mère, dont le cœur se déchirait ; ils étendaient les bras, ils disaient : Mon
fils ! mon fils ! Mais ce n'était pas pour retenir ces jeunes et chères victimes de la charité ; non, ce n'était pas pour les retenir, c'était pour exprimer, en un seul mot, l'âpre bonheur qu'éprouve une grande âme dans un généreux sacrifice. Parents et enfants, tous étaient apôtres. Entendez-vous, chrétiens? dans un siècle où tant de lâches frayeurs déshonorent les âmes, il y a encore de ces héroïques audaces . Et comme si ce n'était pas assez que des hommes entreprissent de pareilles choses, des femmes, de pauvres p3tites filles, obéissent elles-mêmes aux divines inspirations du zèle apostolique, et vont faire, en des pays lointains, à des enfants de barbares et de sauvages, l'hommage de leurs chastes cœurs où germent des dévouements que les meilleures mères ignorent.
Chose admirable, mes Frères, et véritablement providentielle ! Tandis que la grâce produit dans les âmes les généreuses et héroïques vertus qui assurent le succès de l'Œuvre par excellence, la nature elle-même travaille à cette œuvre , et chaque jour quelque nouveau progrès vient accroître nos espérances. Trop
attentifs à des intérêts subalternes, les hommes semblent ignorer que l'aboutissement suprême de tous les progrès, c'est l'avènement universel du règne de Dieu dans les âmes. Ils appliquent leur génie, ils domptent les forces sur lesquelles Dieu leur a donné un royal empire, ils aplanissent les chemins, ils précipitent les mouvements, ils établissent entre les peuples, auparavant séparés par mille obstacles, de rapides communications, ils s'applaudissent de leurs efforts et de leurs succès ; et, parce que notre enthousiasme ne chante pas avec eux un même cantique, ils nous accusent d'être les ennemis de tous les légitimes progrès. Combien ils se trompent! Personne, mieux que nous, n'est capable d'apprécier les conquêtes du génie humain sur la nature, parce que nous en voyons clairement le dernier résultat, c'est-à-dire l'admirable unité qu'elles préparent, l'unité vers laquelle tendent toutes les âmes, l'unité religieuse : adhésion de tous les esprits aux mêmes vérités, fusion de tous les cœurs dans l'amour du même Dieu, soumission de toutes les volontés à la même autorité céleste.
Voilà, chrétiens, ce que Dieu veut, et ce qu'il obtiendra des efforts combinés de la grâce et du génie humain. Les merveilleuses découvertes dont nous sommes si fiers passeront à son service quand nous en aurons bien abusé, et il en usera, Lui, pour rapprocher les extrémités glacées de l'univers du centre européen, où la vie chrétienne coule à grands flots. Voguez, vaisseaux rapides, bravez les flots où mordent les hélices qui vous emportent; courez, machines puissantes, et luttez de vitesse avec les vents du ciel ; volez, fluide agile, sur les cordes sonores où l'on croit entendre le bruit mystérieux des pensées que vous transportez, en quelques instants, d'un point [du monde à l'autre ; forces mystérieuses de l'univers, supprimez les distances : la vérité ira plus vite aux peuples lointains qui l'attendent, et plus vite aussi nous entendrons leur réponse : Credo ! Credo !
Jamais les peuples n'ont été plus appliqués aux progrès matériels qui doivent hâter l'avènement universel du règne du Christ. Mais, écoutez, chrétiens, au-dessus de ces peuples, il en est un, plus grand et plus puissant, don
l'Œuvre de la Propagation de la Foi attend une plus efficace protection.
Ce peuple, quel est-il ? Ne le cherchez pas sur la carte du monde, car il habite les lieux inaccessibles où le soleil éternel révèle sans ombre ses adorables perfections : c'est le peuple des martyrs qui ont succombé sur les champs de bataille où combattent aujourd'hui de nouvelles générations d'apôtres. L'Église le. tire, de temps en temps, de l'obscurité de la tombe et le place sur les autels. Est-ce seulement pour honorer son grand courage et le proposer à notre imitation? Ah! sans doute il mérite nos profonds hommages ; mais dans ces immenses apothéoses qui réjouissent l'univers chrétien, l'Église embrasse à la fois le ciel et la terre. Elle sait qu'un mystérieux mouvement s'établit, à certaines époques, plus vif et plus fort, entre ceux qui luttent et ceux que Dieu a couronnés, et que toute la gloire rendue par nous aux saints, les saints nous la renvoient en grâces et en protection.
Elle glorifie donc, l'un après l'autre, les derniers martyrs de Jésus-Christ, afin que, debout devant Dieu et lui montrant leurs plaies.
ils intercèdent pour les apôtres, travaillent avec eux à l'Œuvre de la Propagation de la Foi et consomment ainsi les espérances de la terre parles espérances du ciel.
J'ai devant moi, mes Frères, une dernière question qui, si elle ne nous intéresse pas plus que les précédentes, doit, il me semble, nous être plus utile, puisqu'elle s'applique à notre vie pratique. Cette question, la voici: — Quelles leçons pouvons-nous prendre dans l'Œuvre de la Propagation de la Foi? — J'en vois trois principales : Elle confirme notre foi, elle accuse notre indifférence, elle stimule notre zèle.
D'abord elle confirme notre foi, car il est impossible de ne pas reconnaître l'intervention de Dieu et, je ne crains pas de le dire, le plus grand et le plus constant des miracles, dans les succès de l'apostolat catholique, comparés à l'infécondité des propagandes de tous II 19