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de ses missionnaires lui coûte quarante fois moins qu'un prédicant. On pourrait citer tel pays où un pauvre évêque catholique ne dispose que d'une trentaine de mille francs pour lui et tout son clergé, et accomplit avec cela d'héroïques travaux, tandis que l'évêque protestant reçoit seize cent mille francs pour ne rien faire autre chose que de gêner l'apostolat catholique. L'Église envoie ses missionnaires comblés de bénédictions et munis d'un maigre viatique qu'ils doivent épargner, jusqu'au jour où ils n'auront plus d'autre ressource que la Providence. Le premier livre qu'ils doivent faire lire aux infidèles, c'est la croix dont le consolant et effroyable mystère est expliqué par leur parole difficile, hésitante et quelquefois barbare. Ils n'ont de joyeuses promesses à faire que pour l'éternité; quant au temps, ils n'en dissimulent pas les périls à ceux dont ils demandent la conversion. Haine des persécuteurs, cruauté des tyrans, bannissement, tortures, mort ignominieuse, voilà ce que doivent attendre ceux qui viendront se ranger sous l'étendard de la croix. Tout est faiblesse et folie dans leur apostolat. Cependant, quelle
étrange et glorieuse différence entre leur réussite et celle des sectaires ! Chaque jour qui accroit leurs peines ajoute à leurs consolations. (( Ils moissonnent dans l'allégresse le grain qu'ils ont semé dans les pleurs : Seminant in lacrymis,inexultationevietent\y) Des milliers de néophytes se groupent autour d'eux. Et quels hommes ! Ce ne sont plus les rares apostats dont la paresse déguisée est en quête d'un subside : ce sont des légions de saints et de héros, unis ensemble par l'amour, insultant à la corruption païenne par leurs vertus, et prêts à donner à la foi qu'ils ont embrassée le témoignage de leur sang. Rien n'épouvante leur courage : ni les plus atroces menaces, ni le navrant spectacle du supplice et la mort de ceux qui leur sont chers. Pères, mères, enfants, amis, se laissent moissonner dans une commune hécatombe, et n'ont en mourant que des bénédictions et des actions de grâces à l'adresse de ceux qui semblent n'être venus de loin que pour les envoyer au bourreau.
\, Psalm. CXXV.
Peut-être, mes Frères, nous accuserait-on d'illusion, voire de criminelle partialité, si nos seules annales racontaient ces faits. Mais Dieu a préparé aux apôtres catholiques une contre-épreuve de leur sincérité, dans les témoignages des païens et des hérétiques. L'empereur Kîa-King, dans une de ses proclamations, écrit ces paroles remarquables : « Tous ceux qui deviennent chrétiens, riches ou pauvres, à peine ont-ils embrassé cette religion, qu'ils s'aiment les uns les autres comme s'ils n'avaient qu'une même moelle et un même sang^ » — (( La religion chrétienne, dit un mandarin, est difficile, austère, et exige de grands sacrifices.... Si tous les hommes s'entendaient pour l'embrasser, tous seraient honnêtes et justes*. » Enfin, un ministre protestant avoue à ses coreligionnaires que (( les catholiques convertis par les missionnaires montrent la plus grande constance dans leur foi, souffrant la persécution, la torture, l'emprisonnement, l'exil et la mort, plutôt que de la trahir ^ j>