I Par., cap. xvi
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vers la France, en même temps que vers le ciel, que les Souverains Pontifes persécutés tendaient leurs bras suppliants ; c'était de l'immortel Charlemagne qu'ils recevaient, dans un patrimoine sacré, la garantie du libre exercice de leur puissance spirituelle; c'était à nos rois qu'ils adressaient leurs plus touchantes prières, pour presser la délivance des lieux saints ; et, quand ils étaient obligés de lancer la foudre contre les vices couronnés, leur cœur paternel était prompt à se laisser fléchir par un cri de repentance .
Le soufflet do Nogaret vint rompre la chaîne de ces religieuses traditions, et nos rois, enhardis par cette injure sacrilège, qui outrageait le Christ dans la personne de son Vicaire, commencèrent à oublier la parole du Seigneur : (( Nolite tcLugere christos meos. i> Ils raffinèrent dans l'attentat. Après avoir attiré la pa-^ pauté sur leur territoire, ils se firent pendant soixante-dix ans ses geôliers, déchirèrent d'une main capricieuse et insensée la robe sans cou-^ ture de l'Eglise, et devinrent une des principales causes du trop fameux schisme d'Occident, funeste préparation du protestantisme.
Ce n'est pas impunément, Messieurs, que Ton commet de pareils crimes ; les leçons du passé devraient bien instruire ceux qui, à l'heure présente, méditent, provoquent, exécutent et laissent faire contre le chef de l'Église. Qu'ils apprennent de notre histoire comment Dieu sait venger ses oints.
Au commencement du quinzième siècle, il y avait grande pitié au royaume de France. La race qui était partie de nos rivages, pour conquérir l'Angleterre, refluait vers nous avec l'atroce ambition d'étouffer notre nationalité. Nos fautes politiques l'avaient depuis longtemps attirée ; elle entrait pied à pied, avec cette redoutable persévérance qui caractérise son courage. Mais, plus que nos fautes politiques, nos fautes morales et religieuses devaient aplanir devant elle les routes de la conquête. Dieu la poussait en avant et lui disait : « Marche; » c'était son justicier. Crécy, Poitiers, deux coups de tocsin qui annoncent son triomphe ; la paix de Brétigny lui livre la moitié de la France. Il est vrai qu'un roi sage relève, par une administration habile, les affaires du pays et reprend à l'Anglais plu-
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sieurs des provinces qu'il lui a cédées. Retour trop éphémère de la fortune! Au roi sage succède le roi fou. La France sans tête va se décomposer ; le grand deuil commence. Bourgogne répand traîtreusement le sang d'Orléans; Orléans se venge, par l'assassinat, dans le guetapens de Montereau. Entre temps, l'Anglais s'avance et répète à Azincourt les sanglantes et désastreuses journées de Crécy et de Poitiers, Bourgogne se donne à lui ; le patriotisme est moins fort en son cœur que sa haine contre l'odieux parti des Armagnacs. Une reine impudique entre dans la trahison : femme adultère, elle a trompé son mari insensé en l'abandonnant à une fille de joie dans laquelle il croit voir une épouse légitime ; mère dénaturée, elle vend sa fîUe à l'étranger, et sacrifie sans pudeur les droits de son fils. Les corps de l'État reconnaissent officiellement la souveraineté de l'Anglais. Dans les villes et aux champs, tout est à mal : dans les villes les factions meurtrières, aux champs le brigandage sans pitié. Ravagées par le pillage, par les marches et les contre-marches des partis, les campagnes refusent de nourrir leurs habi-
tants. Et pourtant le luxe extravagant des hautes dames ne cesse pas d'insulter à l'infortune publique, tandis que le peuple dont les larmes sont épuisées, le peuple qui n'aime pas les Godons ^ et qui enrage de les subir, le peuple finit par s'abandonner au délire, et danse en ricanant les rondes folles du désespoir et de la mort^
Cependant la couronne de Charles VI est tombée sur le front d'un jeune homme proscrit par les traités ^. Il est d'âge à guerroyer et à reprendre, l'épée au poing, ce qui lui appartient; mais le sang valeureux de France s'est refroidi dans ses veines voluptueuses. Il s'abandonne à l'inaction, pendant que son peuple rappelle. Étranger aux affaires, jouet facile de ses ambitieux favoris, il dépense au plaisir l'argent des provinces fidèles qu'il épuise. (( Oncques on ne vit prince perdre si gaiement son royaume. » Un étranger s'appelle le roi de France; lui c'est le roi de Bourges.