Mgr Dupanloup, Panégyriques de 1855 et
DE JEANNE d'aRC, 357
sa fidélité et son courage, d'être rassasiée des souvenirs de sa gloire.
Je me ferai donc Técho des grandes voix qui ont retenti sous ces voûtes, et si je ne puis mettre ma parole au ton de l'épopée que j'entreprends de raconter, je veux au moins confondre les cyniques mécréants qui profitent de nos jours incertains et troublés pour exhumer des blasphèmes contre lesquels se révolte notre patriotisme, transformer une vierge sainte et . héroïque en une virago sans pudeur ou un malade sans prestige, salir la plus pure de nos gloires et refuser à Dieu le droit de s'intéressera nos destinées nationales. Je veux encore relever nos cœurs tremblants sur le seuil d'un sombre avenir, les abreuver de confiance et d'espoir, et leur apprendre à soutenir fermement le choc de la justice de Dieu dans l'attende de ses miséricordes. Pour cela, Messieurs, je n'ai qu'à laisser parler les événements. Ils justifieront mon texte, et vous montreront le doigt de Dieu dans la vie et le supplice de très candide et très sage, très douce et très vaillante, très infortunée et très illustre Pucelle d'Orléans, Jeanne
d'Arc, envoyée du ciel, libératrice de la France, vierge, martyre et prophétesse^
« Nolite tangere christosmeos^ : Ne touchez pas mes oints, » a dit le Seigneur. Il entendait parler des rois, mais surtout des prêtres, plus grands que les rois par la grâce et le ministère; et, entre tous les prêtres, celui qu'il désigne plus particulièrement à nos respects, c'est le Pontife suprême dont le pouvoir continue celui de Jésus-Christ, dont la majesté sainte ne peut
être offensée sans que toute l'Eglise, sans que tout le monde en souffre. Nos pères avaient compris sa grandeur et, dociles au commandement de Dieu, ils entouraient le Pape de leur pieuse vénération et mettaient à son service le dévouement de leur cœur très chrétien. C'était
1. Pour la partie historique de ce panégyrique, nous avons suivi le savant ouvrage de M. Wallon, Jeanne d'Arc.