‹ Discours et panégyriques (volume 3)Chapitre 6 sur 71 · R. P. Burke · texte numérisé non relu

R. P. Burke

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quiconque se faisait absoudre par les bulles du Pape, — contre quiconque défendait la juridiction du Saint-Siège, — contre quiconque déterminait un sujet anglais à abandonner la religion établie, — contre quiconque aidait, conseillait ou recevait chez soi un nouveau converti, — contre tout prêtre séculier ou religieux, — contre quiconque protégeait, cachait, recevait un prêtre ou un relisrieux : — la mort! la mort! la mort!

Et pour des crimes moindres : la confiscation, le bannissement, la prison, les amendes, les inhabilités. Enfin, tout acte catholique était prévu, tout acte catholique était puni.

Comment protéger sa foi ? Comment élever la jeunesse? Comment former des prêtres sous la pression de ce code draconien ? Heureusement la France était ouverte et offrait aux proscrits irlandais une généreuse hospitalité. Les jeunes nobles vinrent prendre rang dans nos armées et partager nos gloires militaires ; les prêtres d'outre-mer vinrent fonder, près de nos établissements d'éducation, des séminaires et des collèges. Paris, Bordeaux,

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Nantes, Saint- Orner, et d'autres villes élevèrent des milliers de jeunes gens qui remportèrent dans la patrie l'amour de la terre hospitalière où leur esprit avait grandi, avec leur courage et leur foi. Cet amour, devenu contagieux, est entré dans le cœur du peuple, et maintenant il s'exprime par des émotions sympathiques qui mettent l'Irlande tout entière de moitié dans nos joies et dans nos douleurs.

Nous en avons eu la preuve, mes Frères, lors de la funeste guerre de 1S70. Pendant que les autres peuples regardaient d'un œil indifférent ou calculateur la lutte gigantesque de la France et de l'Allemagne, l'Irlande se sentit frappée au cœur, comme si sa propre vie eût été menacée. A chaque annonce de nos désastres, elle souffrait et gémissait comme nous. Partout une tristesse profonde et une fiévreuse préoccupation. On allait aux nouvelles avec autant d'empressement que si l'ennemi eût été aiix portes de Dublin; et, pour satisfaire cette inquiète affection qui ne voulait pas que nous fussions vaincus, il fallait, à certains jours, tirer jusqu'à trois ou

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quatre éditions des feuilles publiques. Le moindre succès était transformé en triomphe. Bref, le peuple irlandais s'était si bien identifié avec la nation amie, qu'il disait : nous. Nous ne sommes pas à bout de ressources ; nous en sortirons; nous sommes vaincus; nous sommes perdus!

Et comme il détestait nos ennemis ! La musique, qu'il aime avec passion, lui était odieuse lorsqu'elle était jouée par des Allemands. Chanteurs et instrumentistes ambulants lui semblaient autant d'insulteurs publics, et ces malheureuses gens furent obligés de s'éclipser, tant que dura la guerre, pour ne pas s'exposer à l'universelle réprobation.

Et quand la paix fut faite, quand la France, recueillant ses forces épuisées, commença à effacer les traces de ses désastres, quel soulagement, quel concert de vœux et d'acclamations sympathiques ! — Un jour, un Américain montrait une série de vues projetées, qu'il avait intitulée de Londres à Calcuttci. La salle où il opérait était immense et la foule curieuse s'y entassait. Froide et silencieuse, elle laissait passer sans les applaudir les plus

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belles villes et les plus beaux sites; mais quand Paris déploya devant elle son vaste et imposant panorama, avec ses monuments, ses remparts et ses forts mutilés, les hurrah éclatèrent comme la foudre; et l'orage redoubla lorsque l'Américain annonça que, le jour même, les cinq milliards de notre rançon venaient d'être payés. Tout ce peuple était ivre de joie, comme s'il se fût agi de sa propre rédemption.

Ces émotions témoignent d'une affection profonde et fidèle ; mais nous avons de meilleures preuves de cette affection, mes Frères^ ce sont les services de l'Irlande.

L'amour vrai se traduit par des services : l'Irlande n'a point failli à cette loi. Dès que l'hospitalité l'eut mise en rapports plus intimes avec nous, elle voulut la payer de son sang. Ses nobles proscrits entraînèrent après eux leurs vassaux, et l'on vit se former, dans

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les rangs de notre vaillante armée, la brigade irlandaise, fameuse par sa turbulence, plus fameuse encore par ses exploits. « Toujours et partout fidèle : Semper et uhique fidelis. » Telle était sa devise. Et, de fait, elle a suivi, toujours et partout, la fortune de nos armes et versé généreusement son sang sur tous les champs de bataille de l'Europe. Nos rois l'ont applaudie. Crémone, Fontenoy, Laufeld, trois victoires auxquelles elle a puissamment contribué par son entrain et sa valeur. Dissoute par la révolution soupçonneuse et ingrate, elle s'est reformée en 1803, sous le titre de légion, conduite par les officiers de l'ancienne brigade, incorporés à notre armée; et, jusqu'en 1814, elle a bravement fait honneur à ses vieilles traditions. L'Italie, l'Espagne, la Russie l'ont vue rivaliser d'héroïsme avec les régiments français.

Tout compte fait, plus de cinq cent mille Irlandais ont été tués au service de la France. Plusieurs de leurs chefs nous ont légué leurs descendants devenus nos compatriotes. Je voudrais les citer tous, ces vaillants, à l'ordre du jour de notre reconnaissance ; mais j'ai

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peur que ma langue inexpérimentée ne mutile leurs noms en essayant de les prononcer. Vous pouvez les lire dans notre histoire et sur nos arcs de triomphe. Parmi eux, on compte trois maréchaux de France : Thomond, Clarke et un autre, dont j'ai entendu murmurer le nom glorieux, en traversant les plaines de Magenta ^

Au service du sang, il faut joindre le service de l'assistance dans le malheur. Plusieurs fois secouru par la France, le peuple irlandais

1. Maréchal de Mac-Mahon, duc de Magenta. Voici la liste de ceux qui se sont illustrés au service de la France :

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