DE L'ORDRE SACRÉ DES FRÈRES-PRÊCHEURS
refrain : Salut jour d'allégresse qui illumine le ciel de ses reflets dorés, nous apportant la joie de célébrer l'Oint du Seigneur.
Il est entouré d'une couronne de Prélats et de Religieux ses frères, et d'un cortège d'amis, joyeux eux aussi d'accourir pour le fêter. R. Salut
C'est en souvenir de dix lustres de vie sacerdotale, pleins des fruits innombrables de ses saintes actions. R. Salut
NOCES D OR
Lorsque pieusement il se tient à l'autel, offrant la divine Victime, son désir est de s'immoler lui-môme avec le Christ.
r. Salut
Là, sans cesse, son courage puise des forces nouvelles : Le soldat du Christ prend un surcroît de vigueur pour brandir ses armes.
C'est qu'en effet il porte le glaive, et certes ne le porte pas en vain ; car de sa bouche le glaive de la parole lance des flammes.
Le Docteur d'Aquin illumine son esprit des feux de son soleil, lui mettant sur les lèvres les paroles de vie.
Lui tient déployé l'étendard de l'Ordre : ce n'est pas lui qui va permettre au flambeau de manquer de lumière, au chien qui le porte de manquer de voix.
0 Père bien-aimé, maître de la bonne doctrine, Prêtre saint, demeure avec nous de nouveaux lustres, demeure longtemps encore.
r. Salut
r. Salut
r. Salut
r. Salut
r. Salut
Gomme on devait s'y attendre, le R. P. Monsabré répondit à tous ces éloges. Sa modestie et sa fine gaîté Font inspiré heureusement. Après avoir remercié avec effusion les Prélats, les vénérables prêtres et les amis dont les
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sympathies le touchent et l'honorent, il cite avec enjouement la fable de Y A ne chargé de reliques. « Les éloges qui me sont prodigués, dit-il, s'adressent non à ma chétive personne, mais à Dieu, source de toute science et de toute vérité, à la douce Mère que j'ai prise pour patronne de mes travaux et de ma parole, à l'angélique Docteur dont j'ai constamment enseigné la doctrine ». — Puis faisant allusion aux souhaits de longue vie qui lui sont adressés, il cite ces paroles du Psalmiste : « Les jours de l'homme sont de soixantedix ans , les plus forts vont jusqu'à quatrevingts ans, après cela il n'y a plus que peine et douleur : Dies annorum sepluaginta anni, si autem in poientaiibas octoginta anni et amplius eorum labor et dolor », il ajoute : « Si c'est pour me condamner à la peine et à la douleur que vous chantez : Ad multos annos ! je ne puis accepter vos vœux qu'en tremblant. Voulez-vous que vos souhaits m'aillent au cœur, ajoutez-y, je vous prie, la formule des arracheurs de dents italiens : Senza dolore, signor ! »
Une voix manquait-elle au concert? De Blois, patrie du P. Monsabré, du Chapitre de cette église à laquelle le P. Monsabré est uni,
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comme à celles de Notre-Dame de Paris et de Notre-Dame de Rouen, par le titre de chanoine, étaient venus des félicitations et des souhaits ; voici maintenant un télégramme de Rome : « Cordialement uni aux amis et aux frères qui célèbrent votre jubilé, je vous offre, avec mes Compagnons, nos affectueuses félicitations et vous donne ma bénédiction, Dieu vous conserve longtemps. Frûhwirth ». C'était le chef et le père de la famille dominicaine, le Maître général, qui arrivait à son tour.
Le soir, à cinq heures, la foule, plus nombreuse et plus pressée que le matin, remplissait la chapelle. Mgr Fuzet, obligé de se rendre à Rouen pour l'ordination du lendemain, avait laissé la présidence à Mgr Altmayer, qui entouré des curés, aumôniers, chapelains de la ville, devait clôturer cette belle fête.
On attendait la parole du P. Monsabré.
Après le chant du Magnificat, il monta en chaire et retrouva, dit le Gaulois, ses plus beaux accents, pour faire entendre à l'auditoire qui se pressait, très ému, au pied de sa chaire, un véritable cantique d'actions de grâces et d'amour : Te Deum s'achevant en
Nunc Dimitlis. Ceux qui ont eu le privilège d'être de cette belle fête, déclarent que jamais ils n'ont vu réunis, avec tant de simplicité et de sincère bonhomie, une éloquence aussi vraie et une aussi irrésistible puissance d'arracher les larmes.
Deo gratias !
« Rendons grâces à Dieu ».
Messeigneurs, Mes Frères,
Quand une coupe est trop remplie, elle déborde et répand autour d'elle la liqueur qu'elle contient ; c'est ce que fait mon cœur, attendri et plein de reconnaissance, au soir de cette belle fête. Il se sent pressé de rendre grâces à tous les cœurs amis qui l'ont comblé, en cette journée jubilaire, des illustres et touchants témoignages de leur sympathie ; mais plus encore, au Dieu bon et miséricordieux, qui, pendant un demi-siècle, a béni le sacerdoce de son pauvre serviteur.
C'est aujourd'hui sa fête bien plus que la mienne : Je le crois et je le proclame hautement : Credidi propler quod locutus sum.
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Lui seul est bon, lui seul est grand, lui seul mérite nos louanges et nos actions de grâces. 0 mon Dieu ! je vous demande pardon de tout le bien qu'on a pu penser ou dire de moi ; bien loin d'en être glorieux, j'en suis profondément humilié : Ego auiem hnmilialiis sum nimis. Car, hélas ! je sais qui je suis, et vous, mon Dieu ! vous le savez mieux que moi. Si vous m'obligiez à faire, devant ce peuple, ma confession générale ; si, pour m'épargner un si grand supplice, vous étaliez à ses yeux le spectacle des misères que vous voyez en moi, il aurait bientôt dit : « Comme l'homme se trompe ! Omnis homo mendax. C'était bien la peine de se mettre en fête pour un si pauvre sujet ! »
Mais ce n'est pas moi, Seigneur, ce n'est pas moi qui suis le bénéficiaire de cette fête, c'est vous : c'est vous qui avez eu pitié de mon néant, c'est vous qui m'avez fait l'enfant d'une famille chrétienne, où j'ai appris de bonne heure à vous connaître et à vous aimer ; c'est vous qui m'avez fait précéder, dans la sainte carrière où je devais vous servir, par un frère bien-aimé, dont les vertus et les œuvres ont honoré le sacerdoce, et dont la mémoire est en bénédiction. C'est vous qui m'avez confié
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à des maîtres instruits et vertueux, chers frères des écoles, prêtres et religieux vénérés, dont les enseignements ont éclairé mon esprit, dont les conseils et les exemples ont corrigé mon ingrate nature ; c'est vous qui m'avez poussé, lorsque j'hésitais encore, vers cette oasis de recueillement et de paix, où je devais vous choisir pour ma part d'héritage ; c'est vous qui m'avez conduit dans votre sanctuaire, prosterné devant votre autel, enveloppé de votre bénédiction, oint de votre huile sainte, investi de ce glorieux et redoutable sacerdoce que les anges nous envient, et qui, selon la parole d'un illustre Docteur de l'Eglise, « fait l'homme grand au-dessus des rois et des maîtres de la terre, autant que l'esprit est grand au-dessus de la matière, autant que l'éternité est grande au-dessus du temps, autant que Dieu est grand au-dessus de tout ce qui n'est pas lui ».
Vous ne vous êtes pas contenté de tant de grâces, ô Dieu libéral et magnifique ! Vous avez craint pour moi les agitations de la vie du siècle, et vous m'avez ouvert la porte du cloître béni, où j'ai pu, pendant quarante-six ans, presque un demi-siècle, vous approcher de plus près, vous parler plus intimement,
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contempler vos perfections, étudier et méditer en paix les saintes vérités dont vous m'avez fait le dispensateur, et recevoir les grâces de lumière et de force dont j'avais besoin, pour suppléer à ma complète impuissance, dans le long, laborieux et haut ministère de parole qui m'a été confié. Plante obscure, j'étais destiné, par la condition de ma naissance et l'insuffisance de mes moyens, à végéter et à dessécher dans l'ombre ; mais vous avez été mon soleil et ma rosée, ô Dieu très bon ! Si j'ai pu produire quelques fruits, c'est à vous seul que je les dois, et aux pieuses âmes qui ont eu pitié de moi, et ont imploré, en ma faveur, votre miséricorde.
« Inebriasti ierram.. multiplicasli locuplelare eam ; vous avez abreuvé de vos grâces la terre où croissait votre pauvre serviteur, vous avez multiplié vos dons pour l'enrichir », et cela, malgré mes oublis, malgré mes ingratitudes, malgré mes défaillances, malgré mes trop nombreuses fautes. O mon Dieu ! mon Dieu ! comme je me sens humilié ! Ego autem hamiliatas sum nimis.
Mais, dans les profondeurs de mon humiliation, j'entends ce cri de mon cœur reconnaissant : « Quid retribuam Domino pro
omnibus quse retribuit mihi ? Que rendrai-je au Seigneur pour tous ses bienfaits ? » — Deo gratias ! Rendre grâces, c'est, selon la parole de saint Augustin, « ce qu'il y a de meilleur au monde. On ne peut rien dire de plus court, rien entendre de plus joyeux, rien comprendre de plus grand, rien faire de plus fructueux : Hoc nec dici breuius, nec audiri lêeiius, nec intelligi grandius, nec agi frucluosius, quant Deo gratias. » En toute créature, il me semble voir un effort, un élan vers l'Auteur de tout bien, pour lui rendre grâces. La fleur, comme un encensoir, lui envoie ses parfums ; l'oiseau égrène , en son honneur, les notes perlées de sa charmante voix ; le vent murmure dans les grands arbres ; les Ilots de l'Océan montent, s'abaissent et remontent avec un bruit majestueux. Eveillée par l'aurore, bercée par le crépuscule, avant de s'endormir, la nature est pleine de cantiques.
Dois-je emprunter ses voix pour vous remercier, ô mon Dieu ! Mais le cantique universel de la création ne peut égaler votre bonté magnifique et prodigue en ses bienfaits. En vain, je dis à mon âme : « Benedic, anima mea, Domino, et omnia qude intra me
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sunt nomini sancto ejus : Mon âme, bénis le Seigneur, et que tout ce qui est en moi, chante son nom sacré » ; en vain, j'appelle à mon aide tout ce qui pense, tout ce qui aime, tout ce qui est grand, tout ce qui est juste, tout ce qui est saint en ce monde; en vain, vénérables Pontifes, et vous, mes frères du sacerdoce, et vous, serviteurs et servantes de Dieu; en vain, je vous invite à bénir avec moi le Seigneur : Benedicite, sacerdotes Domini, Domino ; benedicite servi Domini, Domino ; Dieu n'est pas encore remercié comme il le mérite.
Que faut-il donc faire ? — Eh ! mon Dieu, ce que j'ai fait pendant cinquante ans : prendre en mes mains le calice du salut : Calicem salutaris accipiam, et vous offrir, ô Dieu très bon, le précieux sang qui, en nous méritant le pardon de nos péchés, nous a mérité toutes les largesses de votre miséricordieuse libéralité. A notre appel, il descend du ciel, ce fleuve sacré, pour remplir la coupe où nous buvons à la source de toute grâce ; eh bien î qu'il remonte au ciel porté par notre reconnaissance, et qu'il dépose dans le cœur de Dieu, un merci égal à tous ses dons. Jaloux de votre gloire, vous pourriez, Seigneur, ne
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tenir aucun compte des Deo gralias de vos humbles créatures ; mais, quand c'est le sang de votre cher Fils qui vous remercie pour nous, notre reconnaissance est infinie comme votre bonté.
0 Calice du salut ! plus pieusement, plus amoureusement que jamais, je veux vous prendre entre mes mains, pour vous offrir à mon Dieu. En le remerciant, je le prierai, j'invoquerai son nom adorable. Je l'invoquerai pour la sainte Eglise, son Epouse, pour son chef, pour ses pontifes, pour ses prêtres, pour ses enfants, pour mon pays, pour tous ceux que j'aime, pour tous ceux qui daignent m'honoreret me réjouir de leur affection : Calicem salularis accipiam. et nomen Domini invocabo.
Et parce que c'est le sang de mon Jésus sacrifié que mes mains sacerdotales offrent à Dieu, je veux me sacrifier avec lui. Depuis longtemps, des vœux solennels m'ont séparé du monde et consacré à Dieu, à l'état de victime ; ces vœux me sont aujourd'hui plus chers que jamais et je tiens à vous en faire publiquement hommage, ô mon Dieu, avec d'autant plus d'amour et de fidélité, que je les vois plus menacés. On les méprise, on les calomnie, on les accuse de n'être qu'une
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immorale protestation contre les droits de l'homme et les devoirs du citoven ; mais moi, avec le Maître de la vie, qui me les a demandés, avec l'Eglise qui les a bénis, je prétends qu'ils sont saints, et je veux y être fidèle, autant que je le pourrai, en présence de tout le peuple de Dieu : Vola mea Domino reddam coram omni populo ejus. Que si Ion me condamne à ne les plus manifester, aucune main d'homme, si forte et si violente qu'elle soit, ne pourra les arracher de ma conscience, où, toujours vivants, ils me prépareront à la mort que je désire ; la mort précieuse des saints : Pretiosa in conspectu Domini, mors sanctorum ejus.
Quand viendra-t-elle cette mort? — Je n'en sais rien, et je l'attends en paix. Quand vous voudrez, Seigneur, car je suis votre tout petit serviteur, et le fils de l'humble Vierge, de la très douce Mère qui s'est proclamée votre servante et à qui j'ai confié mon sort dans le temps et dans l'éternité : 0 Domine, quia ego servus tuus et fîlius ancillse tuœ.
Je m'abandonne, Seigneur, à votre sainte Providence. Quand vous voudrez, où vous voudrez, comme vous voudrez, donnez-moi le coup de grâce. Que ce soit demain ou plus
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t tard, dans la paix du cloître ou dans les tris-
1 tesses de l'exil, dans les joies de la contem-
c plation, ou dans les douleurs du martyre, je
r bénirai votre main adorable, et je pousserai ce
y cri de délivrance : Dirupisti vincula mea,tibi
sacvificabo hostiam laudis et nomen Domini
a invocabo. Vous avez brisé mes chaînes, ce
l n'est plus sur cette terre où tout passe, que je
n vous offrirai mes actions de grâces et mes
j1 prières, mais dans l'assemblée des saints de-
P venus votre peuple éternel ; dans les parvis
c sacrés de la demeure que vous remplissez de
s- votre sfloire. dans la céleste Jérusalem où
q tous mes désirs et tous mes voîux seront com-
n blés : Vota mea Domino reddam in conspectu
S( omnis popali ejus. in airiis domûs Domini. in
medio lui Jérusalem.
ci C'est là, mes Frères, là, mes chers amis,
D que nous nous retrouverons tous : là que
le nous serons consommés dans l'unité d une
di même gloire et d'une même béatitude : là
ti: que nous saurons combien Dieu a été bon
cl pour nous : là que nous répondrons à tous
pi ses bienfaits par un éternel Deo gratias !
d" le le
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Avant de descendre de chaire, le P. Monsabré donne à l'assistance, encore toute frémissante des paroles qu'elle vient d'entendre, la bénédiction apostolique que le Saint-Père lui a envoyée tout exprès et (dit la dépêche) du plus profond de son cœur.
Quel plus beau couronnement pouvait espérer le vénérable Jubilaire au soir anniversaire de ses cinquante années de sacerdoce ?
Un salut solennel extrêmement brillant termine cette magnifique journée. Après la bénédiction et pendant les derniers chants, la foule s'écoule lentement, sous le coup d'une très douce, très profonde, très religieuse émotion, et tous les cœurs répètent à l'envi : « Cher et bon Père, restez-nous longtemps encore, suivant le vœu de l'énnnent archevêque de Rouen, de tous vos frères en religion, de tous vos nombreux amis du Havre auprès desquels vous avez encore à exercer l'influence salutaire de votre apostolat ».
« Ad multos annos ».