‹ Discours et panégyriques (volume 4)Chapitre 5 sur 21 · L'EGLISE MAISON DE DIEU ET DU PEUPLE · texte numérisé non relu

L'EGLISE MAISON DE DIEU ET DU PEUPLE

Cathédrale de Nevers 7 Octobre 1901

Ecce tabernacuhim Dei cum hominibus et habitavit cum eis (Apoc, cap xxi, 3).

Voici le tabernacle de Dieu au milieu des hommes, et il habitera avec eux.

Monseigneur, (1) Mes Frères,

Ces paroles, que l'Apôtre saint Jean entendit dans une de ses visions, s'appliquent littéralement à la cité sainte, à la nouvelle Jérusalem qu'il vit descendre des cieux, parée de gloire, comme une Epouse, pour honorer son divin Epoux. Mais il nous est permis, sans

(1) Monseigneur Lelong, Évêque de Nevers.

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trop les détourner de leur sens, de les appliquer à nos temples chrétiens, qui ne sont pas descendus d'en haut, comme la Jérusalem de l'Apocalypse, mais qui, sous la poussée de la foi et de la charité chrétienne, sont sortis de terre et montent vers le ciel, pour inviter Dieu à venir prendre sa demeure au milieu des hommes. De toutes nos églises on peut dire : Voici le tabernacle de Dieu, non pas un tabernacle étroit et mystérieux dont il faut se tenir éloigné, mais une vaste enceinte où Dieu appelle son peuple parce qu'il veut habiter avec lui : Ecce tabernacalam Dei cum hominibus et habitabit cum eis.

Sous l'inspiration de votre haute piété et de votre tendre amour de père, vous avez voulu, Monseigneur, enrichir votre ville épiscopale d'un de ces tabernacles. « C'est, vous l'avez dit vous-même, un acte de foi et de reconnaissance, et, en même temps, une œuvre de charité spirituelle, profitable à un grand nombre d'âmes ». Ne fallait-il pas perpétuer par un monument, le glorieux souvenir de l'enfant privilégiée, que Dieu, par l'entremise de la Reine du ciel, a honorée de ses révélations, et qui, après avoir rempli sa mission, est venue chercher ici la paix du cloître et le

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repos de sa dépouille mortelle ? (1) Ne fallaitil pas répondre aux besoins et aux désirs d'une population nouvelle, trop éloignée et comme séparée du centre religieux auquel elle se rattache, et rapprocher d'elle le lieu béni où elle doit venir alimenter sa vie spirituelle ?

Tel a été votre dessein, Monseigneur, et j'entre en plein dans ce dessein, en demandant aujourd'hui aux auditeurs de ma parole, une aumône qui sera un acte de foi et un acte de charité. Un acte de foi en Dieu, un acte de charité pour le peuple, car, encore une fois, le temple chrétien est la maison de Dieu et la maison du peuple.

Vous connaissez tous, mes frères, la courte, naïve et profonde réponse que font les enfants du catéchisme à cette question : « Où est Dieu ? — Dieu est partout, au ciel, en terre et en tous lieux ».

Il est au ciel. Sa mystérieuse et insondable essence est la demeure magnifique où il habite, éternellement glorieux, éternellement réjoui du spectacle de ses perfections et du mou-

(1) Bernadette, la voyante de Lourdes, est morte et a été enterrée à Nevers.

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vement de sa vie, dans laquelle Père, Fils, Esprit Saint, s'envoient de l'un à l'autre une louange digne de leur beauté, de leur majesté, de leur fécondité, de leur bonté. Voix divines, chantant sur un mode inimitable et incompréhensible à toute créature : Sanctus ! Sanctas ! Sanctus !

Eternellement glorifié et béatifié dans cette splendide demeure, vous pouviez vous en contenter, ô mon Dieu, rien ne vous obligeait à chercher d'autre lieu. Mais vous êtes la bonté même, le souverain bien, et le souverain bien, dit saint Thomas, ne demande qu'à se répandre : Summum bonum est sui diffusivum. Vous avez donc ouvert les trésors de votre amour, et vous avez daigné communiquer à d'autres êtres votre vie et votre perfection. Créateur du monde, vous ne l'avez pas abandonné à lui-même, vous ne lui avez point dit ces atroces paroles que le chantre du désespoir a osé mettre en votre bouche :

« Va-t'en, va, je te livre à ta propre misère, Trop indigne à mes yeux d'amour ou de colère,

Tu n'es rien devant moi.

Roule au gré du hasard dans les déserts du vide, Qu'à jamais, loin de moi, le destin soit ton guide

Et le malheur ton roi » (1).

(1) Lamartine. — Méditation VI. — Le Désespoir.

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Non, mon Dieu, non, vous n'avez point dit cela ; mais vous avez fait du monde votre demeure immense. Vous y êtes partout, dit l'angélique Docteur ; par votre essence, en tant que vous êtes perpétuellement pour tout être sa cause d'être ; par votre présence, en tant que tout est à découvert devant vos yeux ; par votre puissance, en tant que tout est soumis à votre souveraine volonté. L'univers est votre maison, votre palais, votre temple, et toutes les voix de la nature : voix des sphères qui d'un mouvement harmonieux parcourent les espaces, voix des forces mystérieuses qui pénètrent tout et meuvent tout sur la terre et dans le firmament, voix des vents et des orages, voix des forêts et des flots, voix des montagnes et des vallées, voix des êtres inanimés et des vivants, toutes chantent ce perpétuel cantique : « Nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes, c'est Lui qui nous a faits : Ipse fecit nos, non aulem ipsi nos ». Culte grandiose, qui parle si éloquemment de votre existence et de vos perfections que nous serions inexcusables, dit l'Apôtre saint Paul, de ne les point reconnaître et adorer.

L'univers, vaste demeure où Dieu se fait connaître par le rayonnement de sa vie et de

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ses perfections, pouvait suffire à sa gloire, s'il eût borné nos destinées au bonheur naturel d'une connaissance et d'un amour capables de rassasier notre intelligence et de reposer notre cœur, sans nous faire pénétrer dans les mystères de l'Etre divin. Mais sa bonté a voulu se communiquer tout entière et sans moyen terme, dans une vision et une possession surnaturelle de son essence, de sa vie et de ses perfections ; et, pour nous préparer à cette vision et à cette possession, il a choisi luimême, dans le monde qu'il a créé, des lieux sacrés où il s'est plu, où il se plaît encore à manifester de plus près sa présence et à faire sentir plus vivement et plus libéralement son action.

Ne nous attardons pas à l'histoire des anciennes théophanies, où tout était mensonge dans les temples païens, figure et promesses dans le temple saint du peuple élu. « Dieu a fait du nouveau sur la terre, dit le Prophète Jérémie : Creauit Dominas novum super terrain » (1) ; et c'est ce nouveau qui intéresse notre foi. Plus de ces figures passagères et souvent terribles, plus de ces flammes, plus de ces chars étincelants, plus de ces voix

(1) Jerem., cap. xxxi, 22.

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mystérieuses, plus de ces souffles de tempêtes, plus rien de ce qui épouvantait le peuple et faisait frissonner les saints. — Mais quoi donc? — Ecoutez... une voix se fait entendre au milieu des temps : « Je viens, me voici : Ecce venio ». — Est-ce vous, Seigneur? Vous que les patriarches attendaient, que les justes désiraient, que les Prophètes annonçaient au monde ? — Oui, chrétiens, c'est lui, le voici, il vient. — A quoi le reconnaîtrez-vous ? Aux fleurs qui couronnent sa tête ? à la pourpre de ses vêtements ? à l'or et aux pierreries dont ils sont enrichis ? à cet air de fête qui épanouit le visage d'un triomphateur longtemps attendu et ardemment désiré ? — Non, chrétiens, non ; vous le reconnaîtrez à sa forme anéantie, à ses misérables langes, à ses infirmités, à ses pleurs, à son front sanglant et couronné d'épines, à la croix qu'il porte sur ses épaules meurtries, au brisement de son cœur, grand comme le brisement des flots de la mer. Voilà celui qu'on appelle Emmanuel, le Dieu avec nous : Emmanuel quod est nobiscum Deus.

Cet Emmanuel, vous le connaissez, mes frères, c'est Jésus-Christ, Verbe divin, égal à son Père, et grand au-dessus de tout ce qui

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est grand sur la terre et dans les cieux : « Il s'est anéanti, dit l'Apôtre, jusqu'à prendre la forme de l'esclave : Exinanivit semelipsum formant servi accipiens (1). Et pendant trentetrois ans, sous l'humble vêtement de notre humanité, il a réjoui de sa visite ceux qui ont eu le bonheur de vivre en son intimité. — Que dis-je ? — Honorer l'humanité de sa chère et douce compagnie, ce n'était pas assez pour son amour. Revêtu de la chair des pécheurs, il l'a livrée à la Justice divine, recevant tous les coups que nous avions mérités, et mourant sur la croix pour nous sauver de la mort éternelle.

Après cela, mes frères, n'y a-t-il plus rien à attendre ? Le temps de la visite du Fils de Dieu et de son immolation rédemptrice, définitivement clos par le double triomphe de la Résurrection et de l'Ascension, ne doit-il plus revivre que dans les souvenirs de l'humanité chrétienne, perpétuellement résignée à ne plus communiquer avec la personne et les mérites du Christ, que par la foi ? — C'est ce que pense l'hérésie à l'esprit étroit et au cœur sec. Elle ne comprend pas que l'amoureuse persévérance des rapprochements divins ne pouvait (1) Philip., cap. ri, 7.

aboutir à une cruelle absence. Elle semble ne pas se douter que du côté de Dieu, comme de notre côté , l'amour est une force qui tend à l'union.

Ne savons-nous pas, par expérience, que l'union, l'union perpétuelle, l'union sans les douloureuses intermittences qui contristent les cœurs, est une des exigences de Pamour ? Les affections dévouées, pures et saintes que Dieu bénit, ont naturellement borreur de la séparation. On voudrait ne jamais se quitter, mais toujours jouir de la présence de ses amis, toujours entendre leur voix si chère. Et quand de cruelles nécessités commandent la séparation, quand il faut se dire : adieu ! dans l'impuissance où l'on est de rester près de ceux qu'on aime, on leur laisse un objet qu'on a touché, une fleur qu'on a cueillie, la frange d'un vêtement qu'on a porté, une image, un signe, un de ces riens à la fois misérables et charmants qui rappelleront sans cesse le souvenir des absents. Pauvres petites reliques ! on les conserve avec soin, on les touche avec respect, on les baise tendrement, et il semble qu'on est plus près des absents . Quelquefois le cœur, épanché sur des pages discrètes, traverse de longues distances

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pour revenir errer aux lieux où sont ses amours. Ah ! si Ton pouvait faire un mystérieux partage de soi-même, ou plutôt, si l'on pouvait s'en aller et rester en même temps ! Si l'on pouvait, dans une perpétuelle présence, multiplier à l'infini les témoignages de son affection et de son dévouement ! — Hélas ! rêves impossibles que tout cela !

Mais ce que nous ne pouvons faire, Dieu ne le pourra-t-il pas ? — Il le peut, chrétiens, et il le veut. Il le veut plus ardemment, plus passionnément que nous ne voulons entre nous l'union des cœurs et la présence de ceux que nous aimons. Ses volontés sont des ordres, et il est sûr de ne point s'égarer en en poursuivant l'exécution. Les anciens ont dit de la passion qui tourmente nos cœurs : « Amor facii insanive : l'amour fait faire des folies ». Triste vérité dont plus d'un d'entre vous a dû faire l'expérience. Mais l'amour divin n'a pas à craindre ce danger, car il appelle à son aide l'éternelle sagesse, chaste ouvrière de ses désirs. Et la sagesse docile répond à son appel.

Amour, dit-elle, amour, mon doux et saint ami, ce que tu veux est digne de toi et de moi. Non, il ne faut pas rompre la chaîne

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de tes dons, ni déshonorer, par une inexplicable intermittence, l'harmonieuse unité du progrès à travers les temps. Les communications divines sont commencées depuis quarante siècles, et les théophanies des temps anciens ont été couronnées par l'apparition du Verbe fait chair. Ne serait-il pas cruel d'avoir répondu, par la présence réelle, substantielle et personnelle d'un Dieu incarné, aux plus nobles aspirations de la nature humaine, pour lui faire sentir à jamais le vide de l'absence? Puisque le Fils de Dieu a consenti à habiter parmi les hommes, qu'il reste auprès d'eux, sans que le Ciel qui le réclame soit privé de sa présence. La religion de l'humanité sera plus noble et plus sainte, et sa ferveur plus grande, si elle peut être sûre que Dieu vit au milieu d'elle, et si elle peut s'approcher de lui pour lui rendre ses devoirs. Amour, amour, n'est-ce pas là ce que tu désires ? N'est-ce pas cela que tu ordonnes ? Eh bien, moi la sagesse, j'approuve tes désirs, je souscris à tes ordres, mais écoute mes conseils.

Si notre Christ bien aimé ne doit pas quitter la terre, il n'y peut pas rester sous le vêtement de gloire que lui a donné la résur-

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rection ; car, qui donc oserait s'approcher de lui? L'homme a beau se purifier, toujours son âme demeure souillée de quelque imperfection qui ne lui permettrait pas d'affronter la présence d'un Christ glorieux. Il n'approcherait de lui qu'en tremblant, et craindrait de lui parler de ses besoins, de ses peines, et même de son amour. Quel prêtre oserait prendre en ses mains consacrées le corps resplendissant du Rédempteur, pour l'offrir à son Père? — Quel fidèle oserait ouvrir la bouche, et lui dire : « Entrez en moi ».

Non, pas de gloire, il faut que le Christ se dépouille des célestes splendeurs qui éclipsent l'éclat du soleil et des astres. Plus il sera obscur et petit, plus il attirera à lui ses craintifs enfants. Qu'il s'abaisse donc, et qu'il cache même son humanité. Car, si les communications divines progressent, il faut que la foi progresse avec elles. La divinité seule était voilée aux jours de l'Incarnation, et c'était un mérite de dire au Sauveur : « Tu es le Christ, Fils du Dieu vivant ». Plus méritoire sera cette confession, si l'humanité ellemême se dérobe aux sens, et si elle ne peut être saisie que par la foi.

Le Christ ne sera donc présent que sous

un voile. Quelle sera, dans la nature, l'heureuse substance qui, enveloppant le Christ humilié de ses apparences, associera le monde entier au glorieux prolongement de l'Incarnation ? — Il en est deux qui sortent des fertiles entrailles de la terre, que l'homme recueille avec soin, et dont il fait sa chair et son sang : le pain et le vin ; — voilà ce qu'il nous faut.

Petites choses ! Mais, puisque le Verbe divin, dédaigneux des vains ornements de l'éloquence, veut bien se contenter, pour couvrir sa vérité, de l'humble vêtement de la parole évangélique, d'humbles substances ne dépareront pas sa personne. Le pain et le vin, d'un usage vulgaire, permettront au roi des pauvres d'honorer de sa présence les lieux et les hommes les plus pauvres. Le pain et le vin rappelleront aux hommes que le corps du Christ, broyé, pétri dans sa Passion, et passé au feu de l'amour, est devenu le pain vivant ; que sa chair sacrée, écrasée sous le pressoir de la Justice divine, a fait jaillir, pour notre salut, les flots empourprés de son sang. Amour ! Amour ! Voici le pain et le vin, veux-tu que le Fils de Dieu y anéantisse sa gloire et sa force ?

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Ainsi parle la sagesse divine, mes frères, et l'amour consent à tout. Que lui importent les humiliations et les abaissements eucharistiques, puisqu'il peut prouver aux hommes combien ils lui sont chers. Conseillé par la sagesse éternelle, il appelle à son aide la toute-puissance.

Et la toute-puissance répond : « Me voici : Ecce venio ». Elle descend sur les substances prédestinées, elle s'en empare, elle les pénètre, elle transforme, elle sépare, elle multiplie ; elle brise les entraves des lois naturelles, elle les surpasse, elle les contrarie. Elle agit en dehors de la nature, extra naturam ; au-dessus de la nature, supra naïuram; contre la nature, contra naturam. Elle accomplit les étonnants miracles de l'acte sacramentel, des manifestations sacramentelles, dont saint Thomas n'a pas craint de dire qu'ils surpassent en difficulté le prodige de la création. Et voilà que sur ces petites choses, tant méprisées par l'incrédulité, on lit, plus étincelants que dans les harmonies de la terre et des cieux, plus étincelants que dans les grandeurs et les beautés de la nature humaine, plus étincelants que dans tous les mystères surnaturels qui rapprochent

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la divinité de riiumanité, ces trois noms divins : Amour infini, sagesse infinie, puissance infinie.

Dieu soit béni, mes frères, l'humanité chrétienne a compris cela , et devant les humbles et fragiles apparences qui voilent et attestent en même temps la présence réelle, substantielle, personnelle du Fils de Dieu, convaincue qu'il est là, corps, sang, âme et divinité, elle s'est prosternée pour adorer, jusqu'aux jours éternels, le très saint Sacrement : Adoremus in œterniim sanctissimum sacramentum.

Les hommes dont les travaux font le plus d'honneur à l'esprit humain ont fait converger toutes les lumières de leur génie vers cette mystérieuse et étonnante petite chose, où les âmes vulgaires ne voient que des scandales. Les artistes se sont laissé entraîner, par la foi, dans la sphère d'attraction où gravitent les penseurs. Aucune conception de leur fertile génie ne leur a paru trop belle pour honorer cette chose de rien qu'on peut tenir entre deux doigts. Voyez-vous, à travers les siècles, la terre s'entr'ouvrir, et, dans ses flancs tourmentés, germer les vastes et majestueuses églises, les élégantes et gracieuses chapelles !

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Qui donc doit habiter ces édifices, les plus beaux qu'on ait imaginés et construits depuis que l'homme bâtit ? J'y cherche un trône, et sur ce trône, un monarque, ou plutôt quelque être surhumain semblable aux figures sublimes que contemplaient les Prophètes dans leurs visions, et je ne vois rien, rien, que le petit sacrement dédaigné par l'incrédulité, à cause de ses humbles apparences. Mais ce petit sacrement, c'est Dieu lui-même : Tu es Deus, Deus meus ; c'est le Christ, Fils du Dieu vivant : Tu es Christus filius Dei vivi. Et c'est pour lui, pour le couvrir d'une ombre protectrice, que les grands arbres de pierre s'élancent vers les cieux et entrelacent leurs rameaux en voûtes élégantes et fières. C'est pour lui, pour le couronner, que les murs, les chapiteaux et les frises se couvrent de feuillages, de fleurs, de volutes, d'arabesques et de mille ornements divers. C'est pour lui, pour fêter sa présence, que flamboient les fenêtres et les rosaces. C'est pour lui, pour lui faire la cour, que les peintres et les sculpteurs peuplent l'immensité du temple de figures, de symboles, de souvenirs parlants, où l'on voit revivre toute l'histoire du christianisme. C'est pour lui que les poètes ont composé

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leurs plus belles hymnes ; pour lui que les musiciens ont créé leurs plus beaux chants ; pour lui que toutes les voix qui grondent, soupirent, murmurent, gémissent, éclatent, modulent, à travers le monde, ont été concentrées dans le plus magnifique des instruments. C'est pour lui qu'on demande à la nature le tribut de ses richesses et de ses beautés ; les feux, les parfums et les fleurs, le lin et la soie, l'airain, l'or et l'argent, les bois incorruptibles, les marbres rares et les pierres précieuses. C'est pour lui que l'Eglise a inventé, pour lui qu'elle déploie les mystérieuses pompes de sa liturgie.

Temple chrétien, la foi des peuples ne s'est pas trompée, tu es vraiment la maison de Dieu ; non pas comme le temple païen, bijou d'architecture, où il n'y avait de place que pour l'idole et pour les trucs diaboliques de ses prêtres et de ses prêtresses ; non pas, comme le merveilleux temple de Jérusalem, où le peuple était tenu à distance du saint des saints ; mais tu es la vaste, magnifique, libérale, généreuse maison d'amour, où l'amour attend ses enfants. Allons-y, chrétiens, car si c'est pour Dieu qu'on l'a bâtie, c'est pour nous qu'on Ta faite si grande. Les portes sont

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ouvertes ; il n'y a point de sentinelles pour nous empêcher d'entrer ; nous n'avons pas à présenter de lettres d'audience ; Dieu lui-même nous appelle. « J'ai choisi ce lieu, dit-il, et je l'ai sanctifié pour que mon nom, mes yeux, mon cœur y soient chaque jour et à jamais. Venez tous à moi : Veniie ad me omnes. La maison de Dieu est aussi la maison de son peuple : Ecce labernaculum Dei cum hominibus, et habitabit cum eis.

Vous avez entendu parler, mes frères, de ces lieux de réunions créés par nos modernes démophiles, lieux pompeusement appelés maisons du peuple, où l'on prétend faire l'éducation politique et sociale de la démocratie. On y parle beaucoup des droits du peuple, très peu ou point de ses devoirs ; beaucoup de ses intérêts matériels, jamais des intérêts supérieurs de son âme ; beaucoup de son avenir dans le temps, jamais de son avenir audelà de cette vie passagère et mortelle. Dans le fait, on ne l'endoctrine que pour le tromper, on ne le plaint que pour exciter ses passions, on ne le flatte que pour le trahir, on ne lui

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