‹ Discours et panégyriques (volume 4)Chapitre 7 sur 21 · PSALM., LXIV · texte numérisé non relu

PSALM., LXIV

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nom, où il prend conscience de sa vie, où il apprend à bien vivre et à faire honneur à son nom, où il obtient tous les secours dont il a besoin pour bien vivre, où il répare les défaillances et se console des misères de sa vie, où il manifeste la dignité et la grandeur de sa vie, où il se prépare à l'éternel avenir de sa vie.

Dieu, auteur de notre nature, l'avait originairement enrichie du don de sa propre vie. Ce don, nous l'avons perdu par le péché de nos premiers parents. « Qui nous engendre nous tue » dit énergiquement Bossuet. Lugubre vérité dont seraient navrés tous les générateurs humains, s'ils avaient le don de voir dans les âmes. Instruits de ce malheur, qu'ils ne se désolent pas, mais qu'ils apportent leur enfant dans la maison de Dieu, elle va devenir sa maison natale ; c'est là qu'il va renaître. A peine l'eau sainte a-t-elle baigné son front que la grâce divine saisit son âme et l'engendre à une vie nouvelle. Non seulement elle y efface la souillure du péché, mais elle la transforme et fait d'elle un être surnaturel. L'enfant ne s'appelle plus la créature de Dieu mais son fils et il l'est en effet : Videîe qualem charilatem nobis dédit Pater ut

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filii Dei nominemur et simus (1). Il l'est en participation avec le Fils éternel du Père, le Christ dont les mérites lui sont appliqués par le Baptême et dont le nom est inscrit dans le vif de sa substance en un caractère ineffaçable. L'enfant de Dieu s'appelle chrétien.

Il ne sait pas encore ce qu'il est, cet enfant de Dieu, ce chrétien. Eh bien, qu'il revienne en sa maison natale, il y prendra conscience de sa nouvelle vie. Les ministres de Dieu, représentants de la plus haute et de la plus sainte des sociétés enseignantes, puisqu'elle n'est que l'écho du suprême docteur de l'humanité, le Verbe divin, les ministres de Dieu apprendront au jeune chrétien que toute paternité vient de Dieu ; que Dieu a créé l'homme à son image et à sa ressemblance parfaite ; que l'homme n'est plus aujourd'hui, par la faute de ses premiers parents, qu'un être déchu ; que pour réparer ce malheur, Dieu nous a donné son Fils ; que le Fils de Dieu s'est fait homme comme nous et s'est appelé le Sauveur par excellence : Jésus ; que Jésus, par ses souffrances et sa mort, a apaisé la colère de son Père ; qu'il a recouvré pour nous la grâce que nous avions per-

(1) I Joan., cap. m, 1.

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due ; que pour achever son œuvre rédemptrice, il nous a donné son Esprit ; que nous pouvons recevoir la grâce, l'Esprit Saint dans les sacrements tout pleins de la vertu du sang de Jésus-Christ et redevenir, sous leur divine action, Têtre surnaturel, l'enfant de prédilection, la parfaite image de Dieu qu'était l'homme au moment de sa création. Vérités mystérieuses, sublimes, fondamentales que la chaire chrétienne explique, commente, développe, grandit pour affermir et faire croître la foi qui est la justice et la vie de l'intelligence chrétienne : Jiisius ex fide vivit(l). En prenant conscience de sa vie dans sa maison natale, le chrétien y apprend à bien vivre. Sans doute, les pâles lumières de la raison lui font entrevoir les règles du bien et du mal, du juste et de l'injuste ; mais il en reçoit la confirmation et les voit en plein jour dans une loi sainte qui prime tous les codes humains, loi descendue du ciel par la bouche d'un Dieu fait homme ; loi qui s'impose non seulement à toutes nos actions, mais à nos désirs et à nos plus secrètes pensées ; loi que sanctionnent un bonheur et un malheur éternels et ineffables, selon que l'homme (1) Rom., cap. I, 17.

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est obéissant ou prévaricateur. Nous ne voyons guère, par l'œil de la raison, que les plus prochaines et les plus évidentes applications des commandements de la nature ; la loi évangélique promulguée, expliquée, précisée dans la maison du peuple chrétien nous en fait voir les plus lointaines et les plus délicates conséquences. Fidèle à sa direction, le chrétien peut réaliser dans sa vie l'idéal du juste et de l'honnête — que dis-je ? — il peut aspirer à cette perfection transcendante qui, selon l'expression du P. Lacordaire, « ravit le sens humain » et qu'on appelle la sainteté. Non seulement les pieux récits et les panégyriques de ses éducateurs sacrés font vivre la sainteté sous ses yeux, mais les représentations et les images du Christ, de sa sainte Mère, des saints, dont le temple est peuplé et qui flamboient dans les fenêtres l'invitent, l'appellent et lui crient : Plus haut ! plus haut ! Ascende superius ! — Regarde et fais selon les modèles qui se proposent à ton imitation : Inspice et fac secandum exemplar. Atteindre l'idéal du juste et de l'honnête, la perfection de la sainteté, c'est le suprême degré du bien vivre et le plus grand honneur qu'on puisse faire au nom chrétien, mais

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quelle grande tâche et quel rude labeur ! Que le chrétien ne se décourage pas cependant, parce qu'il se sent faible et impuissant. — Est-ce que l'Eglise, sa maison natale, n'est pas la maison du Dieu fort et libéral de qui il peut obtenir tout secours. Il nous l'a dit lui-même : « Oculi mei erunt aperii et aares meœ erectse ad orationem ejus qui in loco isio oraverit (1). Mes yeux seront ouverts sur celui qui priera en ce lieu et mes oreilles seront attentives à sa prière ». Viens donc le trouver, chrétien, viens dans son temple qui est ta maison religieuse, et fais appel à la puissance secourable dont tu as besoin pour bien vivre. Dis lui : 0 Dieu, venez à mon aide : Deus in adjuloriam meum intende ; Seigneur, hâtez-vous de me secourir : Domine ad adjuvandum me feslina. Que si ta prière ne peut l'émouvoir, approche-toi de l'autel, aux jours et aux heures où s'immole l'adorable victime à laquelle Dieu ne peut rien refuser. Prie par le corps et le sang du Christ au saint sacrifice de la Messe, et, de Celui en qui réside la plénitude de tous les biens, tu recevras les grâces de lumière et de force qui éclairent, dirigent, soutiennent, excitent, enlèvent l'âme (1) II Paral., cap. vu, 15.

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et lui donnent des ailes pour voler jusqu'aux sommets de la perfection chrétienne.

Hélas ! chrétien, je vois ta misère et j'entends les sourds murmures de ton âme blessée par le péché. Non seulement tu es faible, mais tu te sens indigne parce que les défaillances de ta vie ont offensé la loi sainte qui devait te rendre bon, honnête, juste et parfait. Eloigné de Dieu par une première faute, tu t'éloignes chaque jour davantage, et une voix maudite endort ton âme coupable par ces paroles perfides : Deus peccatores non audit : Dieu n'écoute pas les pécheurs. Ce n'est pas vrai, pécheur, ce n'est pas vrai, car il y a dans ta maison natale un tribunal miséricordieux où Dieu ne demande qu'à t'écouter : le confessionnal. Là, une loi divine t'oblige à comparaître, c'est vrai, mais cette loi se fait appuyer par la persuasion pour ne point violenter ta liberté. Là, le juge dans une procédure discrète, au lieu d'accuser le pécheur, se contente de le conjurer de se faire pardonner. Là, le pécheur fait lui-même l'instruction de sa cause, il est seul son accusateur et son témoin. Là, les plus terribles révélations de la conscience humaine sont protégées par le plus inviolable secret. Là,

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en échange d'une toute petite peine humblement acceptée, on n'entend prononcer qu'une miséricordieuse sentence : « Je t'absous de tous tes péchés : Ego te absolvo ab omnibus peccatis tuis ». Va, sois en paix, tu es en chemin d'arriver au ciel ; tu es libre, tu es pur, tu es saint, tu es vivant : Vade in pace.

0 maison bénie du peuple où se répare ainsi la grande misère du péché, tu es encore le refuge de toutes les misères de la vie ! Dans le tabernacle où il réside, Jésus appelle à lui tous ceux qui souffrent. « Venez, dit-il, venez à moi, vous tous qui êtes courbés sous le fardeau de vos travaux et de vos peines, venez, je vous donnerai des forces. « Venite ad me omnes qui laboratis el onerali estis et ego reficiam vos » (1). Et il nous attend pour recevoir nos confidences et faire entendre à notre âme de mystérieuses et douces paroles qui la consolent, l'encouragent et la fortifient en l'assurant de sa protection. Près de son tabernacle, il y a les autels de sa Mère, salut des infirmes, consolatrice des affligés, secours des chrétiens, suprême refuge de ses chers enfants, quand tout les abandonne ; mère toute-puissante et miséricordieuse, prodigue

(1) Matth., cap. xn, 28.

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de grâces et même de miracles, en réponse aux prières de ceux qui l'invoquent avec une amoureuse confiance. Et puis, n'est-ce pas dans la maison du peuple que naissent, sous le souffle d'une inspiration divine, les grandes œuvres de secours et d'assistance qui luttent avec une généreuse persévérance contre toutes les misères humaines ? N'est-ce pas sous ses voûtes bénies que nos deuils se donnent un dernier rendez-vous pour envelopper d'une prière embaumée d'espérance les restes de ceux qui nous sont chers ?

Mais écoutez, mes frères, il y a là des rendez-vous plus solennels et plus glorieux dans lesquels le peuple chrétien manifeste la grandeur et la dignité de sa vie ; car, malgré nos misères, nous sommes tous tourmentés du désir de nous grandir.

Mais nous aurons beau fatiguer la création tout entière de nos inquiètes recherches, nous n'y trouverons jamais la grandeur qui, mettant tout le monde sur le pied d'une sainte égalité, peut satisfaire tout le monde. Ce n'est que dans la maison natale du peuple chrétien qu'on peut jouir de cet admirable spectacle. Déjà apparentés à un Dieu par le mystère d'anéantissement qui l'unit à notre nature et le

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fait vivre au milieu de nous, nous ne sommes pas assez grands au gré de son amour, il a voulu grandir personnellement chacun de nous. Et comment cela ? — Par la communion de sa chair et de son sang. — Si Dieu entre dans l'âme des communiants, s'il se fait une mystérieuse unification de leur vie avec la vie divine, n'est-ce pas le cas d'appliquer cet axiome : ceux qui sont égaux à un même terme sont égaux eutre eux. On chercherait en vain une égalité plus vraie, plus noble, plus respectable que celle-là. Toutes les inégalités conventionnelles de ce monde s'effacent devant la réelle et commune grandeur des chrétiens nourris de la chair d'un Dieu. Entendez-vous, mes frères ? — ces banquets spirituels de la maison du peuple auxquels tous sont admis sans distinction de rang, cette Table sainte autour de laquelle se mêlent les nobles et les prolétaires, les riches et les pauvres, les maîtres et les serviteurs, et où ils deviennent tous divins parce qu'ils sont intimement unis au même Dieu : voilà le signe le plus expressif, la manifestation la plus glorieuse de notre égalité. On aura beau faire des proclamations égalitaires, des congrès égalitaires, des banquets égalitaires, on

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n'obtiendra rien d'aussi vrai, d'aussi digne qu'une communion générale.

Viens donc, peuple chrétien, viens dans ta maison, viens y recevoir une nouvelle vie, viens y prendre conscience de ta vie, viens y apprendre à bien vivre, viens y chercher le secours dont tu as besoin pour bien vivre, viens y réparer les défaillances et te consoler des misères de ta vie, viens y manifester la grandeur et la dignité de ta vie. J'aime à t'y voir en foule les dimanches et les fêtes, docile aux voix aériennes qui pénètrent jusqu'en ta maison profane pour te dire : « Magister adest et vocal te. Le maître est en sa maison sacrée : il te demande ». C'est alors que tu es vraiment grand, vraiment beau, vraiment bon, car tu fais dans les solennités passagères de ta maison terrestre, l'apprentissage de la fête éternelle qui doit se célébrer dans la maison des cieux.

Dépouillé de tes habits de travail, tu te présentes à Dieu comme transfiguré dans un nouveau vêtement ; ainsi pour la fête éternelle, tu te dépouilleras des haillons de ta mortalité et entreras revêtu d'une chair incorruptible au lieu de ton repos.

Tu te rapproches de Dieu dans son temple

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afin de le mieux connaître en sa présence voilée ; à la fête éternelle, l'essence divine elle-même se révélera sans voiles à ton intelligence ravie.

Dans les fêtes du temps, ton cœur et ta voix cherchent la rencontre des autres cœurs et des autres voix dans un même amour et un même cantique ; dans la fête éternelle nous serons unis sans efforts, nous aimerons ensemble, nous louerons ensemble, nous chanterons ensemble : Saint, Saint, Saint est le Seigneur.

Dans ses religieuses assemblées le peuple chrétien s'épanche, s'admire, s'édifie ; dans la fête éternelle tous les peuples réunis se raconteront leurs bons combats et leurs victoires, et se féliciteront de leur bonheur.

J'ai dit, mes frères, il ne me reste plus qu'à vous prier de tirer la conséquence pratique de ce que vous venez d'entendre. C'est une maison de Dieu, une maison du peuple que votre premier pasteur, dans l'ardeur de son zèle pour la gloire de Dieu et de son amour pour son peuple, demande à votre foi et à votre charité. Si vous m'avez bien compris, vous réjouirez son cœur par la générosité de vos dons, et l'Eglise de Notre-Dame

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de Lourdes s'ouvrira bientôt pour recevoir son hôte divin et le peuple qui doit habiter avec lui.

Lapides clamabunt : les pierres de cette nouvelle église parleront : elles parleront à Dieu de votre foi en sa présence, de votre respect pour sa Majesté sainte, et de votre reconnaissance pour l'amour infini qui l'a fait s'anéantir afin de demeurer réellement, substantiellement, personnellement jusqu'à la fin des temps au milieu des enfants des hommes. Lapides clamabunt : ces pierres parleront ; elles parleront au peuple de votre charité fraternelle, de votre pieuse et intelligente sollicitude pour les intérêts de sa vraie vie, la vie religieuse.

Lapides clamabunt : ces pierres parleront ; elles parleront de la très puissante, très douce, très bonne, très miséricordieuse Mère qui a daigné visiter ses enfants de la terre, et qui ne cesse pas de leur prodiguer ses prodiges, ses grâces, ses avertissements et ses bienfaits. Elles parleront et leur voix fera tressaillir dans la tombe l'humble vierge qui, après avoir reçu les confidences du ciel, est venue se recueillir et mourir près de vous. Lapides clamabunt : ces pierres parleront et

de chacune d'elle montera vers le ciel Y Ave Maria du rosaire pour le zélateur, les donateurs, les ouvriers de ce nouveau temple, et pour le bon pasteur dont je suis l'interprète et à qui je souhaite de longs jours et tous les bonheurs, en lui demandant pour vous et pour moi sa sainte bénédiction. Ainsi soit-il.

Sœurs Dominicaines. Sainte-Adresse 22 Mai 1901

Mes chères enfants,

Nous lisons dans les Actes des martyrs qu'un charmant et pieux adolescent, nommé Tarcisius, fut chargé, comme cela se pratiquait à l'époque des persécutions, de porter la sainte Eucharistie aux confesseurs de la foi, qui attendaient, pour triompher de la fureur des bourreaux, ce divin réconfort. L'enfant s'avançait, à la fois modeste et empressé, à travers les rues de Rome, chantant, dans son âme, des hymnes de louange au Dieu qu'il portait caché sous ses vêtements, et qu'il pressait avec amour sur son cœur. En traversant un carrefour où s'ébattait une troupe déjeunes païens, il fut enveloppé dans leur ronde

joyeuse, et l'un d'eux, plus hardi et plus fort que les autres, le saisissant, lui demanda où il allait et ce qu'il portait. Tarcisius, prêt à mourir plutôt que de trahir son religieux secret, croisa les bras sur sa poitrine, et prit son élan pour échapper aux investigations sacrilèges dont on le menaçait. Mais en un clin d'œil, il fut renversé, accablé de coups, et violenté de telle sorte, que près d'expirer, il allait être dépouillé de son précieux fardeau, lorsque, tout à coup, une sorte de géant se précipita dans la mêlée, frappant à droite et à gauche, et dispersa la troupe épouvantée des vauriens : c'était un soldat chrétien, nommé Quadratus.

Profondément ému à la vue du bel adolescent qui gisait à ses pieds, et venait de rendre le dernier soupir, le géant se pencha en pleurant vers lui, le releva doucement, et lui faisant de ses bras robustes, comme un berceau, il le transporta dans la maison d'une dame chrétienne. Là, on dévêtit pour l'ensevelir, le pauvre petit, et sous ses bras qu'il avait croisés avec une force surhumaine, avant de mourir, on retrouva, inviolé, dans le linge sacré qui l'enveloppait, l'adorable sacrement qu'on lui avait confié.

Enfants bien-aimées, j'ai demandé à ce vaillant et charmant martyr, une leçon pour vos chères âmes. Plus heureuses et plus honorées que lui, vous avez reçu le sacrement d'amour, non pas dans un linge sacré, pour le porter à d'autres, mais dans vos âmes purifiées, pour être pénétrées de vie divine. Sans doute, les saintes espèces qui contenaient le corps, le sang, l'âme, la divinité du Sauveur, se sont évanouies, mais vous restez dépositaires de la grâce insigne dont Jésus-Christ a imprégné vos âmes. Cette grâce, vous voulez la conserver à tout prix, n'est-ce pas ? et vous allez protester, tout à l'heure, contre les ennemis qui tenteront de vous la ravir. Comme le saint roi David, vous vous demandez ce qu'il faut offrir à Dieu pour le remercier de l'immense bienfait de votre Première Communion : Qaid reiribuam Domino pro omnibus quœ retribuit mihi ? — Et comme lui ; vous répondez : J'accomplirai les vœux par lesquels je me suis engagé au Seigneur : Vota mea Domino reddam.

Quelle est la nature de ces vœux ? Quel en est l'objet? Comment pourrez-vous en assurer l'accomplissement? — Je vais vous le dire en quelques mots, mes chères enfants.

C'était à l'aube de votre vie. Vous étiez toutes petites, alors, et tout à fait inconscientes de ce qui se passait autour de vous. Vos parents, selon la nature, vous ont confiées à des pères et à des mères spirituels que vous appelez aujourd'hui vos parrains et vos marraines. Ceux-ci vous ont présentées aux fonts du baptême, et, en échange de la grâce qu'ils demandaient pour vous, ils ont fait, en votre nom, des promesses plus sacrées que tous les serments que les hommes d'honneur échangent entre eux ; j'oserai dire, plus sacrées que les vœux par lesquels la piété chrétienne se lie envers Dieu. Car, entendez-le bien, pour les promesses du baptême, il n'y a pas de dispenses, de commutations, de relèvements.

Dussent passer sur elles les jubilés de quarante siècles, ils n'y pourraient rien changer.

Eh quoi, me direz-vous, on a fait pour nous ces promesses, sans que nous nous en doutions ? — Oui, mes enfants, et l'on a bien fait ; car lorsqu'il s'agit du plus grand bien des enfants, l'amour paternel présume légitimement tous les consentements. Or, il s'agissait de votre plus grand bien, c'est-à-dire : de vous sauver de la mort du péché, de faire de vous des enfants adoptifs de Dieu, en vous

communiquant quelque chose de sa vie, de vous enrichir de facultés surnaturelles et d'habitudes saintes, qui devaient perfectionner votre nature, et, enfin, de vous assurer le somptueux et éternel héritage du ciel. Si alors, on avait pu vous consulter, vous eussiez certainement dit oui à toutes les promesses, à tous les engagements. Ce oui, on vous le demande aujourd'hui, — aujourd'hui, que vous êtes instruites des vérités divines que l'on a confessées pour vous ; aujourd'hui, que vous comprenez la haute dignité de votre vie chrétienne ; aujourd'hui, que vous avez grandi comme l'adorable mystère auquel vous avez participé ; aujourd'hui, que vous êtes entrées, par votre union intime avec Jésus- Christ, dans votre majorité surnaturelle.

Vous allez parler, mes enfants, parler mieux que des personnes simplement raisonnables, mieux que ceux qu'on appelle dans le monde des gens d'honneur, parce que c'est ia grâce qui tourmente vos cœurs reconnaissants, et qui va ouvrir vos lèvres. — Qu'allez-vous dire? — Ce que vos parents spirituels ont déjà dit pour vous : « Je renonce à Satan, à ses pompes, et à ses œuvres, et je m'attache à Jésus-Christ pour toujours ».

Vous renoncez à Satan, mais lui, ne renonce pas à vous, mes pauvres petites. Éternel ennemi de Dieu, il est jaloux du bonheur de votre union avec lui, jaloux de la grâce que vous avez reçue, grâce pleine pour votre avenir de délicieuses et saintes promesses. Son plus ardent désir est de vous en dépouiller. Pour cela, il rôde autour de vous, il vous assiège, il multiplie ses efforts. Ecoutez ce que dit de lui, un pieux et savant théologien (1) : « Le démon nous flatte pour nous tromper; il nous sourit pour nous nuire ; il tend des filets sous nos pas ; il nous prépare des chutes; il creuse devant nous des abîmes; il excite nos sens ; il harcèle nos âmes ; il suggère des pensées ; il dissipe nos affections; il trouble notre paix ; il s'applique à rendre facile et aimable le vice, difficile et odieuse la vertu. — Mais surtout, il s'attache aux principes du bien ; il cherche à surprendre les germes des vertus ; il s'efforce d'étouffer à leur naissance, les bonnes et saintes résolutions, sachant bien qu'il ne peut renverser ce qui est fortement établi ».

Et tout cela, mes enfants, se fait dans l'ombre. Mais ce n'est pas assez de cette ac-

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