‹ Discours et panégyriques (volume 4)Chapitre 8 sur 21 · CONTENSON · texte numérisé non relu

CONTENSON

tion cachée, pour satisfaire la haine de Satan. Il nous enveloppe de ses embûches et de ses séductions, et pendant qu'il agit au-dedans de nous-mêmes, il fait agir au dehors ses pompes et ses œuvres. Et quelles sont donc ces pompes et ces œuvres ? — Ce sont les fausses maximes et les scandales du monde, premier ministre de sa majesté Satan, au département de l'iniquité. Vous aurez à subir un jour, mes chères enfants, l'assaut de ces fausses maximes et de ces scandales. Vous vivrez au milieu du monde, et vous entendrez dire couramment qu'il ne faut pas se montrer rigoureux et exclusif en fait de religion ; qu'après tout, Dieu n'est pas aussi exigeant qu'on voudrait le faire croire ; qu'il est avec lui des accommodements ; que toutes les religions sont bonnes, même celle de ceux qui n'en ont pas, pourvu qu'ils soient honnêtes gens ; qu'il ne faut pas se faire ici-bas une vie morose ; que le ciel est bien loin ; qu'il viendra en son temps ; mais qu'en attendant, il faut profiter de cette petite terre qui a bien ses agréments ; que le but de la vie humaine est le progrès de la civilisation, et que l'homme est parfait, quand il est devenu un consommateur utile et un producteur intelligent.

Et pendant que vous entendrez retentir à vos oreilles ces fausses maximes du monde, vous vous trouverez prises dans un tourbillon de gens pour lesquels les œuvres de la vie se résument en ces trois chapitres : avoir, paraître, jouir.

Avoir beaucoup et n'importe comment; car l'éclat que donne la richesse recommande un mortel à la considération publique, plus sûrement et bien mieux, que toutes les vertus théologales et morales.

Paraître: c'est-à-dire se faire voir, étonner, éblouir, s'efforcer de remplacer par des inventions menteuses, la grâce et la beauté absentes, ou de prolonger leur vie au-delà du terme où, d'ordinaire, elles font naufrage ; tromper l'opinion publique par le charlatanisme des réputations, ou par des usurpations de titres injustifiables qui, comme le dit spirituellement un poète espagnol, « sont à la noblesse de ceux qui les portent, ce qu'est une perruque à la tête d'un chauve » ; se livrer sans mesure à l'émulation d'un luxe fatal, qui ruine les familles, et insulte à la misère du pauvre, et quelquefois, grand Dieu, chercher une hideuse gloire dans les fanfaronnades du vice et la publicité de ses emportements.

Jouir : c'est-à-dire multiplier en tout lieu, en toute saison, et, trop souvent dans des jours saints et consacrés à la pénitence, les plaisirs et les fêtes ; se montrer égoïste et parcimonieux quand il est question de se dépouiller au bénéfice de l'infortune, et, par contre, se montrer prodigue, quand il s'agit de se procurer des jouissances, et de raffiner ses délectations ; fatiguer et épuiser la nature; confisquer et déshonorer les arts ; avilir la beauté, en lui arrachant d'une main sacrilège le voile de la pudeur ; mêler sans vergogne la honte au plaisir, en remplir les jours et les nuits, le pousser à l'excès, et faire, même des choses innocentes, un piège et un péril.

Voilà , mes enfants , les scandales du monde, déplorable confirmation de ses maximes ! Voilà les pompes et les œuvres de Satan ! Hélas ! combien d'âmes en sont troublées ! Combien de fois j'ai constaté dans des natures jeunes, bonnes et pieusement cultivées, et mises en contact avec le monde, tels changements des habitudes de la vie, telles suppressions dans la pratique du bien, tels accommodements avec les ennemis de Dieu, telles modifications de sentiments et de langage qui justifiaient cette parole d'un saint

Docteur (1) : « De mundano pulvere necesse est eiiam religiosa corda sordescere : La poussière de ce monde souille fatalement même les cœurs religieux » . Entendez-vous, mes enfants, même les cœurs religieux. Du moment qu'ils sont en contact avec le monde, et mêlent leur vie à la sienne, il est tout naturel qu'ils subissent la contagion et la souillure des vices dont ils respirent l'infection, que leur foi s'affaiblisse, que leurs espérances fléchissent, ainsi que leurs désirs, vers les choses d'ici-bas, que le zèle de leur perfection diminue, et que certains préjugés d'étrange nature se mêlent aux salutaires doctrines qu'ils n'ont pas encore reniées. Les cœurs religieux : religiosa corda ! — Combien plus ceux qui n'ont pour armure qu'une honnêteté vulgaire ! Ah ! notre cher Maître et Sauveur, Jésus-Christ, avait bien raison de s'indigner jusqu'à maudire, en face de la corruption du monde, et dans sa bouche miséricordieuse, je comprends ce cri terrible : « Vse mundo a scandalis (2) : Malheur au monde, à cause de ses scandales » !

Que faire, mes enfants, pour vous mettre à

(1) S. Bernard.

(2) Matth., cap. xvin, 7.

l'abri de cette malédiction ? Vous dirai-je, comme le prophète Jérémie : « Fugite de medio Babylonis, salvet unusqaisque animam suam (1) : Sortez de Babylone, si vous avez à cœur l'œuvre de votre salut » ? Vous demanderai^ e de fuir le monde, de quitter vos familles , de prendre le chemin du désert, pour devenir, à courte échéance, de saintes moniales protégées par la solitude contre les tentations de la vie mondaine ? — Non, mes enfants. Il n'appartient qu'à Dieu d'exiger de pareils sacrifices, et à sa grâce, de donner la force de les accomplir. Pour ma part, je le remercie de m'avoir appelé à la vie religieuse, et mon action de grâce sera plus fervente, s'il daigne cueillir parmi vous quelque jeune âme avide de perfection. Mais si vous restez dans le monde, ce qui me paraît le plus probable, sachez mépriser ses avances, ses séductions et ses caresses ; ne lui faites jamais aucun sacrifice de principes, et protestez hautement, par la pieuse régularité et la pureté de votre vie, contre ses désordres et la corruption de ses œuvres. — Si vous restez dans le monde, rappelez-vous que les Israélites, en se mêlant aux Gentils, eurent (1) Jerem., cap. li, 6.

bientôt pris part à leur perversité. Rendez au monde vos devoirs de justice, de charité, de bienséance , sans contracter avec lui une amitié funeste qui compromettrait votre foi et vos mœurs. — Si vous restez dans le monde, suivez le conseil de l'Apôtre : « Usez du monde, comme n'en usant pas. — N'aimez ni le monde, ni ce qui est dans le monde : Nolite diligere mundnm, neque ea quse sunt in mundo (1) ». Ne prenez de ses richesses, de ses honneurs, de ses plaisirs, que ce que vous permet la loi chrétienne, en ayant soin de tout ordonner à la plus grande gloire de Dieu et au salut de votre âme. — Si vous restez dans le monde, gardez-vous d'imiter ces êtres amphibies qu'on voit se baigner aujourd'hui dans les eaux de la grâce, et se salir demain dans la boue des plaisirs ; ces prétendues chrétiennes qui, à l'encontre de la parole du Sauveur, s'ingénient à servir deux maîtres à la fois ; qui, en voulant contenter Dieu, ne font que l'irriter, en voulant apaiser les exigences du monde, ne font que les rendre plus pressantes. — Si vous restez dans le monde, redoutez la malédiction qui pèse sur lui, et efforcez-vous de mériter ce consolant (1) Joan., cap. ii, 15.

témoignage de votre Maître, Jésus-Christ : De mnndo non estis (1) : Vous n'êtes pas de ce monde. — Père Saint, je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que vous m'avez donnés, car ils sont à vous : Pater sancte, non pro mundo rogo, sed pro his quos dedisii mihi ; quia lui suni » (2).

Vous m'avez compris, n'est-ce pas, mes chères petites, et vous êtes éclairées maintenant sur l'objet et la teneur de vos vœux. Mais comment vous assurerez-vous, vis-à-vis des ennemis de la grâce que vous avez reçue, la situation d'un baptisé et d'un communiant fidèle à ses engagements ?

Pensez-vous qu'il vous suffise de dire tout à l'heure, d'un cœur sincère et d'une voix claire : «Je renonce au démon, à ses pompes et à ses œuvres » ? — Non, mes enfants, non. Il faut vous établir fermement dans ce renoncement et vous ne vous y établirez fermement, que par une résolution énergique que vous renouvellerez, non pas tous les ans, non pas tous les mois, non pas toutes les semaines, mais tous les jours. Tous les jours, entendezvous ; c'est la sainte coutume de ceux qui

(1) Joan., cap. vin, 25. (2) Id., cap. xvn, 9.

veulent être fidèles à la grâce. Tous les jours donc, le matin en préparant, le soir en examinant les actions de votre journée, vous direz à Dieu : « Je renonce à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je m'attache à Jésus-Christ pour toujours ».

Le renoncement, c'est l'acte de votre fragile volonté ; l'attachement à Jésus-Christ, c'est la divine garantie de votre constance et de votre fidélité.

Ah ! je vous en prie, attachez-vous chaque jour, de plus en plus, au miséricordieux et tout-puissant Ami qui, pour la première fois, vient d'honorer vos âmes de son auguste présence, et de leur prodiguer les caresses de son amour. Attachez-vous à lui par l'étude constante de sa vie, et la méditation de ses perfections ; attachez-vous par une foi inébranlable en sa doctrine, par votre fidèle obéissance à sa loi, votre soumission à ses saintes inspirations ; attachez-vous à lui par la prière ; attachez-vous à lui, surtout, par le fréquent renouvellement de la visite intime qui fut, ce matin, si délicieuse à vos âmes. Enfin, pour mieux mériter ses faveurs, attachez-vous à lui par le cœur de sa très pure, très douce et très sainte Mère.

Elle vous appelle, elle vous tend les bras. 0 Marie, secours des chrétiens, prenez ces chères enfants sous votre protection. Elles peuvent compter sur vous. Et si, un jour, comme le jeune martyr dont je leur racontais l'histoire au début de cette instruction, se sentant plus vivement assaillies par les ennemis de la grâce qu'elles veulent conserver, elles poussent vers le ciel un cri de détresse, ce n'est plus le soldat géant, qui préserva le charmant Tarcisius d'une violation sacrilège, qu'elles verront auprès d'elles, mais une femme douce, aimable, pleine de tendresse, forte comme une armée rangée en bataille, mille fois déjà victorieuse du démon et de ses suppôts, la Mère de Dieu et des hommes, qui va recevoir leur consécration, après que son divin Fils aura reçu leurs vœux. Enfants de Jésus, donnez-vous à Marie ; dites-lui d'un cœur plein de tendresse filiale : « 0 Vierge sainte, nous avons recours à vous ; couvreznous de votre manteau, pressez-nous sur votre cœur, soyez et montrez-vous notre Mère : Monsira te esse matrem.

J'ai fini, mes frères, permettez-moi de vous adresser une prière d'ami avant de vous quitter. Les enfants que vous aimez, vont renou-

vêler les promesses de leur baptême. En entendant leurs fraîches et douces voix, faites appel à vos souvenirs. Gomme eux, vous avez été engagés à Dieu par votre baptême ; comme eux, vous avez connu les joies d'une première communion ; comme eux, vous avez reconnu ce bienfait par de solennelles promesses. Que sont devenues vos joies ? Qu'avez-vous fait de vos promesses ? — Je ne veux pas commettre d'indiscrétion, je laisse à vos consciences de se répondre à elles-mêmes. Si vous avez été fidèles, vos cœurs doucement provoqués par la voix de ces chères petites, chanteront un cantique d'action de grâce ; si vous avez été infidèles, vous répondrez à vos enfants par un cri de repentir. Action de grâce, repentir, tout sera couronné par ce renouvellement général de nos vœux : « Je renonce à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et je m'attache à Jésus-Christ pour toujours ».

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