‹ Discours et panégyriquesChapitre 24 sur 86 · Psalm. LXIV · texte numérisé non relu

Psalm. LXIV

de vie que Dieu conserve au sein de l'hérésie, en attendant le jour de la résurrection. Mais j'ai à vous raconter une plus grande miséricorde.

Dieu n'épuise pas toutes ses miséricordieuses prévenances en cette action latente qu'il exerce au milieu des nations hérétiques. Il se révèle, avec un incomparable éclat, par la vocation extérieure, la conversion publique et solennelle d'un certain nombre d'âmes privilégiées. En leur faveur, il renouvelle le miracle des temps primitifs de l'Église, c'est-à-dire le triomphe de la vérité et de la foi contre toutes les oppositions réunies ; par elles, il confond la vaine sagesse du siècle qui ne veut 'plus croire à la puissance des dogmes et des institutions catholiques, il réveille notre ferveur assoupie, stimule nos forces languissantes et prévient les défaillances de notre foi ; en elles, il justifie cette parole de l'Apôtre : ce Vous êtes une race choisie, une nation sainte, un peuple d'acqui-

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sition pour annoncer la vertu toute-puissante cle Celui qui, des ténèbres, vous a appelés à son admirable lumière. »

Écoutez, et tâchez de comprendre cette grande leçon de la puissance et de la bonté divines. Ces âmes, qui depuis la consommation du protestantisme réjouissent l'Église par des retours soudains et inespérés, Dieu les choisit, Dieu les appelle, Dieu produit en elles ces héroïques déterminations et cette inébranlable constance qui les fixent à jamais dans la société de son divin fils Jésus-Christ.

Dieu les choisit, comme il nous a choisis nous-mêmes clans la personne de nos pères, alors que nous n'étions que des enfants cle ténèbres. Contre le malheur cle leur naissance il pouvait ne leur laisser que les vulgaires ressources cle la bonne foi, mais son œil pénétrant, qui découvre le fond de toutes choses, a vu en elles je ne sais quelles aspirations pures et sereines, quel généreux amour de la vérité et de la vertu, quelle ardente recherche de l'inconnu, quelles inquiétudes, quels tourments secrets. Son oreille, qui ne laisse échapper aucun bruit, a entendu sortir des abîmes

de leurs désirs je ne sais quels gémissements, quelles plaintes, quels cris lamentables. Pauvres âmes! Elles étouffaient et se sentaient mourir dans les froides étreintes qui les retenaient captives, loin de l'époux adoré qu'elles attendaient. Non, ce Jésus mutilé par l'erreur, couvert des tristes lambeaux de sa doctrine amoindrie, revêtu d'une lumière défaillante, ce Jésus qui n'offre à ses adorateurs qu'un visage dépouillé de ses charmes victorieux, un cœur vidé de Tardent amour qu'il a manifesté aux hommes, ce Jésus n'était pas l'époux de leurs désirs. Elles pleuraient, comme une femme pleure sa jeunesse trahie et abandonnée, et elles criaient à tous les échos de la terre : — « 0 vous, qui êtes notre bien-aimé, appreneznous donc au moins où vous menez paître votre troupeau, où vous reposez dans la splendeur de votre vie, ne nous laissez pas égarer ! Indica mihi : Quem diligit anima mea, ubi joascas, ubi cubes in meridie, ne vagari incipiam l. » — Dieu a vu tout cela, Dieu a entendu tout cela, et il les a choisies.

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