‹ Discours et panégyriquesChapitre 25 sur 86 · Cant., cap. i · texte numérisé non relu

Cant., cap. i

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Mais ce n'est point assez qu'une âme soit choisie, il faut qu'elle soit appelée, et clans cette seconde phase du retour à la vérité Dieu n'est pas moins mystérieux que dans la première. Ne croyez pas qu'il déploie les richesses extérieures de sa puissance et convoque tous les prodiges. C'était bien, quand sur les cimes fumantes du Sinaï il dictait sa loi et criait aux échos du désert : — Mon peuple, mon peuple, écoutez-moi. — C'était bien, quand il voulait épouvanter les nations endurcies, et consoler de grandes infortunes publiques. C'était bien, quand il voulait manifester la divinité de son fils cachée sous le manteau de notre nature, et courber les nations rebelles sous la douce et suave pesanteur de son joug. Mais, aujourd'hui, sa voix pacifique ébranle plus efficacement que les prodiges les solitudes de rame humaine ; un mot, un seul mot de sa bouche adorable, un mot que n'entendent pas les oreilles profanes, suffit pour répondre aux plus ardentes aspirations de ceux qui le cherchent. Dans notre naïve ignorance des opérations cachées cle Dieu, nous attribuons la conversion d'une âme aux arguments d'une discussion,

aux vives et pressantes sollicitations d'une voix amie, au spectacle émouvant des vertus héroïques qui agitent et remuent le monde catholique, à la pompe majestueuse et touchante de nos cérémonies, à toutes ces causes extérieures dont Dieu se sert pour éveiller l'attention des âmes tourmentées. Mais, écoutez bien : accablée de preuves, pressée par les sollicitations du dévouement le plus inquiet et le plus tendre, en présence de toutes les vertus et de toutes les immolations, en face du plus magnifique déploiement du vrai culte, une âme peut demeurer immobile. Pourquoi cela ? Ah ! c'est qu'elle n'est pas encore appelée. Une heure bénie sonne: et pendant une prière encore incertaine, au milieu d'une réflexion commencée, quelquefois dans le bruit et le tumulte des rues et des places publiques, une mystérieuse apparition surgit, une voix se fait en* tendre. Le bien-aimé dit sans éclat, sine strepitu verborum : ce Viens et suis-moi. Veni et sequere me. » — C'est fini, l'âme est appelée.

Elle est appelée, mais elle n'est pas encore déterminée; il faut que Dieu opère en elle le

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vouloir; et l'enfantement de ce vouloir est le plus douloureux et le plus terrible des enfantements. 0 âme réveillée du sommeil de l'erreur! 0 âme choisie et appelée par Dieu ! Saistu bien ce qu'il te demande et auras-tu le courage de répondre à toutes les exigences de son amour? — Veni et sequereme. Viens et suismoi. Tu vas entendre ce dernier appel de l'époux que tu cherches; mais, pour y répondre, il faut abaisser ces sommets de l'orgueil où se réfugient tous les préjugés ; il faut faire l'humble aveu de ton ignorance et de ta faiblesse; il faut maudire le passé de ta vie; il faut descendre d'une position que les hommes envient à l'obscurité d'un rang précaire, remplacer les loisirs de la richesse par l'activité inaccoutumée du travail ; il faut abandonner les voies larges et faciles où l'erreur laisse s'agiter en liberté les passions pour des sentiers étroits et escarpés, et suivre péniblement les traces toutes chaudes encore du sang de Jésus-Christ. Mais ce n'est pas tout. Frappe, meurtris, déchire le cœur de ceux qui t'ont donné la vie, renonce à ces affections su>r lesquelles tu appuyais jadis ta faiblesse et tes ennuis. Sois

isolée, abandonnée, déshéritée. Porte sur toi le fardeau d'une haine implacable. Adieu ! Adieu ! père, mère, frères, soeurs, parents, amis ! Si Dieu te permet de les aimer encore, il ne veut pas que tu lui préfères ceux qui ne savent pas respecter la sainte liberté de ta conscience, ceux qui trouveraient, peut-être, dans leurs cœurs des trésors de tendresse et de pardon pour ton déshonneur et qui n'en savent plus trouver pour les mystérieux et divins tourments de la grâce. 0 âme, pourrastu faire tout cela, dis, le pourras-tu? Non, mes frères, la nature humaine n'est pas taillée pour tant d'héroïsme. L'ardent amour du vrai et du bien succombe, d'ordinaire, devant les perspectives d'un sacrifice sans retour et sans merci. Mais Dieu lui-même se fait l'invisible appui des âmes qu'il a appelées. Sans les contraindre, il produit en elles le vouloir, et si énergique et si triomphant que rien ne résiste à ses élans. Abaissement de la condition, humiliations de l'esprit, déchirements du cœur, toutes les immolations à la fois sont acceptées, tous les obstacles vaincus d'un seul coup. Dieu fait plus encore. A l'enthousiasme d'un moment, il

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substitue la magnanimité et la constance ; aux soudaines et héroïques déterminations, un courage invincible qui étouffe sans pitié tous les regrets, tous les dégoûts, toutes les appréhensions. 11 chasse devant lui l'âme qu'il s'est donnée, et la pousse à la perfection. La voilà qui s'avance au milieu des morts sans être infectée de leur corruption, et publiant, jusqu'à la fin, par sa foi et par ses œuvres, la divinité de Celui qui l'a choisie, qui l'a appelée et qui opère en elle, selon la parole de l'Apôtre, le vouloir et le parfaire. « Deus ipse operatur velle et perficere1. »

Je n'ai pas raconté de faits, mes frères, c'eût été une longueur inutile. Tout ce qui s'est passé depuis l'origine du protestantisme se trouve contenu dans le tableau abrégé que je viens de faire de l'action divine. D'année en année, Dieu a choisi, appelé et déterminé, par un coup souverain de sa grâce, clés âmes privilégiées que l'Église a recueillies comme les prémices d'un meilleur temps, comme les épis avancés d'une moisson qui germait lentement

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