Luc, cap. m, G
« ne le connaissez pas. Regardez bien, le « voici : Ecce ! Le Sauveur que nos pères ont ce désiré, le Rédempteur que tous les peuples « attendent, l'Agneau pacifique qui porte tous « les péchés du monde et doit les expier dans « son sang : Le voici : Ecce ! Le Dieu qui doit ce renouveler la face de la terre par le bap- « terne cle son Esprit-Saint : Le voici : Ecce ! « Le juge terrible qui lève la cognée sur la « racine des arbres maudits, qui tient en ses « mains le crible où il doit passer le bon « grain et les pailles inutiles: Le voici : Ecce ! « Ecce! Ecce! Peuples, plus d'angoisses, de « soupirs et de larmes ! Préparez la voie du « Seigneur. Parate vias Domini. Le voici: « Ecce ! »
Dans un oasis silencieux, Moïse a entendu la voix de Dieu qui l'envoyait à son peuple. Il est parti, il a épouvanté le Pharaon par ses prodiges ; il a arraché les fils cle Jacob aux avilissements cle l'esclavage, il les a conduits, à travers les flots brisés de la mer Rouge, jusqu'au pied du Sinaï. Il a gravi la montagne sainte, il s'est abreuvé de la gloire de Jéhovah, et, resplendissant de sa lumière, il est des-
cenclu pour former l'esprit, les mœurs, la vie nationale d'Israël. Il l'a amené après de longs pèlerinages jusqu'aux rivages de la terre promise. Qui fut plus grand que Moïse ? Personne, excepté Jean fils de Zacharie. La voix que Moïse entendait, il l'a entendue ; le Dieu que Moïse voyait face à face, il l'a vu; l'attouchement sacré qui rendait Moïse si glorieux, il l'a reçu; son prestige en est si grand qu'on le prend pour le Messie. Le peuple que Moïse délivrait de la servitude d'Egypte, il l'a délivré de l'esclavage de la loi. A travers les Ilots de son baptême, il l'a conduit près des cimes sacrées d'où le Verbe incarné devait faire entendre cle nouveaux enseignements, afin de substituer la réalité aux figures, la virilité à l'enfance cle la perfection, le peuple universel au peuple de privilège. Il a amené les fils de Jacob jusqu'aux portes du royaume de Dieu, dont la terre promise n'était qu'une représentation grossière; enfin il fa abandonné à la conduite du vrai Jésus, capitaine de cette milice violente et terrible qui devait dompter Chanaan, c'est-à-dire l'erreur et le vice conjurés contre le règne de la vérité et de la vertu.
Le sang d'Abraham, d'Isaac et de Jacob a fleuri clans une longue et nombreuse postérité ; mais il n'est plus temps de se glorifier d'être fils d'Abraham, d'Isaac et de Jacob ; Jean est venu commencer une nouvelle lignée et préparer au Seigneur un peuple parfait, selon la promesse de l'ange : Parare Domino plebem perfectam.
Je pourrais, mes frères, multiplier ces parallèles particuliers toujours à l'avantage du saint Précurseur. Mais ce que j'ai dit suffît à la justification de cette parole du Maître : « Jean est prophète et plus que prophète. » Ajoutez, maintenant, qu'il est la figure la plus proche et la plus vive de Jésus- Christ.
Jésus-Christ, ainsi que je le disais plus haut, a été figuré en même temps qu'annoncé.
L'antiquité judaïque est tellement pleine de représentations que l'apôtre saint Paul disait de ses pères que « tout leur arrivait en figures : Omniainfiguriscontingebantillis1. » Chaque personnage illustre du peuple de Dieu a reçu la mission providentielle d'ébaucher, par une