‹ Discours et panégyriquesChapitre 57 sur 86 · Malach., cap. m · texte numérisé non relu

Malach., cap. m

qu'il résumait en sa personne les siècles prophétiques. Il est le premier rendez- vous de leurs merveilleuses préparations ; il commence à les concentrer en lui-même, avant qu'elles s'achèvent en Celui qui est le centre de tous les temps, de tous les oracles, de toutes les figures, de tous les événements. Voilà pourquoi le Maître a dit de lui : « Entre tous les « fils de la femme il ne s'en est pas élevé de « plus grand que Jean-Baptiste : Inter natos « mulierum non surrexit major Joanne Baptista. i» Cependant je n'ai montré encore que la moitié de sa grandeur. Ce qui l'achève, c'est que Dieu, au moment où les temps apostoliques vont commencer, en fait en lui l'essai, et lui communique, à cet effet, une perfection à laquelle aucun des hommes illustres de l'antiquité sacrée n'a jamais pu prétendre.

C'est le sentiment commun des auteurs sacrés que les apôtres sont autant élevés audessus des patriarches et des prophètes que la loi nouvelle est élevée au-dessus de la loi ancienne. Témoins des noces mystiques du Verbe de Dieu avec la nature humaine, ils servent de cortège à l'Époux céleste dont ils sont les amis, ils possèdent Celui vers qui les âmes saintes se sont penchées, et reçoivent de plus près l'influence bénie de ses vertus et de sa grâce. L'Église universelle les honore d'un culte privilégié, qui n'est partagé que par un seul homme. Cet homme c'est Jean-Baptiste. Pourquoi cela, mes frères ? — Parce que Jean-Baptiste, bien que séparé par son ministère, appartient à la sainte compagnie des apôtres. Il est comme eux le témoin des noces mystiques du Verbe, l'ami de l'Époux céleste. Il le voit, il entend sa parole bien-aimée, il est honoré de ses faveurs choisies, « L'ami de

(( l'Époux, dit-il lui-même à ses disciples, se « tient auprès de lui, l'écoute et tressaille de « joie au seul bruit de sa voix : cette joie mon « cœur en est rempli. Amiens sponsi qui stat « et audit eum gaudio gaudet propter vocem « sponsi. Hoc ergo gaudium meum impletum « est 1. » Jean est donc apôtre. Ceux qui ont chanté sa gloire ne lui ont pas épargné ce titre, que justifient, du reste, sa mission, ses lumières, le but de sa prédication et la sainte liberté de sa parole.

Tout esprit ambitieux peut prendre sur soi déparier aux hommes et de les grouper autour d'un enseignement, mais pour cela il n'est pas apôtre. On peut le presser entre ces deux redoutables questions : d'où viens- tu ? qui es-tu ? et se réserver le droit de juger et de mépriser sa parole. Ses discours sans appui s'écroulent sur eux-mêmes, quand est dissipé l'enivrement passager que produit l'éloquence d'une voix émue et d'un cœur passionné. Responsable cle sa doctrine et sans autre protection que sa faiblesse, il n'est qu'un parleur,

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