‹ Discours et panégyriquesChapitre 81 sur 86 · Apoc, cap. ii · texte numérisé non relu

Apoc, cap. ii

triomphes de la Société de Jésus, jusqu'au jour où sera révélée par Dieu l'efficace et sublime influence de son intercession.

Je crois cela, je vois cela, mes Frères, parce que j'ai subi cette loi de la répartition latente des secours divins. Que de fois, odieux au ciel et à moi-même à cause de mes trop nombreuses et trop grandes iniquités, j'ai vu la grâce tomber de mes lèvres et de mon coeur dans l'âme des pécheurs; je n'étais, je le sentais bien, que l'instrument trivial d'une âme d'élite qui m'envoyait, je ne sais comment, le trop-plein de ses prières, de ses vertus et de ses mérites. N'enviez pas, je vous prie, mes Frères, ceux que Dieu appelle aux honneurs trop redoutables d'un ministère public, mais songez que vous-mêmes vous pouvez être, comme le bienheureux Jean Berchmans, par une vie sainte et cachée en Dieu, les causes actives du bien qui se fait dans le monde.

Pour cela votre règle est tracée par le pieux récit que vous venez d'entendre. Il n'est pas de ceux qui flattent notre curiosité et le naturel penchant qui nous attire vers les choses extraordinaires. Dans la vie des héros du

christianisme, comme clans la vie des héros de l'histoire humaine, nous aimons à rencontrer des actions d'éclat, et je ne sais quelle complication d'événements et d'épreuves qui empoignent notre âme et multiplient ses émotions ; mais est-ce bien pour notre édification? — Non, l'extraordinaire, ami des avidités de notre imagination, est souvent, presque toujours, l'ennemi de notre perfection. Il sert d'abri à nos lâchetés et de prétexte pour repousser la grâce de Dieu qui nous presse de nous sanctifier. Après avoir admiré les grands docteurs, les grands apôtres, les grands martyrs, les grands pénitents; après avoir vu autour d'eux des torrents de lumière et de sang, nous prenons la mesure de notre petite nature et nous déclarons hardiment que nous ne sommes pas appelés. Mais qu'aurez-vous à répondre au bienheureux adolescent qui vous dit aujourd'hui : « Pour être saint, et grand saint, ayez une profonde horreur du péché, faites les choses communes d'une manière non commune et cherchez tout le mérite de vos actions dans une parfaite union à Dieu. » Qu'avez-vous à répondre, dites-le moi.

Il ne vous demande pas des actes extraordinaires, de sublimes extravagances, mais ce que peut toute nature, moyennant la grâce de Dieu et un généreux dessein constamment et fermement conduit jusqu'à sa dernière éclosion. Sans sortir de votre état, vous pouvez comme lui vous donner tout à Dieu et aspirer comme lui à la vertu et à la gloire des saints. Très pur, très modeste, très fervent, très aimable, très cher petit bienheureux, nous vous remercions de cette simple et bonne leçon que vous nous donnez, et maintenant que nous avons fini de vous louer, donneznous à tous votre bénédiction. Bénissez les fidèles qui viennent de m'écouter, inondez leur âme des parfums de vos vertus, pénétrez-les de l'efficacité cle vos mérites, afin que, clans la vie modeste du siècle, ils puissent devenir les émules cle votre perfection. Bénissez vos frères dont vous êtes la gloire et le soutien. Bénissez-moi afin que j'aime toujours mon saint Ordre comme vous avez aimé votre sainte Compagnie. Bénissez la Société cle Jésus, bénissez l'Ordre cle Saint- Dominique, afin que tous deux, dans une parfaite unité I 23

de vues et une parfaite unité de cœurs, combattent les bons combats du Seigneur, aujourd'hui, demain et jusqu'au jour où, l'enfer triomphant du ciel, on verra, ce qui s'est déjà vu, couchés clans la poussière et empourprés par le sang du martyre, le froc blanc du Frère-Prêcheur près de la robe noire du Jésuite. Bénissez l'illustre et pieux Prélat qui gouverne ce diocèse ; enfin, mettez vos mains très pures dans les mains vénérables qui vont s'étendre sur nous. Nous sommes à genoux, nous vous attendons.

Discours pour l'anniversaire de la défense de Châteaudun (Église de la Madeleine, 18 octobre 1871).

Justus es, Domine, et omnia judicia tua justa sunt... Quoniam non obedivimus prxceptis tuis* ideo traditi sumus in dlreptionem, et captivitatem, et mortem, et in fabulam et in ïmproperium omnibus gentïbus,

« Vous êtes juste, Seigneur, et vos « jugements sont équitables... Parce que « nous n'avons pas obéi à vos saintes « lois, vous nous avez livrés au pillage, •s à la captivité, à la mort, à la risée et « aux reproches des nations. »

(Tobie, chap. m).

Messieurs,

La manifestation de ce jour nous rappelle une grande gloire et un grand deuil. Vous avez eu la pensée d'y associer l'Église, vous ne pouviez pas mieux faire, car non seulement l'Église sait honorer l'héroïsme et pleurer le malheur, mais, fidèle à son ministère, elle

sait tirer de tout ce qui nous rend fiers, comme de tout ce qui nous afflige, de salutaires leçons. Je viens, en son nom, rendre utile une solennité que vous rendez magnifique et touchante par votre concours, vos souvenirs et vos pieuses larmes. Permettez-moi donc de ne point me borner à un récit qui n'aurait d'autre résultat que de flatter l'amour-propre et de réveiller clés tristesses stériles; mais, puisque je suis un homme de Dieu, laissez-moi vous montrer Dieu clans les événements au milieu desquels l'admirable défense de Châteaudun a pris une place si glorieuse et si digne de mémoire.

Je commence.

Nous oublions vite nos folies, Messieurs, c'est le propre de notre caractère français ; cependant il est juste de nous rappeler la part que nous avons prise, par un mouvement d'opinion publique, aux origines de la der-

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nière guerre, bien qu'il faille en faire peser sur cf autres la redoutable responsabilité. Nous eussions préféré la paix ; mais, clés que les hostilités furent déclarées, nos instincts militaires se réveillèrent, l'enthousiasme fît explosion. Quels chants ! quels cris ! quelles tumultueuses espérances ! et, disons-le, quelle indécente présomption ! Le départ était une fête ; déjà nous tenions l'ennemi sous nos pieds, nous envahissions son territoire, et franchissions en triomphateurs les portes de sa capitale ; le Rhin allemand devenait français, c'était l'affaire de quelques semaines.

Promptement, hélas ! il fallut s'apaiser. Après une misérable et burlesque escarmouche qui n'avait d'autre but que de satisfaire notre empressement, les mauvaises nouvelles se succèdent comme les coups d'un glas funèbre. Sous le couvert des forêts, d'immenses armées se sont avancées sans bruit. Elles surprennent et écrasent une de nos divisions à Wissembourg. Deux jours après, malgré les efforts chevaleresques du héros de Magenta, le premier corps en déroute quitte les plaines ensanglantées de Wœrth et de

Reischoffen. Forbach, Spikeren, nouveau désastre. Partout le nombre et la stratégie l'emportent sur la valeur mal réglée. Borny, Gravelotte, Saint- Privât ne peuvent dégager l'armée du Rhin, condamnée désormais à des efforts impuissants, jusqu'à ce qu'elle ait épuisé sa dernière bouchée de pain. Il ne reste plus qu'une ressource. Mac-Mahon, l'unique préoccupation des Allemands, Mac- Mahon est debout avec des débris et des recrues. Il veut se replier sur la capitale, la préserver de l'investissement en tenant la campagne sous ses forts ; mais un inexplicable entêtement le repousse vers le Nord. Il va à la rencontre d'une catastrophe, il le sait; son grand cœur reste ferme et le maintient au péril, jusqu'à ce que blessé, après une série d'engagements meurtriers, il résigne son commandement. Alors le trouble se met dans les conseils, le désespoir dans les rangs ; notre dernière armée, meurtrie, rompue, sans tête, voit braquées autour d'elle les bouches de quatre cents canons. L'ennemi a fait un coup de maître ; il a coupé toutes les voies et rabattu dans le piège de Sedan une foule

égarée de quatre-vingt mille hommes, comme les traqueurs une compagnie de bêtes éperdues. Il faut se rendre. L'Empire sombre dans la honte, c'était juste ; mais au moment où s'écroulent les dernières espérances qu'avait soutenues l'impudence des fausses nouvelles, la France apprend avec stupeur que le gouvernement de la surprise vient d'être remplacé par une surprise, et que la nation confisquée passe aux mains de la Révolution.

Placé en face d'un pouvoir d'aventure, l'ennemi se montre intraitable ; on s'en console par des phrases orgueilleuses, aujourd'hui admirées, demain méprisées comme elles le méritent. La défense à outrance est proclamée, ce qui n'empêche pas maintes villes d'ouvrir tranquillement leurs portes, et de montrer le chemin de Paris aux lourds et innombrables bataillons qui les traversent et vont droit à leur but. C'est fait, la capitale est investie, l'armée allemande va opérer dans ses alentours ; chaque jour on apprend en tremblant quelqu'un de ses méfaits, un pillage, un incendie, un assassinat ; par-dessus tous les récits, un cri lugubre retentit : Strasbourg

a capitulé! Plus libre de ses mouvements, l'ennemi étend l'invasion ; Orléans est pris ; les riches plaines de la Beauce sont inondées.

Je me replie vers vous, Messieurs, j'entre dans votre ville et je la vois en proie à une douloureuse anxiété. Elle veut, elle ne veut pas , elle abdique, elle se ravise. La contradiction des nouvelles augmente son trouble et sa confusion. Cependant le péril est certain. Une nuée d'éclaireurs parcourt la campagne. Lutz a reçu leur visite et va bientôt brûler. Varize et Civry sont en feu ; ils paient d'un désastre immense leur courageuse résistance. Plus près, voici la fumée de Menainville et de Bassonville, puis, dans le ciel, une rougeur sinistre, reflet de la vengeance et présage du sort qui menace Châteaudun, si Châteaudun se défend.

Qu'allez-vous faire, Messieurs ? Le pillage, l'incendie, la mort sont à vos portes. Les prudents enseignent qu'une ville ouverte doit se laisser rançonner sans mot dire, et que toute défense de sa part est folie. Moi, j'estime qu'il est une folie proche parente de Y héroïsme, pareillement qu'il est une prudence fille de la

lâcheté. Trop de villes ont été prudentes ; l'évidente satisfaction avec laquelle l'ennemi les a traversées me semble démontrer qu'une défense eût retardé sa marche, contrarié ses opérations et peut-être empêché ces mouvements circulaires et ces concentrations qui nous furent si funestes.

Mais, bref, quoi que pensent et conseillent les prudents, vous avez combattu, Messieurs, et la France a pensé que c'était pour vous un immortel honneur, que vous avez bien mérité de la patrie. Le 18 octobre, date funèbre dans votre histoire, est aussi une date glorieuse.

Le 18 octobre, quelle journée ! Après une matinée paisible, l'alarme se répand tout à coup dans les rues et les maisons. L'ennemi approche, le voici! Les cloches, les tambours, les clairons appellent aux armes, la fièvre s'empare des combattants. Contre douze mille, ils sont douze cents, dépourvus d'artillerie et n'ayant pour se protéger que des barricades construites à la hâte. Tout de même ils tiendront. Le bombardement commence sans sommation, c'est une habitude allemande.

Trente bouches à feu vomissent sur tous les

points des bombes incendiaires ; églises, hospice, ambulance, on n'épargne rien ; il n'y a pins de droit des gens. Mais, du sein de la ville, une fusillade ardente et sûre répond à cet orage. Hardis jusqu'à la témérité, les chefs eux-mêmes tirent à découvert pour encourager leurs hommes. Plusieurs succombent, on les remplace. Gardes nationaux et francs-tireurs rivalisent d'audace, pendant que les pompiers, au milieu d'une pluie de projectiles, s'efforcent d'éteindre les incendies qui commencent et que, au péril de sa vie, le maire, assisté de deux membres de la municipalité, veille sur l'Hôtel-de- Ville. Je ne veux point nommer ici ceux qui se sont distingués ; qu'ils soient morts, qu'ils aient survécu; j'aurais peur de commettre involontairement quelque injustice, dussé-je n'oublier qu'un seul des noms qui sont écrits dans vos mémoires et dans vos coeurs.

Enfin, il faut céder au nombre, mais non pas sans un combat de rues dans lequel l'ennemi, deux fois repoussé, jonche le terrain de ses cadavres, et qui se termine par une merveilleuse retraite.

L'affaire est finie. Elle nous a coûté vingtsix morts et une quarantaine cle blessés ; de l'autre côté, deux mille hommes hors de combat. Deux mille hommes ! c'est un crime horrible, Messieurs, il va falloir payer cela. A tout autre vainqueur, votre courage eût commandé la pitié, le respect, l'admiration. L'Allemand ne connaît point ces tendresses et n'a point ces sentiments désintéressés ; la peur de pareilles rencontres lui commande la vengeance ; il s'y met d'une manière atroce, digne des plus mauvais jours de la barbarie. Ces soldats étouffés par une discipline de fer ont besoin d'une compensation. Le massacre par ordre les console des brutalités dont ils sont victimes. Les voilà à la besogne; les portes cèdent sous leurs coups, ils chassent les habitants à la baïonnette et incendient leurs maisons avec une infernale méthode qui éloigne l'excuse de ces emportements auxquels se livre d'ordinaire la passion. Ils vont priver de leurs dernières ressources des pauvres qui n'ont pris aucune part à la défense ; c'est égal, ils brûlent. On les supplie, on les conjure avec des larmes, on leur fait des promesses ; rien

ne les émeut, ils brûlent. Des vieillards, clés infirmes, des femmes, des enfants vont périr dans leurs lits ou dans les caves ; qu'importe? Ils brûlent. Là où l'on a contenté leur voracité, ils brûlent. Le plaisir du manger tient une large place dans leur vie, mais pour eux une volupté plus grande, c'est le bruit des écroulements et la plainte des désespérés. Chose horrible, hideuse ! des généraux, des princes même, descendent, comme de vulgaires bandits, au rôle d'incendiaires ; le feu est une solennité qui complète leurs victoires, ce Admirable spectacle, s'écrient-ils, qu'une ville en flammes ! Il faut que ce soit le sort de la France entière, que femmes, enfants, vieillards, tout y passe. » Ces paroles ont été dites, Messieurs, devant cent quatre-vingt-dix-sept maisons brûlées à la main, en réjouissance de la glorieuse journée où les vainqueurs étaient dix contre un. Après l'incendie, le pillage ; après le pillage, l'assassinat; pour couronner tout cela, l'orgie ! Elle dure deux jours entiers, après quoi les barbares s'éclipsent sous le coup d'une alerte. La ville, livrée à elle-même, va pouvoir mesurer l'étendue de ses désas-

très. Rien de plus tragique : partout des décombres fumants, des murs qui s'écroulent, des fers qui se tordent encore, des mobiliers, l'unique richesse d'une foule de travailleurs, entièrement réduits en cendres, et, sous cet amas de ruines, des os humains calcinés. On doit s'attendre à des larmes, des gémissements, des cris de colère; rien de tout cela. La douleur de Châfceaudun est digne comme fut grand son courage. Un légitime orgueil suspend ces sentiments tumultueux qui agitent le coeur de l'homme après une catastrophe. On pleurera plus tard, maintenant il faut être impassible et fier ; on s'est bien défendu.

Oui, nobles citoyens, vous vous êtes bien défendus. N'écoutez pas ceux qui, pour s'excuser d'avoir été trop coulants sur la résistance, vous accusent d'une sauvage témérité ; ne tenez aucun compte des louanges emphatiques et des grotesques fanfaronnades de ceux qui, loin du péril, perdaient leur temps en rixes honteuses ; mais soyez glorieux du témoignage de votre conscience ; soyez glorieux des sympathies, de l'admiration et

des larmes de ceux qui ont souffert. Les défenseurs de Saint-Quentin sont venus vous rendre hommage, il savent ce que c'est que le courage malheureux. Que de fois j'ai entendu dire dans une ville aujourd'hui captive : « Honneur à Châteaudun ! honneur à Saint-Quentin ! Pourquoi n'a-t-on pas partout imité leur exemple ? pourquoi leur dévouement a-t-il été inutile ? »

Messieurs, jamais le dévouement n'est inutile. Quoi qu'il arrive, il est beau pour une ville d'accomplir un devoir sacré, de laisser à l'avenir une noble et salutaire leçon, d'acquérir un nom illustre, enfin, d'avoir dans son histoire une page comme celle que vous avez écrite avec votre sang. Honorez donc vos morts après les avoir pleures, vous en avez bien le droit. Couvrez-les d'un monument qui raconte à vos enfants votre héroïque défense et transmette à la postérité ce témoignage de votre valeur : Châteaudun a bien mérité de la patrie.

Un orateur profane s'arrêterait ici, Messieurs, et il aurait raison. Moi, j'ai à remplir mon devoir d'homme de Dieu, et à vous mon-

trer dans vos ruines, non plus les preuves de votre héroïsme, mais les cicatrices de nos péchés.

Messieurs, vous êtes trop bons Français pour oublier que le désastre de vos foyers domestiques n'est qu'un épisode clans le désastre de la patrie. Hontes, violences, dépouillements, ruines, massacres, rien ne nous a été épargné. Notre malheur est si grand que nous faisons pitié aux peuples qui nous entourent ; pitié importune, plus difficile à endurer que nos maux eux-mêmes.

A ces maux notre âme anxieuse cherche des remèdes, et voici que les beaux parleurs et les philosophes d'occasion nous proposent je ne sais quelle patience hautaine, fille de l'orgueil et de la présomption, qui trompe l'homme malheureux et laisse passer stériles, sur sa vie désolée, les flots amers de la douleur. Ignorants, aveugles, insensés ! Faire les i 24

grands et les dédaigneux au milieu de pareilles calamités, admirer avec une vaine confiance ce reste de sève qui agite encore les membres de la France mutilée, est-ce que cela peut détourner les coups de la force mystérieuse qui nous poursuit et nous accable ? Soyons donc sages, et pour faire face à nos malheurs sachons d'où ils viennent.

Hélas ! rien de plus étrange et de plus navrant que les méprises et l'aveuglement de l'esprit public à cet égard. Rivé à des causes subalternes, il donne au monde entier le ridicule spectacle des querelles de partis, et nous fait assister à un quotidien échange de récriminations et d'injures, dont les honnêtes gens ne recueillent qu'un profond dégoût et un immense découragement. Que nous ayons été victimes d'un régime exécrable ; tenus par lui à l'écart des affaires publiques que malmenaient une légion d'intrigants faméliques ; endormis dans une fausse sécurité, quand nous n'étions pas subitement réveillés par de fausses alertes ; corrompus à dessein pour être plus souples ; savamment conduits à étouffer, clans l'enivrement de la prospé-

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rite et du plaisir, les sentiments patriotiques qui furent jadis notre ferme soutien dans les combats ; trompés par des victoires ruineuses qui nous isolaient ; sacrifiés par un dernier coup à des susceptibilités puériles, à des rêves insensés, à des compétitions misérables ; c'est vrai. Qu'il y ait eu contre le pouvoir que l'on appelait fort une incessante conspiration d'ambitieux et d'incapables; que cette conspiration se soit exprimée par une opposition systématique à toutes les précautions militaires qui eussent assuré, dit-on; nos victoires ; que, devenue triomphante, elle ait substitué, en présence de l'ennemi, les intérêts de parti aux intérêts du pays ; qu'elle ait aggravé ainsi notre déshonneur et nos charges ; c'est vrai encore ; mais rien de tout cela ne saurait nous expliquer l'habileté surhumaine et la savante méthode qui ont ourdi la trame de nos infortunes nationales. Tout âme clairvoyante, dans des effets si grands, si soudains, si parfaitement d'accord avec notre perversité, doit reconnaître cette force mystérieuse dont j'ai parlé tout à l'heure. C'est Dieu, Messieurs : Dieu, le patient, le fort, le vengeur. Il atten-

clait son heure ; son heure venue, il a frappé avec cette irrésistible colère que conduit toujours la sagesse.

Laissons donc aux chroniqueurs vulgaires, qui se permettent de philosopher en racontant nos infortunes, le soin de ménager notre amour-propre et d'endormir notre indifférence; compromis eux-mêmes dans les prévarications publiques, ils n'ont ni la force ni le courage de faire davantage ; mais nous ! apôtres du vrai, censeurs de l'iniquité, nous, chargés, par état, d'importuner les âmes coupables et de leur annoncer les jugements du Ciel, nous, qui, dans ces temps qu'on appelait heureux, n'avons pas cessé cle condamner et de prophétiser, nous, dont la parole a plus d'une fois rencontré les protestations des corrompus et des timides, nous!... nous ne pouvons pas taire les véritables causes de nos malheurs.

Chaque homme a ses démêlés avec la Providence, et souvent ces démêlés ne se terminent que dans une autre vie. A des prospérités scandaleuses succèdent alors des malheurs effroyables qui demeurent un mystère, jus-

qu'au jour clés révélations éternelles. Mais les peuples, n'ayant pas d'autre existence que celle dont les phases variées se déroulent aux yeux de l'histoire, doivent voir s'accomplir ici-bas leurs destinées. Tous les crimes privés qui, en s'accumulant deviennent un crime public, reçoivent, en temps opportun, la visite de la justice divine. C'est particulièrement à Tégarcl des nations aimées que cette justice se montre plus sévère, parce que leur péché s'accroît en proportion des bénédictions dont elles ont été comblées.

« 0 Dieu, s'écriait Moïse priant pour Israël, ce peuple a commis le plus grand des péchés ; peccavit populus iste peccatum maximum1 » ; et le vieux Tobie clans les douleurs de l'exil : « Nous avons violé toutes les lois, c'est pour cela que nous avons été livrés au pillage, à la captivité et à la mort, à la risée et aux reproches des nations. Non obedivimus, ideo traditi sumus in dereptionem, in captivatem et mortem, et in fabulant et in improperium omnibus gentibus. » Aujourd'hui, Messieurs,

i. Exod., cap. xxxir, 31

Israël c'est la France. Déchirons d'une main hardie le voile dont elle couvre sa conscience impénitente, disons-lui ses péchés, afin qu'elle en comprenne le châtiment. — Elle a outragé la majesté cle Dieu, elle a profané les jours saints, elle a trahi l'Église, elle a conspiré contre l'ordre social, elle a déshonoré et amoindri la famille, elle s'est énervée et avilie pas l'abus des jouissances et des plaisirs. Tant de crimes ont préparé, avec son impuissance dans le péril, les terribles revendications de la justice divine.

Il y a eu de tout temps des blasphémateurs ; jamais, que je sache, aucune époque n'a produit, autant que la nôtre, ce fruit maudit cle la science pervertie et de l'ignorance orgueilleuse. Aux attaques partielles, qui épuisaient les efforts des siècles passés, a succédé une guerre générale contre toutes les vérités qui dominent et régissent les régions inférieures où s'exerce l'expérimentation des sens. Dieu séparé du monde et condamné à une paresseuse contemplation de sa beauté, Dieu confondu avec tous les êtres et emporté clans les fluctuations de leur existence, Dieu successive-

ment dépouillé de tous ses attributs essentiels pour devenir un être progressif, Dieu définitivement contenu dans les rivages de la matière, Dieu réduit à n'être plus qu'une idée, qu'un mot, Dieu supprimé comme rétrograde et antihumanitaire, et, sous le coup de cette suppression, l'âme, la morale, la vertu, la religion, la vie future s'écroulant : tel est, Messieurs, le résumé des blasphèmes qui, depuis trente ans surtout, retentissent aux oreilles de la jeunesse et du peuple. Les protestations de l'Église n'ont pas pu les empêcher de tracer leur sillon dans les âmes, car des mains mêmes d'où devait venir la répression descendaient les récompenses et les honneurs. Les meilleures chaires et les plus gros traitements étaient réservés à l'impiété la plus hardie; à la veille de nos désastres nous avons vu se dresser, par ordre, la statue de celui qui poussa contre le christianisme ce cri cle guerre trop bien obéi : Écrasons l'infâme. C'était ainsi qu'on appelait la bénédiction du Ciel sur nos armes. Après cela, est-il étonnant qu'on n'entende plus sortir cle la bouche d'une foule de gens que des imprécations horribles, et que

la vie publique soit devenue, par son grossier matérialisme, un blasphème en actions ?

Si Dieu n'est pas, pourquoi lui faire une place dans notre existence? Il s'est réservé un jour par semaine, jour de fête populaire qui suspend les travaux et prépare les âmes, trop fatiguées des étreintes de la matière, au repos, aux contemplations et aux cantiques de la fête éternelle. Des nations infidèles à la doctrine catholique respectent encore cette loi mystérieuse, profonde, salutaire; chez nous, les temples presque déserts et, à leurs portes, l'agitation de notre vie attestent qu'il n'y a plus de dimanche, plus de halte dans le travail et la fatigue. Apre au gain, l'homme accapare tout le temps qui mesure sa vie, à moins que, par une monstrueuse substitution, il ne consacre au dieu de la débauche le lendemain du jour saint qu'il a profané.

Une si grande impiété envers Dieu ne peut laisser subsister le respect de l'Église. Autrefois, nous nous faisions gloire d'être ses fils aînés et les champions de son honneur ; quelques âmes choisies ont recueilli, de nos jours, cette succession, mais la masse, systématique-

ment corrompue, a fermé l'oreille à la voix maternelle de l'Église et s'est laissé engager dans une sourde persécution qui semble l'avoir amenée au penchant de sa ruine. Le dépouillement et l'esclavage dont elle est aujourd'hui victime, dans la personne de son chef, un pouvoir hypocrite les a préparés de longue main. Ses solennelles assurances, le mouvement qu'il s'est donné pour satisfaire l'opinion catholique n'étaient, nous le savons maintenant, que des feintes sous lesquelles il cachait son dessein, et de ce dessein la France était complice par les encouragements qu'elle pro*diguait aux hostilités de la presse et des hommes d'État.

Du reste, cette conduite était le fruit naturel des tristes principes pour lesquels nous professons, plus par habitude que par conviction, une admiration ridicule. Nous avons voulu reconstruire l'ordre social, nous n'avons fait que ruiner ses fondements. N'est-ce pas chez nous qu'on rencontre cet amour effréné de la liberté qui ignore les limites de la licence ? chez nous qu'on voit l'autorité avilie refuser systématiquement l'alliance et l'appui

de l'autorité de Dieu? chez nous qu'on proclame, sans explications et sans réserves, la souveraineté des masses, souveraineté imbécile autant qu'impie, qui détruit la sainteté des serments, maintient la révolution en permanence, et fait passer toute une nation clés mains de l'aventurier qui l'exploite, aux mains des intrigants et des fous qui compromettent son existence? Aussi, sommes-nous devenus une vile matière d'expérimentation pour les agitateurs cosmopolites et un objet de défiance pour les pouvoirs réguliers. Ajoutez que, clans nos théories comme dans la pratique de nos relations internationales, nous avons depuis longtemps remplacé le culte de la justice par l'adoration du succès et des faits accomplis, nous condamnant à subir, au jour de nos revers, le contre-coup fatal de cette grande iniquité.

Encore s'il restait à nos foyers l'amour fidèle et le respect de la nature d'où sortent les familles nombreuses et les fortes races ! mais, hélas ! le monde a des pardons faciles pour les trahisons domestiques, et partout des calculs d'intérêt ou des terreurs égoïstes

étouffent la vie dans son germe : au lieu de se réjouir comme l'arbre fertile de la multitude de ses fruits, l'homme se fait une gloire des retranchements sacrilèges qui appauvrissent sa postérité et dépeuplent son pays.

Et pourquoi cela, Messieurs? parce que l'on veut s'épargner de la peine, jouir promptement, jouir beaucoup, et transmettre une existence facile à des enfants plus empressés d'être des viveurs que des travailleurs. Moins nombreux ils sont au partage, plus vite ils sont au plaisir. Ils y oublient le devoir, tuent les sentiments généreux et tarissent dans la débauche la vie qu'attend une autre génération.

De l'abîme de nos maux un cri s'est échappé : Trahison ! On ne pouvait pas croire que nous fussions vaincus sans avoir été livrés. Le traître, Messieurs, c'est la nation qui se plaint. Si nous nous sommes trouvés tout à coup sans direction à la merci de l'esprit de parti, s'il a été difficile de rencontrer des hommes, plus difficile encore de les soumettre aux salutaires rigueurs de la discipline militaire, si le commandement a été nul,

l'obéissance plus nulle encore, si Tégoïsme a ouvert tant de villes à l'ennemi et accéléré sa marche, si tant de grêles jeunes gens ignoraient l'art sacré de mourir avec honneur, c'est notre faute, notre très grande faute. Toutefois la chance eût été moins funeste, si nous n'eussions mérité, par nos attaques directes contre Dieu, les trahisons de sa justice. Oui, nous avons été livrés, traditi sumus. Après avoir patiemment attendu, Dieu a mis la main sur l'homme et sur le peuple qu'il fallait pour nous châtier.

L'homme rêve pour lui-même une gloire sans précédent, pour sa race une unité gigantesque. Il veut créer au centre de l'Europe un peuple immense, capable de tout écraser, qu'il se penche à droite ou à gauche. Patient scrutateur des faiblesses de ceux qu'il veut opprimer, il en suit toutes les phases et frappe à son heure. Sceptique, du reste, et sans conscience, rompu â l'espionnage, respirant, sans étouffer, l'air méphitique de la trahison, habile à mentir autant qu'à feindre l'innocence, possédant l'art infernal de se faire provoquer et de passer pour victime, enhardi par un

premier succès au point de ne plus croire à un échec, hautain, dur, inflexible, ne cédant rien, faisant de sa volonté le droit, poussant aux cruautés, impudent jusqu'à les excuser. Méphistophélès doublé d'Attila.

Aux ordres de cet homme, un peuple qui porte à son flanc la blessure d'Iéna et auquel on a fait espérer une revanche, depuis ce temps toujours en armes, nombreux parce qu'il ignore l'odieux mystère qui déshonore et dépeuple nos familles, respectueux pour l'autorité, souple entre ses mains, façonné à la discipline, masse énorme et compacte au service de la mécanique, capable d'obéir jusqu'à l'oubli de toute crainte pour lui-même et aussi de toute pitié pour les autres, étranger aux délicatesses de l'honneur, sans conscience de ce qui est vil, rapace comme tous les affamés, oubliant, si on les lui commande, que le vol et l'assassinat sont des crimes, trop valet pour ne pas imiter ses maîtres.

Voilà, Messieurs, les verges de la justice divine. Pendant six mois elles ont frappé à coups redoublés. Nous leur avons demandé grâce , mais elles pèsent encore

sur nos épaules meurtries. Dieu a vengé sa gloire.

En vain nous ferons les entendus et chercherons à nous distraire du divin dans nos malheurs par des suppositions ; les suppositions se retournent contre nous. Qu'avez-vous à dire? ou plutôt que dites-vous? — Vous dites : — Si nous avions tenu compte des informations qui nous étaient données par des hommes sincères, si nous n'avions pas poussé les susceptibilités à outrance, si nous avions mesuré nos forces, la guerre était évitée. Si tel général ne s'était pas laissé surprendre, si tel autre était arrivé à l'appel du canon, Wœrth n'était plus qu'une bataille douteuse. — - Si l'on eût combattu plus à fond, Gravelotte devenait un triomphe et la plus belle armée du monde n'eût pas été réduite à l'impuissance. — Si l'on eût multiplié les résistances partielles, la marche de l'ennemi eût été retardée. — Si, au lieu de tenter l'aventure du Nord, on se fût replié vers le centre, Paris eût sauvé la France. — Même après Sedan, si les hommes de parti avaient écouté les inspirations du patriotisme plutôt que

celles delà haine et de l'ambition, si l'ennemi avait eu en face de lui une assemblée respectable et non un groupe d'aventuriers, la paix eût été faite dans de meilleures conditions. — Si les avocats devenus dictateurs avaient songé à la France plutôt qu'à leur problématique République, s'ils n'avaient eu la sottise de se transformer en hommes de guerre, nos dernières armées, encore debout, nous eussent épargné, peut-être, la honte et les duretés qu'il a fallu subir!

Si ! si î si ! — Mais ne voyez-vous pas, Messieurs, que c'est précisément à cette incompréhensible accumulation de négligences, de faiblesses, de terreurs, de méprises, d'erreurs, d'aveuglements, de trouble, de folie, que se reconnaît la main de Dieu. Tout ne peut manquer à la fois, si le maître de la vie n'aveugle jusqu'à la démence ceux qu'il veut perdre : Quos vult perdere Deus dementat. Les impies blasphémaient encore son nom et le chassaient des lieux où l'on instruit l'enfance, pendant qu'il sévissait, et on les laissait faire ; mais les bonnes gens, hébétés par tant de catastrophes, s'écriaient

clans leur langue naïve : On dira ce qu'on voudra, ça n'est pas naturel. Non, pas naturelle la foudroyante soudaineté de tous ces écrasements, pas naturelle non plus la savante appropriation des châtiments à nos péchés.

Nous avons outragé la sainte majesté de Dieu, et voilà que la bouche de l'hérétique qui nous foule aux pieds publie sa gloire. Étonné de sa bonne fortune, il se croit obligé de reconnaître qu'il n'est qu'un vengeur entre les mains d'un offensé. Nos blasphèmes étaient fils de notre orgueil, et voilà que nous plions sous le faix d'une humiliation sans exemple. On a vu des massacres immenses, mais toutes les forces vives d'une nation prises, comme clans un filet, par troupes de quatrevingt et cent mille, c'est unique dans l'histoire.

Nous avons refusé de célébrer les joyeuses fêtes auxquelles Dieu nous conviait, et voilà qu'il faut célébrer de lugubres anniversaires, nous avons violé la loi du repos sacré, et voilà que nous sommes condamnés par l'incertitude de notre situation à des chômages ruineux.

Nous avons abandonné l'Église qui comptait sur notre protection, et tous les peuples nous abandonnent à l'heure du péril ; selon la mesure de notre trahison notre malheur s'aggrave ; chaque date a son funeste écho dans la guerre. Le jour où nos soldats quittent Rome, notre première division est écrasée ; le jour où nos vaisseaux s'éloignent des rivages de l'Italie, la bataille de Wœrth est perdue; le jour où le territoire de l'Eglise est envahi, l'Empire sombre à Sedan et entraine quatrevingt mille hommes dans sa chute; le jour où Rome est prise, Paris est investi.

Nous avons conspiré contre toute autorité, et voilà que, après avoir donné au monde le spectacle d'un peuple sans tête, victime d'une anarchie déguisée, nous sommes à la merci des tyranniques exigences de nos vainqueurs.

Au sein de ces familles où l'on prenait des mesures abjectes contre la vie, il y a maintenant des douleurs inconsolables et d'irréparables absences.

Enfin, ces richesses dont nous abusions pour

jouir et nous corrompre, elles passent aux

mains des ravisseurs.

0 mon Dieu! j'ai cru qu'on ouvrirait les yeux devant une si évidente manifestation de vos justes et sages colères ; j'ai cru que la voix du peuple prévaricateur s'élèverait vers le ciel pour demander pardon ; mais je n'ai rien entendu et vous avez laissé faire. Alors, aux horreurs de la guerre sont venus s'ajouter les opprobres et le deuil d'une lutte fratricide, Français contre Français nous nous sommes disputé les restes d'un pouvoir déconsidéré. Après l'œuvre des barbares, il faut pleurer l'œuvre des bandits. La grande légion des misérables a tiré les conséquences des doctrines impies qui l'ont pervertie ; instruite à mépriser Dieu, elle s'est mise à sa place ; fatiguée de souffrir sans consolation, elle a voulu tout avoir pour jouir à son tour. La ville superbe est tombée en son pouvoir. — Paris !

Tout ce qui a été dit de l'odieuse Babylono peut être dit de son orgueil, de son luxe, de sa corruption. Bâtie au mépris des saintes lois de Dieu, elle est devenue immense. Ici des voies spacieuses, comme pour mieux étaler les vaines pompes et les scandales du monde, là des réduits obscurs comme pour mieux cacher

les vices et les scélératesses. Prostituée de tous, elle a tendu à tous la coupe remplie de sa fausse science, de ses rêves insensés, de ses plaisirs immondes, et tous venaient boire, et tous retournaient enivrés pour corrompre au loin ceux qu'elle ne pouvait atteindre. La malédiction l'a visitée. Les étrangers ont apporté à ses enfants pour la détruire le tribut de leur fureur barbare. Aujourd'hui ses monuments et ses palais renversés, ses maisons incendiées ou mutilées proclament que Dieu est juste et que ses jugements sont pleins de droiture. Justus es, Domine, st rectum judicium iuum \ Mais au milieu de nos ruines, quel est ce sang répandu? Horreur et bénédiction! C'est le sang d'un pontife, le sang de ses prêtres, le sang des innocents. Il faut à Dieu des sacrifices de victimes pures qui renouvellent l'immolation du calvaire où le Saint expira pour les péchés du monde. Ils sont tombés en priant et en bénissant les justes de Babylone ; le baume sacré qui s'échappe de leurs plaies va descendre sur les yeux des pécheurs ; les pé-

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