Amos, cap. iv
dace et les espérances sauvages des vaincus de l'anarchie, les hésitations trop naturelles de ceux qui tiennent en mains nos destinées, les divisions des âmes honnêtes, le malaise, le trouble des affaires, tout présage une crise suprême dans laquelle peut s'échapper notre dernier râle si Dieu ne la conjure. Mais la con* jurera-t-il? cela dépend de nous. Tout en menaçant, Dieu nous ouvre ses bras et attend que nous prenions le chemin qui conduit à son cœur. Nous ne pouvons pas nous tromper, car ce chemin nous est indiqué par le père de la famille chrétienne, l'illustre et infortuné captif du Vatican. A tous ceux qui l'approchent, Pie IX ne cesse de répéter ces deux mots qui résument nos devoirs de l'heure présente : pénitence, prière ! Pénitence, prière, c'est aussi le cri des âmes saintes qui vivent dans l'intimité de Dieu et semblent posséder les secrets de l'avenir. Pénitence, prière ! la raison ellemême nous commande ces deux actes réparateurs et conservateurs.
Nous reconnaissons que, trop souvent, l'énergie et le patriotisme nous ont fait défaut clans la terrible lutte où nous avons succombé;
mais redeviendrons-nous forts et patriotes si nous ne nous repentons efficacement de la mollesse et de l'égoïsme de notre vie ? L'indiscipline nous a perdus ; mais serons-nous mieux disciplinés si nous n'abjurons les principes licencieux qui détruisent dans nos âmes le respect de toute autorité? Dieu est manifestement devenu notre ennemi ; mais se retour nera-t-il vers nous avec des sentiments plus tendres, si nous refusons de reconnaître l'équité cle ses jugements, de lui demander pardon de nos prévarications, cle lui rendre par cle libres humiliations, cle volontaires souffrances et un sincère retour à la vie religieuse, la gloire que lui ont ravie nos blasphèmes, nos impiétés, nos trahisons? Nous avons cherché partout des alliances et partout nous avons dû subir la honte d'un refus; eh bien ! cessons de faire le tour du monde et demandons par la prière une alliance qui ne nous sera pas refusée, la plus enviable et la plus salutaire de toutes les alliances, l'alliance du Ciel. Cette alliance a des précédents dans F histoire. Gécléon, les Machabées, la Légion fulminante, Iluniade, Scanderberg, Sobicski, les héros de
Lépante et, chez nous, l'illustre Jeanne d'Arc en sont les immortels témoins.
Messieurs, croyez-moi : il n'est plus temps de s'aveugler sur l'instabilité de notre situation, plus temps de se confier dans les habiletés de la politique et dans ce qu'on appelle les forces vives du pays, plus temps de compter sur les efforts précaires d'un gouvernement sans lendemain, quelque honnête qu'il soit. Rentrons en nous-mêmes, repentons-nous, prions. Aucune réforme politique, sociale, militaire, administrative, ne vaudra la réforme de nos âmes, aucun traité d'alliance avec les puissances de la terre ne vaudra l'alliance du roi des rois.
0 Dieu qui avez tant aimé la France, ayez pitié de sa détresse ! si elle ne peut pas couvrir la multitude de ses fautes, arrêter les derniers coups de votre colère, que ses expiations et ses vœux tempèrent, au moins, le châtiment qu'elle attend en tremblant et hâtent le retour de votre miséricorde.
0 France ! ma France bien-aimée, je te prie avec larmes, comme autrefois les prophètes priaient l'infortunée Jérusalem : — Reviens
au Seigneur ton Dieu ; convertere ad Dominum Deum tuum. — Il t'appelle, il veut te sauver. C'est lui qui te donnera le pouvoir fort, respecté, indiscutable, honnête, chrétien, qui doit rassembler tes forces rompues et te remettre sur le chemin de l'honneur et de la gloire ; c'est lui qui ressuscitera dans ton cœur les mâles vertus de ta jeunesse ; c'est lui qui rendra à ta couronne les deux fleurons qu'une main ennemie a détachés. 0 ma patrie! ma chère patrie! redeviens la France de Dieu, et il redeviendra, lui, le Dieu de la France !
TABLE ANALYTIQUE des MATIÈRES
Pourquoi ce discours? — 1° Sens et devoir de la fidélité pour ceux qui ont reçu au baptême le nom de fidèles. — 2° Aujourd'hui, plus que jamais, nous devons accomplir ce devoir. — I. Engager sa foi, être attaché toujours/ et dans le malheur croire, attendre, se dévouer, c'est être fidèle. — Fidélité dans les choses humaines. — Comment les choses humaines et les choses divines sont liées. — La fidélité n'a de sens et de réalité dans les choses humaines qu'autant qu'elle est comprise et pratiquée dans les choses divines. — Comment le chrétien a engagé ?a foi. — Comment il doit être attaché. — Comment le malheur est la mesure de sa fidélité. — II. Aujourd'hui, plus que jamais, le chrétien doit être fidèle, car aujourd'hui, plus que jamais, la grande et sainte cause de Dieu, de son Christ et de son Église est éprouvée. — Tableau des épreuves. — Application des trois caractères de la fidélité. — 1° Croire. — 2° Attendre. — 3° Se dévouer. — Dévouement par la prière, — la parole, — l'aumône, — le sang. — Questions de l'orateur et réponses de l'auditoire. — Conclusion. — Vaincre ou mourir.