A LA RÉUNION DES DÉLÉGUÉS DES COMITÉS RÉPUBLICAINS DE LA GIRONDE
Messieurs et chers concitoyens,
Je n'ai pas voulu remettre le pied sur le soi d*où j'étais parti, après les fatigues que vous savez; je n*ai pas voulu rentrer en France pour y prendre ma part de responsabilité et d'efforts dans les travaux du parti républicain, sans m'arrêter à Bordeaux.
Je devais vous exprimer, à vous qui représentez Funion faite dans le parti républicain, tout ce que,de loin comme de près, je vous garde de sympathie et de reconnaissance pour les sentiments que vous m'avez toujours témoignés, et aussi, pourquoi ne le diraisje pas ? j'ai voulu, à propos des élactions, à propos de la situation si grave où se trouve le pays, vous dire, sans aucune arrière-pensée personnelle, puisque je ne suis pas candidat dans ce département, ce que j'espère, ce que désirerais accomplir. {Id forateur est interf'ompu par les applaudissements; il reprend :)
e2 BORDEAUX.
N'applaudissez pas, Messieurs I L*heure est beaucoup trop solennelle pour que nous ayons, les uns et les autres, d'autres paroles que celles de Testime et de la conflance réciproque. (Très bien/)
La situation actuelle de la France, quand on Texamine de très près, quand on est animé, pour cet examen, de la passion de la justice et de la vérité, c'està-dire que l'on a, pour se garantir des illusions da cœur, les règles de la raison, est bien faite pour nous inspirer les plus profondes tristesses, mais elle nous invite aux mesures les plus viriles et elle nous interdit le découragement ; étudions-la, et nous arriverons à cette conclusion que, si le parti républicain veut, il peut, et que, s'il sait, il parviendra^à régénérer ce pays et à y fonder un gouvernement libre, à l'abri des su^ prises, des réactions et des défaillances.
C'est cette démonstration qu'il est utile de faire aulourd'hui, et qu'il importe surtout de faire en face des compétitions des partis monarchiques, non seulement pour amener le triomphe des principes auxquels nous sommes attachés, mais surtout, il ne faut pas cesser une minute de le répéter, pour donner à la France son salut.
A l'heure où nous sommes, que voit-on dans le pays ? On voit les hommes qui, dans tous les temps, ont médit do la démocratie, qui l'ont eue en haine, ou par ignorance ou par intérêt personnel, exploiter à leur profit la crédulité et la panique, défigurer systématiquement les hommes et les choses, et s'efforcer d'attribuer les excès des derniers mois à la République, à laquelle ils doivent cependant de n'avoir pas été emportés.
Et je trouve qu'il y a, entre la situation actuelle et la situation qui se déroulait au mois de mai 1870, une analogie pleine d'enseignements.
Au mois de mai 1870, la France a été interrogée; vous savez par qui et comment. Mais il n'en est pas
moins vrai qu elle était investie du droit de prononcer sur ses destinées. A Taide de la coalition de toutes les peurs, surexcitée par une presse stipendiée, à Taide de la coalition des intérêts les plus bas, — intérêts dynastiques, intérêts de parasites, — on a surpris la France, on a surpris son vote ; mais elle n'en a pas moins prononcé son arrêt, et, avec une rapidité foudroyante, trois mois après, l'arrêt s'accomplissait, et elle était punie, châtiée au-delà de toute justice, pour s'être abandonnée aux mains criminelles d'un empe- •reur.
On lui pose aujourd'hui, sous des noms divers, la même question : veut-elle, une fois encore, abdiquer et verser dans l'ornière des dynasties ?
De quelque nom qu'on déguise les choses, vous lo voyez, c'est toujours la question de savoir si la France veut se gouverner librement, ou si elle veut se livrer, et si la terrible expérience d'où elle est sortie saignante et mutilée, lui a enfin appris à se conduire seule et par elle-même.
Chose consolante, malgré les excès qui ont été com* mis et les crimes qui ont marqué la chute de la Commune à Paris , malgré le courant de calomnies qui avait été déchaîné contre le parti républicain, en pleine guerre civile le pays a conservé son sang-froid ; les élections municipales ont attesté qu'au lendemain do cette effroyable crise, le pays ne se laissait pas aller à la réaction. Il y a là une espérance qui doit nous inspirer la patience et la sagesse dans l'action politique. Je crois que, grâce à l'union faite entre les diverses nuances de l'opinion républicaine, nous pouvons donner à la France le spectacle d'un parti discipliné, ferme en ses principes, laborieux, vigilant et résolu à tout pour arriver à convaincre la France de ses facultés gouvernementales. En un mot,un parti acceptant la formule : Le pouvoir au plus sage et au plus digne.
Il faut donc être les plus sages. Eh bien ! cela no
nous coûtera pas, par cette excellente raison qu*il n*y a de politique vraiment sage, vraiment féconde, que celle du parti républicain. {Très bien/)
Il faut ne nous laisser détourner du droit chemin ni par les calomnies ni par les injures ; et j*ai la conviction que, si nous voulons tenir bon et rester an poste, si nous voulons incessamment, sur toutes les questions posées, produire les solutions républicaines, nous arriverons à démontrer bientôt, par voie de comparaison et de contradition, aux prétentieux qui nous dédaignent ou nous ignorent, que nous valons mieux que les injures, que nous sommes un parti de gouvernement capable de diriger les affaires, le parti de rintelligence et de la raison, et que c'est parmi les hommes se réclamant de nos principes qu'on trouvera vraiment les garanties de science, de désintéressement et d*ordre, sans lesquelles un gouvernement n'est qu'une affaire au profit de quelques-uns.
11 faut donc maintenir et appuyer notre gouvernement,la République, en fait et en droit. Sans discuter sur les nuances puériles, permettez-moi de vous dire qu'un gouvernement au nom duquel on fait des lois, on fait la paix, on lève des milliards, on rend la justice, on dompte des émeutes qui auraient suffi à emporter dix monarchies, est un gouvernement établi et légitime, qui prouve sa force et son droit par ses actes mômes. Ce gouvernement s'impose au respect de tous, et quiconque le menace est un factieux. {Bravo! bravo/)
Aux plus sages ! aux plus dignes ! Parfaitement ! C'est une gageure qu'on doit accepter. Ce n'est pas une formule nouvelle pour des républicains ; c'est leur dogme, de ne voir attribuer les fonctions publiques qu'au mérite et à la vertu. C'est à ce respect du mérite et de la moralité que nous avons vainement rappelé TEmpire ; c'était môme parce que la morale s'oppose h toute transaction avec un pouvoir fondé
sur le crime et maintenu par la corruption, que notre j
opposition était alors irréconciliable et révolutionnaire.
Aujourd'hui, l'opposition, sous le gouvernement républicain, change de caractère et modifie sa nature et ses plans de conduite ; elle doit presser et contrôler, et non détruire. Oui, nous serons respectueux de votre autorité, respectueux de votre légalité, respectueux de vos choix, mais nous n'abandonnerons pas le droit de critique et de rérorme ; et, comme nous n*aTons jamais demandé de faveurs à personne , nous laisserons le suffrage universel prononcer entre ceux qui nous dédaignent et ceux qui ont eu la pa- |
tience et la constance de lutter pour la République et !
Idilibevié. {Vifs applaudissements.)
Cette conception du rôle de l'opposition sous la République tient à des différences d'âge et de temps. Il est certain que l'âge, je dirai héroïque, chevaleresque du parti, est passé depuis la réalisation d'une partie de ses espérances. Et nous avons, aujourd'hui qu'il s^agit de développer l'application de nos principes, le devoir d'être aussi froids, aussi patients, aussi mesurés, aussi habiles, que nous avons été enthousiastes, véhéments, alors qu*il s'agissait de rejeter dans le ' néant les contrefaçons du Bas-Empire, (^m 6/en/ t7*ès bien!)
Oui, sous un gouvernement qui, pour maintenir l'ordre, a été obligé de se réclamer de la légalité de j
la République, il faut savoir patienter, s'attacher à une chose ; il faut que cette chose soit immédiatement réalisable, et se tenir à elle jusqu'à ce qu'elle soit réalisée.
Et, Messieurs, permettéz-moi de vous le dire, plus {
nous spécialiserons, plus nous centraliserons nos |
efforts sur un point donné, plus promptement nous susciterons des auxiliaires dévoués dans les rangs du j
suffrage universel, qui prononce en dernier lieu, et
plus nous abrégerons les délais qui nous séparent ds succès. L*unilé, la simplicité du but, tel doit être k mot d'ordre ; mais il ne suffit pas d'avoir le ferme propos de faire du parti républicain un parti à la fois àe principes et pratique, un parti de gouvernement ; il laut à ce parti un programme net, précis, ennemi de^ ulopies, ennemi des chimères; surtout il ne faut se laisser détouriuM' par rien de sa réalisation, et nejamais
e rebuter ni se lasser dans la lutte entreprise pour refaire le pays, reluire s'es mœurs, et, en le ravissant aux intriguants, remj^é^er^dlètre constamment ballotté entre le despotismë^t râmfiule provoquée. H faut faire disparaître le mal, cause de tous les maux: rignorancej d'où sortent alternativement Ig despôtisme et la démago^e. Pour combattre__ce mal^ de tous les remèdes qui peuvent sôllicîtërTattention des hommes politiques, il en est un qui les domine et les résume tous ;p'est l'éducation de tous. 11 faut savoir à Taidede quelles mesures, de quels procédés, au lendemain de nos désastres qui sont imputables non seulement au gouvernement que nous avons subi, mais encore k la dégénérescence de Tesprit public, nous pourrons nous garantir des chutes, des surprises, des erreurs, des infériorités qui nous ont tant coûté. Étudions nos malheurs, remontons aux causes, à la première de toutes : nous nous sommes laissé distancer par d'autres peuples,* moins bien doués que nous-mêmes, mais qui ont marché pendant que nous restions stationnaires.
Oui, on peut établir, preuves en main, que c'est rinfériorité de notre éducation nationale qui nous a conduits aux revers. Nous avons été battuS p&Tjdês adversaires qui avaient mis de leur côté la prévoyance,
a discipline et la science : ce qui prouve, en denuSïT Analy4ieî-q«eï-mêmB dana les conflits de la force matérielle, c'est rintelligénce qui reste mattre. Et à Tintérieur, n'est-ce pas ngnoranco dans îàquélle on a
laissé croupir les masses qui engendre, presque à époque fixe, ces crises, ces explosions effroyables qui apparaissent dans le cours de notre histoire comme une sorte de mal chronique, à ce p(Hntqu*on pourrait annoncer à Tavance Tarrivée de ces vastes tempêtes sociales?
« Oh l il faut nous débarrasser du passé. Il faut refaire la France. » Hélas î tel fut le cri qui, au lendemain de nos désastres, est sorti de toutes les poitrines. Pendant trois mois on a entendu ce cri sacré, illumination subite d'un peuple qui ne voulait pas périr. Ce cri, on ne Tentend plus. On n*enteiid plus parler aujourd'hui que de complots et d'intrigues dynastiques ; il n'est plus question que de savoir quel prétendant s'attribuera les débris de la patrie en péril, il faut que cela cesse ; il faut écarter résolument ces scandaleuses convoitises et ne plus penser qu'à la France. U faut se retourner vers les ignorants et les déshérités, et faire du suffrage universel, qui est la force par le nombre, le pouvoir éclairé par la raison. U faut achever la Révolution.
Oui, quelque calomniés que soient aujourd'hui les hommes et les principes de la Révolution française, nous devons hautement les revendiquer, poursuivre notre œuvre, qui ne sera terminée que lorsque la Révolution sera accomplie (Applaudissements) ; mais j'entends. Messieurs, par ce mot : la Révolution, la diffusion des principes de justice et de raison qui l'inspiraient, et je repousse de toutes mes forces l'assimilation perfide, calculée, de nos adversaires avec les entreprises de la violence. La Révolution a voulu garantir à tous la justice, l'égalité, la liberté ; elle proclamait le règne 4u travail, et voulait en assurer à tous les légitimes fruits ; mais elle a subi des retards, presque des éclipses. Les conquêtes matérielles nous sont restées en partie, mais les conséquences morales et politiques sont encore à venir pour les plus nom-
breux: les ouvriers et les paysans ; ces derniers, surtout, n*en ont retiré que des bénéfices matériels, précieux assurément, dignes de tous nos respects et de toute notre sollicitude, mais insuffisants toutefois à en faire de libres et complets citoyens.
Aussi, rien de plus logique, de plus naturel que les votes et les actes des paysans dont on se plaint quelquefois, sans vouloir tenir compte de Fétat d'infériorité intellectuelle où la société les maintient. Ces plaintes sont injustes, elles sont mal fondées, elles se retournent contre ceux qui les profèrent : elles sont le fait de Torganisation d'une société imprévoyante. Les paysans sont intellectuellement en arrière de quelques siècles sur la partie éclairée du pays. Oui, la distance est énorme, entre eux et nous qui avons reçu l'éducation classique et scientifique, môme imparfaite, de nos jours; qui avons appris à lire dans notre histoire ; nous qui parlons notre langue, tandis que, chose cruelle à dire, tant de nos compatriotes ne font encore que la balbutier. Ah I cù paysan voué au travail de la terre, qui porte si courageusement le poids du jour, sans autre consolation que de laisser à ses enfants le champ paternel allongé d'un arpent, toutes ses passions^ ses joies, ses craintes sont concentrées sur le sort de ce patrimoine. Il ne perçoit du monde extérieur, de la société où il vîtT^ue des rumeurs, des légendes ; il est la proie des trompeurset des habiles; il frappe sans lesavoir le sein de la BS^^ voluti6n*sa'~bienràitnce; il donne loyaleménT son impôt et son sang à une société pour laquelle il éprouve autant de crainte que de respect. Mais là se borne son rôle, et, si vous lui parlez principe, il ignore, et naturellement il vous répond intérêt l C'est justice! C'est donc aux paysans qu'il faut s'adresser sansrelâche, c^èst eux qu'il faut relever et instruire. Les mots, queles-partis ont échangés; de rwraZe7?r26 Chambre rurale, il faut les relever et ne pas en faij;e une injure.
Pi.;
Ah! il faudrait désirer qu'il y eût une Chambra
Rurale dans le sens profond et vrai de ce mot, car ce
^^•est pas avec des hobereaux que Ton fait une
Chambre rurale, c-'est avec des paysans éclairés et
jj libres, aptes à se représenter eux-mêmes; et alors,
au lieu d'être une raillerie, cette qualification de
Chambre rurale serait un hommage rendu aux pro-
. grès de la civilisation dans les masses. Cette nouvelle
^,/ force sociale serait utilisée pour le bonheur général.
MâlheureuséiUeilt^ noUs n'en sommes pas là, et ce
progrès nous sera refusé aussi longtemps que la
démocratie française ne sera pas arrivée à démontrer,
à démontrer jusqu'à l'évidence, que l'intérêt vital des
classes supérieures, si l'on veut refaire la patrie, si on
veut lui rendre sa grandeur, sa puissance et son génie,
r/ftst prAHs^mpnt d'^lftvftr/ d^<^m;^^pipftr an mnrgl ta peuple de travailleurs qui tient en ''^«f VYfi ""'^ '^^Y^ >vy^A^)^ An/*ftyfi vîprgA flf Hps tr^snrs inépuisables d'activité et /Q ^ d'aptitu^eSp îl fft"^ apprendre et enseigner P"^ V^Y^ (^J sans ce qu'ils ^doivent à la société et ce qu'ils peuvent exiger a elle. (Applaudissements
*Le jour ou li sera bien entendu que nous n'avons pas d'œuvre plus grande et plus pressante à faire, que nous devons laisser de côté, ajourner toutes les autres réformes, que nous n'avons qu'une tâche, instruire le peuple, répandre l'éducation et lascience à flots, ce jour, une grande étape sera marquée vers notrerégénération. Mais il faut que notre action soit double, qu'elle porte sur le développement de l'esprit et du ^ corps; il faut, selon une exacte définition, que dans sj^ -jr cbaque homme elle nous donne une intelligence '^^-^^MA/inv réellement servie par des organes. Ja^ ha vaut pgg d-^-. 4. H • seulementj^ufi cet homme pense, lise et raisonne^je., ^M>uh y, vPjjT^ qu'il pni«ssA agir et combattre. IT faut inettre
e l'instituteur, le gymnaste et le
partout, à cAié de
militaire, afin que nos enfants, nos soldats, nos con-
citôverisy soient tous aptes à tenir ung épée, h maiifer
e2 BORDEAUX.
N'applaudissez pas, Messieurs ! L'heure est beaucoup trop solenneUe pour que nous ayons, les uns et les autres, d'autres paroles que celles de l'estime et de la confiance réciproque. {Très bien/)
La situation actuelle de la France, quand on Texamine de très près, quand on est animé, pour cet examen, de la passion de la justice et de la vérité, c'està-dire que l'on a, pour se garantir des illusions du cœur, les règles de la raison, est bien faite pour nous inspirer les plus profondes tristesses, mais elle nous invite aux mesures les plus viriles et elle nous interdit le découragement ; étudions-la, et nous arriverons *à cette conclusion que, si le parti républicain veut, il peut, et que, s'il sait, il parviendra^à régénérer ce pays et à y fonder un gouvernement libre, à l'abri des su^ prises, des réactions et des défaillances.
C'est cette démonstration qu'il est utile de faire auiQurd'hui, et qu'il importe surtout de faire en face des compétitions des partis monarchiques, non seulement pour amener le triomphe des principes auxquels nous sommes attachés, mais surtout, il ne faut pas cesser une minute de le répéter, pour donner à la France son salut.
A l'heure où nous sommes, quevoit-ondanslepays? On voit les hommes qui, dans tous les temps, ont médit de la démocratie, qui l'ont eue en haine, ou par ignorance ou par intérêt personnel, exploiter à leur profit la crédulité et la panique, défigurer systématiquement les hommes et les choses, et s'cff'orcer d'attribuer les excès des derniers mois à la République, à laquelle ils doivent cependant de n'avoir pas été emportés.
Et je trouve qu'il y a, entre la situation actuelle et la situation qui se déroulait au mois de mai 1870, une analogie pleine d'enseignements.
Au mois de mai 1870, la France a été interrogée; vous savez par qui et comment. Mais il n'en est pas
Inoi^s vrai qu elle était investie du droit de prononcer sur ses destinées. A Taide de la coalition de toutes les peurs, surexcitée par une presse stipendiée, à Faide de la coalition des intérêts les plus bas, — intérêts dynastiques, intérêts de parasites, — on a surpris la France, on a surpris son vote ; mais elle n'en a pas moins prononcé son arrêt, et, avec une rapidité foudroyante, trois mois après, Tarrôt s'accomplissait, et elle était punie, châtiée au-delà de toute justice, pour s'être abandonnée aux mains criminelles d'un empereur.
On lui pose aujourd'hui, sous des noms divers, la même question : veut-elle, une fois encore, abdiquer et verser dans l'ornière des dynasties ?
De quelque nom qu'on déguise les choses, vous lo voyez, c'est toujours la question de savoir si la France veut se gouverner librement, ou si elle veut se livrer, et si la terrible expérience d'où elle est sortie saignante et mutilée lui a enfin appris à se conduire seule et par elle-même.
Chose consolante, malgré les excès qui ont été commis et les crimes qui ont marqué la chute de la Commune à Paris , malgré le courant de calomnies qui avait été déchaîné contre le parti républicain, en pleine guerre civile le pays a conservé son sang-froid ; les élections municipales ont attesté qu'au lendemain do cette effroyable crise, le pays ne se laissait pas aller à la réaction. Il y a là une espérance qui doit nous inspirer la patience et la sagesse dans l'action politique. Je crois que, grâce à l'union faite entre les diverses nuances de l'opinion républicaine, nous pouvons donner à la France le spectacle d'un parti discipliné, ferme en ses principes, laborieux, vigilant et résolu à tout pour arriver à convaincre la France de ses facultés gouvernementales. En un mot, un parti acceptant la formule : Le pouvoir au plus sage et au plus digne,
11 faut donc être les plus sages. Eh bien ! cela no
N'applaudissez pas, Messieurs ! L'heure est beaucoup trop solennelle pour que nous ayons, les uns et les autres, d'autres paroles que celles de Testime et de la confiance réciproque. {Très bien/)
La situation actuelle de la France, quand on Texamine de très près, quand on est animé, pour cet examen, de la passion de la justice et de la vérité, c'està-dire que l'on a, pour se garantir des illusions do cœur, les règles de la raison, est bien faite pour nous inspirer les plus profondes tristesses, mais elle noas invite aux mesures les plus viriles et elle nous interdit le découragement ; étudions-la, et nous arriverons à cette conclusion que, si le parti républicain veut, il peut, et que, s'il sait, il parviendra^à régénérer ce pays et à y fonder un gouvernement libre, à l'abri des su^ prises, des réactions et des défaillances.
C'est cette démonstration qu'il est utile de faire aulourd'hui, et qu'il importe surtout de faire en face des compétitions des partis monarchiques, non seulement pour amener le triomphe des principes auxquels nous sommes attachés, mais surtout, il ne faut pas cesser une minute de le répéter, pour donner à la France son salut.
A l'heure où nous sommes, que voit-on dans le pays? On voit les hommes qui, dans tous les temps, ont médit de la démocratie^ qui l'ont eue en haine, ou par ignorance ou par intérêt personnel, exploiter à leur profit la crédulité et la panique, défigurer systématiquement les hommes et les choses, et s'cff'orcer d'attribuer les excès des derniers mois à la République, à laquelle ils doivent cependant de n'avoir pas été emportés.
Et je trouve qu'il y a, entre la situation actuelle et la situation qui se déroulait au mois de mai 1870, upe analogie pleine d'enseignements.
Au mois de mai 1870, la France a été interrogée; vous savez par qui et comment. Mais il n'en est pas
IXloi^s vrai qu elle était investie du droit de prononcer sur ses destinées. A l'aide de la coalition de toutes les peurs, surexcitée par une presse stipendiée, à Taide de la coalition des intérêts les plus bas, — intérêts dynastiques, intérêts de parasites, — on a surpris la France, on a surpris son vote ; mais elle n'en a pas moins prononcé son arrêt, et, avec une rapidité foudroyante, trois mois après, l'arrêt s'accomplissait, et elle était punie, châtiée au-delà de toute justice, pour s'être abandonnée aux mains criminelles d'un empe- •reur.
On lui pose aujourd'hui, sous des noms divers, la même question : veut-elle, une fois encore, abdiquer et verser dans l'ornière des dynasties ?
De quelque nom qu'on déguise les choses, vous lo voyez, c'est toujours la question de savoir si la France veut se gouverner librement, ou si elle veut se livrer, et si la terrible expérience d'où elle est sortie saignante et mutilée, lui a enfin appris à se conduire seule et par elle-même.
Chose consolante, malgré les excès qui ont été com^ mis et les crimes qui ont marqué la chute de la Commune à Paris , malgré le courant de calomnies qui avait été déchaîné contre le parti républicain, en pleine guerre civile le pays a conservé son sang-froid ; les élections municipales ont attesté qu'au lendemain de cette effroyable crise, le pays ne se laissait pas aller à la réaction. Il y a là une espérance qui doit nous inspirer la patience et la sagesse dans l'action politique. Je crois que, grâce à l'union faite entre les diverses nuances de l'opinion républicaine, nous pouvons donner à la France le spectacle d'un parti discipliné, ferme en ses principes, laborieux, vigilant et résolu à tout pour arriver à convaincre la France de ses facultés gouvernementales. En un mot,un parti acceptant la formule : Le pouvoir au plus sage et au plus digne. Il faut donc être les plus sages. Eh bien I cela no
nous coûtera pas, par cette excellente raison qu^il n*y a de politique vraiment sage, vraiment féconde, que celle du parti républicain. (Très bien/)
Il faut ne nous laisser détourner du droit chemin ni par les calomnies ni par les injures ; et j*ai la conviction que, si nous voulons tenir bon et rester au poste, si nous voulons incessamment, sur toutes les questions posées, produire les solutions républicaines, nous arriverons à démontrer bientôt, par voie de comparaison et de contradition, aux prétentieux qui nous dédaignent ou nous ignorent, que nous valons mieux que les injures, que nous sommes un parti de gouvernement capable de diriger les affaires, le parti de rintelligence et de la raison, et que c'est parmi les hommes se réclamant de nos principes qu'on trouvera vraiment les garanties de science, de désintéressement et d'ordre, sans lesquelles un gouvernement n'est qu'une affaire au profit de quelques-uns.
11 faut donc maintenir et appuyer notre gouvernementjla République, en fait et en droit. Sans discuter sur les nuances puériles, permettez-moi de vous dire qu'-un gouvernement au nom duquel on fait des lois, on fait la paix, on lève des milliards, on rend la justice, on dompte des émeutes qui auraient suffi à emporter dix monarchies, est un gouvernement établi et légitime, qui prouve sa force et son droit par ses actes mêmes. Ce gouvernement s'impose au respect de tous, et quiconque le menace est un factieux. {Bravo! bravo/)
Aux plus sages ! aux plus dignes ! Parfaitement ! C'est une gageure qu'on doit accepter. Ce n'est pas une formule nouvelle pour des républicains ; c'est leur dogme, de ne voir attribuer les fonctions publiques qu'au mérite et à la vertu. C'est à ce respect du mérite et de la moralité que nous avons vainement rappelé l'Empire ; c'était même parce que la morale s'oppose à toute transaction avec un pouvoir fondé
26 JUIN 1871. en
sur le crime et maintenu par la corruption, que notre opposition était alors irréconciliable et révolutionnaire.
Aujourd'hui, l'opposition, sous le gouvernement républicain, change de caractère et modifie sa nature et ses plans de conduite ; elle doit presser et contrôler, et non détruire. Oui, nous serons respectueux de votre autorité, respectueux de votre légalité, respectueux de vos choix, mais nous n'abandonnerons pas le droit de critique et de réiorme ; et, comme nous n'avons jamais demandé de faveurs à personne , nous laisserons le suffrage universel prononcer entre ceux qui nous dédaignent et ceux qui ont eu la patience et la constance de lutter pour la République et la liberté; {Vifs applaudissements.)
Cette conception du rôle de l'opposition sous la République tient à des différences d'âge et de temps. Il est certain que l'âge, je dirai héroïque, chevaleresque du parti, est passé depuis la réalisation d'une partie de ses espérances. Et nous avons, aujourd'hui qu'il s^agit de développer l'application de nos principes, le devoir d'être aussi froids, aussi patients, aussi mesurés, aussi habiles, que nous avons été enthousiastes, véhéments, alors qu*il s'agissait de rejeter dans le néant les contrefaçons du Bas-Empire. (T^m 6/en/ très bien!)
Oui, sous un gouvernement qui, pour maintenir l'ordre, a été obligé de se réclamer de la légalité de la République, il faut savoir patienter, s'attacher à une chose ; il faut que cette chose soit immédiatement réalisable, et se tenir à elle jusqu'à ce qu'elle soit réalisée.
Et, Messieurs, permettéz-moi de vous le dire, plus nous spécialiserons, plus nous centraliserons nos efforts sur un point donné, plus promptement nous susciterons des auxiliaires dévoués dans les rangs du suffrage universel, qui prononce en dernier lieu, et
nous coûtera pas, par cette excellente raison qu'il n'y a de politique vraiment sage, vraiment féconde, que celle du parti républicain. [Très bien/)
Il faut ne nous laisser détourner du droit chemin ni par les calomnies ni par les injures ; et j'ai la conviction que, si nous voulons tenir bon et rester au poste, si nous voulons incessamment, sur toutes les questions posées, produire les solutions républicaines, nous arriverons à démontrer bientôt, par voie de comparaison et de contradition, aux prétentieux qui nous dédaignent ou nous ignorent, que nous valons mieux que les injures, que nous sommes un parti de gouvernement capable de diriger les affaires, le parti de rintelligence et de la raison, et que c'est parmi les hommes se réclamant de nos principes qu'on trouvera vraiment les garanties de science, de désintéressement et d'ordre, sans lesquelles un gouvernement n'est qu'une affaire au profit de quelques-uns.
11 faut donc maintenir et appuyer notre gouvernement,la République, en fait et en droit. Sans discuter sur les nuances puériles, permettez-moi de vous dire qu'-un gouvernement au nom duquel on fait des lois, on fait la paix, on lève des milliards, on rend la justice, on dompte des émeutes qui auraient suffi à emporter dix monarchies, est un gouvernement établi et légitime, qui prouve sa force et son droit par ses actes mêmes. Ce gouvernement s'impose au respect de tous, et quiconque le menace est un factieux. {Bravo! bravo/)
Aux plus sages ! aux plus dignes I Parfaitement ! C'est une gageure qu'on doit accepter. Ce n'est pas une formule nouvelle pour des républicains ; c'est leur dogme, de ne voir attribuer les fonctions publiques qu'au mérite et à la vertu. C'est à ce respect du mérite et de la moralité que nous avons vainement rappelé l'Empire ; c'était même parce que la morale s'oppose à toute transaction avec un pouvoir fondé
laissé croupir les masses qui engendre, presque à époque fixe, ces crises, ces explosions effroyables qui apparaissent dans le cours de notre histoire comme une sorte de mal chronique, à ce pwnt qu'on pourrait annoncer à Tavance l'arrivée de ces vastes tempêtes sociales?
« Ohl.il faut nous débarrasser du passé. 11 faut refaire la France. » Hélas î tel fut le cri qui, au lendemain de nos désastres, est sorti de toutes les poitrines. Pendant trois mois on a entendu ce cri sacré, illumination subite d'un peuple qui ne voulait pas périr. Ce cri, on ne Tentend plus. On n'entend plus parler aujourd'hui que de complots et d'intrigues dynastiques ; il n'est plus question que de savoir quel prétendant s'attribuera les débris de la patrie en péril. Il faut que cela cesse ; il faut écarter résolument ces scandaleuses convoitises et ne plus penser qu'à la France. 11 faut se retourner vers les ignorants et les déshérités, et faire du suffrage universel, qui est la force par le nombre, le pouvoir éclairé par la raison. 11 faut achever la Révolution.
Oui, quelque calomniés que soient aujourd'hui les hommes et les principes de la Révolution française, nous devons hautement les revendiquer, poursuivre notre œuvre, qui ne sera terminée que lorsque la Révolution sera accomplie (Applaudissements) ; mais j'entends, Messieurs, par ce mot : la Révolution, la diffusion des principes de justice et de raison qui l'inspiraient, et je repousse de toutes mes forces l'assimilation perfide, calculée, de nos adversaires avec les entreprises de la violence. La Révolution a voulu garantir à tous la justice, l'égalité, la liberté ; elle proclamait le règne ^du travail, et voulait en assurer à tous les légitimes fruits ; mais elle a subi des retards, presque des éclipses. Les conquêtes matérielles nous sont restées en partie, mais les conséquences morales et politiques sont encore à venir pour les plus nom-
breux : les ouvriers et les paysans ; ces derniers, surtout, n*en ont retiré que des bénéfices matériels, précieux assurément, dignes de tous nos respects et de toute notre sollicitude, mais insuffisants toutefois à en faire de libres et complets citoyens.
Aussi, rien de plus logique, de plus naturel que les votes et les actes des paysans dont on se plaint quelquefois, sans vouloir tenir compte de Tétat d'infériorité intellectuelle où la société les maintient. Ces plaintes sont injustes, elles sont mal fondées, elles se retournent contre ceux qui les profèrent : elles sont le fait de l'organisation d'une société imprévoyante. Les paysans sont intellectuellement en arrière de quelques siècles sur la partie éclairée du pays. Oui, la distance est énorme, entre eux et nous qui avons reçu l'éducation classique et scientifique, même im- ^ parfaite, de nos jours ; qui avons appris à lire dans ' j notre histoire ; nous qui parlons notre langue, tandis que, chose cruelle à dire, tant de nos compatriotes ne font encore que la balbutier. Ah I cù jiaysan voué au travail de la terre, qui porte si courageusement le poids du jour, sans autre consolation que de laisser à ses enfants le champ paternel allongé d'un arpent, toutes ses passions^ ses joies, ses craintes sont concentrées sur le sort de ce patrimoine, jllne perçoit du monde extérieur, de la société où il vit, que des rumeurs, des légendes ; il est la proie des trompeurs et des^habUes; il frappe sanTle savoir le sein de la ffë^^ vplutîôir*sa'l)ienîaitnce;' il donne loyalem^nt^son impôt et son sang à une société pour laquelle il éprouve autant de crainte que de respect. Mais là se borne son rôle, et, si vous lui parlez principe, il ignore, et naturellement il vous répond intérêt l C'est justice! C'est donc aux paysans qu'il faut s'adresser sansrelâche, c'est eux qu'il faut relever et instruire. Les mots, que loG partis ont échangés, û^rurdUtë^e Chambre rurale, il faut les relever et ne pas en faire une injure.
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