‹ Discours et plaidoyers choises de Leon Gambetta avec une notice biographieChapitre 22 sur 33 · LILLE · texte numérisé non relu

LILLE

du pouvoir, les populations habituées à devenir indif férentes, soit à la majesté de la loi, soit à rautoiilî du gouvernement établi ; que devoir énerver comme i plaisir la force légitime de Tautorité publique; queà! voir des fonctionnaires d'ordre divers se transfonner en agents électoraux, répudier tout esprit d'impar tialité et d'égalité, et devenir, au sein de la natioD. les agents des partis, au lieu d'être les interprètes et les gardiens des lois et des libertés publiques?

On l'a dit avec raison, c'est surtout dans les démocraties laborieuses et populeuses que la loi doit être l'objet d'un respect et d'un culte vraiment religieux. {Applaudissements,) Rien n'est plus dang>ereux, plus corrupteur que de voir la loi devenir l'instrument banal des passions et des convoitises des partis, quand, sous le couvert de la Constitution mal interprétée et défigurée, on sème les haines et les rancunes, on suscite ce qu'il y a de plus mauvais dans la politique, l'esprit de colère et de représailles. Alors, au lend^ main de la lutte, on se trouve en face d'irréconciliables emportements de passions que l'injustice a rendues aveugles, et on vous demande, avec quelque apparence de raison, des actes de justice qui ressemblent à des actes de vengeance. Cela est mauvais. Messieurs, mauvais pour tout le monde. Il faut bannir ce mot de représailles de la langue politique, et y substituer celui de clémence et de justice. {Vt'fs applaudissements,)

Mais, on ne saurait trop le répéter, c'est à nos maîtres d'un jour à mesurer dans quelle proportions ils veuleift s'exposer à de si redoutables responsabilités. Quant à nous, qui serons toujours du côté de la modération, sans exclure la fermeté et la clairvoyance, nous tenions à dire , avant l'événement, à tous ceux qui ont engagé contre la nation cette lutte insensée, que leur propre conduite sera jugée et qu'elle dictera la modération de leiirs vainqueurs. {Très ffieni trè$ bien! — Applaudissements,)

Réjouissons'Dous donc de cette disposition de Topinion à rester toujours sur le terrain de la légalité ; laissons nos adversaires manœuvrer avec les subtilités de la procédure , mais surveillons-les pour voir s'ils sortiront jamais, eux, de la légalité, ce que je ne pense pas. (Mouvement.) Dans tous les cas, ce n'est pas une hypothèse à traiter ici. Elle serait prématurée, Car nous ne faisons à personne Tinjure de croire qu'on veuille sortir de la légalité. {Nouveau mouvement,)

Mais si je me contentais de mettre, comme dans un contraste, d'un côté les défaillances, les défections, les excès de pouvoir, les provocations, l'agitation et, finalement, l'impuissance de nos adversaires et , d'un autre côté, en regard, notre esprit d'ordre, notre union, notre concorde, notre tranquillité d'esprit, la certitude de l'avenir qui anime le parti républicain, je n'aurais pas fait assez; je n'aurais pas surtout attiré l'attention de vos esprits sur ce qui, pour moi; constitue le caractère le plus élevé de l'agitation politique que nous traversons.

En effet, le suffrage universel, qui va être consulté, — mettons qu'on ne dépassera pas Ja légalité, — dans six semaines , ce suffrage universel va se trouver en présence de la majorité républicaine qu'il avait nommée et choisie et dont le mandat a été brisé par les combinaisons politiques dont je vous parlais tout à l'heure. Si le suffrage universel se bornait purement et simplement à décerner aux 363 le mandat qu'il leur avait confié il y a seize mois, sans aller au delà, répétant simplement son verdict de 1876, le résultat serait très considérable, très décisif, mais permettezmoi de dire qu'il ne serait pas suffisant.

Il ne serait pas suffisant à plusieurs points de vue : d'abord^ parce qu'il ne constituerait pas une réponse et une protestation assez énergiques contre l'acte du 16 Mai; ensuite, parce qu'il ne donnerait pas aux

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nouveaux élus une autorité complète pour en finL" avec cette politique d*oscillations et de subterfuges. (Cest cela! — Très bien! très bien! — Applaudissemenls.

Aussi est-il permis de dire aujourd'hui, 15 aoôi 1877, que c'est là une vérité que le suffrage universel a admirablement comprise: et les renseignemenl^ que nous possédons, qui sont absolument certains et circonstanciés sur les 533 circonscriptions du territoire de la République, nous permettent d'affirmer que le suffrage universel no s'en tiendra pas à la réélection des 363, mais qu'il augmentera, dans une proportion considérable, le nombre des élus républicains du 20 février 1876. J'ai parlé du chiffre de 400. et on a cru que j'enflais mes espérances, que je grossissais mes prévisions. Non. Quand j'ai annoncé ce chiffre, je parlais avec la même conviction qu*au mois de février 1876, lorsque, à Belleville, j'annonçais quel serait le résultat probable des élections qui devaieol avoir lieu un mois après. Je disais alors que tout nous permettait de compter sur une majorité républicaine de 100 à 120 voix. On pensait que je grossissais le chiffre : la majorité a été de 200 voix. {Salve d'appkatdissements, — Bravos répétés.)

Aujourd'hui j'estime, avec ce que l'on sait du suffrage universel, que, en disant 400 républicains élus* je suis resté au-dessous de la vérité. Qu'est-ce qui peut faire croire qu'il en est ainsi? Deux faits extrêmement importants et décisifs. C'est que partout où il y a un député à réélire appartenant aux 363, on a vu se rallier à lui des influences qui l'avaient combatto au mois de février 1876 : l'influence des libéraux qui n'étaient que des libéraux est venue soutenir le candidat faisant partie des 363. Les rivalités personnelles :se sont effacées en présence d'un grand intérêt public, et il est à peu près établi aujourd'hui que ceux des 363 qui ont été combattus en 1876 se présentci-onl, dans leurs circonscriptions, libres de toutes eompéli-

as et entourés d'adhésions plus nombreuses, recrus pour la plupart dans les rangs de leurs anciens versai re s. Et il paraît évident que le nombre des îx pour chacun de ces députés dans sa circonscripn croîtra en comparaison de celles qu'il a recueillies ns des conditions pareilles à celles où il se trouvait 20 février 1876.

Cette étude faite sur tous les points de la France, . comme pour marquer les progrès accomplis, délontre que c*est dans Touest, le centre et le norduest que les résultats à obtenir seront les plus favoables . De telle sorte que c'est cette partie de la France, onsidérée comme la plus inerte, la plus indififérente, a moins mêlée au mouvement, qui s'ébranle ; c'est là {ue l'on commence à parler de liberté et de République ; ce mouvement ne s'arrêtera plus.

Voilà un premier phénomène que je devais vous signaler. Il y en a un autre qui n'est pas moins remarquable dans la nature des caractères des candidats.

Il y a 158 circonscriptions qui restent à conquérir par parties. Ces 158 collèges se trouvent répartis plutôt dans les régions du sud-ouest et du nord. Ce qui fait qu'on n'avait pas encore gagné un nombre suffisant de sièges dans ces collèges, ce qui fait qu'il n'y avait pas, pour nous, une assiette assez forte, c'est que certaines préventions existaient dans l'esprit des populations industrielles ou agricoles de ces pays, préventions qui séparaient ce qu'on appelait autrefois le parti libéral du parti républicain, la haute bourgeoisie de la bourgeoisie plus moyenne , de cette classe que l'ai appelée moi-même les nouvelles couches sociales. 11 y avait là antagonisme, répulsion, critiques, tout un monde de préjugés que je n'ai pas à expliquer ni à analyser ici. Mais retenez bien ceci. Un des caractères démonstratifs du prochain scrutin, l'œuvre à laquelle nous assistons, celle que je ne saurais trop saluer et proclamer, c'est que là où il y avait antagonisme.

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rantagonisme a cessé; c*est que les défiances ont èparu et que la fusion s'est faite entre la bourgeois et les ouvriers, entre le capital et le travail, qui fécondent Tun par l'autre (Vive approbalton) ; c'est qs ceux qui, dans la haute bourgeoisie, s'étaient teno^ l'écart, craignant et redoutant la République, ontéi: gagnés par la sagesse , par la prudence , par Vm^ du parti républicain, et ils sont revenus aux véritable traditions de la bourgeoisie de 89 et de 1830. Etaî jourd'hui, après le 16 Mai comme après 1830, noa assistons à une véritable fusion du peuple etdeli bourgeoisie. [Bravos et applaudissements prolongés.

Les élections prochaines proclameront cette to^ cette alliance; et, si je ne craignais pas de blesss leur modestie, je pourrais citer des noms, depuis!^ bords de l'Océan jusqu'au milieu des départemenl! du centre et jusqu'à la frontière des Vosges, des nos de grands industriels, de propriétaires, de graflf entrepreneurs, de constructeurs, d'hommes, enfiqui tiennent le premier rang dans la banque, le coumerce, l'industrie ou les assurances maritimes ; depDB Cherbourg jusqu'à Dunkerque, je pourrais citer <i^ hommes qui sont venus loyalement au parti républicain, sentant le péril de la situation- et ne voulant pi^compromettre l'existence de la nation. Us sont venus à la République , afin qu'il soit bien évident , pour » France et pour l'Europe, qu'il n'y a plus de divisiofl» dans notre pays, que la République est faite et qu'elle est scellée du sceau de l'alliance de la bourgeoisie^' du prolétariat. {Explosion d'applaudissements et acc"^' mations»)

J'affirme , Messieurs , que cette fusion , que celle alliance nous garantissent la victoire. [Nouvelle (^^ sion.) Vous comprenez maintenant, Messieurs, pourquoi je peux dire , non plus d'une façon générale, mais d'une façon analytique , et arrondissement par arrondissement , que la victoire du parti républicain

»t au-dessus des entreprises, des ruses et des vexaons d'une administration aux abois. Oui, la victoire endra de là, elle sortira de là. Et, chose inévitable iissi, à mesure que les scrutins populaires se succèent, ils réduisent à Timpuissance et font rentrer dans ^ Tiéant les souteneurs de dynasties déjà condamnés * 3 20 février ; — ils nous ont débarrassés, à ces éleclons mémorables, de la compétition bourbonnienne, le quelque nom ou de quelque branche qu'elle se éclame. — A mesure, dis-je, que ces scrutins se succèdent, ils nous donnent des résultats ; or, le résultat lu prochain scrutin sera de nous débarrasser du cléidéalisme et du bonapartisme. Oui, ce sont ces bona- [>artistes qui ont eu la haute main dans le ministère du 16 Mai, et avec lesquels il a fallu que les ducs comptassent; ce sont ces bonapartistes qui soldent les journaux qui poussent au crime; ce sont ces bonapartistes si bruyants, et qui allient la ruse au cynisme, ce sont eux qui seront à leur tour les vaincus du prochain scrutin. Oui, leur nombre décroîtra, et nonseulement leur nombre, mais on pourra mesurer à quel degré ils auront été refoulés par le suffrage universel, par la qualité même des vaincus qu'il couchera sur le sol : vous le verrez, Messieurs. (Applaudissements et bravos.)

Je disais que la situation présentait ce double caractère : la fusion des classes sous le drapeau de la République, et le refoulement des bonapartistes. Ces deux idées sont inséparables. L'empire ne pouvait vivre que par la division du pays. 11 se présentait comme un despotisme appuyé sur l'antagonisme de deux classes dans la société. Et c'est pour sauver la France non pas seulement de cette honteuse et impossible restauration, mais de la mort définitive de la patrie, que l'union dont je viens de parler s'est faite, et que le suffrage universel la ratifiera. C'est pour cela que si, parmi les rédacteurs officiels, quelqu'un parle

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d*une politique d*abaissement, ce n^cst pas de lapolj tique républicaine qu'il peut parler : le parti de h\ baissement et de la disparition de la France, c'est ij parti qui est tombé à Sedan, c'est le parti qui s'appeL Brumaire et Décembre , c'est le parti qui ne connai que ses convoitises et ses appétits ; c'est le parti qi l'étranger voudrait voir revenir, parce que ce part n'a qu'un nom dans notre histoire : c'est le partie l'invasion ! {Sensation prolongée.)

Messieurs, l'Europe entière assiste avec une sympithique anxiété qui nous honore à cette suprême épreuv; de la démocratie républicaine et libérale pour étabE' en France un gouvernement pacifique au dehors eî progressif au dedans: un gouvernement qui, toui^ respectant les droits légitimes des citoyens et des cor porations établies, se dégage de plus en pius d& étreintes de l'esprit théocratique et ultramontain ; q» façonne l'administration et l'éducation nationales s^ Ion les principes de la raison moderne et fasse di l'État un agent exclusivement civil de réformes et de stabilité. {Applaudissements.)

Dès l'origine du conflit, l'Europe, sans distincUoc de convictions politiques , monarchiques' ou répuWicaines, s'est prononcée contre le coup de réaction du 16 Mai. Elle y a vu, comme nous, une audaci/?^^ tentative de l'esprit clérical contre l'Europe entière. Elle a déploré de voir le crédit, l'influence que 1b France reprenait peu à peu dans les conseils du monde remis soudainement en question et sa voix faire défaut dans le concert européen. Elle suit attentivement, et jour par jour, les divers incidents de la lutte passionnée que le ministère du 16 Mai a entreprise contre la nation. Les graves problèmes soulevés par la question d'Orient ne l'absorbent pas au point de la distraire de nos efl'orts quotidiens dans la campagne électorale ouverte depuis deux mois. ILes organes les plus influents et les plus autorisés de l'opinion européenne

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ouiiennent notre démocratie de leurs encouragements et de leurs conseils.

L«es peuples, comme les gouvernements, attendent tvec impatience Tissue de la lutte, espérant que le lernier mot restera à la souveraineté nationale, à 'esprit de 89. Comme le disait le ministre président iu conseil d'Italie : les gouvernements passent et les nations restent. La France, qui a promulgué le droit moderne, ne voudra pas donner à rÉvangile de 89 un démenti dont profiteraient seuls le Syllabus et le jésuitisme. [Non! non! — Vifs applaudissements,)

L'Europe a fait comme la bourgeoisie ; elle a porté ses sympathies de droite à gauche; et c*est là, pour nous, républicains et patriotes, un élément de plus de la victoire et de la stabilité qui attendent la République quand elle sera sortie des misérables difficultés quç lui crée, contre tout patriotisme, la coalition des anciens partis. Les espérances du monde ne seront pas trompées. La République sortira triomphante de cette dernière épreuve, et le plus clair bénéfice du 16 Mai sera, pour Thistoire, d'avoir abrégé de trois ans, de dix ans, la période d'incertitude et de tâtonnements à laquelle nous condamnaient les dernières combinaisons de TAssemblée nationale élue dans un jour de malheur. [Mai^ques d'assentiment et applaudissements,) Messieurs, telle est la situation. Et j'ose dire que les espérances du parti républicain sont sûres; j'ose dire que votre fermeté, votre union, que votre activité sont les garants de ce triomphe. Pourquoi ne le diraisje pas, au milieu de ces admirables populations du départenient du Nord, qui, à elles seules, payent le huitième des contributions de la France, dans ce département qui tient une des plus grandes places dans notre industrie nationale, aussi bien au point de vue mécanique qu'agricole? N'est-il pas vrai que, dans ce pays , vous avez commencé aussi à faire justice des factions qui s'opposaient à l'établissement do

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la République et que tous n'attendez que Theure do scrutin pour que tous vos élus forment une dépatÂtion unanime? [Ouil oui! — Applaudissements.)

Vous le pouvez si vous le voulez, et vous savez biea ce qui vous manque : ce ne sont pas les populations disposées à voter pour des candidats républicains; ce sont des candidats qui consentent à sortir définitiT^ ment d^une résistance dictée par des intérêts privés et comprennent qu'il s'agit aujourd'hui d'un service public et d'élections d'où dépendent les destinées d« la France. 11 faut que ces hommes fassent violence à leurs intérêts domestiques pour aborder la plate-forme électorale. {Marques unanmes d* adhésion,)

A ce point de vue, des adhésions significatives ont déjà été obtenues* et vous avez su trouver des candidats qui vous mèneront à la victoire. Je devais plus particulièrement le dire ici, dans ce département qui, parmi les autres, tient la tète dans les questions d'affaires et de politique. Je devais le dire ici pour vous mettre en garde contre certains bruits qui ont été répandus et dont on alimente la basse presse, à savoir que si le suffrage universel dans sa souveraineté, je ne dirai pas dans la liberté de ses votes, puisqu'on fera tout pour restreindre cette liberté, mais dans sa volonté plénière, renomme une majorité républicaine, on n'en tiendra aucun compte. Ah I tenez. Messieurs, on a beau dire ces choses ou plutôt les donner à entendre, avec l'espoir de ranimer par là le courage défaillant de ses auxiliaires et de remporter ainsi la victoire : ce sont là de ces choses qu'on ne dit que lorsqu'on va à la bataille ; mais, quand on en revient et que le destin a prononcé, c'est différent I Que disjo, le destin? Quand la seule autorité devant laquelle il faut que tous s'inclinent aura prononcé, ne croyex pas que personne soit de taille à lui tenir tète. Ne croyez pas que quand ces millions de Français, paysans, ouvriers, bourgeois, électeurs de la libre

îrre française, auront fait leur choix, et précisément ans les termes où la question est posée ; ne croyez as que quand ils auront indiqué leur préférence et ait connaître leur volonté, ne croyez pas que lorsque ant de millions de Français auront parlé, il y ait personne, à quelque degré de Téchelle politique ou idininistrative qu*il soit placé, qui puisse résister. '^Vive approbation.)

Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, croyez-le bien, Messieurs, il faudra se soumettre ou se démettre. {Double salve d'applaudissements. — Bravos et cris répétés de : Vive la R^ublique! Vive Gambettal)

SUR LA NQHINATION D'UNE COMMISSION D'ENQUETE Prononcé le 15 novembre 1S77

A J.IL CHAUBRS DES DËPUTÉS

Messieurs, si jamais la proposîlion qui est en délibération devant la Chambre a rencontré des ar^ments décisifs en sa faveur, c'est, à coup sûr, dans le très habile, dans le très perlide discours que vois veneit d'entendre. En elTct, lo politique expérimenlé qui descend de cette tribune' vient de jeter suria situation la lumière la plus vive et, en l'exposant devanl vous avec ces formes de langage étudiées, quelque peu énigmatiques et dédaigneuses, il vous a fait sentir toute l'opiniâtreté de la résistance d'une certaine poliliqDe contre les décisions du pays, contre la volonté la plus formelle, la plus énergique, manifestée par la nation de se débarrasser enfin de ces procédés, de. ces intrigues, de ces combinaisons, de ces coalitions misérables qui, depuis sept ans, n'ont qu'un but : disputer à la France le gouvernement qu'elle veut se donner. nlaudissemenls.)

i jamais la nécessité de l'enquête demandée par s a été démontrée, n'est-ce pas au moment oil itour auquel j'ai l'honneur de répondre vieol miser toutes les ressources de sa diplomatie à >lir, au sujet du scrutin du mois d'octobre tS'î,

M. (le Broglîe, président du conseil.

mev^'-^y-

le même sophisme qu'il s'est' appliqué à établir après le scrutin de 1876? Et quel était ce sophisme? C'est que si la France s'était prononcée pour la République en février 1876, c'est parce qu'on avait abusé du nom du maréchal de Mac-Mahon. Et aujourd'hui que diton ? On dit que si la France a renouvelé cette affirmation, cette majorité n'est entrée ici que poussée par un sentiment de terreur du pays en proie aux craintes de la guerre. Voilà le système! {Vifs applaudissements.)

Mais, de même que nous avons pu saisir sur le fait les artifices de cette politique qui, après quinze mois de stratégie parlementaire autour du pouvoir, a conduit le maréchal à faire le 16 mai, en réussissant à lui persuader que c'était seulement parce qu'on avait abusé de son nom, qu'on s'était couvert de son prestige, qu'on avait exploité sa renommée devant les populations, que vous aviez pu vous asseoir sur ces bancs comme une majorité victorieuse, — de même aujourd'hui, Messieurs, après la victoire électorale la plus décisive, la plus triomphante, à raison même des menées auxquelles vous vous êtes livrés, qu'il ait été donné à ce pays de remporter, et, comme il ne serait plus de mise à l'heure actuelle de soutenir que le nom du maréchal a pesé dans le scrutin, vous cherchez une autre équivoque, d'autres combinaisons, un autre mensonge, et vous cherchez à faire croire que c'est la peur de la guerre qui nous a amenés ici. {Applaudissements à gauche et au centre, )

Eh bienl il est peut-être temps aujourd'hui de dire pour tout le monde, pour la minorité, pour la majorité, pour le pays, pour le Sénat, pour le pouvoir luimôme, que cet artifice n'est pas plus sérieux que le premier, que ce calcul n'est pas plus loyal que le premier. . . {Exclamations à droite, — Applaudissements à gauche et au centre.).,, — et que s'il amenait une seconde dissolution, sur le caractère délictueux de la-

quelle on appelait hier* votre attention, il aurait le môme caractère et produirait les mêmes résultats pour la conscience nationale. — {Bravos à gauche et au centre,)

Mais, Messieurs, est-ce que je vais m'attarder, à mon tour, à discuter ces fictions si ingénieuses, si artistement préparées et ciselées qu'elles soient? Je ne connais qu'une chose : aller droit au fond des questions. Eh bien, quelle est la vérité? La voici : au 16 mai, une minorité a pris le pouvoir, s'est présentée devant le pays, et, affirmant une certaine politique, elle a fait du chef de l'État, qui était irresponsable par la Constitution, non-seulement un candidat, mais le grand électeur du pays ; elle l'a jeté dans l'arène électorale, au grand détriment de la situation et de la paix publique, ajoutant ainsi aux obstacles que vous accumulez comme des téméraires, comme des nsensés, sur les pas de la patrie. [Applaudmements prolongés^ à gauche et au centre,)

Vous avez, comme minorité, et je ne conteste pas ce droit, confisqué le pouvoir; comme minorité, vous vous êtes réclamés du pays; comme minorité qui avait l'espoir que la France, que le suffrage universel ratifieraient votre prise de possession du pouvoir, vous êtes allés devant la Chambre sénatoriale et, là, vous avez arraché, vous savez avec quelles difficultés, vous savez à l'aide de quels artifices, vous savez au milieu de quelles angoisses et de quels regrets aujourd'hui... {Rumeurs à droite, — Très bien! très bien ! à gauche), vous avez arraché un vote dont vous avez largement exploité le bénéfice pendant cinq mois, fermant la bouche à vos adversaires... {Dénégations à droite, — Oui! oui! c'est vrai! à gauche) ^ pendant cinq mois interdisant, de Dunkerque à Marseille, et de Bayonne à ce qu'il nous reste de la frontière des Vosges, la circulation de tous les écrits, de tous les journaux, de toutes les polémiques. Vous avez eu la pré-

lentian de parler seuls à ce pays par des affiches sup

\,o\is les murs de France, par des brochures infâmes,

par des distributions de journaux subventionnés. Et

o\i avez-vous pris tout l'argent nécessaire pour faire

cette propagande? {Exclamations et ms .* A V ordre! à

di^oite. — Applaudissements à gauche,)

Je dis que vous, minorité, vous avez fait des efiTorts désespérés sur les fonctionnaires, sur les asservis, sur les assujettis de Tadministration; je dis que vous avez poussé le clergé dans Turne électorale... {Protestations et dénégations à droite, — Très bien! très bien! et applaudissements à gauche,) *

Avez-vous oublié, Messieurs, les mandements de Nosseigneurs les évoques, les brefs d'indulgences, les prières publiques, les triduums auxquels onr avait convoqué le ban et Tarrière-ban des fidèles, véritable levée de boucliers de la milice cléricale? Avez-vous oublié cette ardeur qui précipitait dans chaque chaire de France, non pas un ministre de la parole de Dieu, mais un ministre de la parole ministérielle, transformant ainsi ce qu'il y avait de plus sacré en un moyen électoral au bénéfice de l'entreprise du 16 mai? {Marques d'approbation à gauche,) J'ajoute que comme minorité ayant dans les mains toutes les ressources de l'État, pouvant disposer de toutes les forces sociales, politiques et administratives de ce pays, lançant sur ces masses populaires que vous regardiez tout à l'heure comme incapables de dignité, de fermeté et de résistance, l'ensemble de tous vos agents, vous êtes arrivés à ce résultat dont on a bien le droit de glorifier la France, en admirant le superbe héroïsme qu'elle a déployé pour vous résister, vous êtes arrivés à gagner quarante sièges par le vol et la fraude... [Bi^yantes exclamations et pj^otestations à droite. — Applaudissements répétés à gauche) ,

C'est ce que l'enquête établira... {Interruptions et nouvelles protestations à droite,)

tG4 CHAMBRR DES DÉPUTES.

M. Paul de Gassagnac. — Retirez le mot de vol!

M. Gambetta. — Je n'ai pas d'ordre à recevoir de vous. {Très bien! très bien! à gauche.)

M. LE MARQUIS DE BiLUOTTi. — Nous DO sommes pas des voleurs î

M. Gambetta. — C'est peut-être un député de Vaucluse qui m'interrompt? [Applaudissements à gauche.]

M. LE MARQUIS DE BaLiOTTi. — Oui! c'est un député de Vaucluse qui vous interrompt, et qui proteste contre vos expressions qui sont une injure pour les électeurs de l'arrondissement d'Orange!

M. Barcilon. — Monsieur Gambetta, je vous inte^ romps, et j y suis autorisé par ma qualité de député de Vaucluse : je vous le prouverai quand viendra h discussion*sur mon élection.

M. Gambetta. — Monsieur Barcilon, l'enquête en décidera.

M. CuNÉo d'Ornano. — Les expressions dont se sert l'orateur sont intolérables! Est-ce qu'il se croit encore au café Procope ou dans les boujçes qu'il fréquentait autrefois?

M. Gambetta. — Monsieur Cunéo d'Ornano, allez soigner le chenil où vous préparez votre pâtée de républicains î [Applaudissements à gauche, — Longue agitation,)

M. CuNÉo d'ORNANO. — Je demande la parole.

M. LE président. — Je ne puis interrompre l'orateur qui esta la tribune pour vous permettre d'y monter; je vous donnerai la parole plus tard.

La parole est à M. Gambetta pour s'expliquer.

M. Gambetta. — J'ai prononcé un mot que M. le président m'invite à retirer ou à expliquer : j'aime mieux le retirer, car il est prématuré, mais vous aurez, quand l'enquête aura fonctionné, la preuve de ce que j'avance. ( Vives exclamations à droite,)

MM. de la Rochefoucauld, duc de Bisacgia, de Baudry d'Asson et autres membres. — Elle n'aura pas lieu, votre enquête ! [Bruit,)

Vf. Paui^de Cassagnaç. — Que Torateur retire le >t \Ti3\1rieax qu'il a prononcé !

M. i-E BARON DuFOUR. — Qu'il commence par rendre s comptes! Il faut rendre ses comptes avant d'avoir droit de traiter les autres de voleurs! (Applttudisse- ^nts d droite,)

M. Gambetta. — Mes comptes sont rendus, Moneur ! . . .

A droite. — Non! non!

A gauche. — Si ! si !

M. Gambetta. — Je les ai rendus...

A gauche. — Ne répondez pas, ce n'est pas la peine! M. Gambetta. — ... Et je lésai si bien rendus, que je iéfie vos ministres et vos protecteurs de me faire un procès en reddition de comptes. [Applaudissements à gauche.)

M. Paul de Cassagnac. — M. Gambetta a-t-il retiré le mot qu'il a prononcé, Monsieur le président?

M. LE président. — Le mot a été retiré purement et simplement.

M. Gambetta. — Oui, je l'ai retiré purement et simplement.

M. Barcilon. — Ce n'est pas là une rétractation suffisante!

M. le président. — Messieurs, je vous engage à faire silence.

M. Gambetta. — Je disais, Messieurs, que la minorité qui s'est emparée du pouvoir, le 16 mai, avait usé et abusé de toutes les ressources dont dispose le pouvovv central dans ce pays pour forcer la France à se démentir; que ce démenti n'était pas venu et que, bien au contraire, la France, affirmant une fois de plus sa volonté énergique de défendre et développer les institutions républicaines, a voulu y ajouter quelque chose de plus, la condamnation nette et précise de la politique personnelle, la condamnation nette et précise de la persistance et de l'obstination d'hommes qui ne sont

tas CIIAMBRB DBS DÊPCTâS.

pas républicains, mais les adversaires du parti et àe^ intérêts républicains, à se perpétuer au pouvoir, àenl^ cerlecbef deTÉtai, àrégarer en lui rappelant sanscessr de prétendus engagements, dont on ne tous a jao»!^ révélé ni Texistence.ni le texte,ni surtout la légitimité (Applaudissements à gauche) à exploiter, contre la T'> lonté de la nation, je ne sais quel fantôme de pér social, de doctrines radicales, de doctrines socialisa d*hypotbèses chimériques, dont on ne trouve le détt et la rédaction que dans les feuilles stipendiées etsoc^ la plume des écrivains du ministre de rintérieur. i^»veaux applaudissements à gauche,)

N'est-ce pas la vérité. Messieurs? N'avons-nous pa^ vu répandre dans toutes nos communes, atûcber su' les murs...

A droite. — Ah! voilà!

M. Gambetta. — Comment nommerai-je ce dégoûtant pamphlet, comment le qualifierai-je, ce pampU^' immonde? {Vifs applaudissements à gauche. — ProUa^ tionsà droite.) Oui, immondel... qu'on couvre etqu'o^ défend devant les tribunaux, et qu'on passe sous silence ici, parce qu'on ne saurait supporter l'explosion de l'indignation de la Chambre tout entière, car vom vous associeriez tous. Messieurs, à cette indignalioU' comprenant qu'il s'agit de protéger Vindépendanceel ladignitédes membres de cette assemblée, quels qu»^ soient?

Ah ! il faisait beau, tout à l'heure, entendre M. le <J"f deBroglie déplorer, avec une voix dont les larmes ép«i' saient presque la vigueur, qu'on l'eût insulté dans son honneur, qu'on se fût attaqué, dans les polémiqua' non seulement à l'homme politique, mais à Vbotaaie privé, qu'on eût répandu sur lui et sur d'autres grands personnages de l'Etat je ne sais quelles accusatio»^ injustes, diffamatoires et calomnieuses !

Il avait bien raison, mais le souci de sa propre M'aurait pas dû, dans la campagne électorale, lui f^

perdre de vue qu'un gouvernement qui se respecte doit commencer par respecter ses adversaires*.. {Assentiment à gauche et au centime gauche), qu'un gouvernement qui a souci d'être un gouvernement conservateur — et nous sommes aussi bien que vous des conservateurs... (Vifs applaudissements sur les mêmes bancs) — ne doit jamais s'abaisser jusqu'à faire des fonctionnaires, jusqu'à faire de la presse gouvernementale, jusqu'à faire de l'Imprimerie nationale des instruments de diffamation et de calomnie publiques.

A gauche et au centre gauche, — Très bien I très bien!

M. Gaubetta. — Voilà ce qu'il aurait dû penser.

Messieurs, je ne veux pas parler de moi : je sais que le moi est haïssable ; mais, devant la commission d'enquête, je me réserve de faire traîner le tombereau des pamphlets infâmes qu'on a répandus sur mon compte dans toutes les circonscriptions de France. {Approbation à gauche et au centre gauche,)

Vous remarquerez que tous ces écrits ont été approuvés, publiés, estampillés par l'autorité; vous verrez les uns me représenter, dans les départements de l'Est, comme un agent prussien et un serviteur passif et inerte de l'ambition étrangère; les autres me représenter, dans les départements de l'Ouest, comme l'homme de la guerre à outrance et du camp de Gonlie... {Bruit à droite,)

Quelques voix à droite, — C'est vrai I

M. Gambetta. — Ah! Messieurs, vous en êtes là, lorsque je vous fais saisir la contradiction qui existe dans ces infamies, vous en êtes là de ne pas meprêter votre attention et de vous laisser aller à des marques d'adhésion qui pourraient vous déshonorer si elles étaient sincères ! {Applaudissements à gauche et au centre gauche, — Rumeurs à droite,)

M. Paul de Gassagnac. — Gomment! si elles étaient sincères? Monsieur le président, nous ne pouvons pas tolérer un pareil langage.

t68 CHAMBRE DES DÉPUTÉS.

M. Li: PRÉSIDENT. — Vous ne savez donc rien tolérer des autres, monsieur ?

M. Paul dk Cassagnac. — Cela n'est pas tolérableî Réprimez-le, Monsieur le président,, ou nous usei^ons de représailles !

M. Gambetta. — Et croyez-vous qu'elle soit bien sincère et bien loyale, cette politique au moyen de laquelle on étalesur tous les murs de la dernière commune de France des affiches qui me représentent, moi, comme l'antagoniste du maréchal de Mac-Mahon, classant sous une épithète alternative les candidats officiels et les candidats républicains, les uns dévoués au maréchal, les autres à Gambetta. Ce sont là des procédés puérils et révoltants, puérils parce qu'ils indiquent la pauvre idée que vous vous faites d'un homme d'honneur et d'un homme politique, révoltants parce qu'ils donnent la triste mesure de ce dont vous êtes capables vous-mêmes. ( Vifs applaudissements au centre gauche et à gauche,)

Oh! Messieurs, loin de moi la pensée de jamais me prévaloir de cette sorte d'exaltation besogneuse qui a été faite de ma propre personne par des adversaires déclarés I Non, non, un tel plébiscite ne pouvait pas se faire ! Je n'en réclamerai ni l'honneur ni l'indignité. Républicain avant tout, je sers mon parti non pas pour l'asservir ou le compromettre, mais pour faire prévaloir, dans la mesure de mes forces, de mon travail et de mon intelligence, ses idées, ses aspirations et ses droits ! [Les membi^es de tout le côté gauche et du centre gauche de la Chambt*ese lèvent et accueillent les dernières paroles.de r orateur par plusieurs salves d' applaudissements.)

Parmi les collègues que nous avons perdus, que nous avons laissés sur le champ de bataille où vous avez épuisé vos armes les plus perfides, il en est, comme M. Victor Lefranc, comme M. Beaussire, — je pourrais en nommer d'autres — il en est contre les-

quels on a soutenu une lutte acharnée pour étabUr qu'ils étaient dans une solidarité absolue et complète avec moi.

Notre parti, à coup sûr, est grand, immense; il n'a pas la prétention de n'avoir pas des nuances, des dissidences, des variétés, car on n'y est pas soumis à une compression uniforme : chacun y a sa manière propre de servir le pays et d'interpréter le programme républicain. L'important, c'est que tout le monde soit debout au jour du danger et au jour de l'action commune, chacun conservant son individualité, sa physionomie, sa liberté d'examen et de conduite. [Applaudissements prolongés à gauche et au centre gauche*)

On dit que l'union ne peut pas exister parmi nous, parce que nous représentons plusieurs Républiques, parce que nous sommes des républicains d'origines diverses.

Ah! Messieurs, je croyais que vous aviez fini par renoncer à ces sophismes, à ces paradoxes usés que vous avez colportés de tribune en tribune depuis 1871 sans réussir à tromper la France. Je croyais que vous compreniez que le parti républicain pouvait avoir des aspirations différentes, mais que, à l'extrême gauche comme au centre, on savait qu'il fallait s'incliner devant la volonté nationale, devant la loi de la majorité... [Applaudissements au centre gauche et à gauche) on savait qu'il fallait s'astreindre à ne demander que le progrès et que les réformes que pouvaient supporter l'état de nos mœurs, l'état des dispositions de l'esprit public. Si nous sommes unis d'une façon indissoluble, d'une façon irréfragable, si aujourd'hui vous ne voyez pas entre nous les nuances qui nous séparent, cela tient à ce que le pouvoir est aux mains de l'ennemi et que nous ne pouvons pas nous diviser devant ceux qui se sont mis en révolte contre la volonté de la France. (Applaudissements à gauche et au centre,) Mais rassurezvous. Vous ne verrez jamais dans le parti républicain

ro CHAMBRE DES DÉPUTÉS.

ces divisions violentes qui firent autrefois sa perte ; no&. peul-ôtre pourra-t-on distinguer entre nous, peutêtre différerons-nous sur des solutions plus oumoÎG^ prochaines, plus ou moins opportunes, maison sann toujours... (Rumeurs à droite) — est-ce que, par exemple, vous n'auriez pas de divisions entre vous, Messieurs? (Rires approbatifs à gauche) — mais on sanrÊ toujours faire ce qui se fait dans les pays libres, oc j saura dégager la résultante qui devient la loi de 1 Éta: | et sort du consentement des majorités. La majoriié / fait loi. Vous disiez hier qu'il y avait quelque chose ' au-dessus delà loi, que c'était la conscience nationale; eh bien, Messieurs les ministres, je vous rappelle ao respect de l'une et de l'autre. {Bravos et applaudissements à gauche et au centre.) Messieurs, où en sommesnous ? La France a été consultée, dans des conditioDs sur lesquelles je ne veux pas revenir, et que jugera l'enquête avec les conséquences et les éventualités qui en peuvent sortir et dont vous paraissez vous accommoder si gaiement. Je dis que la France a prononcé, et qu'aujourd'hui la minorité qui a été vaincue se conduit comme si elle était la majorité.

A gauche. — C'est cela! Très bien! très bien!

M. Gambetta. — Je dis qu'il est inutile de nous faire ici de la métaphysique, de cette métaphysique sophistique dans laquelle vous comparez la République américaine avec la République française, vous servant tour à tour des arguments tirés du régime de la monarchie constitutionnelle ou de la République fédérale, contre quoi? contre la Constitution, et, comme vous le disiez dans un moment de sincérité qui ne trompe jamais, contre vos vrais adversaires, les républicains, cela vous a échappé. {Applaudissements à gauche,)

Ëh bien, Messieurs, tranchons d'un mot cette difficulté.

Le suffrage universel est tout dans ce pays ; il est le

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maître. Quand on le consulte, tout le monde doit s'incliner, car il n'y a pas, j'imagine, deux souverainetés nationales pour pouvoir faire appel de Tune à Tautre ; il n'y a pas deux suffrages universels pour pouvoir faire appel de Tun à l'autre ; il n'y a pas deux lois, et, pour vous plaire, je répéterai la forte parole de Bossuet : « Il n'y a pas de droit contre le droit. » Or, vous n*ètes que des serviteurs insurgés contre le droit. {Applaudissements à gauche,)

Mais, Messieurs, on fait une équivoque : on vient nous parler, avec des formes de langage empruntées à la numération la plus élémentaire, on vient nous parler de la théorie de deux contre un. Cela ne vaut pas l'honneur d'une discussion publique. Deux contre un, cela n'a aucun sens. Le pouvoir, en France, est organisé constitutionnellement, cela est vrai. Il y a deux Chambres, et j'ai contribué à les faire établir, et je contribuerai contre vous, qui en compromettez l'avenir et le principe, à les faire respecter. {Bi^avos et applaudissements prolongés à gauche et au centre,) 11 y a deux Chambres, c'est le Parlement; il y a le pouvoir exécutif, qui n'est même pas un pouvoir proprement dit, si vous y regardez de près, quoiqu'il ait des privilèges et des prérogatives que je ne discute pas, que je respecte et que je vous accuse de dénaturer et de perdre. {Applaudissements au centre et à gauche,)

Eh bien, tous ces pouvoirs se meuvent dans la Con- \ stitution, ils se meuvent aussi dans une atmosphère qui les enveloppe tous : le suffrage universel. {Très bien/ très bien/) Ils ne sont pas des pouvoirs propres, isolés, qui aient germé dans une nuit, qui aient une [ autonomie, une existence personnelle distincte de la nation.

Non 1 non 1 Voulez- vous leur vrai nom ? Ce ne sont pas des pouvoirs, ce sont des organes du suffrage universel. {Salve d'applaudissements au centre et à gauche,)

tn CHAMBRE DBS DÉPUTÉS.

Ils sont fondés, ces pouvoirs, pourquoi faire ? Estce pour servir ou pour contrarier la nation ? Pourquoi sont-ils établis? Est-ce pour obéir à la nation ou pour lui résister?

Ont-ils été établis pour garantir Tordre et pour assurer la paix sociale, ou bien pour amener la discorde et peut-être la guerre civile ? [Bnavos et applaudisse-

Qu'on réponde, et qu'on nous fasse grâce de cts fictions et de ces finesses. Ah! vous aviez raison aussi en prononçant un autre mot qui vous est également échappé, quand vous avez dit que toutes les dissidences qui existent entre nous proviennent peut-être d'une manière fort différente de comprendre la société française. Je vous ai interrompu à ce moment pour vous dire : « Oui ! parfaitement I c'est là qu'est la dissidence en effet. » Elle tient à ce que vous êtes resté, en dépit de la transformation qui s'accomplissait autour de vous, en dépit de ce flot montant de la démocratie qu'il vous appartenait de régler, d'éclairer et de diriger, en dépit du progrès des mœurs publiques, en dépit de rinlérèt national, en dépit de la situation tristement inférieure qui est faite à la France depuis ses désastres, la dissidence tient à ce qu'en dépit de tout cela vous êtes resté un ennemi de la démocratie, un aristocrate! {Salve d'applaudissements et bravos prolongés à gauche et au centre.)

Messieurs, ce n'est pas que je veuille prononcer un mot de nature à réveiller des souvenirs que je considérerais comme funestes. Non, je ne suis pas unhomme qui s'attache à distinguer entre les classes; je ne pousserai jamais à une politique de classes, à une politique de divisions et de conflits entre mes concitoyens {Très bien! très bien! au centre et à gauche), mais je suis un homme de mon temps et vous n'êtes plus un homme de votre temps, et vous êtes en train de perdre la tradition qui fut l'honneur et la gloire de votre maison,

de savoir être de son temps en restant toujours ferme et lier. {Applaudissements au centre et à gauche,)

Yous vous êtes donné le facile plaisir d'apporter ici, avec votre élégance de grand seigneur {Rumeurs à rfroiVe), des épigrammes longuement préparées; mais il y a une chose que vous ne nous avez pas dite, une chose sur laquelle vous avez gardé le silence prudent de votre prédécesseur Gonrart de l'Académie française. {Oh! oh! à droite,) Vous n'avez rien dît pour expliquer comment il se fait que M. le duc de Broglie, président du conseil, garde des sceaux et ministre de la justice, procédant sous la République à des élections pour avoir l'opinion du pays, s'est fait l'exécuteur des volontés du parti bonapartiste (AmapproAafi'/s au centre et à gauche, — Exclamations à droite), empruntant à ce parti ses plus détestables procédés, essayant de se faire un nom parmi les plus habiles opérateurs électoraux du Bas-Empirë. {Nouveaux rifles d'approbation,) M. le duc de Broglie, qui n'avait jamais cessé jusqu'en 1870 d'attaquer, de critiquer — si elle avait pu être diffamée, il l'aurait diffamée — la candidature officielle, M. le duc de Broglie, en un jour, en une heure, a brûlé tous ses anciens dieux; il a volontairement oublié tout ce qu'il a écrit de pages charmantes, . fines, sensées, presque prophétiques; il a jeté tout cela de côté, pour servir la coalition bonapartiste. {Applaudissements et rires approbatifs au centre et à gauche.) Écoutez ce qu'écrivait ce polémiste acéré, à la veille presque de nos désastres, sur la candidature officielle. J'en ai là un gros recueil qu'il est devenu assez difficile de se procurer ; on en fera probablement plus tard une édition ad usum impei^atoins, s'il vous doit son retour... {Rires et applaudissements à gauche et au centre,) Eh bien! voici ce qu'écrivait M. de Broglie, dans un article qui fut depuis mis en brochure et qui parut dans le Correspondant de l'année 1868. Je pourrais faire des citations nombreuses, on m'en a donné

174 CHAMBRE D1S3 DcPDTuS.

l'exemple, mais je n'en Terai qu'une et je pense que M. le président du coitseil ne le trouvera contraire ni à sa légitime réputation d'écrivain ni à la politesse qu'il désire tant voir régner dans nos débats : voici c; qu'il disait :

n Le passé rous répond de l'avenir, et nous savoni d'avance comment, avec des mandataires choisis dans la catégorifr officielle, toutes choses couleront en douceur. Nous voyons d'ici la guerre déclarée à U Prusse. »

C'était le coup d'oeil de l'homme politique, le conp d'oeil du patriote inquiet et clairvoyant.

« Nous voyons d'ici la guerre déclarée à la Prusse, par suite à l'Allemagne, peut-être à l'Europe entière, avec l'assentiment passif d'une majorité gémissante qui contera tout bas ses regrets aux couloirs du palais législatif. (Mouvement.)

«Mais si la France, » — on était à la veille des élections de 1869, et si ces conseils eussent été suivis, peut-être ne serions-nous pas, nous, au lendemain des ruines de 1870 — «mais si la France, instruite par l'expérience ou réveillée par une crainte salutaire, se met à la fin en tête que c'est son droit de faire la paix ou la guerre comme elle l'entend, puisque l'une et l'autre se font à ses dépens, de voter réellement l'impAt puisqu'elle le paie, et l'emprunt puisque c'est son épargne qui le remplit et son crédit qui l'assure, alors elle n'a qu'un moyen, mais il est très simple, de rentrer tranquillement en possession de ces droits essentiels à une nation digne de ce nom. »

Nous en recauserons au budget, si vous fites là. {Sourires.)

« Elle n'a ni révolution à faire, ni même une ombre de changement à apporter aux institutions existantes. Il lui suffit de désigner des représentants qu'aucun engagement n'empêche d'opposer à une parole tombée du tr6ne un non respectueux mais ferme. Assez de

landais de confiance suivis de votes de complaisance î i'heure est venue de vouloir et de savoir. Qu'elle s'y prenne cette fois à temps pour ne pas livrer à des nains liées pu défaillantes son argent avant qu'on le lépense, son sang avant qu'on le verse. » [Bravos et xpplaudissements au centre et à gauche,)

Messieurs, si désagréables que puissent être pour M. le duc de Broglie les applaudissements de ses adversaires, vous les lui devez ; et s'il m'était permis d'exprimer un regret, je dirais que je regrette hautement que ce langage si juste, si ferme, si patriotique, si digne de la légitime ambition d'un homme d'État, ne soit pas tenu aujourd'hui par celuHà même qui l'a tenu en 1868. Je ne sais ce qu'il adviendra de votre résistance insensée, de vos combinaisons, de votre lutte désespérée contre la volonté nationale, mais je sais qu'un jour viendra où vous regretterez pour vous et pour vos enfants d'avoir démenti des sentiments si élevés et si dignes du nom illustre que vous portez. {Assetîtimentau centre et à gauche.)

Quant à l'affirmation que M. le président du conseil a produite à cette tribune, à savoir que liberté pleine et entière a été laissée à tous les fonctionnaires, qu'on s'était contenté d'user de moyens légaux pour la répression du colportage et des fausses nouvelles, c'est là une question que je renonce à traiter, et je n'en veux dire qu'un mot. Je veux vous faire connaître comment on écrivait à certains fonctionnaires, quelles

instructions on leur donnait et quelles effroyables

je n'ose pas me servir des mots justes, ils me feraient rappeler à l'ordre [Souynres à gauche).,, quelles imputations coupables on laissait se répandre contre la majorité dissoute.

Voici ce que je lis dans deux circulaires confidentielles, c'est vrai, mais dont je pourrai remettre les originaux à la commission d'enquête, et qui évidemment ne sont pas uniques dans leur genre. Messieurs,

quelle que soit la résolution de M. Baragnon de ne pas laisser obéir les fonctionnaires, quelle que soit celle de M. le duc de Broglie de décliner notre compétence, patience^ nous arriverons au but, nous trouverons la vérité, nous trouverons la présence de voire action et de vos efforts de minorité oppressive contre la majorité du pays; en attendant, voici un des rayons épars de ce grand soleil que nous voulons allumer sur vos têtes. {Mouvements en sens divei^s.)

«Gendarmerie, 14« légion, ïUe-et- Vilaine. — Confidentielle.

(( Messieurs, au moment des élections, il est indispensable que vos sous-ordres soient mis au courant de la situation politique par vous, et d'après Tesposé ci-dessous qui me paraît la résumer.

« L'élection est un choix à faire entre les 363 avec Gambetta pour chef, et les conservateurs avec le maréchal de Mac-Mahon à leur tête. Quelle que soit rhonorabilité de Tun des 363, il représente la cause du libéralisme outré... {Mouvement à gauche)^ de la République dans toutes ses conséquences... » — et voici ces conséquences — «... avec la suppression die Tarmée et de toute force répressive. » {Exclamations à gauche et au centre.)

Messieurs, voilà ce que Ton répand dans les rangs du corps le plus méritant, le plus nécessaire, le plus utile, le mieux recruté, et qui devrait être le plus sévèrement tenu à récart de nos querelles politiques. On dit à ces braves gens et on les charge de répandre cette autre vérité que les 363 et le parti républicain sont partisans de la suppression de Tarmée et de toute force répressive. Il me serait facile. Messieurs, d'établir le contraire si j'avais à prouver l'évidence...

A gauche, — Ce n'est pas nécessaire.

M. Gambetta. — Il me serait facile de dire, en présence de M. le ministre de la guerre qui est là, en présence de celui qui l'a précédé et de ceux qui vien-

dront après et qui ne trouveront pas de différences dans notre conduite, il me serait facile d'établir, si cela était nécessaire, à quel point est coupable et criminelle cette indigne suggestion Je dis criminelle,

Messieurs, parce qu'elle nous présente comme les ennemis de ce qjui reste de l'existence nationale ; je dis criminelle, parce que ce que l'on veut, en écrivant à des agents inférieurs de pareilles instructions, c'est aliéner à la majorité républicaine un concours énergique, des sympathies qui lui sont acquises. {Bravos à gauche et au centre,)

Messieurs, sous cette perfidie qu'on répand pour arriver à surprendre la bonne foi des légionnaires de tous grades, quelle pensée se cache? C'est la pensée néfaste, horrible à toute époque, plus horrible encore aujourd'hui où la tentative d'un coup de force contre la loi et la majorité serait la préface de la disparition de la France [Applaudissements à gauche et au centre,),,, je dis qu'on saisit là sur le fait, non pas, comme vous le disiez, une discussion politique, non pas une dissidence entre adversaires, mais on saisit sur le fait la pensée de conspirateurs, la pensée d'ennemis éhontés de la paix civile et de l'avenir de la patrie. [Applaudissements à gauche et au centre,)

J'ai là une autre circulaire qui est encore plus odieuse.

Est-ce qu'il n'est pas nécessaire, sans empiéter sur aucun pouvoir, qu'une grande enquête ait lieu; que les représentants du sufTrage universel mettent â jour et à nu toutes les pratiques, toutes les menées, toutes les calomnies, tous les abus, tous les actes arbitraires que l'on s'est permis pendant cette campagne ; qu'ils dénoncent à la justice régulière — et par là ils n'empiéteront pas sur le pouvoir judiciaire — les faits qu'ils auront reconnus; et que, s'inspirant des plaintes du pays et de l'instruction qu'iîs auront faite eux-mêmes, ils donnent à la conscio'uce nationale, dont nous

«78 CnAMBRK DES DÉPUTÉS.

sommes les gardiens sévères, cette satisfaction que, pour avoir détenu le pouvoir et en avoir usé en foulant aux pieds toute vérité et toute équité, vous n'êtes pas au-dessus des châtiments des lois? {Applaudissements prolongés à gauche et au centre,)

C*est dans cette pensée criminelle dont je vous parlais que Ton a dit à ces agents inférieurs que les candidats républicains voulaient supprimer la solde delà gendarmerie, que ce serait une trahison s'ils n'empêchaient pas les candidats républicains de passer. Mais je glisse sur ces infamies ; il ne saurait me convenir de m*étendre plus longtemps sur ce sujet.

M. LE GÉNÉRAL Berthaut, ministre de la guerre. — Je demande la parole. {Mouvement,)

M. Gambetta. — Messieurs, nous voulons que tous les excès de pouvoir auxquels vous vous êtes laissé entraîner ou dont vous avez recommandé Texécution à vos agents soient examinés ; nous le voulons parce qu'il est nécessaire que dans ce pays le suffrage universel, que les minorités factieuses paraissent disposées à dénaturer et à opprimer, ne manque pas de défenseurs; nous le voulons parce qu'il est nécessaire que la majorité soit véritablement une majorité, qu'elle ait raison des résistances illégitimes, des résistances illégales que lui oppose une minorité de coterie.

Quant à moi, je crois qu'en décrétant cette enquête, vous n'empiétez pas sur le pouvoir législatif, qui exige le concours des deux Chambres, parce que vous ne changez ni ne modifiez aucune loi : vous n'empiéter pas sur le pouvoir judiciaire, parce que ce n'est pas vous qui prononcerez les peines, pas plus que vous ne procéderez à l'instruction des faits judiciaires : vous saisirez de vos légitimes griefs l'autorité de droit commun. ( Vif assentiment à gauche,)

Vous n'empiéterez pas davantage sur la juridiction du Sénat. Le Sénat a ses attributions ; elles sont assez hautes pour qu'il s'y renferme. Mais la Chambre des

députés, investie de la prérogative — souveraine, cellelà — de constituer son propre corps politique en dehors de toute autre juridiction, n'est-elle pas le seul juge de ce qu'il convient de faire, soit au point de vue de la vérification des pouvoirs, soit au point de vue de la recherche des délits, soit au point de vue des méfaits politiques que la campagne électorale a révélés ?(7'rès bieni à gauche et au centre,)

Restons donc exclusivement dans nos attributions les plus certaines, et ceux qui nous les contesteraient au bénéfice du pouvoir exécutif feraient acte de despotisme^ ceux qui nous les contesteraient au bénéfice de la Chambre haute feraient un acte de confusion. Ils commettraient cette confusion de pouvoirs qu'on nous reproche si souvent, à nous qui ne voulons être qu'une partie du pouvoir, mais une partie légitimement investie du droit de défendre les attributions qui lui appartiennent dans l'État. Quand on nous représente comme marchant à une confusion des pouvoirs, je dis que l'on cherche à tromper, par la violence des mots, en dépit de la clarté des principes, les esprits timides et ignorants.

Messieurs, pensez-y bien, ce qui ne serait pas un jeu de mots, ce serait qu'on adoptât la théorie de messieurs les ministres, théorie qui consiste à faire du Sénat une sorte de pouvoir supérieur au suffrage universel lui-môme, ayant le droit de s'ingérer dans les actes qui tiennent à votre propre Constitution, qui tiennent à la défense de la moralité et de la dignité des élections, qui tiennent au principe de la responsabilité ministérielle.

Si le Sénat, que je suis bien loin d'accuser de cet excès d'ambition, qui peut-être se trouvera un de ces jours le premier intéressé à barrer la route à vos entreprises, si le Sénat s'arrogeait un pareil droit de reviser les élections du suffrage universel, de déchirer les titres de la Chambre des députés, après que le

CHAMBRE DKS DÉPUTÉS.

conflit a été soumis au pays et résolu par lui, alors le Sénat ne serait plus une Chambre haute : ce serait une Gonvenlion ; il serait cette Convention dont vous parlez tant, et parce que ce serait une GonvenUon blanche, ce ne serait ni la moins redoutable, ni la moins criminelle. {Applaudissements prolongés à gauche.] Mais, Messieurs, j ai confiance. Je me rappelle parfaitement dans quelles circonstances ce Sénat a été créé. Je sais par quels hasards, par quel jeu cruel de la mort, la' majorité a pu s'y déplacer au profit de nos adversaires naturels. Je sais toutes ces choses. Il en est une autre que Je sais également : c'est que le Sénat, comme la Constitution elle-même, est sorti d'un éclair de patriotisme. Je connais les hommes qui ontfait cette Constitution, à laquelle vous ne vous êtes ralliés qu'àla dernière heure pour Texploiter et la retourner contrôla France; ceux-là, je les adjure, et comme conservateurs, etcomme parlementaires, etcommelibéraux,et comme patriotes, de prendre en main une dernière fois et le soin de leur propre cause et le soin de la cause de la liberté. Je les adjure, il en est temps encore, de faire justice de cette politique qui vient dire ici qu'elle avait donné sa démission, et qui Ta reprise. Arrière ces défaites! La vérité, c'est que vous vous cramponnez au pouvoir ; la vérité, c'est que vous n'hésitez pas à perdre celui-là même dont vous exploitez le point d'honneur contre son devoir constitutionnel, — et vous n'hésitez point pour sauver quelques heures de cette domination dont vous n'avez pas l'ambition, mais dont vous avez la gloutonnerie ! {Applaudissements et bravos prolongés à gauche et au centre gauche, — L'ot^ateur, en remontant à son banc, reçoit les félicitations de ses collègues,)

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Prononcé le i8 septembre 1878

Mes chers concitoyens,

Avant d'entrer dans les explications que je me propose de dérouler devant vous sur la politique intérieure de notre pays, je vous dois un mot de remerciement pour Taccueil que vous m'avez fait à l'entrée dans votre ville, mais aussi un mot d'excuse pour la longueur de l'attente qui vous a été imposée. J'ai été très touché et, en môme temps, très contrarié d'apprendre que vous m'attendiez dans cette salle, alors que je ne pouvais pas me rendre immédiatement à vos désirs; mais, comme on vous le disait tout à l'heure, les forces humaines ont une limite, et cette limite, je l'avais touchée. J'avais donc besoin de quelques instants de repos. J'espère qu'à force d'efforts des deux côtés, vous par votre attention et moi par la volonté énergique que j'ai de vous donner, à vous comme à ceux qui liront mes paroles, des explications absolument franches et complètes, il ne restera, sur ce que j'appelle la seconde phase du parti républicain, ni un doute, ni une équivoque, ni une ambiguïté.

Messieurs, il y a sept ans, nous ouvrions dans ce

tit ROMANS.

pays une campagne de propagande, une campagci de démonstration, au lendemain de désastres saE> nom qu*avaient attirés sur nous, — il ne faut jam Toublier, — le despotisme d*un seul, mais aussi a défaillance de tous. {Mouvement.) La France, désen parée, sans guide, sans ressources, sans aucun é ces leviers puissants qui, à un moment donné, pe mettent de soulever le monde, la France s'était ïmè! je ne dirai pas au désespoir, mais certainement i Tabandon d'elle-même. Elle avait nommé, vous sar^r dans quelles terribles épreuves, dans quelles aigoisses, dans quelles incertitudes, au milieu de çd^ trouble, une Assemblée qui ne ressemblait qu'à Tan* cien régime, mais qui ne ressemblait pas à la France. {Vive adhésion.)

Aussitôt réunie, cette Assemblée manifesta les seo^ timents qui Tagitaient. Elle fit part à la France, époo^ vantée, de conceptions politiques qui avaient la p^^ tention de la ramener plus d*un siècle en arrière eià^ rayer d'un trait toutes les conquêtes de notre immor telle Révolution. Ah! ce jour-là la France comprit k faute qu'elle avait faite ; elle se remit dans la vraie ligne de la tradition ; et, dès les mois de mai et à^ juillet 1871, la France protestait, par ses élections municipales et par les élections législatives partielles, de son ferme dessein de mettre un terme au mandat de l'Assemblée nationale. {Applaudissements.)

C'est alors. Messieurs, que, loin de nous attaquer au principe du suffrage universel qui venait de nous donner tort, nous nous retournâmes vers lui, nous entreprimes de le ramener au sentiment de ses droiU et de ses devoirs, nous recueillîmes les paroles d'uQ homme qui était déjà à la veille de cette conversion que j'ose qualifier de sublime, qui lui faisait abjurer toutes les idées d*un passé désormais condamné pour ne voir que la France de l'avenir, — de M. Tbte qui, au nom du patriotisme et de la raison, lançait

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18 SEPTEMBRK 1878. 283.

j^o.oTi seulement son ancien parti, mais l'opinion générale dans la, direction d'un gouvernement libre et répu Llicain par la démocratie.

Ce jour-là, Messieurs, M. Thiers prononça un mot <5uc nous recueillîmes; il dit à la France livrée aux . partis déchaînjés les uns contre les autres, aux partis inexorables et impitoyables : « Le parti qui finira par triompher et gouverner, ce sera le parti le plus juste et le plus sage.» Messieurs, l'épreuve estfaite. Depuis sept ans^ grâce à la sagesse, à l'esprit de prévoyance et de justice du parti républicain, la France et le parti républicain ne font plus qu'un, et la parole prononcée par M. Thiers s'est réalisée dans les faits, dans les lois et dans les aspirations de la conscience publique. {Bravos et acclamations,)

Eh bien. Messieurs, qu'avons-nous dit à cette époque? Nous avons dit qu'il y avait quelque chose que nous mettions au-dessus du pouvoir : c'était la défense des droits et l'exercice du contrôle de la souveraineté nationale. Il y a jà, disions-nous, une tâche qui est supérieure àioutes les ambitions, que ce soient des ambitions peTSOPnetles ou des ambitions ^/ de BMtJLJ c'esrdè"ïïémOTTtrgr â la j'raijc^e (ju'll est ' ^ âEsolument nécessaire que la démocratie soit un prai'ti de gouverhénîent, qir'eHe soit un parti d'ordre et^eTonsoIidation, parce qu'elle est le seul parti en . -'.- ^ ; état de .régénérer la France, de lui rendre son rang, ^^ .

cleJa^irô.pEOspè're et puissanie aimierieur et de lui ' . ' ^ redonner les sympathies du monde. ' ^ '^, >

Alors nous avons essayé de tracer non pas un pro- "^ ^>~^ gramme, — je me défie des programmes, — nous ^

avons tracé une méthode à suivre, nous avons dit : On nous a condamnés à bien des difficultés et même à bien des dangers; nous affronterons les uns et nous résoudrons les autres; à quel prix? en nous astreignant à une ligne de conduite parfaitement nette et pariaitement suivie. On nous parle d'un septennat;

tu ROMANS.

commençons notre épreuve, faisons une étape de sept ans. Nous garderons, pendant sept ans, tous les postes électifs que nous avons occupés et relevés depuis le mois de juillet 1S71, et nous attendrons la fin de ce qu*on a «ippelé le septennat, — septennatqui d'ailleurs n'existe plus aujourd'hui, car il s'est transformé par un acte de la volonté nationale. Et nous avons suivi la ligne de conduite que nous nous étions tracée, d'une façon graduelle, sériée, ainsi que l'attestent tous les actes du parti républicain aussi bien dans les Chambres qu'en dehors des Chambres. {Vivt approbation.)

De cette conduite politique il est résulté ceci, qu'on jour les partis coalisés dans un suprême effort, et conduits par celui d'entre eux qui les conduit toujours, par celui qui est leur lien commun, qui est leur chef naturel, par celui qui est leur seule puissance, tous ces partis, sous le guidon et la bannière du cléricalisme, ont tenté un retour offensif contre les forces de la démocratie gouvernementale. Et ii est arrivé que la France, éclairée sur ce qu'elle voulait, rassurée sur ses intérêts, connaissant son lendemain, confiante dans les hommesqu'elle avait chargés de ses affaires, frémissante sous son armure, mais invulilérable, a résisté — et pourquoi? Ne me le demandez pas, car c'est à vous qu'il faut reporter l'honneur de cette résistance ; c'est vous, populations da Midi, vous, populations du Nord, vous, populations du Centre, qui, par votre sentiment de générosité et âe sacrifice, par votre fermeté d'âme, par votre esprit de solidarité civique, par la confiance que vous avez^eue les uns dans les autres, avez donné à vos représentants le sentiment de leur force en même temps que vous leur avez fait connaître l'étendue de leurs devoirs; c'est donc à vous que revient tout l'honneur. Mais qui ôtes-vous donc, si ce n'est la France éclairée et consciente, c'est-à-dire le pays tout entier qui sait

ue, désormais, ofi nVst q^ip. sons la démocralift^ A/ e9

n*r>n riA f^nixct-pas^ d'^venturfl&jSt qu^ll al'0)^llrfl'ftflA,>^ dLiA6^V KmTA? ( Stfil-ijpR d'annlnuflîssfimpnts p.t annlnmatinna wr»n- ^^>

berlé? {Salves d'applaudissements et acclamations pro-

Eh bien, Messieurs, de cette victoire qui était due la France, qui était le fruit de sa sagesse et des ruelles expériences qu'elle venait de faire sous le louble coup de l'invasion extérieure et du joug intéieur de ses plus cruels ennemis, — de cette victoire, ju'a-t-on fait et que convient-il de faire?

Voilà la question que je voudrais examiner devant mus, pacifiquement, mais complètement.

Messieurs, la. Constitution, telle qu'elle est sortie des débats des Chambres, des nécessités du moment, du besoin d'en finir avec une situation qui exaspérait la France, qui la condamnait à la plus cruelle des conditions, à la condition de ne jamais savoir ce qu'on ferait d'elle le lendemain, — cette Constitution que je n'ai pas à critiquer, que je n'ai pas non plus à protéger dans toutes ses parties, — cette Constitution est la loi de la France, elle s'impose au respect de tous ceux qui l'appliquent comme de tous ceux qui lui obéissent.

Dans cette Constitution, il est bon : cependant de se demander ce qu'il y a de perfectible, et ce qu'il y a, au contraire, d'immuable. Ce qu'il y a d'immuable, c'est la constitution de la République; ce qu'il y a de perfectible, c'est l'équilibre des pouvoirs. Eh bien, 3e suis de ceux qui pensent que le moment n'est pas venu de toucher à cette Constitution; je suis de ceux qui pensent qu'elle a déjà suffisamment prouvé sa valeur en nous protégeant efficacement contre les criminels desseins de ceux qui appelaient la force pour renverser l'édifice élevé par la nécessité publique.

Mais, à côté do cotte partie que je considère comme immuable, il y en a d'autres qui doivent recevoir et

?«l ROMANS.

du temps et de la volonté publique des perfectioiu^ ments nécessaires.

On a parlé dernièrement, et je crois qu'on a jeté. dessein dans le public des inquiétudes que ceui même qui les répandaient ne partageaient pas, — a parlé de rinstabilité'du pouvoir présidentiel. D^. être procédé à un renouvellement sénatorial, et c est 'c. Toccasion, le prétexte attendu pour répandre encon rincertitude et renouveler une manœuvre qui, cependant, n'a pas déjà si bien réussi. On cherche à ébrai: 1er Topinion des électeurs particuliers qui doirei^^ procéder aux élections des sénateurs en leur disan' que, si leurs votes se dirigeaient dans le sensdt raffermissement des institutions républicaines, 1^ magistrat chargé de garder la Constitution et de b défendre se déroberait à son mandat et laisserait h siège vide.

Eh bien. Messieurs, il y a dans ces paroles, — et je m'en expliquerai franchement, — ou un calcul onm défaillance. Si c'est un calcul, il ne peut pas porter car la France sait bien qu'avec les inandataires ngilants qu'elle s'est donnés, qu'avec l'organisation de la majorité parlementaire, qu'avec l'organisation de? conseils généraux, il n'y à absolument rien à craindre au sujet de la vacance et de la transmission du pouvoir. Et je puis vous dire, croyant être autorisé à le faire, que si une idée aussi inconstitutionnelle, mais enfin qui est du domaine du caprice, venait à se produire, il ne s'écoulerait pas un intervalle d'une heure entre la retraite et le remplacement. {Très hieh! fret bien! — Applaudissements,)

Non, il ne s'écoulerait pas un intervalle considérable, parce que, grâces en soient rendues au désintéressement et à la générosité de ce noble parti républicain, je sais, j'affirme que le successeur serait désigné et qu'il ne rencontrerait nulle part de compétitions personnelles. {Nouveattx applaudissements.)

18 SEPTraiBRB 1878. 287

Sî c'était donc là un calcul, je crois eh aVoîr fait justice. S'il s'agissait d'une défaillance, je crois qu'il y a moyen de se convaincre qu'elle ne se produira pas. EUle ne se produira pas parce qu'elle est contraire à ce que nous savons et que l'expérience pèse bien quelque chose. Elle est contraire aussi au devoir : oui, Messieurs, au devoir. Je ne mets rien au-dessus du fonctionnement de la Constitution, et quand un pouvoir, — je fais abstraction des personnes, — est constitué pour accomplir une tâche, il doit la poursuivre,

— et ici j'applique l'expression dans son vrai sens,

— jusqu'au bout. {Rires et applaudissements.)

Et savez-vous pourquoi ? C'est que, quelle que soit l'opinion que tour à tour, dans le jeu du mécanisme républicain, nous pouvons arriver à professer pour telle ou telle personne, si nous voulons être des hommes de gouvernement, nous devons surtout rapprocher le caractère de la personne du caractère de la fonction ; or, la fonction, le pouvoir est une chose légale, officielle, de laquelle nous avons le droit de nous préoccuper constamment, tandis que la personne est variable, indifférente et secondaire.

C'est pour cela qu'à l'heure oîi je parle, je vois un intérêt, qui ne peut échapper à aucun esprit politique, à ce que la Constitution reçoive sa consécration, à ce que le président exerce son mandat jusqu'à la dernière minute de son pouvoir, parce que je veux voir enfin, dans ce pays, l'autorité gouvernementale suprême, le pouvoir exécutif, après avoir parcouru toute la durée d'une charge légale, passer à un successeur sans émotion et sans trouble public.

Ah! retenez-le. Messieurs, nous n'aurons véritablement fondé la République sur le roc que le jour où nous pourrons répondre victorieusement à tous les fauteurs de restaurations monarchiques qui parlent de stabilité. Depuis un siècle, sauf le cas fortuit de Charles X succédant à Louis XVIII, jamais pouvoir

n'a été régulièremeiil transmis dans ce pays en vertu des lois à un successeur. Eh bien, ce que je veux voir, ce que j'appelle de tous mes vœux, ce à quoi j'adjuro tous les bons républicains de consentir, faisant taire momentanément tout mouvement d'impatience, tout ressenti meut, et même de légitimes aspirations, c'est le fonctionnement de la Constitution, c'est-à-dire le mécanisme républicain placé au-dessus de toutes les objections et de toutes les controverses, démontrant qu'enfin nous avons trouvé la vraie stabilité, celle qui se fait par la dévolution de la loi. (Adhésion unanime et bravos.)

£t quand vous aurez cet argument, quand vous pourrez dire qu'un président de la République mis au. pouvoir par vos adversaires, installé par vos ennemis et n'ayant à coup sûr, au fond du cœur, rien de passionné pour nos institutions nouvelles (On ril), quand fous pourrez dire que ce président de République A complètement, pacifiquement, légalement, et aus applaudissements de l'opinion, rempli sa charge et qu'à l'expiration de ses pouvoirs la nation s'est trouvée tout naturellement, tout simplement, touL pacifiquement, passer d'un pouvoir présidentiel à un autre pouvoir présidentiel. Messieurs, non seulement pour la France, mais pour le monde entier, vous aurez fait la seule preuve qui existe du mouvement : vous aurez marché. [Acclamations et longs applaudissements.)

Ce que je dôsire, c'est qu'on mette un terme, dans les journaux gouvernementaux comme dans les jour- ■ lux adverses, à celte polémique illusoire et ridicule )i consiste à rechercher ce qu'il adviendrait si le 'ésident de la République se retirait. Je dis, en me !Sumant,rqu'il ne se retirera pas et que nous n'avons icun intérêt à ce qu'il se retire.

Et maintenant, que devons-nous désirer, mais désitr avec le désir, de la foi qui agit et qui ne se lasse is d'aller et de provoquer au prosélytisme et à la

propagande ? Nous devons désirer deux choses : â*a« bord des élections sénatoriales républicaines ; mais je n'ai pas à m*expliquer ici sur un pareil sujet, car si vous étiez chargés de pourvoir en partie au renouvellement du Sénat, je sais bien dans quelle fraction politique vous feriez vos choix. {Bittes d'approbation et applaudissements.)

Mais la seconde chose sur laquelle je veux m'appcsantir, c'est le dessin, — permettez-moi une expression encore plus familière, — c'est le crayon de ce que j'appellerai la deuxième étape du parti républicain.

Nous en avons déjà fourni une : les troupes, victorieuses, sont arrivées en haut de la position^ sans fatigue; elles sont pleines d'ardeur, elles ne demandent qu'à poursuivre la carrière ; mais n'étendons pas démesurément le champ de nos ambitions : sachons les limiter, c'est le moyen de les satisfaire. Nous allons donc dire en peu de mots ici ce qui, pour moi, n'est la réalisation définitive ni de vos principes, ni des miens, mais l'indication de ce qu'il y a de possible et de réalisable , l'indication de ce qui devrait être le mandat immédiat de ceux qui vont entrer au Sénat et des membres de la Chambre des députés.

Je voudrais donner ces indications, sauf à' élever nne controverse et une discussion générale ; car je suis, avant tout, un homme de liberté et de discussion, je n'ai la prétention d'imposer mes idées à personne, et qui seraîs-je pour avoir une semblable ambition et un pareil orgueil? Mon unique orgueil, ma seule ambition^ c'est de porter partout ce que je crois être la vérité et la sagesse et de demander qu'on veuille bien examiner ce que je propose, car je sais qu'entre esprits libres et loyaux c'est de ce choc de la discussion que jaillit la lumière, condition du progrès. {Très biénl très bien! — Vifs et unanimes applaudissements.)

Eh bien, je voudrais vous dire simplement ce qui,

ne ROMANS.

dans un espace de sept ans, — dans cet espace dent soumis à tous les accidents de la destinée humaine me semblerait devoir être touché et modifié, ce q me paraît praticable, ce que je crois être la besop« à réaliser.

Mettons-nous en face de notre situation. Que non; faut-il? Ahl il nous faut toucher à bien des choses mais je ne suis pas pour y toucher comme des enfant' ou comme des violents, ou comme des utopistes J' suis l'ennemi de la table rase, je suis aussi renneci des abus, mais je veux qu'on tienne compte dutempde la tradition et môme des préjugés, car avant loc ils existent, ils sont une force, et on doit non pas 1^ respecter, mais les étudier pour les dissiper, les fair disparaître, et ce résultat ne peut être obtenu qu'^'' condition d'agir sans passion et sans emportemeD-

D'abord, nous avons une administration qui este: train de se refaire, qui s'épure tous les jours. iV^ avons un ministère dont je ne dis que du bien, ^ ] ministère qu'on représente aussi comme très frBp^ et très menacé, parce qu'il est, dit-on , très disparaj^^ et parce qu'il ne serait pas très actif. Je sais bifquelles vertus on peutsouhaiter à un ministère, je nt suis pas contre le mieux, mais j'ai souvent enteno': dire que le mieux était l'ennemi du bien, et j'attende comme tout le monde, qu'il y ait une certaine coifi cidence dans l'état de Topinion pour réclamer i^ modifications dont la nécessité est sentie même paf '^ plus intéressés. Pour moi, je reste, comme jele A^^' à Marseille le 14 décembre, un ministériel résolu ^ décidé. Mais l'administration devra être compl^*^ ment républicaine, et elle le sera, parce que je ^^ pense pas qu'on soit d'humeur à tolérer bien Iod?* temps en France ce spectacle d'un gouvernemei^ voulu et acclamé par tout le pays et qui n*est contrarié que par ses fonctionnaires. (Rires et marques mmes (tapprobation.)

miui — «nj ^-fl»T-i-a^î.;r ic; ::yc3ZS.c>. " yj i ' -T^jaajyBMi

Cette réforme s'impose tellement que je m'en vouraïs de vous faire perdre votre temps et de perdre le lien. à vous en entretenir davantage. C'est, à proprelent parler, un lieu commi;n. On n'a qu'à visiter la rance pour recueillir partout les mêmes doléances, t il faqdra bien qu'on fasse justice à l'unanimité de es griefs; non pas que je refuse de reconnaître qu'on L beaucoup fait, mais que voulez-vous? plusieurs réac- Aons se sont accumulées sur nous, et l'on sait que messieurs les réactionnaires, qui se disent les hommes les plus désintéressés de la terre (Bires), avaient soigneusement accaparé toutes les places, les grandes, les moyennes, les petites, et, de plus, toutes celles qu'on avait créées tout exprès pour ces messieurs, qui forment la cohorte, il faut bien le dire, la plus tenace qu'on ait jamais vue de mémoire administrative. {Hilarité générale, — Applaudissements.)

Mais c'est là, permettez-moi de le dire, le côté sim* pie et relativement facile de la politique intérieure. Les autres problèmes, les autres entreprises , les autres réformes sont autrement délicates et complexes, et ils appellent certainement autant de résolution et d'énergie que d'expérience et de science.

Nous avons cinq ou six grandes divisions ou services fondamentaux dans notre belle organisation française, car, je le dis avec d'autant plus de plaisir que j'ai toujours été de cette opinion, j'admire beaucoup l'organisation de notre État français. Je ne suis pas pour les abus de la centralisation, mais je gémis souvent de voir attaquer l'État qui est la France, qui est le suffrage universel lui-même, et de voir fausser les ressorts les plus précieux et les plus utiles de ce mécanisme gouvernemental qui, en somme, ne doit fonctionner que pour le plus grand bien et pour les progrès de la nation. Oui, je suis un défenseur de l'État, et ici je n'emploierai pas le mot centralisation, car le mot a été employé souvent abusivement, je

suis un dérenseur de la centroUté nationale, A\tw L-omprendrais pas qu'on introduistt chez noas m Tormes et ces doctrines presque anarchiques, qm supposent des mœurs, des traditions et des oripMs différentes des nôtres. Je suis pour l'unité, powli een/ra/(ïe française, parce que je suis convaincu quf ce qui a contribué le plus, depuis la ConveDlion, ili constitution de la nation française que nous coonmsons, doit aussi servir à la maintenir et à la faire progresser dans son intégrité morale, sociale et politique. {Longs applaudissements.)

Dans cette conception de l'État, je rencontre dibord, à l'état d'auxiliaire suprême, Hj» mnyyn denratection nationale et d'indépendance personneiJe [W^f la'^riiTIPW" rjnSlil ill II i[t>i^aii]niirtfni)i. gi-à<;e »" législateur et à l'esprit do sacrifice du pa.ys,n^est^ une institution prétorienne et régalien rie. màîsTâWE ena fO'rcë rti'Eme de la ti'rance, de la' France arniéf pour sa propre protection. MftssiSiirs , jb narkili' l'armée que ngas a faite le service obli|^-*"'''",<'pl^' mée que nous a fajt,p]a HéP"*^''^llf- (fintthlt^ mlvti'^ plaudissements et acclamations.)

Cette armée doit 6tre '« f-firiifi''^ p'^rrntpii ('""''" hommes linirtlnuBs du narti républicain. Aussi, toi^s avez pu vOîf aVUc qutilli; somcitude, depuis nos disiitrès, on s'est occupé de ses intérêts moraux connus de ses intérêts matériels, de son relèvement, au**' bien en lui infusant le sang de toutes les génératioDS, sans distinction déclasses ni de castes dans la patne> qu'en se préoccupant de la mettre dans les meillËur^ conditions de travail, d'instruction et d'expérienw stratégique.

Et aujourd'hui que voyons-nous? Un Parlemeo'

constamment préoccupé de la situation matérielle «b

soldat, du recrutement des sous-ofllciers, de la sil»^'

tion fuite par la retraite à ces braves oHiciers, ser"'

avons trouïiî'

r "irf'^i'i I

Ixêlas ! si parcimonieuse après quarante ans de service. r^ous avons fait quelque chose, mais nous ii*avons pas tout fait, et je sais que, dès la rentrée des Chambres, une nouvelle satisfaction sera donnée, au moins pour les officiers inférieurs, de manière que la retenue faite pour la retraite soit compensée par une augmentation de solde, et que le bénéfice de la pension de retfaite ne commence pas par un sacrifice. {Vifs applaudissements.)

Cette sollicitude ne peut qu'être encouragée par la vue de cette armée renouvelée qui fait Tétonnement des hommes spéciaux, que nous avons saluée et acclamée Tautre jour à Vincennes où apparaissaient pour la première fois nos résemstes, ces hommes sortis de tous les -rangs de la société, apportant la vitalité, la jeunesse et la fierté en même temps qu'un sentiment national tout nouveau qui en faisaient véritablement la représentation armée de Télite de la société française. {Longue salve d'applaudissements,)

Ce jour-là, j'ai vu bien des yeux se mouiller de larmes, j'ai recueilli bien des paroles, et j'ai compris qu'il n'y avait pas d'intérêt qui tînt plus puissamment aux entrailles de la nation que l'intérêt de son armée ; car c'est bien l'armée de la France : elle n'est plus commandée ni organisée pour être ce qu'elle était entre des mains scélérates ; elle n'est plus un instrument d'oppression, mais, au contraire, la représentation fidèle de la patrie, et elle ne doit plus servir qu'à son honneur et à son indépendance. {Applaudissements prolongés.)

Mais enfin il est bien certain que nous sommes fermement résolus à tenir l'armée au-dessus de l'arène des partis, à l'écart de toute politique; aussi est-il une chose qui blesse le sentiment et le bon sens publics, c'est que, lorsque nous voulons exclure la poli- . tique de l'armée, ce sont précisément les ennemis de nos institutions qui l'y introduisent et la préconisent.

t94 ROMANa

Je serais le premier à blâmer celai qui ferait une propagande passionnée dans Tenceinte de nos cas€^ nés ou auprès de nos officiers, et ce qui blesse la conscience nationale, c^est qu'on signale trop souvent des démonstrations émanant de personnages qui devraient peut-être être rentrés dans la retraite ou, au moins, dans Toubli. (Très bien/ très bien!)

11 y a des lois sur Tarmée; nous demandons qu'elles soient appliquées. Non, nous ne permettrons plus, comme par le passé, la transgression de ces lois, faites dans un moment de patriotisme par rancienne Assemblée nationale et qui exigeaient qu'on fît de jeunes chefs, qu'on les fît passer fréquemment dans les corps de troupes afin de leur permettre de se distinguer, de sonder leurs mérites et leurs capacités, comme aussi d'écarter les incapacités et les défaillances. Nous demanderons que ces lois reçoivent leur application. On a beau chercher, on n'explique pas cette violation de la loi, violation non dans la lettre, mais au moins dans son esprit, violation momentanée qui s'appuie sur l'interprétation abusive d'un article do loi, inséré par mégarde, mais violation de l'esprit de la loi sur les grands commandements. On ne peut trouver l'explication de cette violation que dans le désir de faire entrer la politique dans l'armée; mais alors qui donc met la politique dans l'armée?

Il faut que cette situation cesse; il faut qu'il n'y ait d'autre moyen de s'élever dans l'armée que le mérite, et d'autre règle que la raison et l'égalité.

Nous avons aussi une autre question à résoudre, question bien plus délicate à laquelle je ne voudrais toucher que de la façon la plus discrète;. mais je ne peux cependant pas me taire devant mon pays, alors que je recueille et que je constate dans trop d'endroits à quel degré Topinion est excitée contre certains abus ou contre certaines défaillances émanant, — je ne voudrais pas me servir d'expressions qui pussent bics-

tm^m

lé SEPTEMBRE 1878. 295

ser personne, — de je ne sais quel esprit de routine, de ce qu'on appelle avec raison le pouvoir judiciaire.

Oui, c'est là un pouvoir auguste, nécessaire, fondamental ; je ne voudrais pas qu'on pût altérer, en quoi que ce soit, son prestige ni l'autorité qui lui est due dans la société; mais je fais encore la même réflexion que tout à l'heure : qui donc menace le principe tutélaire de l'indépendance de la justice? Qui donc fait germer, dans certaines consciences loyales, l'esprit de scrupule et de reproche contre cette institution? Qui donc a pu commettre les excès de zèle et montrer les défaillances qu'on relève trop souvent dans son histoire? Que faut-il dire? Il faut dire qu'on est en présence d'une grave et redoutable question, la question de l'inamovibilité de la magistrature.

Je sais tout ce qu'on peut alléguer pour la défense de ce principe tutélaire. Oui, je suis un partisan convaincu de ce principe,mais je demande à m'expliquer.

A coup sûr, je ne voudrais pas d'un juge qui fût révocable à merci, qui fût un instrument dans les mains dçs gouvernants, qui n'eût d'autres jugements Si rendre que des ordres à exécuter. Ce juge me ferait tiorreur, et il ne soulèverait que mon dégoût et mes protestations.

Ceux qui ont établi le principe de l'inamovibilité Tentendaient d'une manière qui' était la vraie, la bonne. L'investiture était donnée par le gouvernement aux détenteurs de la puissance judiciaire chargés de rendre la justice au nom du gouvernement, et alors, pour prévenir le retour des faveurs ou des menaces du pouvoir, on installait le juge sur son siège, on le rendait inamovible à jamais, sauf le cas de forfaiture contre le gouvernement qui l'avait nommé.

L'inamovibilité ainsi comprise offre une triple protection : protection pour l'État, protection pour le citoyen, protection pour le juge. Voilà comment je la comprends et comment ie la défends.

Mais quand un corps tout entier est lègue par uo gouvernement rival, par un gouvernement qui est tombé sous le mépris public ou qui a glissé dans h honte et la boue, par un gouvernement reconnu criminel et corrompu, il n*est pas acceptable, il n*estpa« juste qu*un gouvernement sorti de la souveraineté nationale ne puisse pas examiner ce corps et le soumettre à une nouvelle investiture. Ce serait contraire au bon sens de laisser un principe d*hostilité contre le gouvernement établi dans le fondement même de Tinstitution en question. {Salve â^ applaudissements. - Bravot prolongés.)

D*ailleurs, il n*y a pas de gouvernement, quel qu'il soit, — et, pour le moment, je ne les juge pas, — qui n'ait senti la profonde nécessité de cette doctrine. Il n*y en a pas qui, en s*installant, n'ait remanié, vérifié et investi à nouveau la magistrature. Eh bien, nous demandons, pour sauver la magistrature, pour sauver ce principe de Tinamovibilité que des excès compromettent, pour arrêter dans des limites raisonnables et politiques la passion publique qui monte, nous demandons, pour faire véritablement une chose juste, légale, nécessaire, que le gouvernement de la République examine la question de savoir s'il n*a pas à prendre les mêmes mesures et la même garantie que tous les gouvernements qui Tônt précédé. {Double salve d'applaudissements, — Acclamations prolongées,) Il faudra aussi, sur les traces de Téminent président du conseil, Tillustre M. Dufaure, rechercher les modifications intérieures qu'on pourra apporter à Torganisation des tribunaux et des cours d'appel. {Adhésion.)

Il existe bien d'autres questions. Ce n'est pas nous qui les créons : nous sommes obligés de les recueillir, i de les examiner, de les débattre, et, presque toujours/ celles qui sont le plus difficiles à résoudre sont di/B-y ciles, non pas à cause des divergences doctrinales e/ théoriques, mais seulement parce qu'elles sont enw

xiimées par les passions et Tégoïsme des partis qui les exploitent.

yen aborde une qui est grosse de passions et de véhémence : c'est la question cléricale, c'est la question ^es rapports de l'Église et de l'État. Voilà, certes, une immense question, puisqu'elle tient en suspens toutes les autres, puisque, comme nous l'avons dit, — et nous ne faisons, en cela, qu'être l'écho du monde entier, — c'est là qu'est le principe de l'hostilité contre la pensée moderne, du conflit que nous avons à régler.

Que n'a-t-on pas dit à ce sujet? On est descendu dans le domaine inviolable de nos consciences et on a voulu interpréter notre politique à la lueur de notre philosophie. Je n'admets pas plus cette interprétation que je n'admets que, contre un adversaire politique, je puisse m'emparer des sentiments intimes de sa conscience religieuse pour combattre sa thèse politique. Mais j'ai le droit de dénoncer le péril que fait courir à la société française, telle qu'elle est constituée et telle qu'elle veut l'être, l'accroissement de l'esprit non seulement clérical, mais vaticanesque, monastique, congréganiste etsyllabiste, qui ne craint pas de livrer l'esprit humain aux combinaisons les plus grossières en les masquant sous les combinaisons les plus subtiles et les plus profondes, les combinaisons de l'esprit d'ignorance cherchant à s'élever sur la servitude générale. {Longues salves d'applaudissements. — Bravos et ans répétés de : Vive Gambetta!)

Nous ne pouvons donc nous dispenser de poursuivre la solution ou, au moins, la préparation de la solution des rapports de l'Église, — je sais bien que, pour être correct, je devrais dire des Églises, — avec l'État; mais si je ne dis pas des Églises, c'est que, vous l'avez, senti, je vais toujours au plus pressé. Or, il faut rendre justice à l'esprit qui anime les autres Églises, et s'il y a chez nous un problème clérical, ni les protes-

tants, ni les juifs n'y sont pour rien : le conflit esl fomenté uniquement par les agents de Tultramonta* nisme.

Prenant les choses, non pas au point de vue du sentiment politique, je n'en ai et n'en reconnais à personne le droit, prenant le problème au point de vue gouvernemental, au point de vue public, au point de vue national, examinant les empiétements et les usurpations incessantes de l'esprit clérical servi par ses 400,000 religieux en dehors de son clergé séculier, j'ai le droit de dire, en montrant ces maîtres en l'art de faire des dupes et qui parlent du péril social : Le péril social, le voilai... (Salve d^applaudksernenU. — Marques unanimes dT adhésion,)

Et savez-vous quelles réflexions, m'a depuis longtemps inspirées cet antagonisme ? Je vais vous le dire sans vous apprendre rien de nouveau, car je me suis déjà expliqué sur ce point dans une autre enceinte. C'est que cet État français, dont je vous parlais tout à l'heure, on l'a soumis à un siège dans les règles et que chaque jour on fait une brèche dans cet édifice. Hier c'était la mainmorte, aujourd'hui c'est l'éducation. En 1849, c'était l'instruction primaire; en 1850, c'était l'instruction secondaire; en 1876, c'est l'instruction supérieure. Tantôt c'est l'armée, tantôt c'est l'instruction publique, tantôt c'est le recrutement de nos marins. Partout oîi peut se glisser l'esprit jésuitique, les cléricaux s'infiltrent et visent bientôt à la domination parce que ce ne sont pas gens à abandonner la tâche. Quand l'orage gronde, ils se font petits, et il y a ceci de particulier dans leur histoire que c'est toujours quand la patrie baisse que le jésuitisme moniQ\ [Longues et unanimes acclamations. — Bravos prolongés,)

Eh bien. Messieurs, savez-vous ce que disent les défenseurs de l'ultramontanisme? Ils disent que nous sommes les ennemis de toute religion, de toute indé-

tendance de la conscience, que nous sommes des lersécuteurs, que nous avons soif de faire des maryrs, et si je proteste ici, ce n'est pas sans un sentiiLient de honte d'avoir à relever de pareilles inepties ; :iiais, puisque j'y suis condamné par la bassesse de mes adversaires, je vais m'y résigner.

Non, nous ne sommes pas les ennemis de la religion, d'aucune religion. Nous sommes, au contraire, les serviteurs delà liberté de conscience, respectueux de toutes les opinions religieuses et philosophiques. Je ne reconnais à personne le droit de choisir, au nom de l'État, entre un culte et un autre culte, entre deux formules sur l'origine des mondes ou sur la fin des êtres. Je ne reconnais à personne le droit de me faire ma philosophie ou mon idolâtrie : rune ou l'autre ne relève que de ma raison ou de ma conscience ; j'ai le droit de me servir de ma raison et d'en faire un flambeau pour me guider après des siècles d'ignorance ou de me laisser bercer par les mythes des religions enfantines. {Salve d'applaudissements,)

Après avoir nettement établi mon respect pour les religions, je tiens encore, pour en finir avec la calomnie (on n'en finira jamais, hélas !), à dire que je professe le plus profond respect pour ceux qui en exercent le ministère. Ils ont des devoirs à remplir envers leurs semblables, mais ils en ont aussi à remplir envers l'État, et ce que je réclame, c'est l'exécution de ces devoirs. Je demande qu'on leur applique les lois existantes, et ici je m'adresse non pas à ce clergé séculier qui est bien plus opprimé qu'oppresseur, qui est bien plus appauvri que rente par les communautés qui l'enserrent et le dominent, et qui, né du peuple, n'en serait pas l'ennemi s'il étaitlivréàlalibreimpulsion de sa conscience, mais à cette milice multicolore sans patrie... Si, elle a une patrie, mais elle ne repose que sur la dernière des sept collines de Rome, et encore, dans Rome, le pouvoir qui y siège la déclare ennemie ^

irréconciliable, car il faut bien répondre, dansh résidence même du pontife, aux anathèmes qui i^ienneol de lui^

Je dis que le devoir de TÉtat républicain et démocnlique est de respecter les religions et de faire respecter leurs ministres, mais leurs ministres se mouvant dans le cercle de la légalité, et si j*avais à émettre une formule, qu*il est peut-être ambitieux de chercher, mais qui rendrait ma pensée, je dirais que, dans la question des rapports du clergé avec TÉtat, il faut appliquer les lois, toutes les lois et supprimer les faveurs. [Oui! très bien! très bien! — Applaudissements,)

Si vous appliquez les lois, toutes les lois — dont je ne vous ferai pas Ténumération, mais ceux âoni je parle les connaissent, — l'ordre rentrerait en France et sans persécution, car, encore une fois, nous ne ferions qu*appliquer les traditions du tiers état français depuis le jour où il a apparu dans notre histoire jusqu'aux dernières lueurs de la République de iSiS.

Ce n'est que depuis Tempire, depuis l'alliance monstrueuse entre ceux qui mitraillaient et ceux qui bénissaient les mitrailleurs, que nous avons assistéàde déplorables défaillances et que l'État se troi>ve sousfe joug des cléricaux, alors que ce sont eux qui devraient porter le joug de l'Etat. {Adhésion unanime et brai^os,}

Oui, il faut les faire rentrer dans la loi. Il faut surtout, si l'on veut en avoir raison, supprimer les faveurs, car, croyez-le bien, ce sont les complicités de la faveur, des privilèges et des avantages de toute nature qu'ils ont rencontrées pour eux et pour leurs créatures dans les diverses administrations publiques, c'est là ce qui fait la moitié de leur force. Quand ils ne pourront plus compter sur le favoritisme gouvernemental, soyez convaincus que leur clientèle se tèduira bien vite, et, comme en somme ils ne vivent que de la crédulité publique, plus de crédit, plus da crédulité. {Rires et applaudissements,)

Enfin, il faut les faire rentrer dans le droit commun, t, pour ne citer qu'un privilège, un seul, mais grave, our l'indiquer d'un mot, car je n'ai pas le temps de l'appesantir sur la question, et l'état de mes forces ne le le permet pas en ce moment, je dirai qu'une néessité s'imposera aux législateurs qui voudront vérieiblement faire du service obligatoire une vérité, c'est ie ne faire de distinction pour personne et d'exiger [ue la vocation ne se prononce qu'après qu'on a rem- )li la vraie vocation : le service militaire. {Salve cTapolaudîssements.)

Voilà une indication encore sommaire, mais cependant précise, je le crois, dans cette question si grave I et si délicate.

Mais il y a bien d'autres questions. Il y a cette immense entreprise, si nécessaire, si populaire^ si fertile en résultats, si admirablement reproductrice de tous les trésors qu'on dépense pour elle : je veux parler de l'éducation. Il faut que cette question soit la passion de tous les députés républicains. Il faut que vos sénateurs, que vos députés, que votre pouvoir exécutif, que tous les rouages de l'Etat concourent, rivalisent à faire de ce pays-ci le pays le plus instruit, le plus éclairé, le plus cultivé, le plus artiste du monde. {Bravos et acclamations.)

Et, pour cela, que faut-il? Il faut refouler l'ennemi, le cléricalisme, et amener le laïque, le citoyen, le savant, le Français, dans nos établissements d'instruction, lui élever des écoles, créer des professeurs, des maîtres, les doter, ne pas craindre la dépense sur ce chapitre, car c'est une dépense que vous retrouverez dans l'abaissement des sommes que réclame l'entretien des prisons, dans la valeur de votre armée, dans la valeur de vos industries, dans l'augmentation de vos capitaux.

Mais il faut que les méthodes d'instruction soient changées à la base même de l'enseignement, car il ne

sot ROMANS.

suffit pas d'envoyer les enfants à Técole primaire : il faut que les méthodes ouvrent la raison et n'y déposent que des choses saines et sûres ; il faut trouver le procédé pour faire tomber, des sources les plus élevées, le rayon prestigieux de la science dans les cervelles les plus tendres et y déposer le germe des progrès de la raison publique. {Acclamations etbrdvos.)

Il faut modifier les méthodes barbares qu'on suit encore dans les écoles primaires. Il faut y enseigner les pages de notre histoire, les principes de nos lois et de nos constitutions. Il faut qu'on y apprenne les droits et les devoirs de l'homme et du citoyen. Il faut que Ton mette sous des formules parfaitement compréhensibles, les résultats généraux des connaissances humaines. Je ne demande pas qu'on fasse des savants, mais des hommes sensés et des Français.

Voilà pour l'éducation primaire. Et je parle pour les deux sexes, car je ne distingue pas entre l'homme et la femme. Ce sont deux agents dont l'entente est absolument nécessaire dans la société, et, loin de les séparer et de leur donner une éducation différente, donnez-leur les mômes principes, les mêmes idées, commencez par unir les esprits si vous voulez rapprocher les cœurs. {Salve d'applaudissements et bravos enthousiastes,)

Quant à l'enseignement secondaire, c'est encore là une de nos gloires, mais dont bien des rayons commencent à s'éteindre. Là aussi les méthodes sont à transformer. Je voudrais que cet enseignement secondaire fût de deux ordres. Je voudrais qu'au-dessus de l'enseignement primaire et avant d'arriver à l'enseignement secondaire, il y eût des écoles professionnelles, mais non pas dans le genre de celles qu'on a créées, — ce seraient des écoles de métiers, des mecAanic^s institutes, comme on dit ailleurs, dans lesquelles on donnerait à la fois l'éducation de l'esprit et de la main, où l'on acquerrait un capital manuel et où se

rormeraient des légions d'ouvriers capables de devenir des tâcherons, des entrepreneurs et des capitalistes; et nous arrivons par là à toucher du doigt que L'éducation est le commencement de la solution des problèmes sociaux qui pèsent sur le monde, solution qui n'appartient à personne, mais qui est parcellaire, quotidienne et qui dépend de la bonne volonté de tous. De plus, je voudrais diriger qjette instruction secondaire de manière que TÉtat en fût le maître. Je ne voudrais pas de ces institutions dans lesquelles on tronque l'histoire, où Ton fausse Tesprit français, et où l'on prépare des générations hostiles prêtes à se ruer les unes sur les autres. Il faut se donner une éducation française, et des citoyens libres peuvent seuls la donner. [Explosion d'applaudissements. — Acclamations prolongées,)

Reste l'enseignement supérieur, renseignement de nos Facultés. Vous savez. Messieurs, quelle dernière épreuve a subie notre Université. En disant qu'il est nécessaire que l'Université aussi reçoive des réformes et des perfectionnements, je ne l'en considère pas moins comme l'asile tutélaire de l'esprit moderne, et je demande qu'un gouvernement soucieux de ses droits et de sa mission lui restitue ce qu'on lui a arraché par surprise, la collation des grades et le droit de désigner ceux qui sont ou ne sont pas capables d'enseigner. [Nouvelles acclamations,)

Vous voyez, Messieurs, que nous aurons de quoi remplir nos sept années sans aborder d'autres questions.

Et cependant les intérêts matériels doivent nous préoccuper, ces intérêts si importants tians un pays où c'est la richesse agricole et la solidité du crédit qui ont constitué le premier degré de notre réhabilitation et de notre pacifique revanche, dans un pays où, grâce à la force de reproduction nationale , nous avons pour ainsi dire, après quelques semaines, étonné

le monde en étalant aux yeux des étrangers la col lection de merveilles la plus surprenante qui se encore sortie des efforts du génie humain. Oui,daib un pays qui compte près de S4 millions de propri^ taires, où tout le monde travaille et où les oisifs sûdî une minorité telle qu'il n'y a pas à tenir un complu quelconque de leurs prétentions {Rires), dans un qui est, par excellence, le pays de l'épargne et fortune lentement préparée et acquise, il y a despro blêmes qui touchent à l'agriculture, au commerce, i l'industrie et qui doivent être la préoccupation cou stante d'un gouvernement démocratique, car la r^ chesse, c'est l'accumulation des efforts dutravaH.^ qu'est-ce que le gouvernement républicain? C'est ij gouvernement des travailleurs. {Salves d^appkulà^ ments.)

Eh bien, vous qui souffrez, vous qu'on dirait quc^^ nature a pris à charge de désoler depuis quelq» années; vous qui voyez se dessécher dans vos maiÈ le fruit de vos semences et de vos travaux, ce n'fi^ pas devant vous que j'ai besoin de réclamer hf^ tance du gouvernement en faveur des popuhtiojiî agricoles pour creuser des canaux, faire des chemins vicinaux et des voies ferrées, tous ces moyens de communication qui multiplient la richesse en la répandant partout. Ce n'est pas à vous que j'ai besoin dédire qu'il est nécessaire d'avoir une politique commerciale reposant sur la liberté qui rapproche les peuples P^^ réchange des produits et qui ouvre l'ère de lapai^^^ du travail en lui donnant pour base l'harmonie des intérêts du monde.

Il faut considérer comme le maximum de nos tiens immédiates pendant sept années la soluti^^ ^^ tous ces problèmes. Car nous ne nous arrêterons pasî nous ou nos successeurs, plus heureux ou plus ba^^* les, pousserons plus avant. Quand l'un sera tombe, un autre le remplacera; l'horizon des générations

tures s*étendra de plus eu plus, pourvu que Tim- 3sture et la trahison ne viennent pas retarder la larche du progrès humain. {Bravos répétés,) En finances, nous recommanderons réconomîe la lus sévère ; nous demanderons l'élévation des traitclents des employés utiles et des dégrèvements d'imôts, sages, mesurés, proportionnés toujours aux resources de l'État, mais nous nous orienterons toujours ers la suppression des mauvais impôts. Telle sera lotre ligne de conduite. Peut-être ferons-nous peu à a fois, mais nous ferons constamment quelque chose. [Applaudissements.) Je puis vous en parler avec assurance, dans cette Chambre des députés dont je fais partie, dans cette commission du budget où je siège, il n'y a jamais eu Tombre d*un doute sur la nécessité d'opérer des dégrèvements : c'est pour cela que nous avons toujours cherché à établir devant le pays, de la l'açon la plus nette, nos opérations financières. La majorité républicaine appelle les controverses, les discussions, parce qu'elle veut la lumière ; à la rentrée des Chambres, un débat s'ouvrira qui rappellera une précédente discussion sur la question de l'impôt sur la rente.

Sur ce point j'ai encore le devoir de vous dire mon opinion personnelle. Je n'engage personne, et quels que soient les bruits qu'on répande, quel que soit Vabus qu'on en puisse faire, j*ai le droit d'exprimer ma pensée.

Un jour j'ai lutté contre l'établissement d'un impôt sur la rente. J'ai heurté des opinions reçues, mais je ne voulais rien laisser faire contre la force première qui a permis la reconstitution de toutes nos autres forces, contre le crédit français. La défense de ce crédit a été pour moi un devoir rigoureux, absolu, incessant, et je demande à la démocratie de défendre ce crédit comme elle défendrait le dernier rempart de sa sécurité intérieure ou extérieure, car, ne l'oublions pas,*

c'est avec ce crédit puisant que nous avons pu m taurer notre frontière mutilée en réparant les brèée^ faites à notre ceinture de forteresses, reconstllae: notre armée en mettant son matériel au niveau (k tous les perfectionnements, et nous lancer danscettt entreprise de 5 à 6 milliards de canaux et de chemin de fer. G*est grâce à ce crédit que nous pouvons mÙQ tenir Tarmée, comme effectif, sur un pied respeclaik et nécessaire, que nous sommes en mesure de dote; les services généraux des postes, des télégraphes el de l'instruction publique.

Toutes ce3 forces qui, en dehors du crédit français, vous feraient défaut, défendez-les; c'est le point cen tral, et quant à moi, je n'y laisserai pas toucher, malgré les arguments juridiques qui seront invoqués,quelquefois les sommets du droit sont les sommets de l'injustice, — non, je ne laisserai pas léser, pow faire la conversion de la rente, les porteurs qui sos venus avec confiance à la République en apportai leur argent pour la libération du territoire. Il /afli qu'il s'écoule un temps moral et matériel avant de toucher à cette question, afin que l'État ne paraisse pas abuser de ses droits. ( Vifs applaudissements,)

Donc, en ces matières, sagesse, lenteur, économie respect scrupuleux des engagements matériels et moraux pris par l'État envers les citoyens.

Je crois. Messieurs, que lorsque vos mandatai^^^ auront abordé cette série de problèmes, ils auront rempli une certaine tâche. Je crois aussi que, chemiii faisant, la République sera entrée non seulement dans les lois, dans les habitudes et dans les intérêts, mais, permettez-moi de le dire, dans les veines et dans les artères du pays. Elle ne sera plus en question. Le pouvoir sera occupé par l'élu -de vos représentants. Ce sera un double verdict, un double jugement qui portera à la présidence de la République l^ citoyen qui présentera le plus de garanties. Et ici j<s

lois VOUS faire part d'une réflexion : nos adversaires ilLàerchent tous les jours à créer des candidatures, à *orger des candidats, ce sont eux qui y pensent le p>l\is ; cependant, c'est dans nos rangs qu'il est le plus difficile de déterminer les candidats. {Rires et applaucZissements,)

Alors la France apaisée, sûre d'elle-même, pouvant compter sur le dévouement de tous les siens, occupée uniquement du développement de ses admirables ressources, la France, restaurée, appuyée sur une armée réellement nationale, pourra se présenter au monde, débarrassée de ses adversaires, ayant, je Tespère, par le pardon et la clémence réuni tous ses enfants, et lui dire : Je suis forte, je suis invulnérable parce que je suis libre et pacifique. [Salve d'applaudissements et longues acclamations. — Cris répétés de : Vive la RépubCique! Vive GambettaT)

SUR

L'AMNISTIE Prononcé le ^i juin 4880

Messieurs, j'ai cédé à Timpérieux sentiment du devoir en demandant à la Chambre de vouloir bien m'entend re dans la question qui s'agite aujourd'hui devant elle ; non pas, comme l'a dit le préopinant, parce que la grande mesure dont le Gouvernement prend. aujourd'hui l'initiative, que les ministres sont venus défendre et que la majorité va ratifier, soit l'œuvre d'une personnalité quelconque. Non, Messieurs, et dans cette question, il y a rien à cacher; le Gouvernement, pour répondre au sentiment du pays, qui veut être tenu au courant de ses affaires, a tout natyrellement pensé que, avant de mettre la dernière main à cette grande loi d'abolition et d'absolution, il était peut-être nécessaire de connaître l'opi-

^^^w^^'i mi ti^ ^^iijii'^c^^Kunff^^ut^i^mÊémmmfmf^

il JUIN 1880. 80»

Aon, non pâs d*un homme, mais de tous les hommes o la majorité de la Chambre {Très bien! très bien! à CLt€che et au centre,)

Cost à ce titre, et non à un autre, que j*ai été consulté. Et je donnerais à ce débat une tournure bles- ^a.rite pour ma dignité personnelle si je répondais à les attaques, à des insinuations, qui, pour s'être produites à cette tribune, n*en sont pas plus fondées. Non, je ne suis pas au-dessus du Gouvernement, pas plus que je ne suis à côté de Thonorable M. Granier do Gassagnac. {Très bien! très bien! à gauche,)

Je suis à mon rang et à ma place, je suis au poste où i^otre confiance m'a élevé. {Appkiudissements à gauche et au centre,)

Mais ce ne serait pas en comprendre toute la responsabilité si, lorsque l'heure est venue d'examiner sérieusement, profondément, l'utilité, l'opportunité, la gravité d'une mesure d'Etat, je pensais que je puis, égoïste et indifférent, regarder ce que font les autres, sans venir y chercher ma part de collaboration. {Nour veaux applaudissements à gauc/ie et au centre.)

Il y a mieux ; on m'a donné l'occasion de dire ici devant mon pays — dont je relève toujours, quelles que puissent être les mobilités du suffrage universel, — à propos d'une élection faite hier, ce que j'en pense, parce que je crois pouvoir le dire avec quelque compétence, et parce que je devine déjà l'emploi malfaisant que l'on peut en faire, l'exploitation antipolitique qu'on ne manquera pas d'organiser autour de ce scrutin municipal, local, restreint, sans portée, sans lendemain. {Très bien! à gauche,)

Oui, vous avez dit que l'élection Trinquet devait suffire à surexciter les appréhensions du pouvoir, à augmenter les légitimes, les respectables, les patriotique9 inquiétudes de nos amis du centre gauche.

Ah ! si je réponds ici, c'est parce que je ne veux pas que cette inquiétude fasse son chemin ; c'est parce

310 CHAMBRE DES DÉPUTBS.

que je suis pénétré de cette vérité, que si i*élecUon restreinte de Belleville eût donné un autre résulUl, que si la majorité eût été encore plus éclatante et plus soulignée sur le nom d'un incapable, il faudrait encore faire l'amnistie plénière et totale. {IVbuveaux applaudàsemenis à gauche et au centre,)

Ah ! Messieurs, il faut y regarder de très près dans ces questions qui mettent le suffrage universel tool entier en émoi ; je veux bien qu'on bannisse de ces grandes discussions et le sentiment et l'humanité, et le récit des événements qui ont amené ces catastrophes ; mais il y a cependant un élément qu'il faut faire figurer dans le débat : ce sont les témoins.

Eh bien, Messieurs, je le sais, je l'ai vu, je l'entends tous les jours, ne pensez pas, ne pensez jamais qu'S y ait un autre moyen de supprimer ces récriminations éhontées sur la guerre civile autrement que par une mesure d'abolition complète, absolue; ne le pensez pasl

Pourquoi? Parce que vous ne referez pas rbîstoire; parce que vous ne pourrez pas aller de quartier en quartier dans tout ce Paris qui a mené cette vie tragique et épouvantable qui va du A septembre au 26 mai; parce que vous ne pourrez pas refaire la vérîtè dans ces cerveaux obscurcis et dans ces âmes troublées ; et, entendez-le bien I tant que restera une question d'amnistie, vraie ou fausse, posée sur une tète indigne ou sur une tête obscure, vous pouvez être convaincus que, toujours et nécessairement, vous verrez une grande masse s'égarer qu'il eût fallu recueillir, vous verrez des esprits s'enflammer et s'exaspérer qw'^ eût été fort simple de maintenir dans la ligne droite.

Et alors vous voulez que je me taise, que je ne dise pas à mes amis, qui sont au pouvoir, sans empiéter sur leur indépendance quî est entière, car si elle n'était pas entière, c'est ma confiance qui ne le serait pas!... \Bravos et applaudissements prolongés à gauche et M

21 JUIN 1880. ' ZÛ

r^tT*€f)y vous ne voulez pas que je leur dise : Oui, il y taxi intérêt supérieur qui sUmpose; oui, il y a une lisoTi d'État qui ouvre/et dessille^es yeux les plus bst-inément fermés ! C'est que, dans un pays de suf- :*age universel, de disputes ardentes dans les comices loct,oraux, il y a un moment où, coûte que coûte, il rtvit. jeter le voile sur les crimes, les défaillances, les û-olietés et les excès communs. {Vifs applaudissements.) Que vient-on vous dire?

On vient vous dire que c'est une politique de capit\alation et de faiblesse I Et si je regarde d'où part le reproche...

Un membre du côté droit, — A gauche I M. Gambetta. — ... je me dis : Est-ce que, au cont^raire, vous ne sentiriez pas, avec la clairvoyance de l'^ ennemi, que tette mesure est, en réalité, une mesure de groupement et de concentration? {Bravos et applaudissements au centre et à gauche,)

Est-ce que vous ne verriez pas que cette mesure, il fallait la prendre avant les élections, et, que, du moment qu'il fallait la prendre avant les élections, il faut la prendre le plus tôt et le plus loin possible des élec- "Lions? {Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.) Et pourquoi ? Pour vous empêcher de l'exploiter I (^Nouveaux et plus vifs applaudissements,)

Messieurs, j'étais dans cette Chambre, à cette tribune, il y a bientôt onze ans : on discutait sur le point de savoir s'il fallait faire le plébiscite ; je m'expliquai avec le respect qu'il convenait d'apporter dans un débat de cette gravité, de cette importance, mais avec la franchise et la pleine liberté de langage dont je croyais devoir honorer mes adversaires, parmi lesquels le plus illustre est ici, et me fait l'honneur de m'écouter. Eh bien, avant cette consultation solennelle, redoutée par les uns, appelée par les autres, et qui, quant à moi, Messieurs, me paraissait légitime si elle se fût développée dans d'autres circonstances et avec d'autres

ait CHAMBRR DES DÉPUTÉS.

règles, que je demandais ici même, — je melenp* pelle et ce sont de tels enseignements qui font œlti politique mesurée, calculée, dont je ne me départira jamais, quelques railleries qu'on lui puisse adresser — je disais : Consultez le pays, interrogez-le, wi avec certaines garanties et surtout en précisant toqsmômes les questions. Je craignais qu'on ne posât an pays cette alternative terrible d'avoir à choisir tout w rien, de choisir entre le Gouvernement et ranarchie, de choisir entre la stabilité et le désordre, entre rester sur place ou faire un saut dans les ténèbres. J'avais raison, et non seulement on ne formulait pas les qoes^ tions avec la précision et les garanties que je réclamais, mais, avant celte formidable épreuve qui e5l venue tout ébranler comme un arrêt du destin et dont nous subissons encore les terribles mutilations, araiii cette redoutable consultation, que s'était-il passé?

Je ne sais qui il faut accuser, ni même si, à ceti^ distance, il convient d'accuser quelqu'un. Ce quu passa, le voici : On inventa un complot, on machini une conspiration, on la jeta devant la France effrayée. on lui en montra les desseins, les complices, lesagents. et l'on surprit, et l'on faussa le caractère du verëci-

Rappelez-vous, Messieurs, que si vous ajournei l'amnistie jusqu'à la veille des élections de iS8l, on exploitera le pardon accordé aux gens de la Commuo^ comme un complot, comme une sédition; on épouvantera la France, en lui présentant les dangers do retour d'hommes chargés de crimes, couverts de sang, altérés de vengeance ; tandis que, si vous faites Taitt* nistie aujourd'hui, il en sera comme des prédictions sinistres qu'on faisait sur le retour des Chambres i Paris.

Je ne puis pas oublier, à ce sujet, que l'honaraW^ préopinant qui descend de la tribune votait, contrairement à l'avis de certains de ses amis, le retour^ Paris, parce que, suivant lui, ce retour devait être k

[>oînt de départ d'une série de déchirements intérieurs. ^ A.pplaudissements à gauche et au centre,)

M. Paul de Gassagnac. — Attendez la fin! Nous verrons qui rira le dernier.

M. Gambetta. — L'expérience est faite ; le calme et la sagesse du peuple de Paris ont répondu à ces prophéties plus ou moins intéressées.

Messieurs, l'expérience aussi répondra sur la question de l'amnistie.

Dans quinze mois, quand nous reviendrons devant nos électeurs , devant le suffrage universel , nous pourrons le prendre à témoin que, depuis le jour oti vous avez voté l'amnistie, l'oubli, le pardon, le silence se sont faits sur la guerre civile. Voilà pourquoi je trouve l'amnistie opportune ; voilà pourquoi je l'ai conseillée. [Très bien/ très bien/)

J'ajoute que je 'croyais qu'il n'y aurait dans cette enceinte aucune protestation. Permettez-moi de vous le dire^ avec une entière sincérité ; je ne prétends pas que ceux qui blâment le Gouvernement, qui trouvent la démarche hâtive, prématurée, peuvent, sans injure, être appelés des orléanistes. Non, ceux qui parlent aujourd'hui et ceux qui écrivent, qui rédigent ces motions présentées à la tribune, devant vous, et dont l'un, avec le nom qu'il porte si dignement, mérite plus que nos sympathies, mérite notre gratitude... {Bravos $ur les bancs de la gauche),., celui-là et ses amis peuvent n'être pas d'accord avec nous sur divers points , mais je sais ce que valent, en réalité, aux heures de péril, les hommes modérés et fermes. {Applaudissements sur les mêmes bancs.)

Nous avons entendu, dans une interruption très légitime, Ji'honorable comte de Ghoiseul nous dite : Nous avons fondé la République ensemble I

Nous ne l'oublions pas, personne n'a le droit de l'oublier; car, je le répète, ce serait une noire ingratitude. {Très bien! très bien/)

G*est en effet grâce à ces concours ardents, patients, dévoués, que nous avons pu traverser le défilé des dii années que nous avons derrière nous; mais aussi, c'est pour cela que, arrivés de l'autre côté de la passe sinistre, je dis 4 ces vaillants des bonnes et des mac vaises heures : Quittez tout souci, restez avec nous. surtout dans cette mesure de pardon et de clémeoce. Et pourquoi rester avec nous? Par cette raison très simple que vous avez été à la peine et qu'il faut qae vous soyez à l'honneur. {Applaudissements répétés m un très grand nombre de bancs.)

Oui, il faut que vous soyez à ITionneur, — je dis l'honneur, car c'est l'honneur du Gouvernement répoblicain à côté duquel je suis, d'avoir pu, en mâtaot les factions, fonder la République, ramener les Chambres dans Paris, décréter successivement la rentrée sur le sol national des hommes compromis dans nos discordes. C'est l'honneur, la force de ce Gouvernement, et il a bien le droit, au nom de la République, au nom de la France, de vous dire : <( J'ai la garantie et le dépôt de l'ordre et des libertés nationales dm les mains, ayez confiance en moi, marchez avec moi.»

Oui, ce gouvernement a le droit de tenir un tel langage , et permettez-moi de vous le dire , vous avez le devoir de réfléchir, vous avez le devoir, que vous avez exercé en bien d'autres moments, de descendre au fond de vos consciences, de vous mettre en présence des conséquences, des avantages de la politique de concorde qui est aujourd'hui devant vous, et de vous poser ce dilemme : Oui ou non, devons-nous consentir â faire l'amnistie?

Votre réponse est : Oui! n'est-ce pas? Personne dé se lève dans cette assemblée qui ose dire : Non I jamais nous ne ferons l'amnistie ; il faut persister danâ une politique implacable, qui ne connaît que de^ fautes inexpiables*

Il faut donc faire l'amnistie , et par conséquent, la

eule question politique qui se pose et qui s'impose à 'attention du Parlement est celle-ci : Eîdste-t-il un noment plus favorable pour la faire? {Applaudissenents prolongés à gauche et au centre,) Je dis qu'il n'en 3xiste pas! Pourquoi?

Parce que si le pays, — et je pense avoir étudié avec soin la marche des esprits, — est résolu à ne pas se payer d'apparences, à ne jamais céder aux impatiences, aux ardeurs, môme légitimes, des uns, il est résolu aussi à ne pas laisser passer les heures propices des grandes. mesures. J'ai écouté le pays, je l'ai suivi, je l'ai vu dans ses diverses manifestations électorales. Et oii est donc l'opinion publique , si elle n'est pas ' dans ces rendez-vous, si elle n'est pas dans ces con- : sultations, solennelles à tous les degrés, où les élec- : teurs donnent l'opinion de la France?

Après avoir écouté, interrogé le pays, je suis arrivé à cette solution : Non, la France n'est pas passionnée pour l'amnistie, elle n'y apporte ni ardeur ni enthousiasme, elle sait c^ que lui a coûté cette série de crimes ; elle sait quelle a été la rançon de cette folie inoubliable I Non, elle n'est pas passionnée pour l'amnistie, et, si elle n'avait qu'à prononcer un arrêt, il serait bien vite écrit en caractères ineffaçables.

Mais, Messieurs, si la France ne subit pas d'entraînement vers l'amnistie, elle éprouve un sentiment que les hommes politiques doivent enregistrer : c'est celui de la lassitude... (Très bien! Applaudissements à gauche)^ elle est fatiguée , exaspérée d'entendre constamment se reproduire ces débats sur l'amnistie, dans toutes les questions, à propos de toutes les élections, de toutes les consultations électorales, et elle dit à ses gouvernants et à vous-mêmes : Quand me • débarrasserez-vous de ce haillon de guerre civile? [Bravos à gauche.)

Je ne sais pas quelle pensée a agité le cœur des ministres, mais je veux ouvrir le mien, et je demande

aie CHAMBRE DR8 DÉFUTÉS.

non pas i mes amis dans cette Chambre , non pas à des adversaires politiques, d'exprimer ce qni estk fond de leur sentiment, mais je demande à ceox qz, en dehors de cette enceinte, ont encore peut-être pi» dinquiétude et d*appréhension que vous-mêmes, jt leur demande : Mais où est donc le bénéfice à'rœ résistance plus prolongée i une mesure paraDe? {Applaudùsetrtents à gauche.)

Voulez-vous monter à cette tribune ou à une anUc. et venir déclarer devant le pays que vous résisterez à cette mesure uniquement pour résister? (Très bioL très bien!)

Je le sais. Messieurs, il y a deux politiques, il y a a eu de tout temps, il y en aura toujours deux, paite que le mouvement de Tesprit humain est ainsi fait:fl porte les uns à Tinnovation, à la marche en avant, i l'affirmation toujours plus audacieuse vers le progrès, vers la conquête et vers la réforme, il retient les autm qui, par tempérament, par qualité d'esprit, — a c'est souvent une qualité, il y a plus de suite dans les esprits qui résistent, — sont au contraire pour le slitionnement, pour le calcul longtemps balancé avant la résolution. J'aime ces deux esprits, et je les respecte.

Mais que voulez-vous? vous allez peut-être m'accaser d'opportunisme I je sais que le mot est odieux... {Sourini); pourtant je pousse encore l'audace jusqu'à affirmer que ce barbarisme cache une vraie politique [Applaudissements), que c'est en s'inspirant de la générosité des uns et de l'esprit d'examen des autres qu'il faut se décider. Et alors, étant face à face avec les difficultés, je dis à ceux-ci : Vous touchez à la réalisation d'une mesure qui peut-être aurait été facilitée si elle eût été entourée, dans les réclamations qui se sont produites, de plus de mesure, de plus de sagesse. Et aux autres, je dis : Le moment est venu de se résoudre; ne voyez-vous pas entre vous et ceux qui ne

zssaa

tl JUIN 1880 - 317

sont pas des anarchistes de profession, qui ne sont que de purs démagogues, que des fauteurs de désordre : ne voyez-vous pas entre eux et nous une armée compacte de braves gens, d'électeurs honnêtes, sincères, qui, troublés et égarés, considèrent Tamnistie comme le retour aux plus détestables doctrines?

Ne sentez-vous pas qu*il est nécessaire d*aller à eux, de les rassurer et de leur dire : La République, c*est le gouvernement qui est le plus fort de tous les gouvernements connus contre la démagogie. Pourquoi? Parce qu*il ne gouverne et ne réprime ni au nom d*une famille ni au nom d*une maison, mais au nom de la loi et de la France. {Bravos et applaudissemetUs répétés à gauche et au centre. )

Quand j*ai eu examiné Tétat mental de mon pays, quand j*ai eu constaté cette lassitude qui fait que la question n*est pas mûre, — je vais employer un mot vulgaire, — mais qu'elle est pourrie! {mouvement), quand j*ai eu fait cet examen interne, j*ai jeté un regard au dehors, et qu'est-ce que j*ai vu?

Il y a quelques mois encore, TEurope était inquiète \ elle jugeait ces mesures prématurées; elle les condamnait, elle disait par ses organes les plus accrédités que rheure n'en était pas venue.

Oh ! moins que personne je suis porté à aller chercher chez l'étranger la règle de nos décisions intérieures; mais enfin vous n'êtes pas une puissance insulaire , vous ne vivez pas entre le Pacifique et l'Atlantique sans toucher à personne; vous êtes au milieu de monarchies séculaires, respectées, vénérées, dont votre premier devoir est de considérer les susceptibilités et les appréhensions. C'est à ce patriotisme républicain ainsi compris que vous devez déjà de voir donner son vrai rang, sa vraie place dans le concert européen à un État républicain si considérable et si nouveau, qui met la plus vieille nation de TËurope et 40 millions d'hommes en mouvement sous

310 OHAMBRB DBS DÉPUTÉS.

la seule influence de Topinion publique. (Appkatdim menti répétés à gauche et au centre.)

Oui, il a fallu examiner Tétat de TEurope et safoï ce qu'elle pensait. Eh bien, quand on s*est livré I cette enquête, toujours délicate, toujours un pec inquiète, et quand on rencontre devant soi des espriu courtois, ouverts, disposés, sous Tinfluence des leçons du malheur, sous l'influence des leçons de la fortune, à sentir que la France se refait et se restaure sagement, fortement, pacifiquement; lorsque, dis*je, on rencontre des hommes aussi avisés , solidaires d'oo certain ensemble européen , et qu'on a la bonne for tune de pouvoir les interroger, il faut faire grand état de leurs réponses*

Eh bien. Messieurs^ il n'est pas douteux, — eek faisait peut-ôtre aussi partie de Topportunisme, --ï^ ■ n'est pas douteux que, il y a six mois, les réponses n'étaient pas bonnes.

Aujourd'hui, vous avez rencontré le crédit et h confiance, au point de vue de vos ressources, de votre fortune matérielle ; vous êtes en train de retrouver Id crédit et la confiance, au point de vue de votre puissance morale et de votre stabilité politique. (Applaudissements.)

Quels sont donc maintenant sur cette question les sentiments de l'Europe? Je les ai recueillis, je les ai enregistrés. L'amnistie, nous dit-on, vous pouvez la faire ; elle n'efTraye plus l'Europe et elle vous débarrassera beaucoup. [Applaudissements pf^ohngés.)

Je crois. Messieurs, que je vous devais ces impressions, je crois que je vous devais cette clarté; je vous les ai apportées sincèrement et librement, avec mon caractère personnel, avec mon caractère de mandataire du peuple, et c'est par là que je termine.

Oui , je représente ici , et depuis tantôt douze ans, le quartier de Paris où la démocratie la plus vaillante pi la pjys ardente tient à la fois ses ateliers et ses

assises, les uns pour travailler, les autres pour penser. Elle a été très souvent, — elle Ta été encore aujourd'hui et elle le sera demain, — calomniée, mal comprise, mal jugée.

Ce n'est pas à moi, qui suis son fidèle représentant et son plus vieux lutteur, qu'il faut apprendre ni ses défaillances, ni ses entraînements. Mais il y a une chose à laquelle je tiens, c'est à la liberté de mon jugement. Ils savent, là-haut, que je ne les ai jamais ni flattés, ni trompés.

Hier, ils ont fait une faute. Mais, Messieurs, est-ce que vous voudriez mettre en balance cette faute avec rintérôt dont tout à l'heure j'essayais de vous faire apprécier la force : la question de l'amnistie? Et ne voyez-vous pas que dans cette population de Belleville où on a répandu tous les ferments et toutes les excitations, il y a des hommes, — je les connais, — qui sedisent partisans de l'amnistie et qui veulent l'empêcher? (Très bien! très bien! Vifs applaudissements.)

Eh bienl je vous le dis, l'élection de Trinquet, c'est la dernière manœuvre d un parti dans la main duquel on va briser l'arme nécessaire et unique. L'élection de Trinquet, de Trinquet qui, heureusement, a été gracié, de Trinquet qui a payé pour beaucoup d'autres, de Trinquet qu'on appelait fout à l'heure le galérien, de Trinquet, — je peux bien le dire avec le sentiment de ce que vaut ici un pareil témoignage, — de Trinquet qu'on eût dû faire revenir plus tôt, car il était de ces galériens qui sont allés au bagne, non pas pour les crimes qu'ils avaient commis, mais pour la solidarité qu'ils avaient acceptée et que d'autres, plus heureux, plus habiles, avaient déclinée par la fuite... {Ap^ plaudissements,)

Dans un quartier de Paris où ses amis se trouvent encore, où sa femme^ son fils tendent tous les jours les mains vers leur époux, vers leur père, est-ce qu'il était possible, est-ce qu'on pouvait humainement

3X1 CHAMBRE DES DËPCrËS.

croire que les compagnons, que les Toisins, que Ir^î amis ne prêteraient pas les mains à ceux qui venaienl leur dire que le vrai moyen de faire revenir Trinquet, c'était de le nommer conseiller municipal? Est-ce que vous pouviez empScher que cette propagande réussit? Est-ce que vous ne sentez pas que vous devez couper court k de pareilles suggestions et à de semblables entraînements! {Très bien! très bien!) ,Non, Messieurs, lorsqu'on voudra examiner cette minuscule question de l'élection du Përe-Lachaise, ]c no pense pas que, ni ici ni ailleurs, on puisse en Taire un argument sérieux contre la mesure nécessaire, U mesure d'État, la loi politique qu'on vous propose.

On a dit, et on a dit avec raison, — cela saute aui yeux, — que le 14 juillet étant une fête nationale, un l'Sndez-vous où, pour la première fois, l'armée, orgueil légitime de la nation, se trouvera face à face avec le pouvoir, où elle reprendra ces drapeaux, hélas! si odieusement abandonnés... (£rat)05 et applaudissemenH prolonges)... oh! oui, il faut que Ce jour-là, devant la patrie {Nouveaux applaudissementi), il faut qu'à la face du pouvoir, en face de la nation représentée par ses mandataires fidèles, en face de cette armée, « suprême pensée >>, comme disait un poète qui. lui aussi, dans une autre enceinte, devant tout le monde, avait plaidé la cause des vaincus (Applaudmements), il faut que vous fermiez le livre de ces dix années, que vous mettiez la pierre tumulaire de l'oubli sur les crimes et sur les vestiges de la Commune, et que vous disiez à tous, à ceux-ci dont on déplore l'absence, et k ceux-là dont on regrette quelquefois les contradictions et les désaccords, qu'il n'y a qu'une France et qu'une République. (Acclamalions et applaudisiements prolongés. — Un grand nombre de membres se lèvent de leur place et iempressent autour de Poraleur pour te féliciter lartqu'U descend de la tribune.)

SUR

LF. RÉTABLISSEMENT DU SCRUTIN DE LISTE Prononcé le 19 mai i88A

A LA CHAMHRr: DES DK PUTES

Messieurs, permettez- moi d'abord de remercier mon excellent collègue, M. de Valfons, d'avoir bien voulu me céder son tour de parole pour répondre à Torateur distingué qui descend de cette tribune.

Messieurs, si j'entre dans ce débat, croyez bien que ce n*est pour répondre ni à des allusions, ni à des insinuations personnelles. Je pense que je n'ai à me défendre ni devant la Chambre, sans distinction de partis, ni devant le pays, des visées qui seraient criminelles, si elles n'étaient ridicules, qu'on s'est plu à me prêter dans cette grave question du régime électoral de la démocratie républicaine. Je parle ainsi pour couper court à des propos indignes de républicains. Quel que soit le mode de scrutin que vous adoptiez, que vous mainteniez la législation existante, si vous la croyez bonne et profitable pour le pays, ou que, revenant, au contraire, à la tradition de vos devanciers, vous rameniez le scrutin de liste, si la délibération vous éclaire, soyez convaincu que l'homme qui est devant vous se gardera de chercher dans des compétitions électorales ou dans les brigues du suffrage universel je ne sais quels conflits, quel antagonisme indignes de son parti, et indignes de lui-môme. [Apjilaudmements.)

J'ai pris à la Constitution de 1875, à l'heure difficile où elle était arrachée au patriotisme de tous, mais aux regrets de quelques-uns et aux généreuses ardeurs

3tt CHAMBRE DBS DÉPUTÉS.

des autres, j*ai pris, dis-je, une part trop grande, pori ne pas être le plus soucieux et le plus respectuei^ serviteur de celle Ck)nstilutîon que je crois, potir!^ bien du pays, devoir défendre, dans toutes ses parli^i même contre des revisions que je considère comE^ prématurées. (Très bien! très bien!)

Par conséquent, loin de moi. Messieurs, la pensée de chercher, par des élections qu*on a osé qualifier de plébiscitaires, à mettre en échec, à atténuer dansmif mesure quelconque Tautorité et le prestige da poum exécutif qui est le représentant du pays tout entière! qui, jusqu'à l'heure marquée par la loi, doit ponm s'épanouir dans tout son prestige et dans toute soc autorité. (Applaudissements,)

Gela dit, je n'entre pas dans le débat pour faire db discours d'apparat : je demande à mes collègues dt me permettre d'y intervenir au fur et à mesure que les nécessités s'imposeront à ma conscience.

Je viens, en ce moment, répondre aux arguments que développait tout à l'heure mon ami et mon collègue, M. Roger, un collègue que nous avons recrulé récemment, et qui prouve par lui-môme, je le é^s en passant, qu'en effet le scrutin d'arrondissement peut avoir souvent la main heureuse.

Mais qu'il me permette de lui dire que peut-être les exemples qu'il a empruntés, soit au passé de iS4S, soit au passé plus récent de l'Assemblée nationaie de Versailles, ne lui sont pas aussi familiers qu'à moimême, et qu'il se pourrait bien que, précisément en invoquant ces précédents, il eût fourni l'argument décisif pour le rétablissement du scrutin de liste.

Je laisse de côté 1848 ; l'Assemblée constituante de cette époque est au-dessus de toutes les attaques et de toutes les critiques, qu'il s'agisse de son esprit ou de son cœur. Le cœur des assemblées, tout le monde en est juge, mais l'éclat du talent, le prestige des caractères!... Quel était donc le talent, le génie, Thomine

[tique illustre qui ne siégeait pas dans TAss^mblée :-^1848, à part M. Guizot?... Je les y vois tous. {Très •^ i/ très bien!)

; ^eur politique appartient aux disputes des hommes, -lis non Tascendant de leur esprit, de leur autorité. r crois que, depuis la Convention, l'Assemblée de

• " 48 est la plus grande assemblée qu'ait eue la France. ■ -Quant à celle de 1849, il ne faut pas oublier qu'elle

• t sortie d'un scrutin de liste tout à fait spécial, d'un .rutin de liste sans majorité absolue, qui n'imposait as môme la nécessité de réunir le quart des électeurs

'àscrits, d'un scrutin de liste, par conséquent, qui n'a ien de commun avec celui que nous vous proposons. V'est vrai! cest vrai!)

Au milieu des ardeurs et aussi des malheurs qui ivaient signalé le retour de la République parmi nous, il y avait eu, Messieurs, — et malheureusement, on en voit encore aujourd'hui, mais à des degrés moindres, — des divisions douloureuses dans le parti républicain^ et comme il y avait deux listes, d'une part, une liste modérée, ou dite telle, et qu'on n'exigeait pas lamajorité absolue au premier tour de scrutin, d'autres plus avisés glissaient des listes intermédiaires de candidats, qui ont été élus représentants et qui ont conduit le pays, par une série de votes et de fautes, à la dictature.

Mais, Messieurs, nous ne vous proposons pas ce genre de scrutin de liste; au contraire; et si vous vouliez rétablir le scrutin de liste de 1849, je dirais : je préfère le statu quo. Ce que nous demandons aujourd'hui, c'est ce que, mettant à profit l'expérience, nous avons demandé de tout temps^ depuis cette époque déjà lointaine.

Quand je suis entré dans la vie publique, àla pre^ mière réunion que nous avons eue avec les membres du parti républicain qui siégeaient dans le Corps législatif, on a discuté la possibilité de solliciter de

8f4 CHAMBRB DBS DÉPUTÉS.

cette Assemblée législative de Tcmpire une modification au régime électoral, et nous avons, après de longues discussions, qui se tenaient sous la présidence de rhonorable chef actuel de TÉiat, H. Joies jGrévy, nous avons déposé une proposition tendant au rétablissement du scrutin de liste, proposition parfaitement inconstitutionnelle, je le reconnais... {liimi droite)^ car elle allait directement, — c'est là ce qu'on nous a opposé, fort légalement d'ailleurs, — contre un des cinq points fondamentaux de la déclaration césarienne du mois de décembre 1851, qui prit plus tard rang dans les textes constitutionnels.

Mais nous considérions que ce scrutin de liste était une nécessité traditionnelle de nôtre parti. Il n*y eut pas de contestation sur ce point, ni parmi nous, ni dans l'opinion.

Lorsque les événements amenèrent au pouvoir ou les signataires de la proposition, ou les amis des homndes qui formaient à ce moment-là l'opposition, et qu'on pensa à convoquer le peuple pour l'éleetioD d'une assenlblée, on n'hésita pas, il n'y eut pas l'ombre dune discussion : ce fut le scrutin de liste qui fut décrété. {Très bien! très bien/)

Je le dis en passant, mais vous imaginez-vous ce qu'aurait été une consultation du pays au mois de février 1871 sous les pas de l'invasion, au milieu do désarroi général des esprits et des caractères, si on ne l'avait pas consulté par le scrutin de liste? Que soraitril arrivé? {Très bienl h*ès bien!)

Mais voyez ce qui se passa dans l'Assemblée de Versailles. S'il est certain que l'Assemblée de Versailles n'était pas faite pour faire admirer le régime électoral d'où elle était issue, je n^en pense pas moins qu'il faut accepter les résultats des consultations du suffrage universel ; c'est au pays à réagir contre ses propres défaillances, contre ses propres chutes, quand il en a commis et qu^il s'est laissé totober.Et, on effet,

réaction ne se fit pas attendre. Heureuse et bienisante réaction! Dès le mois de juillet, après ces lagnifiques élections municipales, faites au scrutin B liste, elles aussi, qui furent la reprise de possession B la France par elle-même, au lendemain de la guerre ivile, alors que Ton voyait encore les lueurs de Tinendie s'élever au-dessus de la capitale embrasée, la 'rance conserva son sang-froid ; et, de môme qu'elle vait installé dans ses municipalités des républicains it des patriotes, de même elle envoya, à la grande oie du pays tout entier, plus de 114 députés, enten- ]ez-le bien, parmi lesquels ne figuraient que sept monarchistes.

Vous imaginez-vous, Messieurs, que si, ce jour-là, 3n avait consulté la France par la voie du scrutin i'arrondissement, l'autorité du verdict eût été aussi décisive qu'elle l'a été, qu'elle eût eu l'immense influence qu'elle a eue sur le chef du pouvoir exécutif et sur les partis ?

Non, Messieurs, détrompez-vous, on eût considéré le scrutin par arrondissement comme une sorte de miroir brisé oîi la France n'aurait pas reconnu sa propre image. {Applaudissements.^

Et alors, Messieurs, que s'est-il passé? Le voici : Pendant cinq ans, de 1871 à 1875, jusqu'au 31 décembre, toutes les fois qu'on a consulté le pays pour pourvoir à une vacance causée par une mort ou par une démission, ou par toute autre cause, bénéfice immense le lendemain, quand, à la place d'un monarchiste, un républicain entrait dans l'Assemblée de Versailles, et l'élection de ce républicain avait la puissance de toute la voix du pays et non pas celle d'un simple arrondissement {Applaudissements) ; la leçon était telle, la puissance de cette démonstration était si irréfragable que la Constitution de 1875 en est sortie, et que si vous avez la République, c'est à l'autorité du scrutin de liste que vous la devez.

ISe CUAMBRK DBS DÉPUTÉS.

J'y étais, je Tai va. Aussi permettez-moi, mon cher collègue^ vous qui êtes un dernier venu parmi nous. et certes un des meilleurs, permettez-moi de voa> dire que j*ai assisté à révolution de certains élus du scrutin de liste vers le scrutin d'arrondissement.

C'est une histoire instructive et qui mérite, je crois, de vous être racontée.

Un jour, alors qu'onavaitrenverséTillustreM.Thiers, qui, lui aussi, avait été autrefois partisan du scrutin d'arrondissement, mais qui, vaincu par l'évidence et rallié à la nécessité de faire une Constitution, s'était, à son tour, rallié au scrutin de liste, — demandez-le à M. de Marcère! — eh bien, ce jour-là, il arriva qu'on inscrivit le scrutin de liste dans un projet de loi préparé par M. Thiers. — M. Cochery est là, il peut vous le dire, car il le sait bien ! Et qu'est-ce qu'on apprit? On apprit qu'il serait nécessaire de lutter contre une certaine fraction de la droite de l'Assemblée, qui, changeant d'avis, proposait de substituer le scrutin d'arrondissement au scrutin de liste inscrit dans le projet de loi, et voici à la suite de quels événements:

On avait eu Tordre moral, on avait changé, révoqué, — je ne m*en plains pas, c'est l'exercice légitime d'un pouvoir qui veut être sincère, — tout ce qui, de près ou de loin, représentait dans l'administration une idée libérale, démocratique, républicaine. On était donc en possession de cet instrument merveilleux de centralisation qui peut devenir un instrument de pression, quand on est résolu à en user, et qu'on le fait avec une certaine habileté, et on n'avait pas reculé devant l'emprunt à faire aux hommes expérimentés que l'empire avait légués à l'ordre moral ; on avait, dans certains départements, que je ne veux pas nonamer, — • mais que je nommerai si l'onm'y force, — on avait, de la façon la plus ouverte, la plus déclarée, la plus nette, essayé delà candidature officielle; malgré

tout, elle n'avait pas réussi, et le rapporteur, — que je ne nommerai pas à moins qu'on n'y tienne absolument (SouWres), — avouait ingénument et confessait que décidément le scrutin de liste et la candidature ofûcîeWe ne pouvaient pas coexister. {Rires et marques (tas^ntiment sur divers bancs à gauche et au centre,)

Mors la droite avait trouvé son chemin de Damas, et il fallait au plus vite se débarrasser du scrutin de liste. Ohl je ne parle pas de toute la droite, je dis une fraction de la droite, et je la ferai suffisamment connaître en rappelant qu'elle envoya un des deux frères Lefèvre-Pontalis, M. Antonin Lefèvre-Pontalis, à la tribune. {Rires à gauche,)

C'est l'amendement de M. Antonin Lefèvre-Pontalis

qui a établi le scrutin d'arrondissement, qui l'a établi

dans le but que je viens d'indiquer, pour parer au péril

où était la candidature officielle, dont on méditait de

se servir.

Et ce jour-là, que vit-on? On vit, d'un côté, tout le parti républicain sans exception, sans une abstention, sans une défection, les vieux comme les jeunes, les ardents comme les modérés, et on vit de l'autre ^ tous les autres... les non républicains I {Nouveaux rires.)

Eh bien, nous avons lutté, nous avons été vaincus. Et qu'est-ce qui a triomphé? Ah I ce qui a triomphé, c'est la candidature officielle, c'est la politique de M. Buffet, c'est le septennat avec toutes les épreuves par lesquelles vous avez passé. {Très bien! très bien! au centre et à gauche.) \, Mais qu'arriva- t-il dès les mois de janvier et de fé-

vrier 1876? Alors on avait le scrutin d'arrondissement, le petit champ clos, la vigne du Seigneur, qu'on allait cultiver, biner, arrachant les mauvaises plantes, — c'est-à-dire vous, Messieurs I — on avait toute la force de pression de la machine administrative; on allait livrer bataille : dans quel intérêt, dans quel but? Était-

328 CHAMBRE DBS DfiPUTfiS.

ce pour affermir la constitution, pour affermir la République, pour augmenter la majorité républicaine qui était née des difOcultés de la Teille?

Oh ! non, on nous Tavait déclaré sans ambages^ avec un abandon de paroles que certains trouvaient sarcastiques et que, moi, je trouvais cyniques. {Très bien! très bien/ à gauche et au centre.)

On nous disait simplement : Votre majorité, c*est très bien I Vous nous avez servi un jour, mais désormais je ne vous connais plus; votre majorité, je n'en veux pas, et je suis là pour la défaire! — M. Ricard, de regrettable mémoire, le rappelait dans son discours sur le scrutin de liste. — Nous avons le scrutin d'arrondissement, nous allons nous en servir.

Et on s'en servit. Mais la France, encore tout imprégnée des luttes du scrutin de liste, à Taide duquel elle avait voulu faire triompher sa volonté... {Protestations à droite. — Applaudissements à gauche et au ce»tre), la France n*hésita pas; elle envoya, à travers les mailles serrées du filet administratif, elle envoya siéger dans cette enceinte cette forte majorité que vous constituez. {Très bien/ très bien/ au centre,)

Eh bien, croyez-vous que le pouvoir s'avoua vaincu par le pays? Oh! non; il ne dit qu'une chose dont nous avons retrouvé la trace partout, et dont du reste sa pratique officielle donne «ne preuve éclatante : il dit que le pays s'était trompé, qu'on n'avait pas nettement posé la question, qu'on n'avait pas osé déclarer la candidature officielle ouvertement, publiquement, et qu'il fallait recommencer. Et alors, comptant précisément sur les ressources de ce scrutin d'arrondissement, on fit la dissolution, pour essayer si la candidature officielle, pratiquée largement et d'une façon éhontée, ne pourrait pas avoir raison des volontés du pays. {Applaudissements, — Bruit à d?'oite.)

Ecoutez, Messieurs, écoulez I C'est ici que j'arrête mon honorable contradicteur. Il nous dit, en effet :

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