JUILLET 18». 4S
r Angleterre, et qui non seulement Tenvisagent, mais le disent; qui non seulement le disent, mais qui font imprimer qu'un tel conflit ne les effrayerait pas trop, de telle sorte que si ce vertige pouvait être pris au, sérieux au delà du détroit, vous vous trouveriez pour le coup en pleine aventure. {Mouvement.) Messieurs^ quand je regarde l'Europe, cette Europe, dont il a été si grandement question aujourd'hui à cette tribune, je remarque que depuis dix ans il y a toujours eu une politique occidentale représentée par la France et l'Angleterre, et permettez-moi de dire que je ne connais pas d'autre politique européenne capable de nous être de quelque secours dans les plus terribles hypothèses que nous puissions redouter. (Applaudissements à gauche et au centre.) Messieurs, ce que je vous dis aujourd'hui, je le dis avec le sentiment profond de la clairvoyance de l'avenir. {Murmures à textrême gauche.) Ceux qui m'interrompent viendront ici donner les raisons qui les autorisent à croire que ma parole est sans crédit dans le domaine des affaires extérieures ; mais j'ai le droit de dire qu'avant comme après la guerre de 1870, jamais je n'ai eu de préoccupation plus constante, entendez-le bien ! supérieure à la fois aux intérêts personnels et aux intérêts de parti, que celle de la sécurité de la patrie {Profond mouvement), et je me détesterais, je m'interdirais à jamais l'honneur de parler devant mon pays si je pouvais mettre quelque chose en balance avec son avenir et sa grandeur! {Applaudissements prolongés à gauche et au centre.) Ëh bien, j'ai assez vu les choses pour vous dire ceci : Au prix des plus grands sacrifices, ne rompez jamais Talliance anglaise. Ohl je sais ce qu'on peut alléguer; il faut en finir ici avec les équivoques, et je ferai connaître toute ma pensée ; — je suis certainement un ami éclairé et sincère des Anglais, mais non pas jusqu'à leur sacrifier les intérêts français. D'ailleurs, soyez convaincus que les Anglais, en bons politiques
tfS CHAMBRE BE8 DÉPUTÉS.
quMIs sont, n'estiment que les alliés qui savent se faire respecter et compter avec leurs intérêts. (Applaudàsementi à gauche et au centre.)
Et précisément, — je livre toute ma pensée, car je n*ai rien à cacher, — précisément ce qui me sollicite ùTalliance anglaise, à la coopération «anglaise dans la Méditerranée et en Egypte, c'est que ce que je redoute le plus, entendez-le bien! — outre celte rupture néfaste,— c'est que vous ne. livriez à l'Angleterre, el pour toujours, des territoires, des fleuves et des passages où votre droit de vivre et de trafiquer est égal au sien. (Applaudissements à gauche et au centre.)
Ce n*est donc pas pour humilier, pour abaisser, pour atténuer les intérêts français, que je suis partisan de l'alliance anglaise ; c'est parce que je crois, Messieurs, qu'on ne peut efficacement les défendre que par cette union, par cette coopération. S'il y a rupture, tout sera perdu.
Voilà, Messieurs, dans quel esprit je voterai les crédits : c'est parce que vous avez dit que vous reveniez à l'alliance et à la coopération anglaise, et que vous avez mis hier la signature de la France au bas d'une convention nouvelle avec l'Angleterre.
Je vous donne cet argent; — je crois qu'il sera insuffisant, mais je vous le donne avec cette conviction que la Chambre ratifie aujourd'hui, non p&s un vote de crédit, mais un vote de politique et d'avenir, la Méditerranée restant le théâtre de l'action française, et l'Egypte étant arrachée au fanatisme musulman, à ces chimères de révolutions...
A droite. — Très bien I
M. Gambbtta. — ...à ces entreprises d'une soldatesque de caserne, pour rentrer dans l'orbite de la politique européenne. Voilà pourquoi je donne l'argent, et voilà pourquoi mes amis peuvent voter avec moi. {Doubk salve d^ applaudissements répétés et prolongés,)