JUILLET1882. 42S
xiement de la République française il y a un devoir étroit qui s'impose à ceux qui ont Thonneur d'être les dépositaires du pouvoir, c'est de ne pas laisser amoindrir dans leurs mains le patrimoine de la France; et c'est justement parce que ce patrimoine est ancien, qu*il n'eji est que plus sacré! {Vifs applaudissements,) JLiOrsque vous serez allés au Caire, — et peut-être beaucoup plu$ loin encore; car qui sait si on ne se réserve pas de vous faire voir beaucoup de pays? {Sourires), — vous serez là, non plus pour venger votre injure, non plus pour rétablir vos nationaux, non plus pour maintenir une situation que tout le monde se plaisait à reconnaître, ^M. de Bismarck lui-môme, — comme privilégiée, comme exceptionnelle, car lorsquHl envoyait faire des réclamations à côté de Yous, avant tout il se plaisait à reconnaître et à saluer votre grande position dans ce pays.
Ahl je sais bien qu'on dit: M. de Bismarck, il a à la fois toutes les habiletés et toutes les suggestions; toutes les fois que la France a un intérêt, ou un dessein, ou un désir, s'il se trouve, par hasard, que la politique allemande n'y est pas directement* contraire, il faut se méfier. Le piège consiste à présenter à la France comme le résultat d'un encouragement et comiïie une exhortation de la politique allemande ce qui est la défense traditionnelle, antique, de ses plus grands intérêts.
Messieurs, il y a eu un temps où cette politique existait, et cependant alors il n'y avait pas de Prusse. L'histoire est là pour en déposer : toutes les fois qu'une nation militaire a conquis une certaine hégémonie dans le monde, elle se mêle volontiers de beaucoup de choses; mais c'est justement un hommage à rendre à ce politique aussi ferme et aussi maître de lui-même qu'audacieux à certaines heures, qu'il ne s'occupe que des choses qui se rapportent directement à l'intérêt allemand.
- ••^* li*
4U CHAMBRE DR8 DÉPOTfiB.
Or, il a dit et répété bien souYent que tontes ces. querelles « ne yalaient pas les os de la carcasse d'im^ Poméranien ». On Toublie trop. U ne faut pas mettre M. de Bismarck dans toutes les combinaisons et dao^ toutes les affaires. N'agissez que d'après votre intérêt mûrement étudié, 'mûrement délibéré: quant à Tétranger, on en parle beaucoup trop et dans des seD5 trop divers pour la détermination des calculs de h politique qui doit le mieux servir les intérêts de U France. ( Vifs applaudmemenU.)
Eh bien, quand vous serez aJlés là-bas comme les mandataires de la conférence, qu'est-ce que vous y ferez? Vous me dites : Oh ! nous n'irons pas sans pré^ cautions ni sûreté, comme vous le croyez; nous avons. pris nos garanties, nous en prendrons encore; nous dirons au concert européen : Vous nous désirez pouTy exécuteurs de vos hautes œuvres, mais vous ignorez peut-être qu'il y a en Egypte un parti nationaL
Oui, on a découvert que ce peuple qui, comme le disait Bonaparte, depuis quarante siècles est esclave, est à la veille de créer ou de retrouver les principes de 1789 dans les hypogées des Pyramides. [Rires appwbatt'fs. — Murmures à texlrême gauche*)
M. Gaillard. — - Ne raillez pas ces choses-là! Tous les peuples ont eu leur aurore de liberté I [Bruit)
M. Gambktta. — Taisez- vous. Monsieur, vous n'avez , pas la parole ! [Vives réclamations à F extrême gauche,)
Un membre. — Qui est-ce qui préside ici?
M. LE PRÉSIDENT. — Je VOUS prie, Messieur^, de no pas interrompre^ ^i vou3 n'interrompiez pas, vous n'entendriez pas des paroles comme celles qui vous ^ ont blessés. .
M. Gambetta. — Je disais, Messieurs, qu'on ne s'est pas contenté^de vous affirmer qu'il y avait un parti national, que je vous décrirai si vous voulez ; on vous a dit qu'il y avait là une jeune nationalité ; et alors, probablement parce que l'application de ce principe
* 18 JUILLET 18«2. , ISf
iS rxationalités nous a été excessivement favarabîci 1 so propose de sauver des eaux du Nil la jeune na^ 3Xi.a.lité égyptienne. {Sourires approbodifs.) AiCessieurs, ce n'est pas pour la nationalité égyp- Bnràe ni pour le compte du parti national qu'il iaut 1er en Egypte, c'est pour la nation française... [Très len I très bienl)^ pour cette nation française dont on r en ait si éloquemment en main la défense à cette ri\>vino, et qui aujourd'hui, comme on vous le disait €>xxt à l'heure, promène une vie errante et misérable .wir toutes les côtes de la Méditerranée.
Quand vous serez là, aux prises, vous aurez leai anglais en face de vous; et alors, ne vous y trompez pas, et rappelez-vous que les Anglais ont pour habi* Lude ^e distinguer entre les peuples. D'une part, il y a les peuples qu'ils considèrent comme les nations d'une race analogue à la leur et qui peuvent jouir des iiis^ti* tutîons de la libre Angleterre; c'est l'Australie; c'est le Canada; ce sont les pays oii il y a véritablement UQ peuple, avec ses couches successives, avec ses traditions, avec sa langue propre ou ses aptitudes déjà formées.
. A ceux-là, les Anglais donnent des institutions qui, peu à peu, émancipent ces faces et en font pour ainsi dire les sœurs cadettes de l'Angleterre. Mais il y a d'autres races, paraît-il, dont la caractéristique, aux yeux de l'Angleterre, a toujours été d'être dominées, de vi\Te sous le bâton, et qui ne sont bonnes à devenir peuple qu'à la condition de ne pas être livrées à toute espèce de sollicitations venues du dehors.
Messieurs, on parle de nationalité ; mais la nationalité, cela ne s'invente pas; et cependant 'ici, dans la question. qui. nous occupe, on trouverait facilement les docteurs es sciences parlementaires qui sont allés en Egypte semer et faire fructi^er c^tte graine nou* velle du parti national. {Sourires sur divers bancs.) Je vous assure que si on vous faisait |eior t^iofmihiei
tM CHAMBRB DBS DÉPITrÉS.
TOUS seriez fort étonnés de voir qnels sont les partifli de la nouvelle nationalité égyptienne. {Rires ofproU^ sur divers bana à gauche et au centre.)
Oui, Messieurs, on les connaît; ils entrent mêizv volontiers en relations avec les hommes politiqaes; personne n*ignore, — je l'ai moi-même mentionné dam une dépèche du Livre jaune, — où Ms ont le siège de leurs opérations et quel prix ils y mettent.
Messieurs, quand vous serez là, vous y trouverex cette Angleterre qui connaît le feUah, qui sait quelle somme de libre examen et de préparation civique Uj a dans cette race depuis les Uyksos et les Pharaons jusqu'à nos jours ; les Anglais vous diront qu*ils ne sont pas du tout partisans de cet ordre de civilisatioD.
Peu à peu, — car ils sont déjà sur place et vous sV êtes pas encore, — peu à peu, ils s'apercevront que les intérêts qu'ils ont à défendre là-bas sont mis en question par les nébuleuses et chimériques rêveries du parti national, et vous arriverez avant longtemps. — si telle est la condition de notre intervention en Egypte, — à un conflit qui ne tardera pas à devenir assez aigre.
Mais je sais que, malheureusement, il est des pe^ sonnes, — il y en a même dans cette Chambre, —qui ont envisagé avec sang-froid l'hypothèse d'un conflit avec l'Angleterre. Ce sont les mêmes personnes, d'ailleurs, qui trouvent qu'Arabi pacha est une force extrêmement redoutable... {Sourires sur divers bancs i gauche), que l'armée égyptienne réclame au moins 50,000 Français pour être dissipée.
Oui, ce sont les mêmes hommes qui ne voulaient pas, lorsque c'était relativement facile et lorsqu'on pouvait le faire au plus grand avantage de l'honneur, de la civilisation, des intérêts sociaux, des intérêts moraux et matérieb, ce sont ces mêmes hommes qui ont envisagé de propos délibéré, sans éprouver aucune angoiaM j^alriotique, k possibilité d\ui conlit a?8C