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Discours et plaidoyers choisis de Léon Gambetta. Avec une notice biographique

Léon Gambetta naquit à Caliors le t avril 1838. Son père, originaire de Gênes, était épicier. Sa mère, Oréasie Massabie, descendait d'une vieille famille bourgeoise du Quercy. Il était par excellence un fils de ces nouvelles couches sociales dont il devait proclamer et diriger l'avènement avec tant d'éclat.

Après avoir fait de rapides et brillantes études d'abord au petit séminaire de Montauban, puis au lycée de sa ville natale, Léon Gambetta vint à Paris pour suivre les cours de l'École de droit et se livrer, selon le désir de sa mère qui lui avait appris à lire dans les œuvres d'Armand Carrel, à sa passion déjà dojuinantc pour la politique. Inscrit au barreau en iSGO, il débuta bientôt avec succès, mais sans se laisser éblouir par ses premiers triomphes oratoires, et continua à développer par d'immenses lectures une instruc- 11 qu'il sentait incomplète. On a beaucoup glosé sur les 'Mgues stations du jeune avocat au café Procope, et de "vibreuses légendes plus ou moins inexactes ont couru l' les années crapprcntissayc de Gambetta. On n'a presqne 'u dit du travail acharné auquel il s'appliqua sans rolAcbc MS le modeste appartement que tenait soiî ©xcellente

n NOTICE BIOGRAPHIQUE.

tante et où il ne recevait que des amis d'élite. C'est pourtant ce labeur passionné et méthodique à la fois qui sera digne de fixer un jour l'attention d'un véritable historien. Dans les cafés, à la conférence Mole dont il fut deux fois président, à la conférence du stage dont il fut le troisième secrétaire, Gambetta ne faisait guère qu'ouvrir une écluse aux pensées qui s'agitaient dans son ardent cerveau. .Mais ce n'était que la moindre partie de son existence. Peu d'hommes sont entrés mieux armés que lui dans la vie publique. Et c'est. lui-même qui s'arma. 11 n'a réellement paru sur la scène qu'après avoir parachevé une éducation littéraire, historique, économique, politique et militaire qui faisait, dès i86o, l'admiration des vieux hommes d'État, de Thiers qui eut pour lui, de très bonne heure, un goût très vif, de Crémieux dont il fut le secrétaire favori, de Jules Favre. Il suivait avec assiduité les séances du Corps législatif, dont il rendit compte, pendant quelque teinpi^. dans VEurope. 11 s'appliquait à connaître et à comprendr^^ les hommes importants de tous les partis. 11 voyagea deux fois en Orient, et ne voyagea pas en simple touriste. 11 voulut toujours voir et savoir par lui-même, et méditai] t profondément sur les causes qui avaient fait échouer la tentative républicaine de 1848, il s'appliqua à dégager des nuages une conception claire et pratique de la démocratie.

Ce fut aux élections générales de 1863 que Gambetta fit son premier acte de politique un peu éclatant, en soutenant avec énergie dans le sixième arrondissement, qui était le quartier des Écoles, la candidature, simplement libérale, de Paradol. Il a toujours été très fier de cet acte d'indépendance qui lui créa, dès lors, une place à part dans le camp républicain. Cette campagne n'a pas été moins caractéristique de son tempérament d'homme d'État et de sa ligne générale de conduite que ne le fut, quelques années plus tard, sa foudroyante intervention dans l'affaire Baudin.

Le procès Baudin porte la date du 14 novembre 18(58. M. Pinard, ministre de l'intérieur,, avait fait poursuivre de- ! vaut la police correctionnelle MM. Challemel-Lac9ur,rédac- 1 teur en chef de la Reoue Politique, Peyrat, rédacteur en chef de ï Avenir National, Delescluze, rédacteur en chef du

N'OTICK BIOGRAPITIQUK. m

f\cveil, Charles Quentin, rédacteur dii môme journal, Duret,

rant du journal la Tribune, Gaillard père et fils, et Ahel

■vroulon, «sousTinculpalion d'avoir tous les huit, à Paris,

Jins le but de troubler la paix publique et d'exciter à la

]'<iine et au mépris du gouvernement, pratiqué des manœu-

l'S à l'intérieur». Ces manœuvres résultaient du fait d'avoir

ivert une souscription pour élever un monument à l'hé-

ïque représentant qui avait été tué sur les barricades de

Décembre. Delescluze savait que Gambetta, véritable chef

(]•' la jeunesse française, avait plaidé avec un grand talent

Ifaire des Sociétés secrètes, dite procès des 54, et l'af-

re des correspondants mexicains. Il se souvenait que

•inbetta avait gagné contre lui-même en 1863, après un

taarquable plaidoyer, un procès littéraire très curicwx

li engageait le droit de réponse. Il le désigna comme

avocat l'avant-veille de l'audience. Les défenseurs des autres

accusés étaient : Crémieux, Clément Laurier, Jules Favre,

M. Emmanuel Arago et M. Leblond.

Le plaidoyer pour Delescluze produisit un effet immense; il retentit à travers toute la France comme un coup de canon. Jamais un plus terrible réquisitoire contre l'Empire n'avait été prononcé dans un plus magnifique langage. Jamais encore le régime de Décembre n'avait été dénoncé avec plus de colère à la haine de tous les amis du droit et de la justice. Ce fut réellement le signal avant-coureur de la chute prochaine des Bonaparte. « La veille du procès , écrivait M. Henri Brisson dans la lieviœ Politique, on parlait de Sadowa, du Mexique, du pape. Le lendemain, on ne parla plus que du Deux-Décembre, et dévoilé, flétri dans son origine criminelle, l'Empire était condamné. » Léon Gambetta passa ainsi du premier coup au premier rang des républicains qui étaient l'espoir du pays. Berryer étant mort, les électeurs de Marseille offrirent sa succession à Gambetta. Le gouvernement impérial s'effraya, et il fut décidé qu'à la veille des élections générales, toutes les élections partielles seraient ajournées.

Ce ne fut pour Gambetta qu'un très court retard. Deux tîirconscriptions, la première du département de la Seine, et la première des Bouches-dii-BhAne, l'envoyèrent au Corps

législatif le 23 mai et le 6 juin 1869. Il fut élu à Marseille contre MM. Tliiers, Ferdinand de Lesseps et Barthélémy, et à Paris, contre M. Carnot, comme candidat irréconciliable avec l'Empire.

Le principe directeur de mes opinions et de mes actes politiques, d'sait-il dans sa profession de foi aux électeurs de Belleville, c'est la souveraineté du peuple, organisée d'une manière intégrale et complète ; il faut tout lui rapporter et il en faut tout déduire, les institutions, les lois, les intérêts et les mœurs mêmes ; scientifiquement appliqué, ce principe peut seul achever la Révolution française, et fonder pour toujours l'ordre réel, la justice absolue, la liberté plénière, et l'égalité véritable.

Gambetta devint rapidement l'un des chefs de la minorité républicaine du Corps législatif. Recherché par tous ses collègues sans exception pour la grâce charmante de son esprit et l'irrésistible attrait de son talent, il était par excellence, et même aux heures de l'opposition la plus violente, l'homme de gouvernement dans son parti :

Il faut surtout, écrivait-il le 24 avril 1870, s'attacher à dissiper les calomnies dont on couvre nos doctrines et nos aspirations. Il faut dire, redire et prouver que, pour nous, le triomphe de la démocratie fondée sur les libres institutions, c'est la sécurité et la prospérité assurée aux intérêts matériels ; la garantie rendue à tous les droits, le respect de la propriété, la protection des droits sacrés et légitimes des travailleurs, l'amélioration et la moralisation des déshérités, sans atteinte, sans péril pour les favorisés de la fortune et de l'intelligence. Dites bien que notre passion, c'est uniquement d'amener la justice et la paix sociale parmi les hommes; démontrez sans trêve, sans repos, que, seul entre tous les partis, le parti démocratique est réellement conservateur, libéral et progressif. Avec le triomphe de nos idées et seulement par ce triomphe, la France pourra clore l'ère des révolutions, et développer, au sein d'une démocratie régénérée et maîtresse d'elle-même, les admirables ressources de la patrie française.

Et dans une autre lettre de la même époque :

Je crois pouvoir résumer en deux lignes toute ma politique : faire prédominer la politique tirée du suffrage universel dans l'ordre intérieur aussi bien que dans la conduite des affaires extérieures; pour tout dire, au point de vue des circonstances

NOTICE BlOGRAPIII\)UE. v

actuelles, prouver que la République est désormais la condition mérae du salut de la France au dedans, et de l'équilibre européen.

Il avait dit de même dans sa profession de foi :

Démocrate radical, dévoué avec passion aux principes de liberté et de fraternité, j'aurai pour méthode politique, dans toutes les discussions, de relever et d'établir, en face de la démocratie césarienne, la doctrine, les droits, patibilités de la démocratie loyale.

Et il tint parole dans ses actes comme dans tous les discours qu'il prononça depuis son entrée au Corps législatif, dans celui dn 10 janvier 1870 où il dit aux ministres du prétendu Empire libéral et à leurs clients :

Vous n'êtes qu'un pont entre la République de 1848 et la République à venir, et ce pont, nous le passons.

Dans la magnifique harangue du 18 janvier, contre les prétentions insolentes de M. Ollivier à la confiance des républicains :

Il y a quelque chose que vous ne pourrez expliquer, pour la moralité française, c'est que votre changement d'opinion a co'incidé avec votre fortune.

Dans le charmant discours au banquet de la jeunesse, et surtout dans le discours du 5 avril contre le plébiscite. Ce jour-là, devant le ministère accablé, et au milieu de l'admiration générale de l'Assemblée pour le merveilleux génie d'orateur et de politique qui éclatait devant elle, Gambetta proclama sans ambages la République contre l'Empire. Il avait déjà dit le 10 janvier :

Ce que nous voulons, c'est qu'à la place de la monarchie, on organise une série d'institutions conformes au suffrage universel, à la souveraineté nationale ; c'est qu'on nous donne, sans révolution, pacifiquement, cette forme de gouvernement dont vous savez tous le nom : la République.

11 le répéta le 5 avril avec plus de force encore et d'éclat :

Il faut choisir entre le suffrage universel et la monarchie... En dehors de la réalisation de la liberté par la République, tout ne sera que convulsion, anarchie ou dictature... Je ne veux pas d'une

république mensongère, je veux d'une république réelle, et si l'on ne l'a pas essayée, c'est une raison de plus pour le faire.

Les avertissements de Gambetta furent perdus pour le suffrage universel comme pour le Corps législatif. Un ordre du jour de confiance fut voté au cabinet du 2 janvier et le sénatus-consulte fut approuvé le 8 mai par 7,359,142 oui, contre 1,538,825 non et 112,975 bulletins nuls. L'appel des gauches à la nation et à l'armée, à la veille du plébiscite, avait été rédigé par Gambetta. Les députés républicains disaient : (( La Constitution qu'on vous propose, c'est votre abdication qu'on vous demande. » Ce fut par l'abdication que le suffrage universel répondit, égaré et trompé une dernière fois par les hommes néfastes qui lui répétaient que l'Empire, c'était la paix.

Le 15 juillet,le gouvernement impérial déclarait la guerre à la Prusse.

Le plaidoyer pour Delescluze avait révélé dans Gambetta l'orateur de premier ordre ; le discours contre le plébiscite avait montré dans le jeune tribun l'homme d'État le plus puissant de son parti : il apparut, à partir do l'ouverture des hostilités contre l'Allemag-ne, comme le plus admirable patriote de son pays.

D'abord, après avoir joint ses efforts les plus éloquents à ceux de Tliiers pour obtenir du ministère une preuve, môme la plus faible, que la France avait été réellement insultée par le roi de Prusse dans la personne de son ambassadeur, que cette guerre était vraiment une guerre nationale et non une guerre dynastique, Gambetta se sépara avec éclat de ceux de ses collègues qui refusèrent de voter les demandes de subsides. « Quand la guerre sera déclarée, avait dit Gambetta, nous ne verrons devant nous qu'une seule chose : le drapeau de la patrie. » Et en effet, il ne vit plus autre chose. Après les désastres de Wœrth et de Spickeren, s'il fut le premier à signer avec Jules Favre la demande d'un

NOTICE BIOGRAPHIQUE. vu

comité de gouvernement élu par le Corps législatif « pour repousser l'invasion étrangère », — demande qui, si elle avait été adoptée dès le iO août, aurait pu sauver la patrie, — Gambetta fut aussi le plus énergique à repousser avec colère les avances des démagogues qui ne cherchaient dans les malheurs de l'armée qu'une occasion de trouble et d'insurreclion. L'échauffourée de la Villette fut flétrie par lui en termes indignés (séance du 17 août), et le ministre de la guerre n'eut pas d'avocat et même de collaborateur plus dévoué que lui, pour toutes les mesures qui avaient trait à l'organisation énergique de la défense et à l'expulsion de l'étranger.

Il montait presque chaque jour à la tribune du Corps législatif pour y prononcer des paroles dont la sagesse et le patriotisme allaient droit au cœur de la France. Le 10 août, il réclama l'armement immédiat de la garde nationale; le 12, l'armement immédiat de Paris; le 13, la discussion et l'adoption de la proposition de Jules Favre :

Il faut savoir si, ici, nous avons fait notre choix entre le salut de la patrie ou le salut de la dynastie.

Puis ce fut lui qui annonça au Corps législatif l'entrée des Prussiens à Nancy (14) ; il demanda la permanence de l'Assemblée (lii), réclama l'application énergique de la loi sur les étrangers (17), insista avec énergie pour le projet de loi relatif à l'activité des militaires de tous grades et la proposition des gauches de mettre le recrutement et l'armement de la garde nationale de Paris dans les attributions du général ïrochu (27 et 29). Le gouvernement cachait les nouvelles de la guerre; il les réclama avec passion :

Savez-vous, Messieurs, ce que je pense? c'est que vous êtes tout à fait patriotes, mais aveugles, je le dis dans la sincérité de mon âme. Eh bien ! j'estime que nous avons fait assez de conces- Eions, que nous nous sommes assez tus, qu'on a trop longtemps jeté dans ce pays un voile sur les événements qui se précipitent et fondent sur nous. J'ai la conviction intime que ce pays court vers l'abîme sans en avoir conscience.

Il roula en effet au gouffre : Tarméc, emprisonnée dan§ Spdan, fut livrée par l'Empereur au Roi de Prusse,

v::i NOTICE BIOGRAPHIQUE.

Ce fut dans la nuit du 2 au 3 septembre que le ministère reçut la première dépêche de la capitulation de Sedan, et la nouvelle se répandit le lendemain dans Paris. Le patriotisme de Gambelta grandit avec le désastre. Comprenant à merveille quelle serait, en face de Tinvasion triomphante , la faiblesse origiuelle d'un gouvernement issu d'une insurrection, il aurait voulu que le Corps législatif eue le courage de proclamer lui-môme la vacance du pouvoir et de nommer, en dehors de toute préoccupation de parti, un gouvernement de défense nationale. Thiers et Jules Favre eurent le même sentiment, mais les efforts de ces bons citoyens, qui étaient des politiques perspicaces, furent inutiles. Le Corps législatif ne sut pas se décider à temps; le général de Palikao s'obstina à poursuivre une lieutenance chimérique de l'Empire, et cependant tout le peuple de Paris se mit en mouvement. 11 n'y eut pas, à proprement parler, de révolution. Le Corps législatif fut envahi malgré les efforts de Gambetta, et TEmpire disparut. Lorsqu'il lut bien avéré que la majorité du Corps législatif perdait son temps à ne rien décider, Gambetta s'élança à la tribune .

Citoyens! attendu que la patrie est en danger; attendu que tout le temps nécessaire a été donné à la représentation nationale pour prononcer la déchéance ; attendu que nous sommes et que nous constituons le pouvoir régulier issu du suffrage universel libre, nous déclarons que Louis-Napoléon Bonaparte et sa dynastie ont à jamais cessé de régner sur la France.

La foule réclame la République. « Oui! vive la République! réplique Gambetta. Citoyens, allons la proclamer à THôtel de Ville. » Et il partit au milieu d'une escorte enthousiaste de gardes nationaux. A l'Hôtel de Ville, ce fut lui qui proclama la République. Les députés de Paris se constituèrent en gouvernement de la Défense nationale sous la présidence du général Trochu, et le ministère de l'intérieur fut confié à Gambetta.

Il est impossible de résumer, dans le cadre étroit de cette notice, le rôle de Gambetta pendant la Défense nationale, à Paris d'abord, jusqu'au 7 octobre, alors qu'il renouvelait en quelques heures tout le personnel administratif, qu'il adressait au peuple les admirables proclamations du 23 sep

NOTICE BIOGRAPHIQUE. ix

tembre et du 3 octobre, qu'il insistait en vain pour la translation du gouvernement en province, — puis, à Tours et à Bordeaux, jusqu'au 6 février, lorsque, s'étant échappé en ballon de Paris assiégé % il prit en main l'organisation de la rébistance dans les départements et qu'il réussit à sauver l'honneur delà patrie, après avoir mérité d'en sauver l'intégrité. L'histoire de Gambetta pendant la Défense nationale, c'est celle de la France même, de la France qu'il retira de sa prostration, qu'il électrisa par l'éloquence enflammée de ses discours, qu'il remplit pour quelques semaines de son enthousiasme et de son héroïsme, dont il fit enfin une nation armée qui disputa pied à pied le sol sacré du territoire contre les plus fortes troupes du monde. L'Europe fut émerveillée, et les militaires allemands, le général de Moltke le premier, rendirent à Gambetta le plus éclatant hommage. Ministre de l'intérieur, il avait réprimé toutes les tentatives factieuses, domptant la Commune dans Lyon par son intervention hardie aux funérailles du commandant Arnaud, brisantla ligue du Midi par la vigueur d'une prompte répression, arrêtant les dissidences monarchistes par la dissolution des conseils généraux. Ministre de la guerre, il fit de la France un immense camp retranché et il lança coup sur coup, au secours de Paris, quatre armées. Quand Gambetta avait débarqué au milieu de la forêt d'Épineuse, près de Montdidier, la France manquait de tout. Un mois après, grâce au génie du jeune dictateur, elle était debout et les Allemands vaincus évacuaient Orléans.

Il avait débuté à Tours par une proclamation où il signalait aux citoyens des départements le double devoir d'écarter tout autre souci que celui de la guerre à outrance et d'accepterfraternellement,jusqu'à la paix, le commandement du pouvoir républicain sorti de la nécessité et du droit ;

Le temi)s manque, disait-il; j'ai mandat, sans tenir compte ni des diflicultés, ni des résistances, de suppléer, à force d'activité, avec le concours de toutes les libres énergies, à l'insuffisance

1. Dans le ballon V Armand Barbes, avec M. Eugène Spuller qui devait être, à Tours et à Bordeaux, sans titre officiel, son collaborateur de tous les instants.

des délais. Les hommes ne manquent pas ; ce qui a fait défaut, c'est la résolution, la décision, la suite dans l'exécution des projets. Ce qui a fait défaut, ce sont les armes...

Et il annonçait que l'on concluait des marchés pour accaparer tous les fusils disponibles sur le marché du globe ^ Il peignait en traits de feu ce qui était à faire pour mettre en oeuvre toutes les immenses ressources du pays, pour inaugurer la guerre nationale :

La République fait appel au concours de tous. C'est sa tradition à elle, d'armer les jeunes chefs; nous en ferons!

Et il en faisait. A côté des d'Aurelle et des Faidherbe, il découvrit Chanzy, Billot, Clinchant, Farre, Cremer ; il prit à la marine Jauréguiberry, Jaurès, Gougeard :

Non, il n'est pas possible que le génie de la France se soit voilé pour toujours, que la grande nation se laisse prendre sa place dans le monde par une invasion de 500,000 hommes! Levons-nous en masse, et mourons plutôt que de subir la honte du démembrement.

Et il formait les deux armées de la Loire, l'armée du Nord, l'armée de Normandie, l'armée des Vosges, l'armée de l'Est. Il avait accepté le concours de Garibaldi ; il reçut avec joie celui de Cathelineau, de Stofllet, de Charette. Il choisit l'ingénieur de Freycinet pour son délégué à la guerre, le colonel Thoumas comme directeur de l'artillerie, et le général Loverdo comme directeur de l'infanterie et de la cavalerie. Clément Laurier conclut à Londres un emprunt de 2o0 millions. Il appela à lui toutes les forces, tous les courages, tous les patriotismes^.

Mais le destin nous avait condamnés r Metz capitule,

i. Voir le beau récit de M. Henri Martin : Gambetta à Tours.

2. Les principaux commissaires de la République et préfets s'appelaient Challemel-Lacour, Testelin, Grosjean, Valentin, Grent, Paul Bert, Allain-Targé, Desseaux, Ténot, Lechevalier, Ricard, Martin Nadaud, Charton, Pierre Lefranc, Girot-Pouzol, Cornil, Camescasse; l'amiral Fourichon était ministre do la manne, M. de Chaudordy délégué aux affaires étrangères, M. Cazot secrétaire général à l'intérieur, M. Ranc directeur de la sûreté

tout semble perdu, et les plus vaillants désespèrent. Gambetta, presque seul, ne se laisse point abattre :

Français 1 s'écria-t-il dans une proclamation qui semble écrite de lave ardente, Français, élevez vos âmes et vos résolutions à la hauteur des effroyables périls qui fondent sur la patrie. Il dépend encore de vous de lasser la mauvaise fortune et de montrer à l'univers ce qu'est un grand peuple qui ne veut pas périr et dont le courage s'exalte au sein même des catastrophes Metz a capitulé ! Un général sur qui la France comptait, mém^ après le Mexique, vient d'enlever à la patrie en danger plus Ûk' cent mille de ses défenseurs. Le maréchal Bazaine a trahi ; il s'es', fait l'agent de l'homme de Sedan, le complice de l'envahisseur, et, au mépris de l'honneur de l'armée dont il avait la garde, il a livré, sans même essayer un suprême effort, cent vingt mille combattants, vingt mille blessés, ses fusils, ses canons, ses drapeaux et la plus forte citadelle de France : Metz, vierge jusqu'à lui des souillures de l'étranger. Un tel crime est au-dessus même des châtiments de la justice...

Presque au lendemain de cet héroïque appel, le général d'Aurelle de Paladines rentrait dans Orléans. Le mouvement militaire qui fut couronné par cette victoire avait été indiqué par Gambetta. Le ministre de la guerre avait même insisté pour que l'opération eût lieu quinze jours plus tôt, et il avait vu juste. Les retards nécessités par l'inutile voyage de Thiers à Versailles et l'hésitation du général d'Aurelle après la bataille, permirent à l'armée du prince Frédéric-Charles de rejoindre les Bavarois défaits et d'entrer en ligne. Orléans fut repris par les troupes allemandes, et dès lors la série des désastres, interrompue pendant quelques jours à Coulmiers et à Bapaume, recommença. Pourtant ni la perle de la h.Uaillo du Mans, ni la défaite de Saint-Quentin ne purent altérer la confiance inaltérable de Gambetta dans un retour final de la fortune. Lcj troupes, en eifet, s'aguerrissaient à vue d'oîil ; l'admirable retraite de Chanzy, la campagne de Faidherbe dans If Nord, des combats comme ceux de Dijon. Nuits et Villor-

générale, M. Lecesne président de la commission d'armement, M. Steenackers directeur des postes et télégraphes, M. Isam* bert chargé du service de la presse.

XII NOTICE BIOGIUPIIIQUE.

sexel. témoignaient que la France allait bientôt tenir une véritable armée.

Mais Paris affamé capitule, un armistice est signé à Versailles, l'armée de l'Est est perdue par l'erreur fatale de Jules Favre, le gouvernement de Paris convoque les électeurs pour la nomination d'une Assemblée nationale... Gambetta persiste à vouloir lutter. Tout en s'inclinant devant la décision qui convoque les électeurs pour le 8 février, la Délégation rend le fameux décret qui frappe d'inéligibilité tous ceux qui ont exercé sous TEmpire les fonctions de ministre, de sénateur, de conseiller d'État, tous ceux qui ont été présentés aux populations comme candidats officiels, qu'ils aient ou non réussi à se faire élire députés. Ce décret, dans lequel Tbistoire verra une grande pensée de justice et de moralisation politique, fut accueilli par les vives protestations de M. de Bismarck. Le cliancelier, « au nom de la liberté des élections stipulées par l'armistice », déclara que le scrutin, « dans de telles conditions d'oppression », ne pourrait créer une représentation légale du pays. Gambetta répond par quelques paroles indignées à cette immixtion de l'étranger dans nos affaires intérieures. Mais Je gouvernement de Paris est dominé par d'autres sentiments; il annule le décret de Bordeaux, et M. Jules Simon est envoyé auprès de la délégation, avec mission de faire exécuter dans sa plénitude le décret de convocation. Gambetta résiste avec énergie. M. Jules Simon s'obstine, il s'abouche avec des officiers, et alors, quand il devient évident que l'attitude de l'envoyé de Paris menace d'ajouter aux horreurs de la guerre étrangère la honte d'une lutte civile, Gambetta donne sa démission de tous les pouvoirs réunis en sa personne.

Il fut élu représentant dans neuf départements : à Paris, par 202,399 voix, par 06, 621 dans le Bas-Rhin, par Î51,917 dans le Haut-Rhin, par o7,047 dans la Moselle, par 47,211 dans la Meurthe, par 18,530 dans Seine-et-Oise, par 02,739 dans les Bouchcs-du-Rhônc, par 12,42o à Alger, et par 6,142 à Oran. Il opta pour le Bas-Rhin et vota contre les préliminaires de paix (l<^'"mars).

Quand le traité de démembrement eut été adopté par olO voix contre 107, Gambetta signala déclaration suivante,

NOTICE BIOGRAPHIQUE. xii

qui fut portée par M. Grosjean à la tribune de l'Assemblée nationale :

Les représentants de l'Alsace et de la Lorraine ont déposé, avant toute négociation de paix, sur le bureau de l'Assemblée nationale, une déclaration affirmant de la manière la plus formelle, au nom de ces provinces, leur volonté et leur droit de rester françaises.

Livrés, au mépris de tonte justice et par un odieux abus de la force, à la domination de l'étranger, nous avons un dernier devoir à remplir.

Nous déclarons encore une fois nul et non avenu un pacte qui • dispose de nous sans notre consentement.

La revendication de nos droits reste à jamais ouverte A, tous et à chacun dans la forme et dans la mesure que notre conscience nous dictera.

Au moment de quitter cette enceinte où notre dignité ne nous permet plus de siéger, et malgré l'amertume de notre douleur, la pensée suprême que nous trouvons au fond de nos cœurs, est une pensée de reconnaissance pour ceux qui, pendant six mois, n'ont pas cessé de nous défendre, et d'inaltérable attachement à la patrie dont nous sommes violemment arrachés.

Nous vous suivrons de nos vœux et nous attendrons, avec une confiance entière dans l'avenir, que la France régénérée reprenne le cours de sa grande destinée.

Vos frères d'Alsace et de Lorraine, séparés en ce moment de la famille commune, conserveront à la France, absente de leurs foyers, une affection filiale jusqu'au jour où elle viendra y reprendre sa place.

Bordeaux, le 1" mars 1871.

Sifjiié : L. Chauffour, E. Teutsch, André, Ostermaun, Schneegans, E Keller, Kablé, Melsheim, Bail, Titot, All)recht, Alfred Kœclilin, A. Saglio, Humbert, Kuss, Rencker, Deschange, Bœrsch, A. Tachard, Th. Noblot, Dornès, Ed. Bamberger, Bardon, Léon Gambetta, Frédéric Hart raann, Jules Grosjean.

Puis lus députes do rAlsacc-Lorraine quittèrent la salle des séances, le président Grévy restant muet au fauteuil. Le soir môme mourait Kuss, le dernier maire français de Strasbourg-, et SCS obsèques, célébrées le lendemain au milieu ' d'une afllucnce énorme, permctlaicnt à Gambetta d'adresser un suprême adieu à l'Alsaco ;

La force nous sépare, mais pour un temps seulement, do l'Al-

sace, berceau traditionnel du patriotisme français. Nos frères de ces contrées malheureuses ont fait dignement leur devoir, et. eux du moins, ils l'ont fait jusqu'au bout. Eh bien! qu'ils se consolent en pensant que la France, désormais, ne saurait avoir d'autre politique que leur délivrance; pour atteindre ce résultat, il faut que les républicains, jurant à nouveau une haine implacable aux dynasties et aux Césars qui ont amené tous nos désastres, oublient leurs divisions et s'unissent étroitement dans la pensée patriotique d'une revanche qui sera la protestation du droit et de la justice contre la force et l'infamie.

Épuisé par les fatigues surhumaines de la Défense, Gan> betta se rendit à Saint-Sébastien pour reprendre quelquesforces et attendre les élections complémentaires qui lui per. mettraient de rentrer à l'Assemblée. Les événements des trois mois sinistres, mars, avril et mai, le plongèrent dans une profonde tristesse. 11 flétrit hautement les excès et les crimes de la Commune.

ni

Les élections complémentaires ayant été fixées au 3 juillet, Gambetta accepta une triple candidature dans la Seine, le Var et les Bouches-du-Rhône :

On pose aujourd'hui à la France, sous des noms divers, la même question : veut-elle, une fois encore, abdiquer et verser dans l'ornière des dynasties ?

Non, répondait le discours de Bordeaux, et promettant H Thiers, sans marchander, son appui le plus désintéressé, Gambetta ajoutait :

Je crois que, grâce à l'union faite entre les diverses nuances de l'opinion républicaine, nous pouvons donner à la France Ift. spectacle d'un parti discipliné, ferme en ses principes, laborieux", agissant et résolu à tout pour arriver à convaincre la France dtv ses facultés gouvernementales. En un mot, un parti acceptant la formule : Le pouvoir au plus sage et au plus digne... Il faut dor.c être les plus sages. (Discours du 26 juin.)

Gambetta traçait ensuite les grandes lignes de sa politique.

NOTICE BIOGRAPHIQUE. ?;v

d'abord, il faut maintenir et appuyer la République, consiliérer quiconque la menace comme un factieux ; puis, il faut cliang-er le caractère de l'opposition :

L'opposition, sous un gouvernement républicain, doit presser et contrôler et non détruire ; l'âge héroïque, chevaleresque du pard est passé depuis la réalisation d'une partie de ses espérances.

Enfm, pour achever la Révolution, il faut donner l'éducation à tous, car c'est l'infériorité de notre éducation nationale qui nous a conduits aux revers; il faut que chaque Français soit soldat :

Que, pour tout le monde, il soit bien entendu que, lorsqu'en France un citoyen est né, il est né un soldat ; et que quiconque se dérobe à ce double devoir d'instruction civile et militaire est impitoyablement privé de ses droits de citoyen et d'électeur.

Gambetta fut élu dans les trois départements où sa candidature avait été posée : il avait eu contre lui tous les royalistes sans exception et, parmi les républicains, tous ceux qui n'avaient pas encore compris la grandeur de la défense nationale en province et continuaient à voir en lui un fou furieux. Il avait eu pour lui tous les patriotes ardents et l'élite enthousiaste des républicains. Ainsi, il rentrait à l'Assemblée, — et c'était à la fois sa force et sa faiblesse, — comme étant par excellence l'homme de la revanche et Tliomme de la république radicale.

A l'Assemblée, il poursuivit deux buts : préparer lé relèvement de lapatrie enrefaisant l'éducation civique et militaire de la nation; faire du parti républicain un parti de gouvernement. Thiers ayant compris que la République seule pouvait rendre à la France sa force et son prestige, Gambetta lui apporta son concours contenant les impatiences des députés de l'extrême gauche, répandant avec les idées de liberté et les i)rincipos de démocratie les idées et les principes de gouvernement, imposant à ses adversaires le respect de son talent, de son travail acharné et de son caractère. L'Assemblée, se croyant en état dfe rétablir la monarchie, se déclarait constituante : Gambetta nia qu'elle en eût le droit cl combattit la proposition Rivet (30 août). Mais s'il esti-

mait que l'Assemblée, élue uniquement pour trancher la question de paix ou de guerre, avait pour devoir de se dis soudre et de faire place à une Assemblée vraiment constituante, il ne pensait pas qu'il convînt aux représentants du parti républicain à l'Assemblée de se mettre en grève. Il jugeait, au contraire, que ses amis de TUnion Républicaine ne devaient pas négliger une occasion d'apporter leur pierre à l'œuvre commune de ia régénération nationale :il le dit et le répétahautement; il les persuada à la longue, et quant à lui, il tint à honneur d'intervenir souvent dans les débats et, sur les questions politiques comme sur les questions d'affaires, avec une grande modération. La compétence de ses discours pratiques sur les traités du commerce, la réorganisation du conseil d'État, le recrutement de l'armée et la responsabilité ministérielle produisit une vive impression sur les esprits. Il se révéla bientôt comme. le premier des manœuvriers parlementaires et des tacticiens de couloir, habile à intervenir au meilleur moment, toujours prêt à profiter de la moindre faute de ses adversaires, prompt à se décider dans les moments de crise et à s'emparer de la position la plus forte, confiant et inspirant la confiance, sachant se dégager aussi bien que s'engager, de tous les leaders politiques le plus vigilant et le plus sûr. Thiers renonça rapidement aux préventions injustes qui lui avaient été inspirées contre lui. Quant aux violentes attaques dont la délégation de Tours était l'objet de la part des meneurs de la droite, Gambetta ne leur opposa jamais que le plus fier dédain. Sa déposition devant la commission d'enquête sur les actes du gouvernement de la Défense et son discours sur le rapport fait au nom de la commission des marchés réduisirent à néant les calomnies de la réaction.

Pour travailler, en dehors de l'Assemblée, à la constitution du parti républicain et à la régénération de la patrie, Gambetta entreprit une double tâche. Il fonda la République française^ (o novembre 1871). Il commença au banquet de

1. Il y eut pour principaux collaborateurs politiques MM. Spul- 1er, Challemel-Lacour, I^ambert, Allain-Targé, Paul Bert, Ranc, Louis Combes, de Freycinet, Proust, et un peu plus tard, MM. Girard de Rialle', Colani, Marcellin Pellet, Thomson,

NOTICE BIOGRAPHIQUE. xvu

Saint-Quentin la campagne de propagande et d'éducation démocratique qu'il devait continuer, avec une activité prodigieuse, dans cinquante discours ^

L'apparition de la République française fut un événement politique d'une grande portée. Au lendemain de la guerre et de la Commune, en plein régime de l'état de siège, ce n'avait pas été sans malice que l'autorisation de publier un journal avait été accordée à la première demande de Gambetta. On s'attendait à une feuille révolutionnaire, âpre et violente, qui eût discrédité son fondateur. Ce fut le Journal des. Débats de la démocratie qui parut et la surprise fut générale. « La politique pratique tint autant de place à la liéimblique française que l'exposition delà doctrine. Chaque jour les collaborateurs de Gambetta s'y appliquèrent, sous son inspiration, à faire comprendre les incidents de la journée, à exposer la véritable question, souvent fort différente de la question apparente, à découvrir la tactique des adversaires, à montrer par quel mouvement les républicains y devaient répondre. Aucun incident, même secondaire, ne fut omis, aucune difficulté ne fut dissimulée, et, pour que la propagande fût complète et parvînt jusqu'aux plus humbles, bientôt à la grande République la Petite République française vint s'adjoindre : le lecteur ne s'intéressa plus seulement aux débats retentissants de la tribune; il suivit les mouvements des couloirs, il fut initié au travail des commissions, aux discussions des bureaux; et cet exemple, auquel s'associa toute la presse républicaine, eut pour effet de répandre par toute la France la vie politique. Chaque

Joseph Reinach, Barrère, Dépasse. La Petite République française, journal populaire à cinq centimes, ne fut fondée qu'en 1876. 1. Discours de Saint-Quentin, Angers, le Havre, Versailles, Ferté-sous-Jouarre, Firminy, Chambéry, Albertville, Grenoble, *ontcharra, Thonon, Bonueville, la Roche, Annecy, Saint- Julien, Tantes, Versailles, Périgueux, la Borde, Auxerre, Aix, Lille, Lvignon, Bordeaux, Lyon, Amiens, Abbeville, Lille, Châteauîhinon, Marseille, Valence, Romans, Grenoble, Cherbourg, Jahors, Tours, le Neubourg, Lisieux, Honfleur, Pont-l'Evéque, iuillebœuf et tous les discours prononcés à Pans (réunions publiques du XXo arrondissement, conférences populaires, ban- |uets des voyageurs de commerce, des débitants de vin, des 'lambres syndicales, etc., etc.)

^viii NOTICE BIOGRAPHIQUE.

électeur, tenu au courant des faits et gestes de ses manda- -'^ires, de leurs votes, des moindres agitations des partis, comprit peu à peu ce qui est l'art de la politique et à «quelles conditions on y remporte la victoire*. »

Mais ce fut surtout par ses promenades oratoires à travers la France que Gambetta se révéla comme le plus puissant des éducateurs du suffrage universel. Avant lui, on avait vu des tribuns populaires, des leaders politiques, s'adresser dans leurs harangues à telle ou telle fraction de la démocratie, de préférence aux électeurs de leur circonscription. Gambetta voulut se mettre en communication directe avec la démocratie tout entière; il eut cette ambition que sa parole, éclatant tour à tour dans toutes les parties du territoire, formerait à une seule et même politique les populations les plus diverses par Féducéition, les besoins et les mœurs. Ouvriers et bourgeois des villes, paysans et fermiers des campagnes, il aspirait à les amener tous à la République à la fois progressiste et conservatrice, mais patriote avant tout, qui était son idéal. Aucune peine, aucun sacrifice ne devait lui coûter pour la réalisation de cette œuvre. Vexé et tracassé chaque instant par une administration réactionnaire, injurié et calomnié toujours par une presse violemment hostile, il ne se lassa jamais. Du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest, chaque fois que les vacances parlementaires lui en donnaient le loisir, il allait répandre dans un merveilleux langage ses fortes et saines doctrines, les principes et les règles d'une sage conduite politique, et toujours le principe le plus important à comprendre, la règle la plus utile à pratiquer à l'heure où il parlait, recommander la patience et le courage, démontrer la nécessité et l'excellence du gouvernement républicain, semer à pleines mains le patriotisme et l'espoir. Une démocratie nouvelle naquit sous sa parole. Il aimait le peuple d'un ardent amour, mais comme il l'estimait autant qu'il l'aimait, il ne s'abaissa jamais à le flatter. Ilétaità la tribune comme à la barre pour dire toute la vérité. 11 la dit toujours. Tous les discours de ce grand prédicateur laïque sont des en-

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