MAI 1877, Î
(les fonctionnaires de l'État, ils engagent la politique du pays quand ils engagent leurs personnes dans cet querelles et dans ces aventures, et la responsabilité de leur conduite pèse sur le gouvernement. [Mai^ques cV assentiment à gauche.) C'est de cette responsabilité que le gouvernement doit avoir hâte de se dégager; c'est, à coup sûr, dans tous les cas, de cette responsabilité que la majorité de cette Chambre s'empressera de se débarrasser comme on se débarrasse d'une tunique qui vous brûle et vous condamne à périr. {Très bien! très bien! à gauche. — Rumewsà droite.)
Et, Messieurs, comment tout cela a-t-il pu arriver? Comment en sommes-nous venus à ce degré de faiblesse et d'impuissance, qu'on puisse voir le pape s'adresser directement en France soit à des particuliers, soit à une collectivité, sans recourir à l'intermédiaire du pouvoir civil, sans communiquer ni ses brefs, ni ses bulles, ni ses allocutions, ni ses actes, lesquels, au mépris des lois, des lois séculaires de ce pays, reçoivent toujours une publicité, souvent une exécution, sans que la main du pouvoir central soit cependant intervenue?
Comment se fait-il que des évêques, sortant de leurs églises, de leur rôle, de leur mission, s'adressent directement aux fonctionnaires du pays, à des maires, à des juges de paix, à des préfets, à des souspréfets, et leur parlent des ordres, des injonctions qu'ils ont reçus de Rome?
Comment cela se fait-il, si ce n'est pas par une faiblesse, par une impuissance qui est le résultat de fautes accumulées depuis 1870 dans ce pays ? (A^^/jrobation à gauche.)
Il y a dans la lettre de l'évoque de Nevers... — A ce propos, Messieurs, je dois dire que je ne crois pas que M. l'évoque de Nevers fasse exception dans notre haut clergé. Je rends hommage, pour ma part, à la sincérité de l'épiscopat français; je no suis pas do
ceux qui disent que c'est une minorité imperceptible que celle qui parle comme l'évêque de Nevers et comme l'évêque de Nîmes; je crois, au contraire, que c'est l'unanimité de l'épiscopat français. {Très bien! très bien! à gaudie.) Messieurs, il ne faut pas se payer de mots ; il faut savoir que, depuis 1870, depuis qu'on a proclamé le dogme qui a fait du pape le docteur infaillible des vérités de l'Église, le clergé et l'épiscopat français ne comptent plus d'opposants, ne comptent plus de résistants, et, quand Rome a parlé, tous, sans exception, les prêtres, les curés, les évêques, tout le monde obéit. {Marques d'assentiment à gaudie.)
Car ce qui est admirable dans l'Église, c'est l'unité d'action, c'est l'unanimité qui s'établit. Ce serait donc par une vaine et impossible distinction qu'on chercherait à amoindrir le danger immense que vous avez sous les yeux, il ne s'agit pas d'un groupe d'hommes, d'une fraction de l'épiscopat, comme le disait autrefois, dans sa langue hautaine et précise, le cardinal de Bonnechose au Sénat, nous sommes en présence d'une armée qui a un général et qui manœuvre comme savent manœuvrer les armées disciplinées.
Il y a là un péril immense qui vient d'une violation de la loi que je ne veux pas appeler dissimulée, car c'est une violation pour ainsi dire encouragée, une violation pour laquelle on ne trouve dans son cœur ni dans ses souvenirs d'homme politique aucune parole de réprobation et de condamnation. {Marques d'adhésion à gauche,) >^,
C'est une violation qui est devenue le droit commun de la France. Et pourquoi? Ah ! Messieurs, c'est parce que, depuis tantôt trente ans, dans ce pays, on s'est habitué, sous l'influence de doctrines lâches et molles, sous l'influence de sophismes, contre la puissance de l'État, contre le rôle de l'État, à prêter la main à tous les envahissements, à toutes les usurpations de l'esprit clérical.
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L'esprit clérical, lui, avec l'habileté et la souplesse qui le caractérisent, a commencé, au début, par être fort modeste en ses prétentions. 11 s'est contenté de demander une humble place au soleil; et puis, quand cette place a été obtenue, il n'a cessé de ridiculiser, de couvrir de ses sarcasmes la déclaration de 1682, c'est-à-dire les anciens principes de l'Eglise de France.
M. de Montalembert ne pouvait pas retenir les éclats de sa gaieté quand il parlait des libertés gallicanes ; et on a assisté à ce spectacle assez curieux dans l'Église de France de voir des prêtres, des curés, des évêques môme, dont je ne conteste ni le mérite ni la capacité, traiter Bossuet et ses contemporains comme de petits garçons qui avaient besoin d'être encore catéchisés.
L'Etat a laissé faire; l'État a laissé passer. 11 s'est trouvé des ministres de la justice, des ministres des cultes qui ont, de temps à autre, rétabli les principes.
L'Église a continué son travail de cheminement et elle est arrivée à supprimer dans tous les séminaires, même à Saint-Sulpice, l'enseignement des libertés gallicanes et à proscrire comme une hérésie tout ce. qui rappelait la vieille Église de France, les libertés traditionnelles de cette Église qui avait été constituée sous le double empire de la protection nationale et de la dignité même de l'Église.
Et qu'est-il arrivé, Messieurs? Il est arrivé qu'on a demandé à enseigner d'abord les petits, les humbles, puis on s'est élevé, on est passé à l'enseignement secondaire, et aujourd'hui nous voici à l'enseignement supérieur, à la collation des grades par les Universités catholiques au détriment de l'État.
A ce propos, permettez-moi, quoique ce soit un incident, de mettre sous vos yeux la manière dont le chef infaillible de l'Église interprète votre loi sur l'enseignement supérieur, et je recommande aux bonnes âmes qu'un libéralisme excessif a entraînées
vers la constitution d'Universités catholiques, non seulement la lecture du bref qui investit M^" l'évêque de Lydda du titre de chancelier chargé de conférer les diplômes, mais d'un autre bref qui vous fera connaître les doctrines canoniques qu'on professera dans ces écoles.
Voici la lettre que le pape, « serviteur des serviteurs de Dieu pour perpétuelle mémoire, » a adressée à l'Université de Lille.
Il est en effet nécessaire, pour bien juger l'audace des prétentions ultramontaines dans notre pays, de vous lire ce document. Je ne ferai que quelques réflexions sur les mots qui me paraîtront décisifs, comme « spoliation », par exemple, puisqu'on parle tant de spoliation dans le parti clérical, et qui, dans le document dont je parle, s'appliquent aux droits de la souveraineté nationale.
« Assis au gouvernail de l'Église catholique, sans aucun mérite de notre part, mais par un mystérieux dessein de la volonté divine... » — Je passe ce préambule.,^r- « ... Nos Vénérables Frères René-François Régnier, cardinal-prêtre de la S. E. R. du titre de la T. S. Trinité du Mont-Pincius, par Notre grâce archevêque de Cambrai, et Jean-Baptiste Lequette, évêque d'Arras, ont saisi récemment l'occasion offerte par la restitution enfin obtenue pour eux, du moins en partie, du gouvernement civil, de la liberté d'enseigner... ))
Ainsi, cet effort de libéralisme est considéré à Rome comme une restitution pour la partie du droit antérieur et supérieur que possédait l'Église de délivre des diplômes, d'enseigner ses doctrines, et probablement le sens de ces mots «liberté restituée, du moins en partie, » fait allusion à la prétention très légitime qui doit animer les Églises infaillibles de ne donner cet enseignement qu'à l'exclusion de tout autre.
On ne désespère pas d'en venir là tôt ou tard, et il
faut bien reconnaître que les prophéties de Rome sur les progrès qui se sont accomplis depuis cinquante ■is dans ce pays, se sont trop rarement trouvées v.émenties par les événements.
Après avoir posé à l'état de principe que cette loi de la collation des grades n'était qu'une restitution faite par le pouvoir civil à l'Église, le Saint-Siège arrive à une autre partie, portant sur l'obéissance qu'on devra dans les chaires qu'on va occuper.
«... Les mêmes vénérables frères ont voulu que celte nouvelle institution se rattachât au siège apostolique par les liens les plus forts du dévouement et de la vénération, et pour cela, ils ont ordonné non seulement qu'elle persévérât constamment dans la profession et la défense de la saine doctrine de la foi, mais encore ils ont décidé dans leur sagesse, comme il convenait de le faire, qu'elle montrerait en toutes choses une parfaite obéissance et soumission d'esprit envers cette chaire du bienheureux Pierre, centre de la vérité et de l'unité catholique.
« Ils n'ignorent pas en effet que cette étroite et parfaite adhésion à la chaire infaillible est le moyen le plus eîficace pour extirper les innombrables erreurs qui, de nos jours, envahissent les sciences, et qui exposent la société civile à tant et de si grands périls, ou pjutot la poussent à sa perte totale... » * Toilà les étudiants de la Faculté de Lille, au point de vue scientitiquo, bien lotis pour l'avenir. [Rires à gauche.)
Je continue.
u ... Ayant pris l'avis de nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Église romaine préposés à la sainte congrégation des études ; de notre autorité apostolique et de notre pleine puissance... »
Vous croyez peut-être avoir quelque chose à dire, TOUS autres législateurs, ou ceux qui vous ont précédés, qui ont fondé le droit à l'aide duquel oa érige
224 CnAMBRE DES DEPUTES.
les universités catholiques? vous croyez peut-être que M. le ministre de l'instruction publique a quelque chose à dire dans ces fondations? Écoutez!
« ... De notre pleine puissance, nous érigeons, instituons et confirmons à perpétuité l'université catholique fondée à Lille, ville illustre du diocèse de Cambrai... « Carie pape ne connaît pas le département du Nord. {Rires à gauche.)
«... Yille illustre du diocèse de Cambrai, dans laquelle on enseigne la théologie, la jurisprudence, la médecine, la philosophie et les lettres, les sciences physiques et mathématiques, comme nos prédécesseurs et nous, avons érigé, constitué et confirmé les autres universités les plus célèbres.
« Dans l'université ainsi érigée, nous voulons qu'il y ait toujours un chancelier, à la nomination de nous ou de nos successeurs les pontifes romains, qui représente notre personne. A cette charge et pour cette fois, par nos lettres en forme de bref, nous avons destiné et nommé notre vénérable frère Henri Monnier, évêque de Lydda, in partions infidelium, lui accordant tous les droits, honneurs et privilèges attachés à cet office, et spécialement pour lui et pour ses successeurs, le pouvoir de créer et d'instituer les docteurs. »
Voilà M. Wâddington réduit à la sinécure! {Rires à gauche.)
« ... Le pouvoir de créer et d'instituer les docteurs et de conférer des grades honorifiques, soit par luimême, soit par un autre...» Cela peut se déléguer. — «... Nous accordons aussi au recteur, aux professeurs, aux maîtres et aux autres fonctionnaires présents et à venir, et aux élèves de l'Université qui, après les épreuves scientifiques et morales, auront acquis selon l'usage les grades honorifiques et le titre de docteur, tous les droits, libertés et privilèges dont jouissent ceux qui, dans les autres universités instituées et confirmées canoniquement par nous et nos prédécesseurs,
ont mérité les moines postes ou les grades académiques et le titre de docteur. )>
Et alors vers la fin, comme on peut prévoir qu'il y aura quelque résistance, quelques observations de la part des autorités françaises, dont on méconnaît à ce point le droit et les prérogatives, on termine de la manière suivante qui me paraît ressembler, quoique je ne sois pas grand clerc, à un anathème.
« Qu'il ne soit donc permis à aucun homme d'enfreindre ou de contredire témérairement celte page de notre érection, institution, confirmation, réserve, induit, concession, dérogation et volonté. Si quelqu'un osait commettre un tel attentat, qu'il sache qu'il encourt l'indignation de Dieu Tout-Puissant et de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul. » [Rires à gauche.)
Messieurs, je ne pense pas qu'un document de cette nature ait, à aucune époque, franchi la frontière de France sans qu'il ait rencontré les protestations des magistrats de France, chargés de surveiller la réception des brefs ou lettres apostoliques. Je ne peux pas comprendre comment, soit à Rome, soit à Paris, soit à Cambrai, soit à Lille, il ne s'est pas trouvé un agent assez scrupuleux, assez respectueux de son devoir, des droits du pays, il ne s'est trouvé personne pour porter à la connaissance de qui de droit un document de cette espèce. [Vive approbation à gauche.)
Et, Messieurs, malheureusement, l'introduction en France des brefs, des lettres apostoliques, qui rencontrait de telles difficultés autrefois, ne s'explique que trop aujourd'hui telle que nous la voyons faite sans CHtraves. C'est que le mal clérical, — et c'est là un (les côtés de la question que nous agitons aujourd'hui, — c'est que le mal clérical s'est infiltré profondément dans ce que l'on appelle les classes dirigeantes du pays ; c'est que ceux qui le répandent et le propagent ont pris si bien soin, depuis vingt ans, soit dans les écoles qui préparent aux administrations publiques,
soit dans ces administrations, soit d'ans les sphères gouvernementales proprement dites, de faire pénétrer non seulement leur esprit, mais leurs créatures que, aujourd'hui, ils ont presque toujours, sinon la connivence, au moins la complaisance d'un grand nombre de fonctionnaires de l'État. [Vif assentiment et applaudissements à gauche.)
C'est là le péril tout à fait éclatant et véritablement alarmant de la situation actuelle, péril qui a été révélé fort souvent dans la presse, dans les Assemblées qui nous ont précédés, alors que le mal dont je parle n'avait pas atteint les proportions qu'il affecte aujourd'hui.
En effet, en 1865 ou en 1864, dans les Chambres qui existaient sous l'Empire, le progrès alarmant des créatures, des disciples, des agents de cet esprit ultramontain et jésuitique avait déjà été dénoncé par des hommes très considérables que, à coup sûr, on ne taxera pas d'esprit révolutionnaire ni d'esprit de secte; et quand ils apportaient à la tribune, — que ce fût le regretté et malheureux M. Bonjean...
M. LE COMTE DE Colbert-Chabannais. — C'était un sénateur de l'Empire !
M. Gambetta... Ou M. Rouland, ou M. Guéroult, ou le général Husson, — quand ils apportaient à la tribune des documents et des statistiques, — je les ai là sous la main, — on constatait les faits en soupirant, on poussait un cri discret, qui était recueilli dans le Sénat et dans le Corps législatif, mais qui n'en franchissait pas l'enceinte, et, le lendemain, les agents autorisés des congrégations qu'on avait dénoncées, avaient le talent d'enterrer la question, et on ne voyait aucune trace au dehors ni des enquêtes administratives, ni des statistiques officielles. [Èù^es à gauche,)
Cependant, quand on se reporte à la statistique de cette époque et que, en dehors des pièces et des docu-
4 MAI 1877. ?:t
ments nouveaux, on pense à l'effrayante multiplication dont les ordres religieux, les congrégations de toute sorte, hommes et femmes, offrent le spectacle depuis le dernier recensement, on se demande si jamais dans aucun pays, à aucune époque, il y a eu un tel développement et des biens de mainmorte et des congrégations' dévouées aux doctrines de la faction politique que je dénonce. [Assentiment à gauche.)
Et, Messieurs, si ce mal se rattachait à l'exercice d'un droit régulier, du droit commun ; s'il était vrai qu'il y eût là une liberté d'association consentie par le législateur, donnée d'une façon égale pour tous, que chacun pût entrer en lutte avec une égale part d'ombre et de soleil, je ne m'élèverais pas contre ce développement et cette multiplication des ordres, non seulement non autorisés, mais des ordres prohibés par la loi. [Applaudissements à gauche et sur plusieurs bancs au centre.)
Mais il n'en est rien. Tandis que les uns ignorent le droit d'association, ignorent presque le droit de réunion , les autres ont à leur disposition toutes les facultés, tous les privilèges, tous les lieux de réunion ; ils ont toute liberté d'acquérir, de recevoir, de transmettre, de s'agréger, de se dissoudre, de se déguiser, de prendre toutes les formules de l'anonymat, de la commandite ; ils sont les seuls qui, dans la France, ont le privilège d'être placés au-dessus de la loi qu'ils violent sans aucun souci, donnant ainsi au monde le spectacle affligeant d'un État mis en tutelle presque avec son propre consentement. [Bravos et applaudissements prolongés à gauche et sur divers bancs au centre.)
Nous en sommes arrivés à nous demander si l'État n'est pas maintenant dans l'Église...
A gauche. — C'est cela ! — Très bien !
M. Gambetta... a rencontre de la vérité des principes qui veut querÉgliso soit dans l'État.
A gauche. — Très bien! très bien !
M. Gambetta. — Messieurs, si l'on n'adopte pas un prompt remède pour résister à cet esprit d'envahissement, qui touche à tout et qui ne néglige rien, — car c'est grâce à lui que, dans les familles, dans les ateliers, dans les champs, partout enfin, s'est répandue cette opinion, cette certitude que l'ultramontanisme, le cléricalisme, est tout-puissant pour protéger les intérêts matériels de ceux qui en forment leur clientèle, — si, dis-je, on n'adopte pas un prompt remède pour résister à cet esprit d'envahissement et de corruption, il atteindra le double but qu'il se propose : la conquête de l'État et la direction des foules.
A gauche. — Très bien ! très bien !
M. Gambetta. — Yoilà où nous en sommes I
Eh bien, sommes-nous véritablement des novateurs quand nous venons dire, non pas au nom de nos idées républicaines, — ce serait notre devoir, — non pas au nom de la démocratie française, — ce serait notre mission, — mais au nom des droits imprescriptibles des sociétés qui veulent rester libres et maîtresses d'elles-mêmes, sommes-nous des novateurs quand nous venons dire qu'il est temps de rappeler au respect des lois, et de réintégrer dans la position inférieure et subalterne qu'elles doivent occuper dans notre société les Églises, quelles qu'elles soient? {Vifs applaudissements à gauche et swr plusieurs bancs au centre.)
Il y a là de quoi véritablement alarmer, je ne dis pas seulement les hommes politiques, mais les hommes sincèrement patriotes, surtout quand on pense que c'est précisément au moment où l'Europe est inquiétée par des bruits sourds de conflits, où les perspectives les moins rassurantes se présentent devant nos yeux, que^ sur un signe parti du Vatican, on entreprend cette campagne de Rome à l'intérieur et cette campagne diplomatique à l'extérieur. {Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.)
Et qu'on ne vienne pas nier, qu'on ne vienne pas équivoqiier sur les mots. De quoi est-il question dans ces documents nombreux, dans ces lettres pastorales, dans ces écrits publiés par une presse qui n'est pas seulement l'organe des opinions de l'épiscopat, mais qui, au besoin, lui fait sentir sa domination? 11 y a ici un évoque qui le sait. [Mouvement prolongé.)
Il y a un véritable déchaînement de passions violentes, révolutionnaires; il y a cette injonction, adressée au gouvernement, de rompre avec la révolution italienne ; il y a la sommation faite au chef du pouvoir exécutif de déclarer à ce peuple, qui n'a fait que reprendre la légitime possession de son sol et de ses droits... {Applaudissements prolongés à gauche et au centre.), qu'il n'y a rien de commun entre sa politique et cette révolution triomphante.
Ce n'est pas, Messieurs, — et ici je vous prie de remarquer la sincérité de ma parole, — ce n'est pas que j'aie jamais pu croire qu'il dépendît d'un audacieux, d'un téméraire, de changer ni la ligne politique do notre gouvernement, ni les sympathies que l'homme qui a conquis sa gloire sur le champ de bataille de Magenta doit nourrir pour le peuple italien ;... [Applaudissements prolongés à gauche et au centime.) mais ce qui n'est pas permis, ce qui n'est pas tolérable, c'est d'entendre dire qu'une députation de cléricaux s'est rendue chez le ministre des affaires étrangères et l'a sommé de lui donner des explications comme s'ils étaient les agents de Ms"" Simeoni et les porteurs de sa circulaire diplomatique. Ce qui n'est pas tolérable, c'est d'entendre M'^'' de Ladoue dire aux agents de la puissance publique : Je désire que vous vous mettiez en relation avec les populations, que vous leur disiez ([ue le pape est captif, que le pape n'est pas libre, que, par conséquent, les consciences catholiques sont asservies, qu'elles tremblent pour leur dignité, qu'elles tremblent pour leur fui. Ce qui n'est pas tolérable,
c'est d*entendre dire de pareilles choses par un évô^ que, qui, lui, est un fonctionnaire, car si les curés ne sont pas fonctionnaires, les évêques le sont, puisqu'ils reçoivent l'investiture du Gouvernement, du chef du pouvoir exécutif. Ce qui n'est point tolérable, c'est de voir un évêque sortir à ce point de son rôle, probablement par naïveté; je ne veux pa>" incriminer ses intentions et ses sentiments à ce point. Ce qui n'est pas tolérable, c'est d'entendre dire qu'un évêque revenant d'un voyage de Rome, en publiant la circulaire que vous connaissez, après son retour dans son diocèse, n'a fait qu'un acte de courtoisie à l'égard du Vatican. Je n'insiste pas, du reste, là-dessus. Mais ce qui est grave, c'est de dire qu'il faut agir sur les conseils du pays; qu'il faut que les conseils du pays soient mis en mesure d'opter pour une politique tendant à désavouer les actes du gouvernement italien et à susciter une campagne diplomatique en ce sens.
Vous avez vu il n'y a pas encore si longtemps, Messieurs, — vous en êtes encore tout saignants, — vous avez vu où conduit ce genre de politique qui commence par des négociations mal engagées : c'est à la guerre, au bout de peu de temps, et vous savez à quelles catastrophes aboutit une telle entreprise quand on a contre soi le sentiment de l'Europe. {Vive approbation à gauche et au centime.)
C'est pourquoi, Messieurs, dans les circonstances présentes, le gouvernement a un devoir à remplir visà-vis du pays et vis-à-vis de l'Europe. Il faut que, malgré le mépris que peuvent inspirer au robuste bon sens de la France ces menées coupables, le gouvernement déclare qu'il entend délivrer la France des étreintes delà politique ultramontaine. Il le faut, non seulement pour maintenir une législation qu'il est temps de restituer dans toute son intégrité...
Sur un grand nombi^e de bancs, — Oui! ouil
ft
M. Gambetta.... — Car retenez bien ceci : le Concordat est la loi du pays...
Une voix au cent7'e. — Très bien 1
M, Gambetta. — Et quant à moi, qui suis partisan dn système qui rattache l'Église à FÉtat.... [Mouvement.) Oui ! j'en suis partisan, parce que je tiens compte de l'état moral et social de mon pays, mais je ne veux, entendez-le, je ne veux défendre le Concordat et rester fidèle à cette politique, que tout autant que le Concordat sera interprété comme un contrat bilatéral qui vous oblige et vous tient, comme il m'oblige et comme il me tient! {Vifs applaudissements à gauche et au centre.)
Et qu'on ne vienne pas nous dire que l'on distingue, qu'il y a des articles organiques qui ont été pour ainsi dire l'œuvre du pouvoir exécutif intérieur français, qui n'ont pas été ratifiés par le pape, qui ont été matière à règlements, et non pas matière à traités, à négociations. D'abord cela est faux, et, si on veut ouvrir ici une discussion sur ce sujet, nous l'établirons avec des documents irréfutables.
Mais, Messieurs, est-ce que vous ne mesurez pas le chemin que vous avez parcouru ? 11 y a dix ans, il y a douze ans, la même question se présentait devant le Sénat français; on avait interdit une encyclique, on avait déféré un archevêque au conseil d'État, il avait été convaincu d'abus.
Messieurs, il y eut alors un débat au palais du Luxembourg, et dans ce débat il y eut aussi des ultramontains qui parlèrent de l'inutilité, de la caducité du Concordat et des articles organiques ; il leur fut répondu victorieusement comme il a été toujours répondu victorieusement dans ce pays, par les défenseurs du droit civil et de l'État laïque, qui ont pris la parole contre les défenseurs des doctrines romaines. Mais il y eut quelqu'un qui se leva dans cette Assemblée pour prononcer un grand, un mémorable dis-
cours, qui restera comme l'œuvre d'une âme de patriote dans une âme de catholique, chose rare ; c'était M^"" Darboy. [Applaudissements à gauche et au centime, — Réclamations à droite.)
M. LE VICOMTE DE BÉLizAL. — La foi inspire le plus pur patriotisme.
M. Gambetta. — Eh bien, aujourd'hui cherchez, interrogez l'horizon, passez en revue l'épiscopat français ! Oîi est Me'' Darboy?
M. Paul DE Gassagnac. — Vous l'avez tuél [Vives protestations à gauche et c}n's : A l'oindre! à l'ordre!)
M. Le Proyost de Launay. — Si ce n'est pas vous, ce sont vos amis !
M. DÉ Baudry-d'Asson. — Vos amis l'ont fusillé! Respectez au moins la mémoire de leur victime !
M. Paul de Gassagnac. — Nous sommes catholiques et patriotes, et M. Gambetta nous a tous insultés en venant affirmer le contraire. [Vive agitation.)
Voix à gauche. — A l'ordre I à l'ordre !
M. Paul de Gassagnac. — Et M. Gambetta qui accuse les catholiques de n'être pas patriotes I Nous demandons la justice pour tous, et nous ne tolérerons pas de pareils outrages.
M. LE Président. — Je n'ai pas besoin de faire ressortir la gravité et la fausseté de l'imputation que vient de se permettre M. de Gassagnac envers un de ses collègues. [Ti^ès bien! très bien! à gauche et au centime.) Je le rappelle à l'ordre ! [Très bien!)
M. Paul de Gassagnac. — Et M. Gambetta, quand il dit que les catholiques ne sont pas patriotes !
M. Le Proyost de Launay. — Nous nous sommes battus et il ne s'est pas battu 1
M. Bourgeois, s'ad7'essant à M. Gambetta. — Vous avez décoré le général Gharette ! On peut donc être à la fois patriote et catholique !
M. Granier de Gassagnac. — Monsieur le président, faites votre devoir pour tousl
A gauche. — N'interrompez pas ! — A Tordre !
M. LE Président. — Vous pourrez répondre aux appréciations de l'orateur... [Exclamations à droite.) ; mais vous n'avez pas le droit de vous permettre contre vos collègues des imputations de la nature de celles que vous venez de faire entendre. {Très bien! très bien!)
M. Paul de Gassagnac. — Nous demandons la justice pour tous!
M. LE Président. — La première justice à vous rendre est de ne pas vous permettre de proférer des imputations de la nature de celles que vous venez d'adresser à vos collègues !
M. Paul de Gassagnac. — Nous ne laisserons pas insulter les catholiques! M. Gambetta a dit qu'on ne pouvait pas être patriote et catholique. G'est un mensonge. [Vives rumeurs,)
M. LE Président. — Si M. Gambetta s'est permis à l'égard de ses adversaires l'appréciation dont vous vous plaignez, il a eu tort... [Ahl ah! à droite.)
M. Gambetta. — Mais cela n'est pas exact!
Voix à di'oite, — Si ! si !
M. Paul de Gassagnac. — Et vous l'avez laissé dire !
M. Gambetta. — Je disais : Oii est aujourd'hui Mk-" Darboy? )^ On m'a répondu : « Vous l'avez assassiné ! »
La valeur de cette interruption n'ayant échappé à personne, je n'éprouve pas le besoin d'y répondre. [Approbation et rires à gauche.)
Et maintenant, quand je disais : Où est Mb' Darboy? je voulais dire : Où est la doctrine de iM»"^ Darboy? Gar les hommes peuvent disparaître, mais vous devez compte de la disparition des doctrines. Eh bien, aujourd'hui, W^ Darboy et ses pareils, c'est-à-dire des hommes dévoués à la défense des idées gallicanes, il peut en exister dans les rangs du clergé. Ah ! comme ils doivent souffrir, comme ils doivent ôtre tristes jus-
qu'à la mort dans leur âme ! Mais il n'en est pas un seul qui oserait élever la voix et protester pour la revendication de ces libertés traditionnelles, comme le faisait Me» Darboy dans le discours éloquent que je rappelais tout à l'heure.
M. Paul de Gassagnac. — C'était avant le concile I [Exclamations ironiques à gauche.)
M. Gambetta. — Naturellement, c'était avant le concile. Mais n'ai-je pas pris la peine de l'indiquer tout à l'heure en faisant dater le progrès, le déchaînement dans le progrès des idées ultramontaines, précisément de ce concile de 1870? Je maintiens donc qu'aujourd'hui l'épiscopat peut bien compter encore quelques individualités attachées in petto aux doctrines que défendait le grand évoque dont je citais tout à l'heure le nom, mais que précisément le triomphe des doctrines ultramontaines do 1870 a eu pour résultat de réduire au silence et à l'obéissance tous ceux qui figuraient autrefois dans ce qu'on pouvait appeler légitimement le clergé national. Messieurs, c'est de cette situation nouvelle que nous nous plaignons ; le plus clair résultat de ce concile à nos yeux a été précisément d'ébranler le Concordat, de mettre en question ce traité, ce contrat synallagmatique qui règle les rapports du sacerdoce et de l'empire, de l'État et de l'Eglise, en dehors duquel il n'y a que deux solutions ; ou l'exclusion ou la séparation.
Or, comme nous estimons que tout vaut mieux que ces deux solutions, nous voulons ramener au respect du Concordat et des articles qui l'accompagnent, à l'application rigoureuse, permanente, répressive des lois qui figurent dans nos codes pour la défense de nos libertés et pour la protection de notre indépendance ecclésiastique. [Bravos et applaudissements à gauche et au centre.)
Je disais tout à l'heure qu'il ne convenait pas de s'égarer dans des querelles théologiques^ qu'il ne fallait
pas invoquer le refus, ou le silence, ou l'aversion que Rome a manifestée pour les articles organiques, auxquels personne en France, fonctionnaires ou citoyens, ne pourrait opposer une fin de non-recevoir.
Messieurs, je dirai toute ma pensée. 11 faut choisir; c'est un dilemme que je pose : Ou vous cesserez d'être Français, ou vous obéirez à la loi. ( Vive approbation à gauche et au centime.)
Entenant ce langage, sommes-noustrop exigeants, sommes-nous des hommes passionnés? {Rires ironiques à droite.)
M. DE Baudry-d'Asson. — Au contraire !
M. Gambetta. — Comment! nous sommes passionnés...
A droite. Oui I oui !
M. Gambetta. — ... quand nous venons vous demander... [Vives interruptions à droite.)
Si vous ne voulez pas que je parle, continuez, ce sera plus court; mais cela ne prouvera certainement pas que vous m'enseignez à n'avoir pas de passions. \Sourires appro bâti f s . )
Sommes-nous, dis-je, des hommes passionnés, quand nous venons demander l'application des lois qui ont été appliquées par M. de Yatimesnil, par M»' Frayssinous, par le gouvernement de Charles X, par le gouvernement de Louis -Philippe, par l'Empire? Proclamez donc qu'à vos yeux il n'y a que la République qui ne soit pas en état de légitime défense. Dites-le ; ayez ce courage ! Et alors avouez que vous n'êtes qu'une faction politique montant à l'assaut du pouvoir. {Vifs applaudissements et bravos à gauche et au centime.)
D'ailleurs j'en ai assez dit; le sentiment do la Chambre est fait, et je dois dire que, quelque précision [qu'elle mette dans sa sentence, elle ne satisfera qu'à, moitié la conscience nationale indignée, révoltée d'ê- Itre ainsi périodiquement agitée par des hommes qui
ne relèvent que de l'étranger. (Applaudissements au centre et à gauche.)
Plusieurs membres à droite. — A Tordre ! à l'ordre ! {Exclamations et 7nres ironiques à gauche.)
M. Paul de Gassagnac. — Vous avez relevé des Prussiens le 4 septembre !
M. Gambetta. — On nous disait hier qu'on redoutait l'effet de ces discussions, de ces révélations pour les élections prochaines.
Ahl je le crois bien que vous le redoutez ; ah I je crois bien que vous tremblez de venir devant le suffrage universel, devant le paysan français. {Interruptions à droite.)
M. DE La Rochefoucauld, duc de Bisaccia. — Nous ne le craignons pas. Nous ne redoutons pas la dissolution.
A gauche. — A la tribune !
M. de Baudry-d'Asson. — Nous la craignons moins que vous, la dissolution!
M. Gambetta. — Alors, pourquoi protestez-vous?]
M. de La Rochefoucauld, duc de Bisaccia. — Je le; répète, voulez-vous la dissolution? Nous la voterons àj l'instant même, nous n'en avons pas peur. {Exclœnia'\ lions dwerses à gauche.)
M. LE PRÉSIDENT. — Veuillez ne pas interrompre.
M. DE La Rochefoucauld, duc de Bisaccia. — Nous n'avons pas...
M. le PRÉSIDENT. — Ne prenez pas la parole ainsi; vous savez bien que vous n'en avez pas le droit !
M. DE La Rochefoucauld, duc de Bisaccia. — Monsieur le président, on nous dit...
M. Madier de Montjau et auty^es membi^es à gauche. — Montez à la tribune !
M. DE La Rochefoucauld, duc de Bisaccia. — Nous sommes tout prêts à discuter...
Plusieurs membres. — N'interrompez pas !
M. Gambetta. — Ah! je comprends que M. de Valfons, dans la sincérité de ses appréhensions, ne faisait
que traduire les vôtres, lorsqu'il disait : Oh ! ce n'est pas l'intérêt de l'État qui vous agite, c'est le besoin d'influer sur les élections.
Vous sentez donc, vous avouez donc qu'il y a une chose qui, à l'égal de l'ancien régime, répugne à ce pays, répugne aux paysans de France... [Bruyantes interruptions à droite.)
M. LE BARON DuFOUR. — Ne parlez pas des paysans ! Vous n'avez jamais voulu les consulter directement !
M. LE COMTE DE GOLBERT-GUABANNAIS. — VoUS U'OSC-
riez pas faire l'appel au peuple !
M. Gambetta. — ... c'est la domination du cléricalisme ! [Bravos et applaudissements à gauche et au centre.)
Vous avez raison, et c'est pour cela que du haut de cette tribune je le dis, pour que cela devienne précisément votre condamnation devant le suffrage univer- (d!... [Rumeurs à droite.) Et je ne fais que traduire les -entiments intimes du peuple de France en disant du cléricalisme ce qu'en disait un jour mon amiPeyrat : Le cléricalisme? voilà l'ennemi! [Acclamations et applaudissements prolongés à gauche et au ceritre. — L'orateur j en descendant de la tribune , reçoit les félicitations d'un ti'bs grand nombre de ses collègues.)
Prononcé le iô août i877
Après le renvoi du ministère Jules Simon par le maréchal et îa dissolution de la Chambre des députés (25 juin 1877), M. Ganibetta fut reconnu par l'unanimité du parli républicain comme le chef de la résistance à la dernièi' tentative des réactions coalisées.
Invité le lo août au banquet organisé à Lille par son ami M. Testelin, M. Ganibetta prononça, en réponse au toast chaleureux qui lui avait été apporté par son vaillant collaborateur de la défense nationale, le discours suivant :
Messieurs et chers concitoyens,
Je lutte contre une émotion bien naturelle et je ne suis pas encore parvenu à dominer l'impression profonde que m'a produite subitement, non pas, il faut
bien que je le dise , cette parole loyale et vrorante à laquelle je suis habitué, mais cet élan qui vient de vous emporter vous-mêmes et qui fait que j'ai senti que c'est bien dans ces étreintes qu'on trouve la récompense des efforts qu'on a faits. (Salve (T applaudissements.)
Je ne pouvais, en effet;, choisir un meilleur asile, une ville et un pays où je fusse plus sûr de rencontrer la sympathie, l'esprit flc résistance légale, le courage qui sait ne jamais se départir d'une prudente fermeté, qu'en venant à Lille {Mouvement), à Lille, où je reviens plus souvent qu'ailleurs, vous pouvez le remarquer, Messieurs, et où je reviens parce que je sais qu'on y trouve, et depuis longtemps, des cœurs généreux, des courages fidèles, des pensées politiques de prudence, de sagesse, d'union surtout entre toutes les classes de la société. [Marques d'approbation.)
Et, profitant d'un jour de repos autrefois consacré, vous savez à quelle fête, à la fête du crime couronné [Oui! oui/), j'ai pensé que je ne pouvais pas mieux, à mon tour, chômer le 15 août qu'en venant au milieu d'amis pour m'entretenir avec eux de la crise que nous traversons, pour leur dire où nous en sommes et où nous allons.
En effet, la France, depuis tantôt deux mois qu'on a pu, sur deux pouvoirs législatifs , dissoudre l'un et paralyser l'autre, la France est en proie, je ne dirai pas à des angoisses mortelles, mais à des anxiétés profondes, à la fois généreuses et patriotiques, qui font que dans chaque département, dans chaque arrondissement, dans chaque canton on se demande quel jour finira ce duel, ce confiit entre le pouvoir d'un côté et la nation de l'autre.
Et, comme tout le monde est partout prêt à faire son devoir, il est peut-être bon de dire à ceux qui travaillent sur un point donné, sur une des cases de cet échiquier national, ce qui se passe dans les autres
cases, afin qu'on puisse saisir le mouvement d'ensemble qui emporte le pays et savoir avec exactitude ce que l'opinion publique pense, ce qu'elle prépare, et quelles sont les espérances légitimes que les bons citoyens sont en droit de nourrir.
Eh bien, examinons et tâchons de voir, comme je le disais au début, où nous allons.
Messieurs, il se passe à l'heure actuelle, en France, un phénomène politique tout à fait rassurant et heureux.
On vous le disait d'un mot tout à l'heure ; on vous parlait de cette union du parti républicain dans toutes ses nuances, ne distinguant plus, ne cherchant plus les thèses, les programmes, les antagonismes, les querelles personnelles et ayant fait cesser tout à coup des débats mesquins et misérables pour ne s'occuper que du salut de la patrie, qu'on ne sépare pas du salut de la République. [Très bien! irès bien! — Applaudissements.)
C'est ainsi qu'en face et au lendemain de cette dissolution qui a été prononcée sans prétexte, sans motifs, sans raison, — car on a déjà renoncé à rappeler les raisons inscrites dans la lettre présidentielle du 15 mai, — il n'est plus question, aujourd'hui, de dire à la France qu'on a renvoyé le cabinet républicain, parce que la majorité républicaine l'avait mis en mmorité, car le pays, qui est au courant de la situation, dirait que c'est une contre-vérité; — on ne dit plus qu'on a renvoyé la Chambre et le ministère républicain parce qu'on avait rendu publiques les séances des Conseils municipaux, car le pays répondrait que c'est là un prétexte sans valeur ; on ne dit plus que c'est parce que la Chambre était prête à voter une loi sur la presse qui rendait la compétence au jury en matière de délits et de crimes commis par la voie de la presse, et pourquoi ne le dit-on plusj C'est parce qu'il n'y a plus moyen d'argumenter d«
cette façon, alors que le jury, qui fonctionne dans tous les pays libres, à fonctionné en France pendant un demi-siècle en matière de presse.
Pourquoi donca-t-on dissous la Chambre? Messieurs nul ne le sait et nul ne peut le dire. On se réserve sans doute de l'expliquer dans les professions de foi qui viendront plus tard et dans une lettre écrite par le chef du pouvoir exécutif, lettre dont on prépare les bandes d'envoi, dit-on, dans diverses administrations, en requérant la milice sacrée et ordinaire. (/?/7'es.) On nous menace d'une mer d'encre qui va couler sur le pays, de brochures dont le Moniteur des Communes, — dont on a altéré quelque peu, vous le savez, le nom avec justesse {Hilarité. — Bravos] y — peut nous donner un avant-goût. Oui, Messieurs, on a stipendié une certaine presse, toujours prête à vomir l'injure et qui se nourrit exclusivement de mensonges et de calomnies; on n'a réussi qu'à attrister la conscience du pays et de l'Europe par les infamies qu'on a laissées s'étaler au grand jour dans les papiers des auxiliaires les plus intimes du gouvernement, qui se disent conservateurs et qui n'emploient d'autres armes contre leurs adversaires politiques que l'injure, l'outrage et la calomnie. {Oui/ — Très bien! — Èi^avos répétés.)
Ce mal est-il sans remède? Oh! non, mes chers concitoyens. Car l'on peut opposer à cette levée de plumes vénales et corrompues le dédain et le mépris qui surgissent dans ce pays de France contre ceux qui n'ont pas d'autres ressources pour vivre ou pour durer; on peut s'en fier au bon sens français, à la rectitude de l'honneur national pour faire justice de ces tentatives qui ne sont déshonorantes que pour ceux qui les emploient ou pour ceux qui en profitent. Ce n'est pas là, Messieurs, ce qui inquiète le pays, et, il peut laisser passer sous ses pieds ce ruisseau chargé de bave et d'ordures. {Oui! cuit — Très bieni très bien!)
Mais ce qu'on ne peut supporter, ce qui est un
spectacle outrageant pour l'idée de justice et de droit, c'est qu'on soit allé bien au delà de l'injure, et qu'on soit entré dans un système de provocations criminelles contre la loi, et qu'on tolère tous les jours dans des journaux, — que dis-je? qu'on tolère? — qu'on encourage, qu'on subventionne, dans des feuilles dont on garantit la circulation et la distribution, des appels à la force contre la Constitution et contre le droit, des suggestions criminelles et persistantes à l'adresse de ceux qui détiennent le pouvoir, sans que la justice se soit émue; sans que les ministres en aient senti leur responsabilité atteinte ou éveillée; sans qu'il y ait eu, de la part d'aucun de ceux qui ont charge et mandat, dans ce pays, de protéger la loi sans laquelle ils n'existeraient pas, aucun avertissement ou aucune répression contre ceux qui poussent au renversement des institutions voulues par la nation. Et, dans ce duel mémorable, que voit-on? On voit les feuilles dévouées à la loi , les organes modérés, les journaux les plus conservateurs, ceux dont les traditions libérales dans ce pays remontent à l'aurore même de la Révolution, — on voit ces journaux exclus des gares, empêchés de circuler, devenant la cause d'un délit quand ils sont colportés , de telle sorte qu'en ce moment la protection est pour les diffamateurs et les rebelles, et l'oppression, l'arbitraire, la chasse à la vérité, sont entièrement réservés à ceux qui ne se réclament que de la justice et de la loi. {Salve d'applaudissements. — Bi'avos répétés.)
Ce n'est pas seulement le spectacle auquel nous assistons du côté de la presse officieuse qui est de nature à exciter notre indignation et celle du pays. Il faut aller plus loin et se demander quelle est l'association d'hommes qui a entrepris, contre la volonté éclatante, manifeste, presque unanime du pays, de \ù faire changer d'avis et de lui arracher, à travers toutes les ruses et toutes les violences de l'arbitraire, une
sorte de tnea culpa des élections du 20 février 1876. Quels sont ces hommes? car connaître leurs pensées, leurs opinions, c'est deviner leur but, c'est juger leur politique et c'est éclairer le pays.
Ces hommes, ce sont ceux-là mêmes qui, le 24 Mai, ont renverse M. Thiers du pouvoir, non pas seulement pour lui donner un successeur chargé de défendre les institutions existantes, mais parce que M. Thiers, obéissant aux lois de la politique et ayant la connaissance profonde des intérêts de son pays, s'était hautement prononcé contre la monarchie, contre toutes les monarchies. Et ce sont ces hommes qui, aussitôt qu'ils eurent pris le pouvoir, s'ingénièrent de toutes les façons à ramener dans ce pays la monarchie : les uns, la monarchie de droit divin avec le cortège des bienfaits du bon vieux temps que vous savez [Rires.), et que nos paysans n'ont jamais oublié ni n'oublieront jamais [Assentiment unanime.); les autres, la monarchie contractuelle avec ce côté d'oligarchie, de convoitises, de corruption qui fut le propre du règne de la monarchie de Juillet. Quant aux autres, je n'ai pas besoin de les nommer. Vous les connaissez : toujours à l'afiût des places à reprendre, de leurs appétits à satisfaire , promettant tout ce que l'on veut : aux ouvriers, l'extinction du paupérisme ; aux bourgeois, l'ordre sans trouble et sans émotion par la suppression de la tribune, de la liberté et du contrôle; à l'Église, tous les bienfaits, toutes les prébendes, toutes les autorisations et toutes les suppressions dont elle a besoin, commençant d'abord par s'entendre avec elle pour la trahir et l'abandonner ensuite le jour oii certaines combinaisons dynastiques lui en feraient une nécessité.
Mais laissons de côté le passé de ces trois dynasties. Est-il vrai, oui ou non, que ce sont leurs chefs qui ont fait le 24 Mai, que le 24 Mai a fait assister le pays à une coalition d'efforts pour renverser la République?
244 Lir.LE.
Mais il n'est pas moins vrai que le pays a vaincu une première fois cette coalition et que sa victoire s'est appelée la Constitution républicaine du 25 février 1875? {Oui! oui! — Ti'es bien! très bien! — Applaudissements pj'olongés.)
Et ce jour-là, que s'est-il passé I II s'est passé un acte en vertu duquel il était bien entendu que ceux qui allaient présider au fonctionnement de cette Constitution républicaine seraient des républicains de raison, sinon de naissance. C'est ce qu'avait voulu la France et, quelques mois plus tard, lorsqu'elle a prononcé à son tour sur cette Constitution en choisissant des mandataires chargés de la maintenir et de la défendre, à quels hommes, à quels élus confiait-elle ses pouvoirs, remettait-elle sa confiance pour faire prévaloir ses volontés? A une majorité incontestablement républicaine qui signalait son passage par des actes répétés de prudence, de sagesse et de travail. {Salve d'applaudissements.)
Et c'est parce que cette majorité n'est tombée dans aucun des pièges qui lui étaient tendus de plusieurs côtés; c'est parce que la confiance qu'elle inspirait au pays allait grandissant; c'est parce qu'elle excellait à déjouer les trames et les calculs de ceux qui ne s'étaient pas accommodés de la République; c'est parce qu'elle fondait tous les jours plus profondément dans le sol les assises de l'édifice républicain; c'est alors que , sans autre motif que d'arrêter brusquement la propagande qui conduisait le parti républicain à la conquête du cœur de la nation, on l'a congédiée en l'accusant de quoi? D'un vice secret, de radicalisme latent. Dans ce pays de clarté et de franchise, on n'a trouvé que ce mot obscur, que cette ambiguïté, disons le mot, que ce mensonge pour se débarrasser de cette majorité. {C'est cela! — Très bien! — Vives et unanimes acclamations.)
Et alors on a vu revenir au pouvoir, qui? Les coali-
ir, AOrT 1877. 245
ses du 24 Mai. Ahl on peut dire, écrire et répéter qu'on a fait le 16 Mai pour consolider la République [Hilarité générale), pour affermir les institutions republicaines, pour arracher la République aux républicains qui l'aimaient d'un amour trop ardent et qui l'embrassaient dans leurs bras comme un autel consacré; on peut écrire ces choses, mais, quand le pays regarde ceux qui parlent, ceux qui administrent et ceux qui gouvernent, quand le pays regarde, — j'allais prononcer un mot que j'arrête sur mes lèvres, — j'allais dire ceux qui conspirent, mais je dis quand le pays regarde ceux qui poursuivent un autre but que le but républicain, que voit-il? M. le duc de Broglie, qui avait mis son honneur à combattre la Constitution républicaine du i25 février 1875; M. de Fourtou, qui n'a pas voté pour cette Constitution et qui est un bonapartiste; M. Brunet, qui se réclamait, lors des élections sénatoriales dans son département , de l'appel au peuple, c'est-à-dire de la doctrine du césarisme par excellence... Je m'arrête, non pas que les opinions des autres ministres n'aient pas leur importance, mais ils sont connus et il n'y eh a pas un, parmi eux, qui soit républicain, je ne dis pas républicain de naissance, mais républicain d'opinion, de raison.
Et, en face de ces hommes, que voyons-nous aujourd'hui? Nous voyons s'éloigner d'eux ceux qui, ayant appartenu autrefois à des opinions opposées à la République, y sont venus avec confiance, sans arrière-pensée; ce sont ceux-là qui tous les jours s'écartent du ministère du 16 Mai comme d'un ministère néfaste, comme d'un ministère divisé contre luimôme, comme d'un ministère de coalition contre les institutions existantes, et qui fondent, — car c*est avec ces hommes qu'on a pu la fonder, — l'union de notre grand parti pour la défense de la loi, de la République et de la paix, comme vient de le dire
M. Feray, d'Essonnes. [Longs applaudissements et bravos unanimes.)
Aussi, Messieurs, il n'y a de républicains que dans nos rangs. Oui, tous les républicains sont de notre côté. Par conséquent, no dites pas que c'est pour consolider la République qu'a été fait l'acte du 16 Mai, car vous ne pouvez avoir raison contre ceux qui veulent et qui ont toujours voulu, depuis nos désastres, fonder le gouvernement par excellence d'une démocratie qui veut rester libre.
Vous êtes jugés par votre passé, par vos agents. Et, en effet, aussitôt après votre installation, qu'avezvous fait? Vous vous êtes fait apporter la liste des fonctionnaires, et vous, à qui on ne pouvait que si difficilement arracher une signature pour changer un /eul fonctionnaire; vous qui criez sans cesse contre les hécatombes faites par les ministres républicains, on vous a vus, en moins de huit jours, presque en une nuit; bouleverser tout le personnel administratif, chassant tous ceux qui vous déplaisaient avec la dernière violence, sans tenir compte des ruines qui sont la conséquence de ces expulsions, sans tenir compte des droits acquis ni des légitimes exigences des populations. Sans tenir compte des intérêts du pays, vous avez chassé quiconque était soupçonné par vous d'être encore libéral, patriote ou républicain. [Oui! oui! — C'est vrai! — Applaudissements unanimes.)
Et vous voulez que la France s'y trompe ! Vous voulez que le pays ne^comprenne pas votre politique! Mais vos actes sont là, et ce n'est pas du radicalisme latent, cela : c'est de la désorganisation flagrante, patente, à contre-sens; c'est la pire des perturbations sociales. [Nouveaux applaudissements.)
Messieurs, qu'a fait le pays? Il a été admirable; il l'est encore, et il le restera devant co désordre. {Oui! oui! — Assentiment général.) Car il y a désordre, car il y a impuissance à s'entendre entre les coalisés, car
déjà la rupture est dans leurs rangs. L'appétit du pouvoir pouvait bien les réunir contre la République, mais, après avoir obtenu le pouvoir, ils devaient se diviser sur la question du sort à faire à la France, au moment du partage de ses dépouilles.
On s'est donc divisé. La rupture s'est produite et, aujourd'hui, on parle de faire rentrer le Centre gauche, comme une brebis égarée, dans le bercail du gouvernement. Vous savez quelle réponse a été faite à ces avances par ce groupe politique qui a pris une si grande part des sympathies de l'opinion. Il a répondu : Je ne vous connais pas, ou plutôt je ne vous connais plus. Et aussitôt il a eu à essuyer les outrages de la presse à gages.
Le pays est resté calme en face de toutes les provocations. On lui a enlevé toutes les commodités de l'existence politique. On a fermé les cercles, interdit les réunions, empêché la circulation des journaux dans les lieux où on avait l'habitude de les rencontrer. On a épuisé contre l'opinion tous les moyens qui pouvaient faire espérer de la réduire ou de l'étouffer. Je n'énumérerai pas devant vous cette longue liste d'excès de pouvoir, d'abus d'autorité qui ont été déférés aux tribunaux et qui attendent la fortune diverse de la justice ordinaire ou de la justice administrative. Non, ce serait là un exposé fastidieux; mais jo tiens à prendre acte de ces nombreux procès, de < os résistances judiciaires et légales, opposées sur tous les points de la France à la politique à outrance (lu 24 Mai. Non pas qu'il soit très bon, très encourai^cant pour l'avenir, de voir l'autorité discutée dans les prétoires du pays ; mais la nécessité est la loi de la politique et, lorsque, dans une grande démocratie où les émotions légitimes peuvent se transformer si ;iisément en mouvements populaires désordonnés, oi\ Ton est si prompt à ne pas s'en rapporter aux lois et à lii raison; où l'on a peut-être trop sacrifié, dans le
passé, à un besoin de générosité et de courage à tout propos contre les vexations du pouvoir, — je dis qu'il est notable , qu'il est bon, qu'il est heureux de voir que, sous le coup des provocations qui se sont produites dans ces derniers temps, la démocratie française aitpris définitivementpour méthode la résistance légale et juridique aux empiétements du pouvoir personnel.
Cette manière de se couvrir et de se défendre en. couvrant et en défendant les libertés publiques, cette' vie publique qui est si heureusement acclimatée à nos portes, en Suisse et en Angleterre, où elle est certainement la raison dernière des progrès faciles et incessants qu'y accomplit toujours l'esprit de liberté, — cette méthode nous était, il faut bien le dire, assez inconnue ; nous l'avons toujours laissée un peu à l'écart, ou nous ne nous y étions pas tenus avec asseî de persévérance; mais, dans la crise qui vient d'éclater, grâce à cette union parfaite des 363, on a vu tout de suite que l'esprit de légalité allait dominer et conduire cet immense mouvement de la nation tout entière. Des hommes qui sont l'honneur de leur profession et les lumières du barreau français n'ont pas hésité à se réunir et à devenir comme les préteurs des libertés publiques. {Très bien! très bien! — Vifs applaudissements.)
Ils croyaient peut-être ne faire là qu'une œuvre d( jurisprudents et de bons citoyens, ils ont fait plus et' mieux : ils se sont placés au premier rang des éducateurs politiques de la démocratie française. {Salve d'applaudissements.)
Ils ont, avec la connaissance du droit qu'ils possè dent si bien, réveillé dans ce pays le sentiment dii devoir et aussi le sentiment de l'autorité de la justice.
C'est par là qu'il est devenu clair que, quelles que fussent les ruses et les subtilités d'une procédure politique qui voulait entraver et vexer tous les citoyené
de ce pays, on saurait les déjouer par la science du droit et d'une procédure bien supérieure, et par les motifs et par les raisons qui l'inspiraient, à celle des procureurs du gouvernement du 16 Mai, — c'est par là qu'il est devenu aisé de prédire que les populations ne se laisseraient pas éloigner de la large voie de la protestation et de la résistance légales pour se jeter, à côté, dans des émotions que plusieurs peut-être avaient souhaitées, et que l'on ne donnerait aux écrivains, aux bandits de plume qui espèrent des coups d'État, aucune occasion de jouer avec la force et do sauver la société derrière les baïonnettes. {Cest cela !
— Très bien! très bien! — Applaudissements prolongés.) Car, Messieurs, je veux le dire ici, à la honte de
ceux qui en sont réduits à ces expédients et qui ont assez peu de respect d'eux-mêmes et de respect de là patrie pour faire à l'armée cette injure de croire que jamais elle pourrait se mettre au service de l'illégalité contre le droit. [Longs applaudissements.)
Messieurs, pour ma part, je prononce cette parole dans la conviction la plus absolue de ma conscience : S'il y a en France une collection, un groupe d'hommes où le sentiment, où le besoin de l'honneur, où le respect de la loi soient le plus nécessaires et où on les retrouve au plus haut degré, et où l'on sente avec le plus d'énergie qu'il n'y aurait plus de France si une tentative contre la loi pouvait encore se produire, — cette fraction, cette image du pays, Messieurs, c'est l'armée. [Oui! oui! — Applaudissements entfiousiastes.
— Cris répétés de : Vive l'armée!)
Les réflexions que suggèrent l'animosité et l'arbitraire qui respirent dans les actes de l'administration publique, seraient bien tristes et bien décourageantes si nous n'avions au fond du cœur la certitude de l'imnuissance de nos adversaires.
l'.n effet, y a-t-il rien de plus affligeant que de voir Il loi torturée, dénaturée par les dépositaires mômes
du pouvoir, les populations habituées à devenir indifférentes, soit à la majesté de la loi, soit à l'autorité du gouvernement établi ; que devoir énerver comme à plaisir ta force légitime de l'autorité publique; que de voir des fonctionnaires d'ordre divers se transformer en agents électoraux, répudier tout esprit d'impartialité et d'égalité, et devenir, au sein de la nation, les agents des partis, au lieu d'être les interprètes et les gardiens des lois et des libertés publiques?
On l'a dit avec raison, c'est surtout dans les démocraties laborieuses et populeuses que la loi doit être l'objet d'un respect et d'un culte vraiment religieux. (Applaudissements.) Rien n'est plus dangereux, plus corrupteur que de voir la loi devenir l'instrument banal des passions et des convoitises des partis, quand, sous le couvert de la Constitution mal interprétée et défigurée, on sème les haines et les rancunes, on suscite ce qu'il y a de plus mauvais dans la politique, l'esprit de colère et de représailles. Alors, au lendemain de la lutte, on se trouve en face d'irréconciliables emportements de passions que l'injustice a rendues aveugles, "et on vous demande, avec quelque apparence de raison, des actes de justice qui ressemblent à des actes de vengeance. Gela est mauvais, Messieurs, mauvais pour tout le monde. Il faut bannir ce mot de représailles de la langue politique, et y substituer celui de clémence et de justice. {Vt'fs applaudissements.)
Mais , on ne saurait trop le répéter, c'est à nos maîtres d'un jour à mesurer dans quelle proportions ils veulent s'exposer à de si redoutables responsabilités. Quant à nous, qui serons toujours du côté de la modération, sans exclure la fermeté et la clairvoyance, nous tenions à dire , avant l'événement, à tous ceux qui ont engagé contre la nation cette lutte insensée, que leur propre conduite sera jugée et qu'elle dictera la modération de leurs vainqueurs. (Très bien! très bien! — Applaudissements.)
15 AUUÏ 1877. 9 j
Réjouissons-nous donc de cette disposition de l'opinion à rester toujours sur le terrain de la légalité ; laissons nos adversaires manœuvrer avec les subtilités de la procédure, mais surveillons-les pour voir s'ils sortiront jamais, eux, de la légalité, ce que je ne pense pas. {Mouvement.) Dans tous les cas, ce n'est pas une hypothèse à traiter ici. Elle serait prématurée, car nous ne faisons à personne l'injure de croire qu'on veuille sortir de la légalité. {Nouveau mouvement.)
Mais si je me contentais de mettre, comme dans un contraste, d'un côté les défaillances, les défections, les excès de pouvoir, les provocations, l'agitation et, finalement, l'impuissance de nos adversaires et, d'un autre côté, en regard, notre esprit d'ordre, notre union, notre concorde, notre tranquillité d'esprit, la certitude de l'avenir qui anime le parti républicain, je n'aurais pas fait assez; je n'aurais pas surtout attiré l'attention de vos esprits sur ce qui, pour moi, constitue le caractère le plus élevé de l'agitation politique que nous traversons.
En effet, le suffrage universel, qui va être consulté, — mettons qu'on ne dépassera pas la légalité, — dans six semaines, ce suffrage universel va se trouver en présence de la majorité républicaine qu'il avait nommée et choisie et dont le mandat a été brisé par les combinaisons politiques dont je vous parlais tout à l'heure. Si le suffrage universel se bornait purement et simplement à décerner aux 363 le mandat qu'il leur avait confié il y a seize mois, sans aller au delà, répétant simplement son verdict do 187G, le résultat serait très considérable, très décisif, mais permettezmoi de dire qu'il ne serait pas suffisant.
Il ne serait pas suffisant à plusieurs points de vue : d'abord, parce qu'il ne constituerait pas une réponse et une protestation assez énergiques contre l'acte du 16 Mai; ensuite, parce qu'il ne donnerait pas aux
nouveaux élus une autorité complète pour en finir avec cette politique d'oscillations et de subterfuges. {Cest cela! ■ — lYes bien! très bien! — Applaudissements.)
Aussi est-il permis de dire aujourd'hui, 15 août 1877, que c'est là une vérité que le suffrage universel a admirablement comprise; et les renseignements que nous possédons, qui sont absolument certains e circonstanciés sur les 533 circonscriptions du terri« toire de la République, nous permettent d'affirmé que le suffrage universel ne s'en tiendra pas à U réélection des 363, mais qu'il augmentera, dans uni proportion considérable, le nombre des élus républb cains du 20 février 1876. J'ai parlé du chiffre de 400 et on a cru que j'enflais mes espérances, que je gros sissais mes prévisions. Non. Quand j'ai annoncé c( chiffre, je parlais avec la même conviction qu'au moi! de février 1876, lorsque, à Belleville, j'annonçais que serait le résultat probable des élections qui devaien avoir lieu un mois après. Je disais alors que toutnoui permettaiWè compter sur une majorité républicaine de 100 ^^i20 voix. On pensait que je grossissais U chiffre : lii^ajorité a été de 200 v<)ix. {Salve d'applau-^ dissements, — Bravos répétés.)
Aujourd'hui j'estime, avec ce que l'on sait du suffrage universel, que, en disant 400 républicains élus, je suis resté au-dessous de la vérité. Qu'est-ce qui peut faire croire qu'il en est ainsi? Deux faits extrêmement importants et décisifs. C'est que partout oîi il y a un député à réélire appartenant aux 363, on vu se rallier à lui des influences qui l'avaient combattu au mois de février 1876 ; l'influence des libéraux qui n'étaient que des libéraux est venue soutenir le candidat faisant partie des 363. Les rivalités personnelles se sont effacées en présence d'un grand intérêt public, et il est à peu près établi aujourd'hui que ceux des 363 qui ont été combattus en 1876 se présenteront, dans leurs circonscriptions, libres de toutes compéti-
lions et entourés d'adhésions plus nombreuses, recrutées pour la plupart dans les rangs de leurs anciens adversaires. Et il paraît évident que le nombre des voix pour chacun de ces députés dans sa circonscription croîtra en comparaison de celles qu'il a recueillies dans des conditions pareilles à celles où il se trouvait le 20 février 1876.
Cette étude faite sur tous les points de la France, et comme pour marquer les progrès accomplis, démontre que c'est dans l'ouest, le centre et le nordouest que les résultats à obtenir seront les plus favorables. De telle sorte que c'est cette partie de la France, considérée comme la plus inerte, la plus indifférente, la moins mêlée au mouvement, qui s'ébranle; c'est là que l'on commence à parler de liberté et de République; ce mouvement ne s'arrêtera plus.
Voilà un premier phénomène que je devais vous signaler. Il y en a un autre qui n'est pas moins remarquable dans la nature des caractères des candidats.
Il y a 158 circonscriptions qui restent à conquérir par parties. Ces 158 collèges se trouvent répartis plutôt dans les régions du sud-ouest et du nord. Ce qui fait qu'on n'avait pas encore gagné un nombre suffisant de sièges dans ces collèges, ce qui fait qu'il n'y avait pas, pour nous, une assiette assez forte, c'est que certaines préventions existaient dans l'esprit des populations industrielles ou agricoles de ces pays, préventions qui séparaient ce qu'on appelait autrefois le parti libéral du parti républicain, la haute bourgeoisie de la bourgeoisie plus moyenne, de cette classe que j'ai appelée moi-môme les nouvelles couches sociales. Il y avait là antagonisme, répulsion, critiques, tout un monde de préjugés que je n'ai pas à expliquer ni à analyser ici. Mais retenez bien ceci. Un des caractères démonstratifs du prochain scrutin, l'œuvre à laquelle nous assistons, celle que je ne saurais trop saluer et proclamer, c'est que là où il y avait antagonisme,
rantagonisme a cessé; c'est que les défiances ont disparu et que la fusion s'est faite entre la bourgeoisie et les ouvriers , entre le capital et le travail , qui se fécondent l'un par l'autre (Vive approbation) ; c'est que ceux qui, dans la haute bourgeoisie, s'étaient tenus à l'écart, craignant et redoutant la République, ont été gagnés par la sagesse, par la prudence, par l'union du parti républicain, et ils sont revenus aux véritables traditions de la bourgeoisie de 89 et de 1830. Et aujourd'hui, après le 16 Mai comme après 1880, nous assistons à une véritable fusion du peuple et de la bourgeoisie. [Bravos et applaudissem,ents prolongés.)
Les élections prochaines proclameront cette fusion, cette alliance; et, si je ne craignais pas de blesser leur modestie, je pourrais citer des noms, depuis les bords de l'Océan jusqu'au milieu des départements du centre et jusqu'à la frontière des Vosges, des noms de grands industriels, de propriétaires, de grands^ entrepreneurs, de constructeurs, d'hommes, enfin, qui tiennent le premier rang dans la banque, le commerce, l'industrie ou les assurances maritimes ; depuis Cherbourg jusqu'à Dunkerque, je pourrais citer des] hommes qui sont venus loyalement au parti républicain, sentant le péril de la situation et ne voulant pas compromettre l'existence de la nation. Ils sont venus à la République, afin qu'il soit bien évident, pour laj France et pour l'Europe, qu'il n'y a plus de divisions] dans notre pays, que la République est faite et qu'elle| est scellée du sceau de l'alliance de la bourgeoisie e1 du prolétariat. [Explosion d'applaudissements et acclamations.)
J'affirme, Messieurs, que celte fusion, que cette| alliance nous garantissent la victoire. [Nouvelle adhé-^ sion.) Vous comprenez maintenant. Messieurs, pour-j quoi je peux dire, non plus d'une façon générale, mais d'une façon analytique , et arrondissement pai arrondissement, que la victoire du parti républicaii
est au-dessus des entreprises, des ruses et des vexations d'une administration aux abois. Oui, la victoire viendra de là, elle sortira de là. Et, chose inévitable aussi, à mesure que les scrutins populaires se succèdent, ils réduisent à l'impuissance et font rentrer dans le néant les souteneurs de dynasties déjà condamnés le 20 février; — ils nous ont débarrassés, à ces élections mémorables, de la compétition bourbonnienne, de quelque nom ou de quelque branche qu'elle se réclame. — A mesure, dis-je, que ces scrutins se succèdent, ils nous donnent des résultats ; or, le résultat du prochain scrutin sera de nous débarrasser du cléricalisme et du bonapartisme. Ouf, ce sont ces bonapartistes qui ont eu la haute main dans le ministère du 16 Mai, et avec lesquels il a fallu que les ducs comptassent; ce sont ces bonapartistes qui soldent les journaux qui poussent au crime; ce sont ces bonapartistes si bruyants, et qui allient la ruse au cjnisme, ce sont eux qui seront à leur tour les vaincus du prochain scrutin. Oui, leur nombre décroîtra, et nonseulement leur nombre, mais on pourra mesurer à quel degré ils auront été refoulés par le suffrage universel, par la qualité môme des vaincus qu'il couchera sur le sol : vous le verrez, Messieurs. [Applaudissements et bi'avos.)
Je disais que la situation présentait ce double caractère : la fusion des classes sous le drapeau de la République, et le refoulement des bonapartistes. Ces deux idées sont inséparables. L'empire ne pouvait vivre que par la division du pays. 11 se présentait comme un despotisme appuyé sur l'antagonisme de deux classes dans la société. Et c'est pour sauver la Franco non pas seulement de cette honteuse et impossible restauration, mais de la mort définitive de la patrie, que l'union dont je viens de parler s'est faite, et que le suffrage universel la ratiliera. C'est pour cela (iue si, parmi les rédacteurs ofliciels, quelqu'un parle
d'une politique d'abaissement, ce n'est pas de la politique républicaine qu'il peut parler : le parti de l'abaissement et de la disparition de la France, c'est le parti qui est tombé à Sedan, c'est le parti qui s'appelle Brumaire et Décembre , c'est le parti qui ne connaît que ses convoitises et ses appétits ; c'est le parti que l'étranger voudrait voir revenir, parce que ce parti n'a qu'un nom dans notre histoire : c'est le parti de l'invasion ! {Sensation prolongée.)
Messieurs, l'Europe entière assiste avec une sympathique anxiétéqui nous honore à cette suprême épreuve de la démocratie républicaine et libérale pour établir en France un gouvernement pacifique au dehors et progressif au dedans ; un gouvernement qui, tout en respectant les droits légitimes des citoyens et des corporations établies, se dégage de plus en plus des étreintes de l'esprit théocratique et ultramontain ; qui façonne l'administration et l'éducation nationales selon les principes de la raison moderne et fasse de l'État un agent exclusivement civil de réformes et de stabilité. {Applaudissements.) ■
Dès l'origine du conflit, l'Europe, sans distinction de convictions politiques , monarchiques ou républicaines, s'est prononcée contre le coup de réaction du 16 Mai. Elle y a vu, comme nous, une audacieuse tentative de l'esprit clérical contre l'Europe entière. Elle a déploré de voir le crédit, l'influence que la France reprenait peu à peu dans les conseils du monde remis soudainement en question et sa voix faire défaut dans le concert européen. Elle suit attentivement, et jour par jour, les divers incidents de la lutte passionnée que le ministère du 16 Mai a entreprise contre la nation. Les graves problèmes soulevés par la question d'Orient ne l'absorbent pas au point de la distraire de nos efforts quotidiens dans la campagne électorale ouverte depuis deux mois. Les organes les plus influents et les plus autorisés de l'opinion européenne
soutiennent notre démocratie de leurs encouragements et de leurs conseils.
Les peuples, comme les gouvernements, attendent avec impatience l'issue de la lutte, espérant que le dernier mot restera à la souveraineté nationale, à lesprit de 89. Gomme le disait le ministre président du conseil d'Italie : les gouvernements passent et les nations restent. La France , qui a promulgué le droit moderne, ne voudra pas donner à l'Évangile de 89 un démenti dont profiteraient seuls le Syllabus et le jésuitisme. [Non! non! — Vifs applaudissements.)
L'Europe a fait comme la bourgeoisie ; elle a porté ses sympathies de droite à gauche; et c'est là, pour nous, républicains et patriotes, un élément de plus de la victoire et de la stabilité qui attendent la République quand elle sera sortie des misérables difficultés que lui crée, contre tout patriotisme, la coalition des anciens partis. Les espérances du monde ne seront pas trompées. La République sortira triomphante de cette dernière épreuve, et le plus clair bénéfice du 16 Mai sera, pour l'histoire, d'avoir abrégé de trois ans, de dix ans, la période d'incertitude et de tâtonnements à laquelle nous condamnaient les dernières combinaisons de l'Assemblée nationale élue dans un jour de malheur. [Mai^ques d'assentiment et applaudissements.)
Messieurs, telle est la situation. Et j'ose dire que les espérances du parti républicain sont sûres; j'ose dire que votre fermeté, votre union, que votre activité sont les garants de ce triomphe. Pourquoi ne le diraisje pas, au milieu de ces admirables populations du département du Nord, qui, à elles seules, payent le huitième des contributions de la France, dans ce département qui tient une des plus grandes places dans notre industrie nationale, aussi bien au point de vue mécanique qu'agricole? N'est-il pas vrai que, dans ce pays, vous avez commencé aussi à faire juslice des factions qui s'opposaient à rétablissement do
la République et que vous n'attendez que l'heure du scrutin pour que tous vos élus forment une députation unanime? [Oui! oui! — Applaudissements.)
Vous le pouvez si vous le voulez, et vous savez bien ce qui vous manque : ce ne sont pas les populations disposées à voter pour des candidats républicains; ce sont des candidats qui consentent à sortir défmitivement d'une résistance dictée par des intérêts privés et comprennent qu'il s'agit aujourd'hui d'un service public et d'élections d'où dépendent les destinées de la France. Il faut que ces hommes fassent violence à leurs intérêts domestiques pour aborder laplate-forme électorale. [Marques unanimes d'adfiésion.)
A ce point de vue, des adhésions significatives ont déjà été obtenues et vous avez su trouver des candidats qui vous mèneront à la victoire. Je devais plus particulièrement le dire ici, dans ce département qui, parmi les autres, tient la tête dans les questions d'affaires et de politique. Je devais le dire ici pour vous mettre en garde contre certains bruits qui ont été répandus et dont on alimente la basse presse, à savoir que si le suffrage universel dans sa souveraineté, je ne dirai pas dans la liberté de ses votes, puisqu'on fera tout pour restreindre cette liberté, mais dans sa volonté plénière, renomme une majorité républicaine, on n'en tiendra aucun compte. Ahl tenez. Messieurs, on a beau dire ces choses ou plutôt les donner à entendre, avec l'espoir de ranimer par là le courage défaillant de ses auxiliaires et de remporter ainsi la victoire : ce sont là de ces choses qu'on ne dit que lorsqu'on va à la bataille ; mais, quand on en revient et que le destin a prononcé^ c'est différent I Que disje, le destin? Quand la seule autorité devant laquelle il faut que tous s'inclinent aura prononcé, ne croyez pas que personne soit de taille à lui tenir tête. Ne croyez pas que quand ces millions de Français, paysans, ouvriers, bourgeois, électeurs de la libre
terre française, auront fait leur choix, et précisément dans les termes où la question est posée ; ne croyez pas que quand ils auront indiqué leur préférence et fait connaître leur volonté, ne croyez pas que lorsque tant de millions de Français auront parlé , il y ait personne, à quelque degré de l'échelle politique ou administrative qu'il soit placé , qui puisse résister. ( Vive appro bation . )
Quand la France aura fait entendre sa voix souveraine, croyez-le bien, Messieurs, il faudra se soumettre ou se démettre. (Double salve d'applaudissements. — Bravos et cris répétés de : Vive la République ! Vive Gambetta!)
SUR LA NOMINATION D'UNE COMMISSION D'ENQUÊTE Prononcé le j5 novembre i877
Messieurs, si jamais la proposition qui est en délibération devant la Chambre a rencontré des arguments décisifs en sa faveur, c'est, à coup sûr, dai s le très habile, dans le très perfide discours que vois venez d'entendre. En effet, le politique expérimenlé qui descend de cette tribune ^ vient de jeter sur la situation la lumière la plus vive et, en l'exposant devant vous avec ces formes de langage étudiées, quelque peu énigmatiques et dédaigneuses, il vous a fait sentir tout(3 l'opiniâtreté de la résistance d'une certaine politique contre les décisions du pays, contre la volonté la plus formelle, la plus énergique, manifestée par la nation de se débarrasser enfin de ces procédés, de ces intrigues, de ces combinaisons, de ces coalitions misérables qui, depuis sept ans, n'ont qu'un but : disputer à la France le gouvernement qu'elle veut se donner. [Applaudissements. )
Si jamais la nécessité de l'enquête demandée par nous a été démontrée, n'est-ce pas au moment où l'orateur auquel j'ai l'honneur de répondre vient d'épuiser toutes les ressources de sa diplomatie à établir, au sujet du scrutin du mois d'octobre 1877,